III. Date et attribution
L'attribution de ce monument dépend essentiellement de la date que l'on peut assigner à sa construction. Si l'on pouvait montrer que le trésor a été bâti avant la victoire de Brasidas et des Acanthiens, ou détruit avant le temps de Plutarque, on écarterait par là-même l'attribution Acanthos le plus fréquemment retenue7.
Les blocs de pôros utilisés dans les fondations proviennent pour la plupart de remplois (PI. 23, 1 ; 24, I). Sur le côté Est, certains présentent de larges scellements en queue d'aronde, inutilisés dans la construction actuelle ; sur le mur de refend, des pierres portent de larges canaux de bardage en U (PI. 24, 2). On ne pourrait cependant tirer argument de ces remarques et faire valoir que de tels scellements en queue d'aronde ne paraissent que dans les édifices très archaïques, le plus souvent détruits lors de la
(1) H. Pomtow, ibid.
(2) Contre 0 m. 375 selon H. Pomtow. Ces mesures sont d'ailleurs sujettes à variation, car le pôros s'est effrité.
(3) Contre 0 m. 07 selon H. Pomtow. Les mesures exactes de la façade ne sont guère possibles dans l'état actuel de la ruine.
(4) La partie en saillie du larmier mesure 0 m. 335, ce qui conviendrait bien au larmier rampant du fronton.
(5) Malgré les transports de pierre si fréquents dans le sanctuaire — moins sans doute qu'on ne l'a dit parfois, lorsqu'on a voulu faire remonter la pente à des blocs énormes ; la base de l'offrande cnidienne par exemple que l'on transportait du trésor de Sicyone à la parodos Ouest du théâtre (cf. É. Bourguet, FD, III, 1, n° 137, et conlra, G. Daux, Pausanias à Delphes, p. 169/170) ; ou encore la pierre portant la signature de Théopropos d'Égine dont il n'est plus aussi sûr qu'elle appartienne au monument du taureau de Corcyre (cf. Ë. Bourguet, FD, III, 1, n. 2, et les observations récentes de P. Amandry, BCH, LXXIV, 1950, p. 10 sq.). Trouvée en face de l'autel de Chios, on l'attribuait au monument situé immédiatement à droite de l'entrée du sanctuaire.
(6) Le trésor XVIII par exemple mesure en façade plus de 5 m. 50..
(7) Cf. la bibliographie donnée p. 33, n. 2, où sont signalées les attributions successives.
catastrophe de 548 1 ; que les canaux de bardage en U caractérisent les plus anciennes constructions de pôros2. La certitude du remploi suffît à enlever toute valeur chronologique à ces indices. Mais à l'angle Nord-Est les blocs en place de la première assise d'élévation sont joints par des scellements en queue d'aronde. Bien que plus récents, ils entrent dans la série des monuments contemporains du temple des Alcméonides3 ou de peu postérieurs. Les scellements correspondant au premier emploi des blocs se laissent assez exactement comparer à ceux du monument à abside situé sur la terrasse Sud du temple4 ; les autres se rapprochent davantage de ceux que l'on rencontre au trésor dit de Potidée, au trésor XVIII ou au sommet du mur polygonal.
Les pierres en place fournissent un second élément de comparaison. On doit remarquer la disposition de la première assise de fondations où les blocs sont accolés selon leur plus grande dimension pour offrir un socle plus large aux assises suivantes. Ce mode de construction reparaît dans d'autres monuments en pôros, les uns certainement antérieurs à 5486, les autres de peu postérieurs5. Ce nouveau caractère confirmerait la date que semblent indiquer les scellements utilisés pour unir les blocs.
(1) On ne saurait prétendre à dresser un catalogue exhaustif, tant il est à Delphes de pierres errantes que l'étude n'a pu assigner à un monument particulier. On a reporté ci-dessous les mesures des scellements en place sur les édifices en poros.
Monument
Largei à la base
it du scellement
Longueur
Prof.
Remarques
au bord
différence
trésor D (XXI).
détruit en 548
sommet du mur polygonal, 1er emploi.
antérieur à 548.
trésor XV.
antérieur à 548.
trésor XXII.
antérieur à 548.
monument à abside.
antérieur à 548.
trésor XVII, 1er emploi.
trésor XVII, 2e emploi.
sommet du mur polygonal, trésor de Potidée.
3e quart du vie s.
alternance avec des scellements en X
trésor XVI II.
alternance avec des scellements en 1 — |
Sur les édifices détruits en 548, cf. P. de La Coste-Messelière, BCH, LXX, 1946, p. 281 sq.
(2) Les canaux de bardage en (J apparaissent dans les fondations du trésor de Corinthe ainsi que dans le mur de la fontaine établie sur la terrasse du mur polygonal, où les blocs sont remployés. On a depuis longtemps noté (W. B. Dinsmoor, BCH, XXXVI, 1912, p. 278) le travail sommaire des anathyroses et l'aspect archaïque du travail.
(3) Sommet du mur polygonal que l'on peut dater avec certitude du 3e quart du vie siècle. Ni le trésor dit de Potidée, ni le trésor XVIII ne sont exactement datés, mais ils ont certainement été construits dans la deuxième moitié du vic siècle ou au début du ve siècle.
(4) Le monument à abside a été démoli lorsqu'on a construit la terrasse du mur polygonal ; cf. F. Courby, FD, II, Terrasse du temple, p. 186.
(5) Trésor D (XXI), E (XX), trésor XV, trésor XXII à l'Est de l'Asklépiéion, qui tous étaient antérieurs à la terrasse du mur polygonal.
(6) Trésor dit des Béotiens où paraissent les petits scellements en "J, et que l'écriture des noms sur les blocs a fait dater du 3e quart du vie siècle av. J.-C, cf. É. Bourguet, FD, III, 1, p. 219, et les observations récentes de P. Amandry, BCH, LXXI-LXXII, 1947-1948, Chroniques des fouilles, p. 447. Enfin trois monuments de pôros présentent cette assise de blocs transversaux, mais les orthostates sont placés de champ et sur deux rangées : ce sont les trésors de Sicyone, de Potidée, et le mur de fond de la Iesché des Cnidiens. Ce mode de construction serait à dater de la fin du vie siècle — début du ve siècle. On peut hésiter pourtant à tirer de tels indices des conclusions chronologiques précises : un tel mode de construction a peut-être une signification régionale autant que chronologique.
La convergence de ces indices paraît montrer que le trésor a été construit dans la deuxième moitié du vie siècle, et plutôt vers la fin. Pour y reconnaître le trésor dédié en 423 par Rrasidas et les Acanthiens, il faut admettre une dédicace nouvelle du monument à cette date, comme on l'a fait parfois1. A l'occasion de leur victoire avec Brasidas, les habitants d'Acanthos auraient renouvelé la dédicace d'un trésor ancien. Mais outre qu'aucun texte ne témoigne de cet événement, cette hypothèse ne résout pas toutes les difficultés. Pour que ce trésor puisse être identifié avec celui d'Acanthos, il faut qu'il ait encore existé au temps de Plutarque2. L'étude topographique de la région alentour permet peut-être de répondre à cette question plus précisément qu'on ne l'a fait jusqu'alors.
Le monument des Corcyréens limite à l'Ouest la « niche » du trésor. Mais on ne peut tirer argument de l'entaille que porte le bloc inférieur de la fondation corcyréenne pour conclure à la coexistence des deux monuments3. L'angle Nord-Ouest du trésor ne venait pas immédiatement au contact de la base4 et les deux édifices pouvaient coexister sans que l'on eût à modifier le plan de l'un pour construire l'autre. En outre la forme de l'encastrement révèle sa destination. Non seulement le bloc de fondations des Corcyréens est entaillé, mais le rocher même sur lequel il repose (PL 26, 2). On y a préparé le logement d'un bloc allongé qui se prolonge selon la direction du monument de Corcyre. Cette entaille oblige à restituer une construction sensiblement parallèle au mur Nord du trésor, mais empiétant légèrement sur la fondation en pôros. On conçoit difficilement dès lors la coexistence des deux murs. On a de même signalé à l'angle Nord-Est du trésor un mur de brèche qui « à première vue semble mordre sur la fondation même du trésor »5. Certes, l'assise inférieure de cette construction vient buter contre la fondation en pôros. Une photographie prise au moment des fouilles montre en outre trois blocs en place aujourd'hui tombés au pied de la muraille, coupés de manière telle que le mur semble se terminer à l'aplomb6. Mais il n'est guère vraisemblable que ce mur et l'angle Nord- Est du trésor aient coexisté aux assises supérieures. Le trésor eût-il été en place lorsqu'on édifia le mur de brèche qu'on eût orienté celui-ci différemment. Ils auraient été appuyés solidement l'un à l'autre, alors que la construction de brèche ne touche que par un angle à la fondation de pôros. On voit mal qu'un petit espace triangulaire soit resté vide entre les deux. De plus, les travaux antérieurs avaient fait apparaître vers le Nord un mur archaïque sensiblement parallèle à la fondation Nord du trésor, mur dont l'emplacement était à peu près celui du mur moderne construit pour étayer la
(1) H. Pomtow, Sylloge3, 79, Q. 1 ; P. de La Coste-Messelière, ,4u musée de Delphes, p. 482, n. 2, a essayé de trouver dans la brièveté des délais laissés pour la construction du trésor des arguments pour une rénovation de la dédicace, ou une reconstruction. Mais il s'est gardé de donner une conclusion définitive (p. 483).
(2) Plutarque, Sur les oracles de la Pylhie, 14, où les promeneurs passent près du trésor de Brasidas et des Acanthiens.
(3) Cf. P. de La Coste-Messelière apud R. Flacelière, Sur les oracles de la Pylhie, p. 61-62, n. 5.
(4) Cf. plan restauré de P. de La Coste-Messelière, Au musée de Delphes, pi. L.
(5) P. de La Coste-Messelière apud R. Flacelière, Le.
(6) Cf. cliché E. F. 5224. Les deux blocs tombés mesurent respectivement 0 m. 42 et 0 m. 65 de long. Les dimensions de l'entaille pratiquée dans la fondation de Corcyre correspondent à la hauteur des blocs de brèche : 0 m. 42 environ.
terrasse1. Par sa position et sa date, cette construction pouvait être contemporaine du trésor. L'aboutissement du mur de brèche à l'Est, l'entaille pratiquée dans la base corcyréenne à l'Ouest, paraissent indiquer un nouvel état de la terrasse où le mur archaïque était enfoui, où, sans doute, le trésor n'existait plus. Une autre remarque renforce ce point de vue : la direction oblique de ce mur est étrange, si le trésor était en place quand on construisit la stoa d'Attale. Si au contraire il n'existait plus, on essaya de donner à la terrasse une forme régulière en orientant ce mur parallèlement à la fondation de Corcyre2.
La comparaison des niveaux des divers monuments atteste le même état de la région : non seulement les fondations du trésor sont enfoncées dans une sorte de niche, cernée à l'Ouest par le monument de Corcyre, à l'Est par la terrasse de la pastas d'Attale, au Nord par le terre-plein qui précède le « téménos de Néoptolème »3. Mais, à l'Ouest, dépassant sur la tranchée creusée par la fouille se trouvent deux grandes dalles calcaires, analogues à celles qui constituent le dallage devant la stoa d'Attale et devant le monument de Corcyre4. Rencontre significative : le niveau de ce dallage est sensiblement le même devant la base corcyréenne et le monument pergaménien. La ruine se présenterait de la même manière s'il n'y avait pas eu d'interruption entre les deux.
Un dernier point vaut d'être examiné : la restitution du monument des Thessaliens, de la base I1AN et de l'édifice corcyréen montre que les trois constructions ne laissaient entre elles aucun passage5. On ne pouvait accéder par l'Ouest au « téménos de Néoptolème ». De même si le trésor avait existé quand on construisit le mur de brèche, le portique d'Attale et les piliers pergaméniens, on n'aurait pas pu accéder à la terrasse supérieure en passant par l'Est. Ainsi supposer que ce trésor était toujours en place quand on édifia les monuments du ive siècle et de l'époque hellénistique conduit à supprimer tout accès à la terrasse dite du téménos de Néoptolème6.
Tentera-t-on de mieux définir la chronologie de cet édifice ? Si l'on peut se fier aux critères intrinsèques du monument (scellements, mode de construction) on en conclura que le monument a été construit après 548, sans doute au cours du troisième quart du vie siècle7, avec des matériaux empruntés à un édifice antérieur, détruit lors de la catastrophe de 548. Les considérations topographiques et la configuration de la terrasse ne permettent guère de croire que l'édifice continua d'exister au cours du ive siècle.
(1) Ce mur détruit par le torrent de 1935 est reporté sur un plan de la fouille. Le mur moderne a été reconstruit à l'emplacement de ce mur archaïque.
(2) Cf. plan restauré de P. de La Coste-Messelière.
(3) La différence de niveau de la terrasse de Néoptolème et du trésor XVII est de 0 m. 70 à l'angle Nord- Ouest, de 0 m. 30 à l'angle Nord-Est.
(4) Elles ont été marquées sur le plan Tournaire, BCH, XXI, 1897, pi. XVII. Elles ont été déplacées au cours de travaux de réfection, mais sont encore au bord de la tranchée.
(5) C'est ce que fait ressortir l'étude de la base de Corcyre, de la base nAN et du monument de Daochos. Cf. ci-après p. 39 sq. ; 64.
(6) M. P. de La Coste-Messelière me fait observer qu'il y a un accès par le Nord, mais la description d'Héliodore nécessite un accès large et facile au téménos, puisqu'on y entrait à cheval. Le passage était fort aisé au contraire, si on supposait une large entrée entre la base corcyréenne et le portique d'Attale. Certes, il reste à prouver que l'identification du téménos de Néoptolème est valable. Mais ne le fût-elle pas, le monument situé au-dessus du trésor XVII ainsi que la région située au Nord n'auraient pas davantage d'accès pour qui viendrait de la place du pronaos.
(7) Cf. les scellements au sommet du mur polygonal, pour les assises isodomes.
La durée de cet édifice aurait été ainsi rigoureusement identique à celle du temple des Alcméonides.
Cette concordance peut sembler inquiétante ou trop théorique, d'autant plus gravement que les monuments de l'esplanade du pronaos n'ont pas souffert, semble-t-il, de la catastrophe de 3731. Plus près du trésor même, la base corcyréenne n'aurait pas été endommagée, s'il faut en dater l'édification dès les vi-ve s. av. J.-G. Le trépied de Platées, au-dessous, n'aurait pas davantage été bouleversé. Il faut pourtant noter dans cette région, la réfection au ive siècle d'une longue partie du péribole Est. Il est en effet assuré que le mur refait par Agathon repose sur les fondations d'une construction plus ancienne, polygonale, qu'on dut restaurer à cette époque2. Si en outre on admet que le péribole dit de Néoptolème fut rebâti à cette époque sur des fondations plus anciennes3, on conviendra peut-être que le sanctuaire eût à souffrir quelque dommage dans cette région à la fin du ve ou au début du ive siècle4. C'est à cet ensemble de dégâts locaux que se rattacherait la destruction du trésor XVII, s'il faut l'attribuer à cette époque.
De tels repères chronologiques permettraient la critique des identifications anciennes : on a fixé le site du trésor de Corinthe5, montré la difficulté de placer en ce lieu de téménos de Néoptolème6. L'attribution à Spina ou à Cnossos reste gratuite. Clazomènes ne convient pas davantage puisque le trésor aurait dû servir à abriter les offrandes lydiennes après l'incendie du vie siècle7. On ne retenait le nom d'Acanthos qu'en supposant un renouvellement de la dédicace ; la destruction au ive siècle exclurait cette identification, puisque Plutarque voyait encore ce trésor. Si ces limites chronologiques sont fondées, il faut rendre à l'anonymat une des fondations du sanctuaire delphique pour laquelle on a proposé le plus grand nombre de dénominations.
Au Nord-Ouest du trésor XVII une longue base domine au Nord-Est la place du pronaos. Obliquement située par rapport aux monuments voisins, les dépassant nettement par le niveau où elle s'élève, cette consécration appartient presque encore aux monuments de la place : F. Courby n'a pas cru pouvoir l'omettre en étudiant les édifices de la terrasse du temple. Et pourtant par son orientation même : Nord-Ouest-
(1) Cf. l'étude de P. Amandry sur la topographie de cette région, à partir de la découverte du palmier de l'Eurymédon.
(2) Cf. sur cette réfection de l'enceinte Est, P. de La Coste-Messelière, BCH, LXX, 1946, p. 283/284.
(3) Fondations de brèche rougeâtre très délitées. Mais rien n'assure que celles-ci sont antérieures au ivc siècle.
(4) Peut-être accident partiel sans rapport avec la catastrophe du grand temple. Mais s'il s'agit d'une chute d'eau et de rochers analogue à celle de 1935 par exemple, un bras du torrent parti de la lesché prendrait exactement en écharpe la région Est du sanctuaire où l'on croit trouver des traces de destructions.
(5) É. Bourguet, BCH, XXXVI, 1912, p. 641-660.
(6) Il n'y a plus guère à retenir des identifications de A. Frickenhaus, AM, XXXV, 1910, p. 247-256.
(7) Hérodote, I, 51. Le trésor XVII n'était pas construit lors delà construction du temple des Alcméonides. Selon toute vraisemblance, le trésor d'Acanthos était placé immédiatement au Sud du char des Rhodiens, dans la région comprise entre le tournant de la voie sacrée actuelle et la porte de l'enceinte par laquelle passe le sentier conduisant aux thermes de l'Est. Cette situation répond au récit de Plutarque, Sur les oracles de la Pythie, 14. Plutarque et ses compagnons viennent de passer devant le trésor de Corinthe ; ils arrivent au tournant de la voie sacrée. A main droite, ils ont le trésor d'Acanthos ; au-dessus devaient se trouver les « broches » de Rhodopis, qui sont bien ainsi, comme le disait Hérodote, ômsTe... toù Pcùu.o5 tov Xïoi àvéGscav (Hérodote, II, 135) ; G. Roux a consacré une étude à cette région, cf. CRAI, 1952, p. 340-343.
Sud-Est, par sa situation aussi, cette offrande se rattache déjà aux régions plus élevées du sanctuaire, vers lesquelles elle amorce une manière de transition. Mieux encore : trois petites bases alignées au long des degrés qui forment le soubassement attestent l'existence d'une voie de passage permettant d'accéder par là à la région Nord (cf. F. Courby, FD, II, Terrasse du temple, p. 247 sq.). La première, simple petit bloc de calcaire gris (dimensions en mètres : 0,325 x 0,470 x 0,582) portait une offrande archaïque des Gortyniens d'Arcadie (inv. 1657, Syll.3, 49) ; immédiatement à l'Est une petite base de calcaire gris anépigraphe mais, finement piquetée elle-aussi, présente à la face supérieure une cuvette d'encastrement rectangulaire (dimensions en mètres : 0,33x0,632x 0,510) (PL 27, 3) ; enfin plus à l'Est encore subsistent les fondations d'une troisième base légèrement plus grande que les précédentes (dimensions en mètres : 0,315 x 0,722x 0,925), fondations de calcaire grossier hâtivement piquetées à la partie antérieure et au lit d'attente. Peut-être portait-elle une offrande archaïque des Samiens (inv. 1790, Syll.3, 20) comme l'a proposé F. Courby [FD, II, Terrasse du temple, p. 248). Ces trois modestes offrandes sont ainsi alignées devant le monument plus important qui les dominait. L'archaïsme assuré de la dédicace gortynienne n'entraîne pas cependant nécessairement la date archaïque du monument situé à l'arrière : ses dimensions sont telles qu'on pouvait aisément la transporter lors d'une remise en ordre de la région. De la sorte si ces petites bases témoignent de l'existence d'un passage au Sud du monument auquel elles sont adossées, elles n'apportent aucune indication sur la date même de ce monument.
Le livre de fouilles ne donne pas davantage de renseignement sur cette grande base. On juge approximativement de la date de son apparition par les photographies de la région : à la fin de l'été 1894 Th. Homolle en fit le premier mention en publiant les textes qui y étaient gravés1. Il y rapporta en même temps les fragments d'une inscription archaïque, dédicace d'une offrande faite par les Corcyréens (PL 28, l)2. Cette attribution fut admise par É. Bourguet dans sa description générale du sanctuaire3, et par Schober dans la topographie delphique de la RE*. Enfin le monument fut étudié d'ensemble par F. Courby dans son fascicule de la Terrasse du temple5.
Pour la restitution, F. Courby disposait de 11 pierres ; on en a maintenant retrouvé 14, qui s'ajoutent aux blocs en place6. Les éléments de ce monument sont aisés à reconnaître : leurs caractéristiques ont été bien décrites ; irrégulièrement taillés à l'arrière, ils présentent à l'avant une face finement piquetée, entourée d'un étroit listel plat7 ;
(1) Th. Homolle, BCH, XXIII, 1899, p. 545/546.
(2) Ibid., c'est par erreur que Th. Homolle qualifie de rougeûlrcs les trois fragments de calcaire gris qu'il rapporte à l'édifice.
(3) É. Bourguet, Les ruines de Delphes, p. 194 sq.
(4) Schober, RE, Supplbd IV, s.v. Delphoi, n° 220.
(5) F. Courby, FD, II, Terrasse du temple, p. 228 et 246 sq., flg. 180, 181, 193. 1, 'étude de F. Courby dispense de redonner une description de l'état actuel. Cependant il importe de noter que la pierre marquée sur la fig. 181 /l'es/ pas en place et n'appartient pas au monument.
(6) Le bloc E de F. Courby n'a pas été retrouvé, 5 nouveaux ont été identifiés. Un 15e présente des caractéristiques très voisines de celles des blocs assignés au monument. (Il se trouve en contre-bas du trépied de Platées). L'attribution à la base n'est pas certaine.
(7) Le listel a souvent disparu, car les blocs ont été endommagés et ne sont plus taillés à arêtes vives ; cf. F. Courby, FD, II, Terrasse du tmdle, p. 247.
on a noté1 le travail sommaire des anathyroses « dont la bande de bordure très étroite n'est pas limitée d'un trait de ciseau »2 ainsi que l'alternance des blocs à faces rectangulaires dans une assise, et à joints obliques dans la suivante. De même les indications générales se rapportant au plan doivent être conservées. Le monument se présente en façade comme un rectangle allongé flanqué de deux retours rectangulaires surmontant trois degrés3. Mais, en dépit de ses mérites, la restitution de F. Courby ne peut être tenue pour satisfaisante : elle est en effet fondée sur la différence de hauteur des éléments et admet un jeu de 3 millimètres au maximum, à l'intérieur de chaque assise. Or sur deux pierres au moins on constate entre les deux côtés une différence de 5 millimètres, sur l'une une différence de 8 millimètres4. Cette seule observation rend caduque la restitution proposée, car on ne peut distinguer entre les blocs des assises 1, 5 et 6, qui auraient respectivement 0 m. 47, 0 m. 466 et 0 m. 470/471. D'autres considérations invitent à un nouvel examen.
La disposition des assises 1 et 7 de Tante Est ne peut se justifier. Le bloc le plus étroit n'a sa place dans l'ante que vers l'extérieur. En effet, F. Courby ne paraît pas s'être préoccupé de la construction du monument en profondeur5. Il n'a pas noté l'agencement des antes : l'assise d'ante composée de deux blocs déborde vers l'intérieur en profondeur et l'élément du corps de base qui lui correspond est entaillé pour loger celui de l'ante. Une pierre placée en bout déborderait beaucoup trop profondément vers l'intérieur et interdirait la pose du bloc appartenant à la même assise dans le corps de base. Lorsque l'ante est monolithe, la pierre est au contraire plus étroite et passe devant le bloc du corps du monument. Enfin et surtout les antes avaient un retour vers le Nord, dont F. Courby n'a pas tenu compte. Le bloc placé en parpaing dépasse à l'arrière du mur. Le plan du monument doit être complété en profondeur6.
La confrontation des mesures et des blocs in situ montre que l'on ne saurait se fonder absolument sur des considérations de hauteurs pour proposer une restitution. Dans une même assise, il peut y avoir des différences notables d'une extrémité à l'autre. Il importe davantage de considérer la hauteur des arêtes au contact pour décider de leur rapprochement7. En second lieu, l'alternance : assise à joints droits, assise à joints obliques, est imposée par les blocs en place ; enfin les éléments de l'assise à joints obliques paraissent porter régulièrement un trou de pince au lit d'attente. Dans les antes on est assuré de
(1) F. Courby, Ibicl., p. 247.
(2) Anathyroses de 3 à 4 centimètres de large.
(3) Longueur totale du monument : 10 m. 24, longueur de chaque ante : 1 m. 20 ; saillie des antes sur le corps de base : 0 m. 35 ; hauteur des 3 degrés : 0 m. 904.
(4) Blocs n° 4 : 45, 9 et 46,5 ; n° 5 : 46,6 et 47,2 ; n° 7 : 0,467 et 0,475.
(5) F. Courby écrit (p. 228) : « à l'arrière, la base était engagée dans le sol de sorte qu'elle formait soutènement ». Cette affirmation demeure valable, mais il importe de savoir comment se terminait la base de chaque côté.
(6) On devra reprendre la restitution sur deux autres points : il n'existe pas d'assise de 0 m. 45. La pierre J assignée à cette assise mesure 0,476 de haut. La pierre F ne doit pas être placé en façade mais en bout (cf. ci-après). L'extrémité que F. Courby a fait correspondre au côté de l'ante doit-ètre placée en bout, pour compléter l'ante soit à l'Est, soit à l'Ouest; le côté le plus long correspondant au retour vers le Nord (0 m. 976). Enfin c'est par un lapsus que F. Courby écrit (p. 228) que la base a gardé sa place primitive à l'Ouest. C'est à l'Ouest au contraire que s'est produit l'affaissement.
(7) Pour des blocs ainsi travaillés, seul un rapprochement matériel peut conduire à une certitude.
l'alternance d'une assise composée et d'une assise monolithe, ainsi que de la disposition alternée rentrants- saillants par rapport aux éléments du corps de base1.
L'ante Ouest est disposée, pour les deux premières assises au moins, selon le schéma de F. Courby. Les blocs ont été remis en place2. Pour l'ante Est, au contraire, nous possédons les éléments des deux premières assises (PI. 25, 2), ce dont F. Courby n'a pas eu connaissance, faute de pouvoir remettre les pierres en place. Il a justement noté la superposition de 8 (A) et 13 (B)3 mais n'a pas remarqué un détail qui permet de les placer dans les assises I et II. En effet la face supérieure de 8 (A) a été entaillée d'environ 1 centimètre pour recevoir l'extrémité Est du corps de base à l'assise IL II s'en suit que la hauteur réelle de 8 (A) n'est que de 0 m. 478 ; elle peut ainsi répondre à celle de la première assise, si l'on admet comme variation minimum des dimensions la marge de 6 millimètres que l'on constate sur certaines pierres (PI. 26, 1). De même 13 (B) peut correspondre à une assise de 0 m. 473, soit sensiblement la hauteur de la deuxième assise de l'ante Ouest. La découverte du bloc 14 confirme cette disposition ; celui-ci complète en effet 8 (A) vers l'Est pour former la première assise de l'ante. Or le long côté Est de cette pierre n'était vu que sur une longueur de 0 m. 443, soit précisément la longueur visible du 3e degré de l'emmarchement. L'ante Est est ainsi recomposée jusqu'à la deuxième assise, de même que celle de l'Ouest.
Deux autres blocs, 4 et 5 (C), constituent une assise : 4 se place en bout à angle droit de 5 (C). Le travail des lits de pose et des lits d'attente ne permet pas de distinguer les deux faces et l'ensemble pourrait se placer aussi bien à l'Ouest qu'à l'Est. Mais F. Courby avait déjà noté sur 5 (C) la présence d'un trou de pince qui oblige à rapporter ce groupe à l'ante Est. F. Courby plaçait au contraire E et 9 (F) sur l'ante Ouest. E n'a pas été retrouvé4 ; mais la place qu'on assignait à 9 (F) est inadmissible. Placé en façade il mesure 0 m. 976, longueur insolite pour le bloc principal d'une ante composée5. Or la face considérée par F. Courby comme la face d'ante de F mesure 0 m. 395, soit une dimension voisine de celle de la façade des blocs placés en parpaing dans les antes composées6. 9 (F) doit donc être placé en bout. Le bloc E non retrouvé mesure entre 0 m. 80 et 0 m. 85 de long selon le croquis de F. Courby. Il compléterait exactement en longueur le bloc 9 (F), n'était la différence des hauteurs7. En outre à l'assise III de l'ante Est, 4 et 5 (C) se situent dans une assise moyenne de 0 m. 466 de hauteur dans laquelle 9 (F) entrerait aisément. Enfin la comparaison des mesures extrêmes des hauteurs entre 4 et 5 (C) montre que sur deux blocs qui se juxtaposent matériellement, celles-ci peuvent varier de 0 m. 459 à 0 m. 472, soit un écart comparable à celui qui existerait entre E et
(1) Cf. supra.
(2) Assise I. haut. 0,468 ; deux blocs mesurant respectivement 0 m. 829 et 0 m. 371. Ce dernier placé en bout vers l'Ouest. Assise 11:1 bloc de 1 m. 20 de long (bloc n. 10 = D de F. Courby).
(3) Les chiffres correspondent à la numérotation nouvelle ; les lettres, à celle de F. Courby.
(4) A moins que l'on n'admette de la part de F. Courby une erreur de mesure comme pour le bloc! placé dans une assise de 0 m. 45 de haut, alors qu'il mesure 0 m. 476.
(5) A la première assise Ouest le bloc principal mesure 0 m. 829 ; 8 (A) mesure 0 m. 828 ; 5 (C) : 0 m. 866 ; enfin selon le croquis de F. Courby (fig. 193) E mesure environ 0 m. 82. Le bloc complémentaire de F aurait été plus étroit que les autres blocs d'ante placés en parpaing.
(6) Ante Ouest : 0 m. 371 ; ante Est, 14 : 0 m. 377 ; 5 : 0 m. 335.
(7) 9 (F) : 0 m. 469/0,470 ; E. 0 m. 488 selon la fig. 193. La longueur totale 0 m. 81+0 m. 39 correspond à celle de l'ante : 1 m. 20. C'est sur ce point qu'il est tentant d'admettre une erreur dans les mesures.
9 (F). Ces remarques renforcent la probabilité d'une juxtaposition E+9 (F) pour constituer une assise de Tante Ouest. Il est tentant de penser que nous avons les trois assises complètes des antes du monument. Si l'on devait renoncer à une reconstitution sur trois assises, on devrait en admettre une avec 5 : en ce cas E constituerait le bloc long de la 3e assise, 9 (F) entrerait dans la 5e de l'ante Ouest, tandis qu'à l'ante Est 5 (G) +4 formeraient la 5e assise. Manqueraient à l'Ouest : 1 bloc de la 3e assise, la 4e assise monolithe ; 1 bloc de la 5e assise ; à l'Est : deux éléments de la 3e assise, et la 4e assise monolithe.
Un détail permet en effet d'affirmer que l'assise composée par le groupe 4+5 (C) à l'Est était la dernière (PI. 27, 4). L'encoche à pince au lit d'attente de 5 (C) avait conduit F. Courby à restituer une ante composée dont le parpaing aurait été situé à l'intérieur. La disposition des antes exclut le parpaing à cette place1. L'alternance : assise composée — assise monolithe serait en outre rompue, puisque 5 (C) appartient à une assise composée et porte un trou de pince. On doit admettre un changement dans la construction : puisqu'une assise composée est exclue aussi bien qu'une assise monolithe, ne serait-ce pas qu'au-dessus de l'assise d'ante formée par 4+5 (G) prend place une assise de couronnement ?
Il convient d'ajouter que les éléments connus du corps de base peuvent tous entrer dans une restitution à trois assises. Selon le principe découvert par F. Courby et dont témoignent encore les pierres en place, la deuxième assise est formée de blocs à joints obliques, tandis qu'aux assises I et III les joints sont droits. Or nous ne possédons que trois blocs à joints obliques ; ils peuvent s'insérer dans l'assise déterminée par les deux antes monolithes2. Parmi les autres éléments, 1 (G) a été replacé selon le croquis de F .Courby à la première assise ; les autres peuvent tous s'insérer dans la lre et la 3e, sans que l'on puisse déterminer précisément celle des deux à laquelle ils appartiennent. Une juxtaposition réelle permettrait seule d'en décider3. A cause de l'inscription qu'il porte4, seul le bloc 6 (K) appartenait certainement à la 3e ou à la 5e assise, selon la restitution que l'on admettra.
Il y a en effet un élément nouveau dont on doit tenir compte. F. Courby avait noté sur les emmarchements du monument des encastrements pour fixer des stèles (PI. 27, 1,2). On peut préciser davantage : sur le premier et le troisième degré ces encastrements sont continus et l'on y a pratiqué des trous de pince pour la mise en place des blocs inscrits. Sur le deuxième degré on a seulement dressé des stèles devant les antes, une devant celle de l'Ouest, trois plus petites à l'Est5. Au premier degré la rainure d'encas-
(1) Cf. supra.
(2) 2 (I), hauteur : 0 m. 474-0 m. 481 ; 11, hauteur : 0 m. 47-0 m. 474 ; 12 (H), hauteur : 0 m. 469-0 m. 476. Hauteur des blocs d'ante monolithe 0 m. 473-0 m. 481.
(3) La juxtaposition des éléments ne peut être faite aussi aisément que pour la construction des antes. Le bloc 3 (J) mesure 0 m. 476 ; 6 (K) 0 m. 469 ; 7 : de 0 m. 467 à 0 m. 475.
(4) Inv. 1540 : h lio, XVII, 1921, p. 194, n° 188. Les autres blocs inscrits appartenant à cette base sont inv. 1561, BCH, XXIII, 1899, p. 545 et inv. 1849, BCH, XXIII, 1899, p. 546.
(5) Sur le deuxième degré à l'Ouest la stèle mesurait 0 m. 661 sur 0 m. 18 ; à l'Est, 0 m. 341 sur 0 m. 115 ; 0 m. 235 sur 0 m. 095 ; 0 m. 794 sur 0 m. 045. Il n'est pas impossible que la stèle portant la promantie collective pour les Corcyréens [in». 7111, BCH, LXXVI, 1952, p. 484, n. 3} convienne à l'un de ces encastrements. Malheureusement la stèle est brisée à la partie inférieure et la convenance ne peut être assurée.
trement commence à 1 m. 132 du bord Ouest — légèrement en deçà de Tante et se continue jusqu'à 6 m. 870 de ce même bord. Les stèles qu'on y avait placées étaient épaisses de 0 m. 235 à la base ; on peut approximativement déterminer leur hauteur. Elles ne devaient pas empêcher la lecture des inscriptions placées sur le degré supérieur. Elles ne pouvaient guère dépasser la hauteur des degrés 2 et 3 de plus de 0 m. 15 à
0 m. 20 en admettant que l'on n'avait pas gravé les stèles du 3e degré jusqu'en bas. On obtiendrait ainsi une hauteur minimum de 0 m. 606, maximum de 0 m. 806 pour cette rangée d'inscriptions1. Au 3e degré l'encastrement était continu entre les antes. La forme de l'entaille plus profonde à l'Ouest, une légère incision marquée sur les deux pierres inférieures de l'ante Ouest montrent que l'on dut achever de poser la série de stèles par cette extrémité. Les dimensions de ces stèles peuvent encore être fixées approximativement : sur les deux blocs en place de l'ante Ouest, l'entaille que l'on a dû pratiquer se poursuit jusqu'au sommet de la deuxième pierre : soit une hauteur minimum de 0 m. 94 ; si l'on admet en outre que le monument n'avait que trois assises, le bloc 6 (K) devait être visible au-dessus de la rangée de stèles puisqu'il est inscrit. Le décret de proxénie qu'on y a gravé s'arrête à 0 m. 13 du bord inférieur. Ces stèles auraient donc eu une hauteur comprise entre 0 m. 94 et 1 m. 052.
On connaît à Delphes de semblables rangées d'inscriptions : É. Bourguet a supposé un mur des comptes masquant une terrasse intermédiaire entre le soubassement du temple et le mur polygonal. Mais, outre que l'existence de ce mur est hypothétique, il est vraisemblable, même pour É. Bourguet, que toutes les plaques inscrites n'avaient pas été dressées le long de cette muraille3. Bien que l'on ne puisse tirer d'indice certain du lieu de trouvaille pour des plaques aussi dispersées, les comptes du conseil ont été trouvés pour la plupart autour du bouleulérion et ne devaient pas en être éloignés ; de même « un grand nombre de plaques entières ou cassées ont été remployées à l'époque impériale dans le dallage de la voie sacrée, surtout à partir de Taire, le long du retour Est du polygonal, dans le dallage de la place du pronaos, la plupart à Topisthodome et dans l'escalier qui mène au théâtre. Quelques fragments proviennent de Topisthodome ; d'autres ont été découverts près de la base des Thessalicns »4. Certains de ces lieux de trouvaille ne sont pas éloignés de la base corcyréenne. A vrai dire, aucune dimension des plaques conservées ne convient exactement à celles que nous avons données. Les comptes des naopes mesurent au maximum 0 m. 185 d'épaisseur et la plaque que Ton a pu reconstituer aurait eu environ 1 m. 50 de haut5. Certains comptes des trésoriers approcheraient des dimensions indiquées par les encastrements : ceux de Tarchontat de Lykinos ont 0 m. 22 d'épaisseur, mais Ton ne peut restituer la hauteur de plaques aussi mutilées6. Bien que Ton ne puisse obtenir aucune certitude, il est vraisemblable
(1) Ces stèles mesuraient respectivement en largeur d'Ouest en Est : 1 m. 223 ; 0 m. 720 ; 1 m. 505 ; 1 m. 090 ;
(2) Dans le cas où le monument aurait eu 5 assises, ces stèles auraient pu être beaucoup plus hautes. Elles sont épaisses de 0 m. 219 à la base et mesurent respectivement d'Ouest en Est : 0 m. 740 ; 0 m. 715, 0 m. 558 ; 0 m. 681 ; 0 m. 560 ; 0 m. 681 ; 1 m. 095 de large sur la partie conservée du 3e degré.
(3) Cf. FD, III, 5, p. 2, presque toutes les plaques.
(4) Ë. Bourguet, FD, III, 5, p. 1.
(5) Ë. Bourguet, FD, III, 5, p. 119.
(6) É. Bourguet, FD, III, 5, p. 212.
que l'on avait aligné devant cette base une série d'inscriptions telles que les comptes : peut-être une partie de ceux des trésoriers1. En façade le monument se présentait donc comme une base allongée entre deux antes en saillie à l'Est et à l'Ouest. Haut de 3 ou au maximum de 5 assises, il était masqué par des stèles inscrites accolées que l'on avait placées en échelle sur les degrés du soubassement.
La restitution des antes permet aussi de compléter le plan de F. Courby en profondeur. La juxtaposition 5 (C)+4 prouve que le mur de retour Est vers le Nord mesure plus de 1 m. 17. Telle est en effet la longueur de la face Est de 4, et ce bloc est préparé pour en recevoir un autre à son extrémité où il porte une anathyrose. Or la base nAN est située à 2 m. 10 au Nord de la face Sud du monument « corcyréen », donnant ainsi la limite maximum pour le côté Nord. De l'ante Ouest, un bloc du retour Nord est en place et porte aussi une anathyrose. De même si l'on doit placer 9 (F) en bout à la 3e ou à la 5e assise, il mesure 0 m. 976 sur cette face. Il n'est pas impossible en outre que l'on ait conservé la pierre de retour Nord correspondant à la deuxième assise. Le bloc 10 (D) qui constitue cette ante est travaillé à son extrémité Ouest pour recevoir à angle droit une pierre étroite. Or le bloc 12 (H) répond parfaitement à la forme de l'anathyrose2. Inscrit, cet élément 12 (H) atteste l'existence d'un passage remontant au Nord vers le monument de Daochos — d'un espace libre, tout au moins. Il est lui-même préparé pour recevoir une autre pierre à son extrémité Nord. On doit donc se représenter l'ensemble du monument, non comme un mur de terrasse ainsi que F. Courby le faisait tacitement, mais comme une véritable base rectangulaire longue de 10 m. 24, de largeur comprise entre 1 m. 17 et 2 m. 10.
Que supportait cette base ? La réponse serait facile, si l'on pouvait résoudre la question du couronnement de l'édifice. F. Courby proposait d'attribuer à ce monument un bloc inscrit de 0 m. 296 de haut où se lit une double dédicace des Corcyréens (PI. 28, 1) : l'une en caractères du ive siècle, l'autre, au-dessous, en écriture archaïque3. Le lieu de trouvaille de la pierre, la qualité du calcaire, le travail même — fin piquetage avec un étroit listel réservé en encadrement4 — , la présence sur le monument d'actes officiels pour des Corcyréens ou des régions voisines rendent cette identification vraisemblable.
(1) Mais il y avait à Delphes bien d'autres catalogues : naopes, proxènes, théarodoques. C'est un ensemble de cette nature qu'il faut restituer devant le monument.
(2) La juxtaposition réelle pourrait être tenue pour la preuve décisive, s'il ne fallait hausser l'extrémité Nord du bloc de 2 à 3 centimètres pour obtenir la coïncidence exacte au joint avec 10 (D). Cette difficulté semble due au jeu des assises et à l'absence d'horizontalité dans l'état actuel du monument.
(3) Inv. 1849 : F. Courby, FD, II, Terrasse du temple, p. 228 sq. Cf. Sylloge3, 18 b, et déjà Th. Homolle, BCH, XXIII, 1899, p. 546.
(4) On ne peut assurer que cette caractéristique se retrouve dans la base qui termine à l'Est l'Ischégaon (mur b de F. Courby). Elle semble même relativement rare dans les monuments de Delphes : au taureau de Corcyre, le piquetage est très fin, et il n'y a pas de séparation entre le listel plat et la surface piquetée ; mais le bandeau est plus large. A la base de Marathon, le piquetage n'est pas entouré d'un cadre ; de même à la base des Béotiens, au trépied de Platées, aux Tarentins du haut. Au portique des Athéniens il semble bien que la surface piquetée ait été entourée du listel plat sans trait de ciseau pour le séparer de piquetage. Sur la base du trépied de Hiéron paraît le piquetage très fin avec un bandeau étroit ; mais on a marqué la séparation d'un trait de ciseau. Ce détail n'apparaît pas au trépied de Gélon. Sur les piliers de l'époque hellénistique, la surface des blocs est aussi soigneusement piquetée, mais le bandeau réservé, beaucoup plus large, est toujours séparé du piquetage par un trait de ciseau. Si l'on devait chercher des comparaisons pour le mode d'assemblage des blocs, le monument des Tarentins du haut fournirait un parallèle : même entaille des blocs sans anathyrose véritable pour la construction des retours d'angle.
Mais la restitution proposée par F. Courby est inacceptable, ainsi que la place assignée à ce bloc dans la restauration du monument1. Bien que brisé à l'avant, le deuxième fragment inscrit laisse en effet exactement la place pour graver la fin de TOPfcKhONJ] à la deuxième ligne, et il reste trop d'espace à la première pour supposer que d'autres mots faisaient suite à Kopxupatoi. Cette pierre termine une inscription au lieu de la commencer et ne saurait en aucun cas occuper le centre du monument comme le suggère la restitution de F. Courby. Peut-être la formule de la dédicace était-elle inversée, comme c'était le cas sans doute au monument des Tarentins du bas2, à la consécration des Messéniens du haut3. Mais d'autres pierres compliquent la solution du problème.
En premier lieu un bloc anépigraphe doit être rapporté au même monument que l'inscription archaïque. Déjà signalé par Th. Homolle, il a été inclus dans la restauration de l'édifice par H. Pomtow et F. Courby sans qu'ils en fissent mention expresse (PI. 29, 1, 2)4. Or cette pierre porte à l'arrière un encastrement arrondi et profond de 0 m. 125 destiné à sceller une statue de bronze. Cela ne créerait aucune difficulté si ce fragment ne mettait la pierre inscrite inv. 1849 en relation avec un autre groupe (PI. 28, 2). F. Courby avait déjà noté, mais sans s'y arrêter, que d'autres éléments devaient entrer dans la reconstruction du monument5. Cinq blocs de même hauteur que les précédents présentent les mêmes caractéristiques6; ils portent au lit d'attente des scellements en '- 1 et les mêmes petits encastrements circulaires et profonds, destinés à sceller des statues de bronze7. Dans ce groupe la place de deux pierres au moins est imposée : Un bloc d'angle doit se placer sur l'ante Ouest8. Disposé symétriquement à celui de l'ante Est, il mesurait 0 m. 85 environ9 ; il n'est conservé que sur 0 m. 77. L'autre bloc d'angle correspond aux dimensions indiquées par l'encoche à pince sur 5 (C) puisqu'il mesure 0 m. 85 de large. Mais la disposition des scellements et des faces visibles est telle que l'on ne peut le placer en façade sur l'ante Est. Il recouvrait la partie arrière de cette ante. Il est plus malaisé de concilier l'existence des pierres inscrites inv. 7081+7095 (PI. 28, 2)
(1) F. Courby, FD, II, Terrasse du lemple, p. 247, n. 5, et fig. 193. On pourrait invoquer encore comme signe, d'archaïsme pour cette base, les petites offrandes qui sont rangées devant : Gortyniens, Sartriens, toutes archaïques ou du moins du Ve s. av. J.-C. (cf. F. Courby, FD, II, Terrasse du lemple, p. 247).
(2) F. Bourguet, FD, III, 1, p. 129-130 ; cf. sur le monument P. de La Coste-Messelière, I/ofJrande delphique des Tarentins du bas, FIA, 1948, p. 522-532.
(3) G. Daux, BCH, LXI, 1937, p. 67.
(4) Th. Homolle, BCH, XXIII, 1899, p. 516 : trois pierres..
(5) F. Courby, FD, II, Terrasse du lemple, p. 2-17, n. 4.
(6) Fin piquetage et petit listel réservé formant cadre.
(7) On peut rassembler 5 blocs dans ce nouveau groupe :
a ) un bloc d'angle portant deux scellements en I — | placés à angle droit, mesurant 0 m. 85 sur 1 m. 295 de haut.
li) un fragment brisé à l'arrière et à droite portant un scellement en ' — | et mesurant 0 m. 547 de large, 0 m. 295 de haut ; bloc inscrit des lettres Jf)| [inv. 7095) se place à droite de inv. 7081.
c) un bloc de il m. 877 en profondeur, 0 m. 90 de large, brisé à droite et portant au lit d'attente outre deux scellements en ' — ( deux encastrements circulaires pour statues de bronze (hauteur : 0 m. 295).
il) un bloc d'angle brisé à l'arrière et à droite de <i m. 77 de large, 0 m. 937 en profondeur, portant un encastrement circulaire à la lace supérieure.
e) un bloc inscrit (inv. 7081) de même hauteur que les précédents, brisé à gauche, portant au lit d'attente un scellement en ' — f et un encastrement circulaire pour statue; a la face antérieure les lettres Ypy^|Orjkjl, partie d'une dédicace à Apollon Pythien (complété à droite par inv. 7095) (PI. 28, 2).
(8) Situé en contre-bas du monument, devant la base thessalierine de Daochos, il n'a sans doute guère été transporté. Il est malheureusement brisé à droite, mais ses dimensions ne contredisent pas à l'hypothèse formulée.
(9) Dimensions imposées par la présence du trou de pince sur 5 (C).
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