‹ Fouilles de Mont Beuvray (ancienne Bibracte) de 1867 à 1895Chapitre 103 sur 134 · T. II, p. 67, en note · texte numérisé non relu

T. II, p. 67, en note

au sud-est, on explorant les aqueduos, un angle en pierro de taille sous lequel s'embranchaient deux des conduites d'eau ; la fouille pratiquée aux environs avait rencontré les restes d'une mosaïque calcinée, puis le vide ; on était fondé i croire que tout le reste avait été rasé. Il n'en était rien cependant ; le travail, repris quatre ans plus tard, en 1870, ne tarda pas 9 donner des résultats, et en suivant les murailles on acquit la certitude d'être dans une riche et vaste maison d'un plan r^ulier, d'une construction soignée et sans précédent jusqu'alors. Fallait-il voir, d'après ces précieux indices, une œuvre contemporaine de Tempire et relativement récente, ou bien dénonçaient-ils seulement l'action de l'influence romaine à Bibracte, dans une période voisine de la conquête 7 Les Gaulois se seraient-ils appropriés» dès lors, certains procédés étrangers pour leurs bâtisses, ou bien l'oppidum éduen possédait-il les éléments d'une crvilisation au moment où il entra en communication avec César? L'absence de renseignements positifs sur la mesure de cette civilisation donnait à l'explication un intérêt particulier.

La maison du Parc^aux^Chevaux, en effet, avec ses quatre faces de 70 mètres de côté, son atrium, ses couloirs, sa largo entrée, ses nombreux appartements, ses dessertes, était une nouveauté qui supposait un genre de vie complètement distinct des constatations précédentes. On aurait été tenté d'attribuer sa création aux Romains d'une époque postérieure, si un examen attentif et des preuves archéologiques n'avaient démontré le vide de la supposition.

Cette maison est gauloise, comme celles du Champlain et de la Corne- Chaudron. Disons en même temps qu'elle ne saurait être comparée pour le luxe, la richesse, les décorations intérieures, aux fastueuses demeures dont les écrivains romains ou les ruines de quelques villes antiques ont conservé le modèle, et c'est grâce à cette infériorité même qu'elle a conservé son caractère propre et sa date. Une construction de cette importance à l'ère impériale eût été ornementée différemment.

La peinture est des plus sobres, la mosaïque des plus simples, la chaux même employée parcimonieusement. Avec le but évident de calquer un plan emprunté à une architecture plus avancée que celle de la Gaule, Tesprit, la main-d'œuvre, le faire indigène qui s'y révèle, tous les détails de construction, en un mot, appartiennent à Tart gaulois.

L'absence du marbre surtout est un trait d'autant plus frappant que les carrières du Puy et de Champ '^Robert, exploitées depuis si activement par les Romains pour les édifices d'Âugustodunum, sont situées à quelques kilomètres et au pied même du Beuvray, dix fois plus rapprochées que celles des calcaires oolithiques d'eau douce employés abondamment au ParC'Ouœ-Chevauœ. Or, partout où les Romains ont eu des habitations permanentes, non-seulement dans les villes mais dans leurs maisons de campagne, le marbre ,est toujours le signe de leur passage et l'accessoire obligé de leurs constructions. On le trouve dans toutes leurs villas, sur les pentes même du Beuvray, au Carzot, au Karre^du^Bois et ailleurs. Le marbre manquant au ParoauX'Chevauœ ^ dans la plus grande et la plus luxueuse demeure, quand toutes les facilités de l'y employer existaient, il faut bien en conclure que les carrières adjacentes n'étaient pas exploitées alors et que cette demeure était antérieure à l'administration romaine.

L'invention du procédé de descier le marbre en placage était due à un intendant des armées de César, Mamurra S qui en fit le premier essai à Rome, d où l'usage se répandit avec une vogue incroyable; il n'était .donc pas vulgarisé au moment où s'éleva l'édifice du Beuvray, dont la date extrême, en tout état de cause, est antérieure à la fondation d' Augustodunum, vers l'an xv avant l'ère chrétienne, d'après les inductions de la numismatique ^.

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