‹ Fouilles de Mont Beuvray (ancienne Bibracte) de 1867 à 1895Chapitre 104 sur 134 · Pline, Ub. XXXVI, o. vi · texte numérisé non relu

Pline, Ub. XXXVI, o. vi

2. Las premières pièces que fournisse le sol d'Autun en très grande abondance sont les moyens bronzes de la colonie de Nîmes, & la double tète d'Auguste et d'Âgrippa, tantôt entiers, tantôt coupés en deux. Un de ces derniers a été trouvé placé entre deux moellons du premier empierrement de la vole de Rome à Autun, qui fut exhaussée sous Constantin et pavée alors en grands blocs de granit.

Cette fondation détourna dès lors* au profit de la ville d'Auguste les travaux d'embellissement; toute trace de construction nou« velle disparait» de ce moment, dans Toppidum du Beuvray. Les Romains n^ entretinrent donc le siège d aucune administration régulière, comme le démontre Tabsence de monuments publics. ,

Un autre signe qui caractérise partout leur présence dans notre r^on est remploi du petit appareil régulier en grès, qui fait aussi complètement défaut au Parc^aux* Chevaux; il existerait certainement dans une demeure aussi importante, si elle était due aux Romains, qui ont abusé de cet appareil, pourrait-on dire, dans les murs des monuments et des maisons d'un certain ordre, à Âutun, et même dans des maisonnettes telles que celles des Qitalre'Karres, fouillées il y quelques années, au bord de la voie de Saint-Honoré) sous le Beuvray ^ Ils savaient, en dépit des obstacles, faire arriver les matériaux do luxe ou d'utilité nécessaires à leurs édifices.

Le pourtour du temple du Beuvray, qui a subsisté jusqu'au quatrième siècle, a seul fourni quelques cubes de ce grès, dont la présence est justifiée dès lors par cette date même.

Lies maçonneries du Paroaux* Chevaux, au contraire, sont exclusivement en pierre de la montagne ou du pays, y compris la taille en granit, quoique dans le voisinage Vauthaut, par exemple, offrit des carrières de grès.

Ce fait caractéristique trace une ligne de démarcation entre les travaux exécutés au Beiivray et ceux qui se rapportent à la naissance d'Âutun. Tout est simple dans ceux du Parc^aux'^ Chevaux : absence complète de colonnes de pierre, de chapiteaux, quelques pilastres seulement s'y montrent à un bassin ou aux principales ouvertures. Aucun débris ne porte la trace d'une ornementation sculpturale.

Cette habitation parait donc un spécimen curieux de transition, un témoin des modifications que le contact des civilisés introduisit dans les mœurs des Rduens. Elle montre l'invasion

A. Mémoires de la Société Éduenne^ i, VI, 1877, nouvelle série, p. 383.

presque timide de oe luxe que les Romains regardaient comme un auxiliaire, tant qu'il ne les eut pas énervés eux*mémes ; il se glissa dans les masures de Bibraote sans y prendre franchement racine» sous les rigueurs d'un climat répulsif. Force fut, pour atteindre ce but, de créer une ville nouvelle, de fonder à Augustodunum un centre où la race gauloise pût s'assimiler plus facilement les mœurs des conquérants.

La maison du Paroauœ'ChevaiAœ^ malgré les indications qu'elle fournit, eût donné des renseignements plus précieux encore, si elle n'eût été mise actuellement en carrière.

Lies murs en moellons ont presque seuls survécu, les pierres de taille des angles et surtout les jambages des portes alors saillants ont été arrachés sur beaucoup de points ; l'intérieur des pièces parait dépouillé, les ustensiles de métal ont été enlevés ; tout annonce un déménagement, une spoliation cal» culée plutôt qu'une ruine violente.

C'est là la différence capitale observée dès le commencement des fouilles entre les maisons riches et les pauvres, entre les constructions soign^ées en pierre et celles en bois. Tous les objets curieux proviennent de ces dernières, les autres ne renferment presque jamais d'objets importants, parce qu'elles ont été visitées plus scrupuleusement Les premières ont été sur* prises par le feu, ou plutôt la nature de leurs matériaux bois et pisé n'admettant guère la dépense d'une démolition sans compensation, elles ont été livrées aux flammes comme des non*valeurs, pendant que les secondes, plus riches, ont été dépouillées avec soin.

Bien qu'on ne puisse rapporter rigoureusement la maison du ParC'OMW'ChevtMx à aucun des types historiques connus, elle résume néanmoins, dans son ensemble, les conditions principales de la maison romaine. On y reconnaît non«seulement Vatrium avec son portique, ses fattces desservant les divers appartements des quatre faces du rectangle, un égout enlevant les eaux de rimpluviumf les pièces ouvertes de réception, mais encore une partie de la décoration, des traces

de peinture sur de minces couches de stuc, dont la parcimonie accuse ou la timidité du propriétaire ou la rareté des éléments nécessaires à une construction soignée et riche.

Certains autres détails y font entièrement défaut, et, entre autres, un des premiers éléments de la maison romaine, Thypocauste, mille fois plus indispensable au Beuvray qu^en Italie et dans la plus grande partie de la Gaule. Cette absence est d'autant plus extraordinaire qu'il était en usage dans d'autres habitations du Beuvray beaucoup moins importantes ^ De petites cheminées en briques, dont cinq eustaient encore, en tenaient lieu. On avait déjà, pendant les fouilles précédentes, constaté dans les maisons gauloises l'emploi de la cheminée, mais sur un mode tout différent. C'était la cheminée rudimentaire, la trompe quadrangulairo en claies enduites de terre, portée sur un châssis horizontal soutenu par quatre poteaux fixés au centre de la pièce ^. Il s'agissait cette fois d'un foyer arrondi intérieurement comme nos niches de poêles et formant par derrière un massif carré et compacte. Leur forme est celle de nos cheminées prussiennes et l'on ne saurait affirmer qu'elles n'aient pas été revêtues de plaques de métal ou autre matière, ear on a trouvé auprès une poignée de petits dous oxydés qui auraient pu les maintenir ; on observe de plus, en saillie, au pied des jambages à arêtes vives, un tuileau carré de 0"12 à 0"15 de côté, servant lui-même de base à des placages disparus, qui avaient réglé les assises des briques. Ces pieds-droits supposent une tablette, comme dans les cheminées actuelles, mais l'enlèvement de la partie supérieure au ras du remblai environnant ne permettait pas de la retrouver, dans le cas où elle eût existé autrefois.

Les tuileaux qui composent ces cheminées sont liaisonnés avec un lit de mortier de terre très fine et forment encore

1. Voyez Fouilles de Voppidum de Beuvray; Autun, Michel Dejussieu, 1865, p. 22 et 23. Rapport lu à la séance de la Société Éduenne, par J.-G. BuUiot (4 juillet 1865).

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