Maison n' 41 de la Come-Chaudron
seize assises parfaitement régulières d'une hauteur totale de 0*60. Le foyer était établi sur une aire en béton dé terre et caiUoutis battus, de 0*22 d'épaisseur, un peu plus élevé que le carrelage, et servant de soubassement à la cheminée dont la base offrait un empâtement de 0"03 sur 0"10 de haut. Les assises suivantes sont légèrement en retraite et séparées par un intervalle de 0*^10 du mur de la maison, briqueté lui-même i sa base comme pour renvoyer la chaleur. Le corps de la cheminée a 1" de large sur 0^8 de profondeur, et le foyer 0*70 sur 0*40. Il était encore couvert de cendres sous lesquelles le terrage calciné avait acquis la dureté de la brique. L'absence de glaise et de clayons qui marquait ailleurs remplacement des cheminées sur poteaux, indiquait aussi un autre mode de conduite pour la fumée. On pourrait admettre que la gaine était pareillement en brique et terre sous la forme d'un cylindre cireux.
Dans l'amas de tuileaux écroulés sur la cheminée, quelquesuns encore imprégnés de fortes couches do glaise étaient arrondis extérieurement et é vidés au centre S donnant un cercle do 0*34 do diamètre dont moitié de vide. Ces briques arrondies on dehors n'avaient pu appartenir au massif carré de la cheminée, leur faible épaisseur et leur échancrure intérieure ne permettaient pas non plus de les confondre avec les briques en quart de cercle employées pour les colonnes pleines des maisons ou des hypocaustes. ^
Nous avons insisté sur deux caractères également remarquables qui se développent parallèlement dans l'édifice ; c'est d'une part la copie intentionnelle de l'art romain et de l'autre
1. lU AYiient 0"18 do long tar 0"11 de large. — La cheminée du Paro-anz- Chevaux a été transportée d'une pièce à Autun.
2. La déoouTerte de cette cheminée rappela tardivement qu'en 1867 une maieon du Cbamplain renfermait un massif analogue de briques qu'on avait pris pour un fourneau dégradé, l'altération des jambages n'ayant pas permis de reconnaître sa véritable destination; d'autres exemples sont venus démontrer que ce modèle appartenait bien réellement aux Gaulois, et que le foyer demi-circulaire en pierre ou en brique à toutes les échelles était usité parmi eux.
son application parcimonieuse à l'aide, presque toujours» de procédés gaulois. Le discernement de ces deux éléments sans cesse en présence peut seul conduire à une appréciation exacte de répoque et de la civilisation auxquelles il appartient.
Le plan rappelle dans ses principales dispositions celui des maisons de l'antiquité classique, comme on Ta dit, mais avec certaines particularités. Les murs ont de 0*50 à 0^0 d'épaisseur et 1" à 2"^ de hauteur sous le sol actuel ; la maçonnerie en moellon choisi et admirablement appardllé ne renferme pas de chaux; elle ne formait, croyons-nous, i une hauteur indéterminée, que les soubassements. On a retrouvé sous les portiques des plâtras avec empreintes de lattes et de bavures de mortier pressé entre deux bois, preuve qu'une partie de la construction était bien évidemment en torchis, avec cette différence que le mortier dans ce dernier renfermait de la chaux, à rencontre de la maçonnerie de pierre qui en est dépourvue. Tous les angles de la maison étaient en grands blocs de belle pierre de taille de granit du pays ; l'un d'eux, celui du nordouest, a même un socle saillant, de 1*10, d'un aspect quasimonumental. Des débris de tuiles à rebords figurent assez communément dans les parties de murs restaurés, en guise de moellons. Cette particularité suppose des débris de constructions antérieures et par suite l'usage, bien que limité, de la tuile à rebords, au moins à l'arrivée des Romains chez les Eduens.
C'est surtout aux assises correspondant au niveau des carrelages que ces tuileaux ont été utilisés, soit qu'ils parussent plus propres à retenir les enduits, soit qu'ils aient remplacé la pierre dans des restaurations.
Les seuils, et c'est là un détail caractéristique, étaient, les principaux du moins, en calcaire oolithique blanc d'eau douce et emboîtaient les jambages de granit comme un cadre; quelques blocs même de ce calcaire, d'une seule pièce, ont été entaillés à la scie pour cette destination, mais la garniture ordinairement est formée de plaquettes distinctes, enfoncées
sur champ dans le sol autour des bases des pieds-droits. Elle existait encore 4 cinq portes différentes, raison suffisante pour l'admettre à toutes les autres. La présence de ces saillies en calcaire ne saurait so justifier sans la restitution d'un placage de même matière dont les jambages des portes devaient être revêtus, et qui constituait une décoration d'une certaine rechercha.
Le seuil de la porte principale de Vairium, face ouest, a 2*16 de long entre les jambages. Les trous des crapaudines des gonds sont creusés dans la pierre, ainsi que ceux des quatre verrous verticaux qui assujettissaient les vantaux ; ces verrous sont à 0'"40 d'intervalle, excepté ceux du milieu qui sont plus rapprochés. En divisant en quatre la longueur du seuil, on trouve la mesure de 0"'54, égale à l'épaisseur des murs sur lesquels se r^epliaient do chaque côté les panneaux munis de charnières à cet effet, pour s'effaoer le long des pieds* droits comme nos volets d'aujourd'hui.
On recueillit un peu plus loin un des verrous, aiguisé pour entrer facilement dans sa gaine et muni d'une aorte d'anneau contourné pour le manœuvrer, qui imitait grossièrement un serpent, un reste d'ais 46 1& porte composée de deux épaisseurs de planches traversées par un grand clou à tète ronde, un anneau de fer pour la tirer et une moulure en bois carbonisé d» 0'°03 do diamètre, formée d'un filet arrondi et d'une gorge profonde de 0*01.
Les jaxnbages des portes, tous en pierre de taille de granit, étaien^posés sur une base de même nature engagée dans la maçonnerie avec une épaisseur uniforme de 0'°15. Les portes elles-mêmes variaient de dimensions. Celle du nord, la plus grande, avait 2'°20 de large ; celles des façades est et ouest avaient 2"15; une troisième, de l^TO, ouvrait sur V atrium; les autres variaient entre l'°60 et 1"35. Une, même, n'a que 0-60.
Les carrelages offraient le même mélange d'emprunts romains et ^lo procédés indigènes que le reste de l'habitation.
Plusieurs appartements, et entre autres la grande pièce oblongue que nous r^fardons comme une salle à manger» étaient pavés en mosaïque, mais du mode le plus simple. La bordure dans cette salle consistait en cubes de terre cuite de 0^2 de côté taillés au ciseau dans des tessons d^amphores ou des tuileaux et polis par l'usure ; les cubes noirs plus fins étaient en schiste, les blancs en calcaire oolithique d'une friabilité extrême et d'une nature différente de ceux de même couleur employés dans les mosaïques d'Âutun. Aussi ne les retrouva*t-on guère qu'à l'état de pâte et par places, à demi consumés. Ces mosaïques étaient scellées sur une couche de ciment de brique, dont la présence permet de constater la place de celles qui ont été enlevées pour être utilisées ailleurs. Cet enlèvement est d'autant plus certain que quelques parties trop adhérentes ont été délaissées^
La fabrication des scaioles qui forment à leur tour certains carrelages révèle le même esprit d'imitation et d'économie. Tandis que les Romains noyaient en dragée le caillou, la brique, les calcaires riches, les marbres dans des ciments qui défiaient les siècles, le constructeur, à Bibracte, n'employait que le cailloutis et les débris de tuileaux dans un amalgame de terre glaise sans chaux. Â la surface de cette couche encore molle, il incrustait de petits cailloux de couleurs variées, recueillis dans les ruisseaux ou sur les chemins, et les pilonnait fortement sans trop de souci de la poussière qui devait se produire à la longue. Ce travail de patience pour atteindre un résultat incomplet, ce sacrifice de temps pour ménager une faible somme, donnent la mesure des conditions étroites dans lesquelles débutait le travail d'assimilation entre la Qaule et Rome. C'est au pavage des portiques de l'atrium seulement que la chaux a été employée, et qu'elle a donné une solidité analogue à celle des bétons d'Âutun. L'aire de ces doitres bien qu'abritée par une toiture restait néanmoins en communication incessante avec l'air du dehors. Les fouettements de la pluie, les rafales de neige, en pénétrant plus ou moins
sous le portique, eussent transfonné en boue la partie du pavé sujette à leur atteinte; la nécessité avait fait loi, mais partout où réconomie pouvait en être réalisée la chaux disparaissait. C'est ainsi qu'à la partie inférieure des soubassements du portique on n'en a trouvé aucune trace dans le mortier peint composé d'arèiie fine et de sable qui enduisait le moellon, tandis que au dessus de ce soubassement et dans les torchis, non-seulement le mortier renfermait de la chaux, mais il était recouvert de stucs de diverses couleurs. Le calcaire pulvérisé qui en formait la couche superficielle et recevait la peinture était d'une blancheur et d'une friabilité extrêmes, aussi cette mince pellicule se délite-t-elle rapidement.
La décoration de cette partie consistait en panneaux encadrés non-seulement de bandes de couleur, mais de moulures très légèrement saillantes en stuc et d'une grande finesse, plus artistiques que celles des maisons gallo-romaines d'Autun et en même temps beaucoup moins solides. Leur composition délicate, en se prêtant mieux à un travail soigné, cédait au moindre choc, et la main avare qui dispensait la matière première les condamnait à périr promptement. Les cannelures et les moulures fragiles des encadrements dont on a pu sauver quelques fragments méritent d'autant plus d'intérêt. La couche qui a reçu la peinture n'a^ parfois que 0>^01 d'épaisseur et se détache de la couche plus grossière à laquelle elle était appliquée. La peinture elle-même, bien que bornée à des fonds unis et i de simples rayures, est exécutée avec soin ; les lignes sont d'une correction remarquable, les rapports de tons bien observés ; le rouge et le vert dominent avec le rose pftle, mais on y voit aussi le brun, le noir, le jaune, le violet à deux nuances et le bleu en bordures. Ce dernier par son aspect cristallin parait provenir de ce bleu dit d'Alexandrie, fréquent sous forme de boules de la grosseur d'une noix dans les ruines du Beuvray et dans celles d'Autun K Une assez grande variété
i. M. Heorj de Fontenay a publié sur ce bleu une savante nottoe dans les Afémoiret de la, Société Êduenn», t. m, p. 451 , nouvelle série.
règne dans les bordures, toutes de diverses couleurs. Quelques-unes» ornées de petits traits noirs verticaux, semblent rappeler un treillage que la ténuité des fragments ne permet pas de restituer. Une bande noire de 0"'01 de large est ravivée par deux filets blancs d'une correction parfaite obtenus en passant un léger trait à la règle avec une pointe aiguë. ^
L'exécution soignée de ce travail minutieux suggère les mêmes réflexions que la comparaison des belles poteries éduennes avec celles de provenance romaine. La solidité des premières est moindre, mais la supériorité de lignes et do modèles leur appartient. Il est difficile do se refuser à rocon« naitre dans ces formes élégantes et artistiques Tinflucnce ou la main d'ouvriers étrangers, nomades peut*ètre, fournisseurs ou instituteurs des Gaulois de notre région.
On connaît ('importance qu'attachaient les anciens aux moyens d'assainissement. Les édifices sont détruits par des gouttes d'eau, et l'insalubrité du sous-sol les compromet sous tous les climats, à plus forte raison sous un ciel brumeux et sur un sommet battu par les pluies et les vents, à une altitude où rhomme établit rarement sa demeure.
Si en Italie, dans la Gaule méridionale et même dans nos plaines, certains ouvrages préservatifs pouvaient paraître un luxe, ils étaient au mont Beuvray une nécessité, et l'architecte du ParC'^aux^Chevaux s'était mis en mesure d'obvier nonseulement aux effets du climat en général, mais encore aux inconvénients de la situation particulière du lieu où l'eau des pentes supérieures arrive par torrents se joindre à celle de la source qui jaillit constamment dans la cour même. Il avait en conséquence multiplié les égouts qui enveloppent et traversent
i. Disposition et ooulours :
Bandes de couleurs diverses
Violet clair
Fond vert
Fond blanc à treillage noir
Violet sur foncé
Noir
Noir
Blanc
Blanc
Blanc
Noir
Violet foncé
Jaune
Fond vert
Violet clair à petites raies Blanc
la construction. Les bouleversements opérés dans Tarrièrecour servant aujourd'hui de chemin no permettent plus guère de constater si elle renfermait un réservoir, mais il est certain que le trop plein de la fontaine, suivant le pied du rocher qui limite cette cour à Test et au sud, aboutissait à l'orifice commun d'un triple aqueduc découvert en 1867 par M. le vicomte d'Aboville.
Quidé par la tradition des gens du pays qui désignaient sous le nom de puits une excavation en forme d'entonnoir, au pied du rocher dont il vient d'ètce parlé, il retrouva au bord même du chemin, à l'angle sud*ouest de la maison actuelle dont le pignon occidental est fondé sur les plafonds du principal aqueduc, le point de départ de plusieurs embranchements qu'il explora. Cet orifice construit solidement en blocs de taille avait été attaqué autrefois par les extracteurs de pierre, qui avaient laissé sur place un bloc de maçonnerie à chaux, sable et gros graviers, négligé par eux comme sans valeur. L'aqueduc le plus considérable traverse l'arrière^cour, du midi au nord en avant de la façade du posticum, et tournant à angle droit à l'ouest continue de longer l'habitation sur toute la face nord. Les bases do cet aqueduc construit très proprement avec les pierres que fournit la montagne et un mortier composé d'arène sans mélange de chaux, sont assurées par un fort empâtement; le radier est formé d'un ciment de brique avec fragments de tuileaux concassés et battus; mais sans trace appréciable de chaux. De larges pierres brutes très bien ajustées forment les couvertes noyées sous une couche de O'^SO à 0™35 de mortier de glaise, pour prévenir les atterrissements. La largeur en œuvre est de 0*50 ; la hauteur de 0"75 atteint même parfois 1°^. Les murs sur un long parcours ont parfaitement résisté, aucune pierre n'a perdu son assiette, excepté dans le taillis, au nord, où les racines ont produit un éboulement. Dans la terre accumulée sur ce point étaient disséminées une grande variété de poteries brisées et deux boules de ce bleu antique cité plus haut, d'une substance siliceuse dont
le grain imite celui de la pierre ponce ^ Il ne reste partout ailleurs au fond de Taqueduc qu^une faible couche de terreau sec et comme tamisé. On a pu pénétrer à Tintérieur et le suivre en rampant jusqulà 84°^ de distance de Torifice, tant en ligne droite qu^en retour de la façade nord, jusqu^à la rupture citée plus haut où aboutit un autre embranchement qui sera décrit. Le second aqueduc partant du même point que le premier en différait par son mode de construction ; il longeait d'abord de Test à Touest, en ligne droite, sur 15*60 extérieurement, la clôture méridionale de lliabitation, entre deux murailles, formant à 2»» de profondeur une sorte de fossé qui débouchait dans une cuvette oblongue, à Tangle sud-est du posticum. Cette première section en avant de la cuvette avait été remblayée, au moment de la désertion peut-être, car on y trouva la partie inférieure d'une amphore funéraire du plus beau type, et qui contenait des ossements, des cendres, ^ea dont3 de cheval et un grand silex plat et mince. Le cours d'eau dans la cuvette même se divisait en deux autres branches avec une différence de niveau assez sensible. L'égout de gauche, au sortir de la cuvette, s'enfonce brusquement jusqu'à 2™45 au dessous du sol, c'est-à-dire à (W65 plus bas que celui de droite, entre deux parements très bien conservés. Ceux-ci ont, à la partie supérieure, C^OO d'écart, mais les parois inférieures renforcées d'une maçonnerie épaisse et bombée réduisent à 0*43 la largeur du radier. Une saillie de 0"06 sur chaque coté servait, à l'intérieur, de support à des plateaux de recouvrement en bois dont on a trouvé les restes pourris sur la feuillure. L'inégalité de hauteur de ces deux saillies, dont Tune avait 0*^72 et l'autre 1"*10, avait été calculée pour donner aux couvertes une inclinaison pareille à celle d'un toit et atténuer ainsi l'action de l'humidité sur le bois. Cette précaution disparait à 8°>50 plus loin, où les couvertes en dallage de pierre
1. Deux bonles semblables ont été trouvées à ÂutuD, & l'emplacement de l'atelier d'un peintre, avec trois autres fragments de pain d'ocre et de sanguine.
reparaissent sous une petite pièce extérieure de desserte accolée i la face sud de Iliabitation. L'août conserve alors O'^TO de hauteur. Son radier au lieu de brique concassée ne consiste plus qu'en béton de gravier battu avec de la terre et d'une extrême dureté, bien que sans chaux. La rapidité du courant et la masse d'eau, considérable à certains moments, y avaient entraîné quantité de poteries et un petit creuset trop menu pour avoir servi à une autre fusion que celle de métaux précieux. Cionduite jusqu'aux approches de Tangle sud-ouest de la face méridionale de la maison qu'elle a suivie dans toute sa longueur, la fouille a été suspendue sur ce point. Quant à l'égout intermédiaire, situé à un niveau plus élevé, il se séparait sur la droite du précédent, à un bec taillé en biseau, dans l'assise en pierre de taille d'un massif de 2" de long qui forme l'angle sud-est de la fagade orientale.
Le nouvel égout pavé en béton de brique a 0"45 de hauteur seulement sur 0*40 de large, et traverse l'habitation en diagonale. Il remplissait l'office d'impluvium dans la cour centrale ou atrium et allait rejoindre au nord le premier aqueduc mentionné, à la rupture de ce dernier sur la face septentrionale. Ses larges couvertes en pierre surmontées d'une couche de 0"10 d'arène l'ont préservé des atterrissements, mais non des résidus versés dans la cuvette, qui ont obstrué son embouchure où ces substances ont formé un limon graisseux et noir, semblable i celui qu on observe dans les petits égouts d'Âugustodunum. Â quelques mètres de distance et jusqu'à son extrémité opposée, au nord, où il rejoint le premier aqueduc, il est entièrement vide et se confond dès lors dans une branche unique qui continue de longer extérieurement la façade septentrionale. Cette branche, établie à 1>^90 au dessous du carrelage des appartements, aboutit au pied du mur haut encore de plus de 2°^, à un bassin rectangulaire de 6"55 de long sur 3»60 de large hors œuvre, tout en pierre de taille, dont il reste de deux i trois assises superposées. Les blocs qui mesurent jusqu'à O'^SO de long sont parfaite-
ment joints encore aujourd'hui sans ciment, mais les assises superposées sont séparées par une mince couche de corroi rougeâtre et très gras. Un autre amalgame do ce corroi et de pierrailles, fortement comprimé, enveloppe extérieurement le bassin. Cet enduit de 0"25 d'épaisseur Tétanchait entièrement en interceptant la communication de lliumidité avec les murs de la maison.
Le bassin dans le sens de sa longueur, c'est-à-dire de l'est à Touest, était partagé en deux, car son carrelage n'est point homogène. La partie contiguë à la maison est pavée en blocs de calcaire oolithique blanc sur 1*53 de large, et l'autre moitié de granit taillé sur 1™43; une légère différence de niveau suit la ligne de démarcation. Cette pièce d'eau avait une toiture portée par des colonnes de O^ib à 0''30 de diamètre dont on a retrouvé deux tronçons munis encore d'une mince astragale ; ils sont en calcaire oolithique d'eau douce, le seul que Ton rencontre dans les habitations du Beuvray et qui se fuse rapidement. La dimension de ces piliers concorderait avec celle d'une base carrée en taille qui mesure 0''45 de côté, et dont la face supérieure est seule aplanie ainsi que son tailloir de 0"06 de hauteur. Elle était encastrée dans la maçonnerie du bassin et dans le corroi qui l'enveloppe. Une autre moitié de base semblable accompagnée d'un fragment de demi-colonne en calcaire, trouvés dans le bassin même, indique que du côté de la maison la toiture du réservoir ne portait que sur des pilastres appliqués à la muraille. La diversité du pavage accusait peut-être la distinction du compartiment des maîtres et de celui des serviteurs, s'il est permis de supposer que cette piscine ait pu servir au bain.
Ces observations générales sur le mode de construction et de décoration de cette demeure sans égale à Bibracte nous ont paru nécessaires pour grouper et mettre en lumière des éléments qu'aucun indice n'avait révélés jusqu'alors, et qui ouvrent sur la civilisation de l'oppidum un horizon nouveau. Il reste à décrire en détail chaque appartement. Le plan de
rédifice affecte la figure d'un trapèze dont la coupe de Test à l'ouest, c'est-à-dire du fond de Tarrière-cour au bord de la voie qui longe le mur occidental, est de 64"' sur 54", du nord au sud, et même sur 60°* si on tient compte de certaines additions extérieures. La face principale de 64°*, abstraction faite d'une saillie de 4" en dehors de la clôture de l'arrière-cour, est oblique et divisée par la porte en deux parts inégales ; mais une brisure ménagée avec intention dans la plus longue rétablit jusqu*à un certain point l'harmonie en arrêtant l'œil à un angle obtus qui lui dérobe l'excédant. La porte principale est située en plein nord et précédée d'une petite loge CD de 2'"92 de côté, adossée i gauche, sans communication directe avec l'intérieur ^ Son aire en terre battue et cette exiguïté sembleraient désigner une loge de portier. Tout ce que nous savons c'est qu'au moment de la découverte elle renfermait une capse funéraire d'un mode particulier, violée déjà selon toute apparence ou reléguée à la hâte en ce lieu au moment de l'abandon de l'oppidum. Elle consistait en une espèce de cône creux en pierre de taille débrutie, de deux pieds de diamètre ^ et d'un pied sept pouces de hauteur, dont la partie évidée avait juste un pied sous voûte. L'extrémité du cône portait les traces d'un scellement au plomb. On trouva sous ce lourd opercule des restes d'ossements et de cendres, une dent d'homme, un gros os dont le vide était rempli de charbon fusé ; le tout placé sur une aire en brique, dans un fond de vase incomplet en terre jaunâtre saupoudrée de mica jaune. Deux murs de la logo avaient été détruits, et cette opération avait dû amener la découverte de la sépulture, si elle y existait déjà, le sommet de la capse affleurant presque le sol. Les débris d'ossements et du vase avaient été replacés sans doute après la recherche, sous l'influence du respect instinctif pour la cendre humaine
!. Un carré semblable existe à la façade opposée de l'édifice, dans la même position, an dessus de l'égout, avec aire en béton de terre jaune et sans murailles. Elles n'étaient peut-être qu'en pisé.
2. Il parait évident que les mesures ont été prises avec le pied de roi.
qui survit à la satisfaction de la cupidité ou de la curiosité. Des exemples semblables^ dans le cours des fouilles, ont été constatés. On recueillit en dehors plusieurs plaques carrées ou triangulaires de schiste bitumineux, un manchon en fer d*un tuyau de bois, une boule de bleu d'Alexandrie.
L'entrée de l'habitation précédée de deux marches en granit taillé, sans dislocation; a six pieds de large. Elle doûne accès à un vestibule BO, de trente pieds de large sur neuf de long, bordé intérieurement d'une banquette en pierre de taille conservée sur 2^20. L'aqueduc passe sous les marches. Ce vestibule a pour carrelage une sorte de scaiole grossière, sans trace apparente de chaux, dont la surface offre un mélange de très menus cailloux roulés, rouges, blancs et noirs, d'un certainpoli ; mais il est néoessaire, avant de pénétrer à l'intérieur, d'inspecter rapidement l'ensemble de cette face de l'édifice. La partie de gauche, très simple, ne comprend que deux grands compartiments BM et BH, occupant ensemble une longueur de 32"*, œuvre compris, sur une largeur variant de 10*30 à 9''40. Ils sont séparés par un mur de refend à la brisure déjà citée de la façade et s'élargissent ensuite en sens inverse suivant les lignes de la façade. La grande dimension de ces deux enclos dans lesquels on ne reconnaît aucun des signes ordinaires de l'habitation proprement dite, ainsi que leur situation à gauche de l'entrée, comme dans les maisons grecques, les font attribuer à des remises ou écuries, couvertes néanmoins en tuiles, parait-il, d'après les débris. L'enclos BM, dans un but de régularité, empiète, à l'angle sud-ouest, de plusieurs mètres sur Tespace adjacent, et atteint sur ce point une largeur de 12"' 10 en œuvre. La supposition d'écuries qui se seraient prolongées sur toute la face extérieure de l'arrièrecour, au nord, où on a rencontré de nombreuses fondations, est d'autant plus admissible qu'on y a trouvé une pièce de harnachement probablement unique. C'est le frontail en bronze émaillé d'une bride de cheval, artistement évidé, et d'une correction de lignes remarquable, dont nous donnons la
chromolithographie ^ Il no reste dans les murs de la grande remise BM aucune trace do seuils^ ils ont été supprimés peutêtre lorsque ces murs ont été rasés au niveau du sol. La porte du hangar adjacent BH, large de trois pieds, se reconnaît au nord.
En revenant à notre point de départ, le vestibule BO, on est en face d'une grande porte, large de neuf pieds deux pouces, s'ouvrant dans Taxe de l'escalier extérieur en granit cité plus haut. Là apparaissent les premiers signes de luxe dans la construction. Le seuil de cette porte, primitivement d'une seule pièce, malgré sa longueur, et fissuré aujourd'hui en cinq, est une épaisse dalle de calcaire oolithique d'un pied et demi de large, plus une entaille d'un demi-pied à chaque extrémité qui contourne extérieurement les jambages en granit. Cette saillie suppose ainsi une application de pilastres ou de tablettes sur les pieds-droits. Cette décoration un peu rudimentaire, si l'on en juge par l'état des bases noyées dans la glaise, se répétait à toutes les autres portes dont les seuils sont de même en calcaire blanc avec retour aux jambages. Celui de la grande entrée sous le vestibule diffère de ceux-ci par un rebord continu de quatre pouces de large et de deux de hauteur, contre lequel battaient de l'intérieur les vantaux ou plutôt les ais mobiles qu'on appliquait pour fermer. On n'y voit en effet ni traces de crapaudines, ni gaines de verrous verticaux, ni gonds, ainsi qu'aux autres portes ; la fermeture ne pouvait être consolidée que par des traverses comme au moyen fige.
Un reste de barbarie, nous l'avons dit, perce toujours dans ces ouvrages que les siècles peut-être ont détériorés, mais dont l'aspect est peu- artistique ; aucune moulure ne relève les bases simplement taillées à angle droit. Cette pauvreté de détails, cette absence radicale de sculpture étonne le regard dans cette œuvre de demi-civilisation, en avance peut-être sur d'autres contrées de la Gaule, mais dans laquelle l'architecture et le luxe ne dépassaient pas les moyens vulgaires.