L'original a été envoyé au musée de Saint-Germain
Le grand seuil en calcaire du vestibule forme rentrée d'une première cour primitivement carrée ou oblongue, mais à laquelle Taddition de quatre pièces isolées, une à chaque angle, a donné la forme d'une croix grecque dont la base aurait une largeur double des croisillons. Elle est comprise entre les murs de V atrium au midi, les f(iuce$ ou grands couloirs parallèles, mais d'inégale grandeur, à Test et à Touest, CA et BL, desserte principale de Thabitation dont il sera parlé ultérieurement.
La croix est formée, comme il a été dit, par les empiétements des constructions aux quatre angles du carré. La partie de droite CC forme une pièce oblongue de 7"50 environ sur 4*18 en œuvre, débouchant sur le grand couloir CA ; la partie de gauche est une morsure correspondante de la desserte BM symétriquement limitée par un mur ; les deux croisillons sont vides avec une porte à chacun donnant sur leurs ftyuces respectives. C'était le point unique où les arrivants de la porte du nord pussent pénétrer dans les divers corps du logis et spécialement dans Vatritun. Le haut de la croix est déterminé par tes cloisons do deux pièces, BI et BJ, de 7"70 à 7"'80 de long sur 5*25 de large en œuvre. Elles occupent chacune un angle de la cour et, au moyen du mur qui les relie au sud, ferment extérieurement un des côtés de Y atrium. Aucune de leurs communications n'ouvre sur la première cour en croix, mais chacune a sur les fauces une issue à l'entrée du portique de Vatrium. On a signalé déjà les cheminées de brique ; les deux pièces BI et BJ en possédaient chacune une, adossée au fond de la pièce, à droite et à gauche de la porte.
Avant d'aller plus loin, nous rappellerons que les appartements dont il va être question sont ceux qui occupent toute l'aile de la maison située à droite de la grande entrée, sous le vestibule. Leur distribution particulière et leur mode d'appropriation les désignent comme affectés à certains membres de la famille. Cet agencement contraire aux habitudes romaines qui la reléguaient à l'arrière et plaçaient en première ligne
les salles de réception, est une sérieuse présomption pour nous croire en présence des mœurs de Taristocratie gauloise, et, d'autre part, le choix de Texposition du nord, à 800" d'altitude, pour loger femmes et enfants, n'eût guère concordé avec les recherches méticuleuses du sybaritisme romain. N'est*on pas fondé plus tôt à voir dans ce corps de logis, d'un certain luxe, mais séquestré à un angle de la maison, sans communication avec les appartements de réception, comme on le verra, ce gynécée d'où Tenfant gaulois ne sortait qu'à rftge de quatorze ans pour paraître en armes aux yeux de son père et recevoir sa première caresse? Cette partie de-la façade septentrionale qui comprend 21" de long, sur la droite du vestibule, se divise en cinq petites pièces dont la plus importante occupe l'angle nord*ouest de la demeure, au pied duquel était creusé le réservoir alimenté par l'aqueduc. Elle comprenait en outre pour sa desserte un couloir spécial communiquant à un enclos BP qui semble, soit une petite cour, soit une desserte sur laquelle on avait pris l'emplacement d'un four. L'intérieur de toutes ces pièces était très soigné et annonçait une recherche inusitée dans plusieurs autres appartements; les jambages de porte étaient plaqués de calcaire blanc dont les soubassements, bien que mal joints, n'avaient point été arrachés ; ce corps de logis, le seul qui se composât de chambrettes exiguës, avait eu évidemment une destination à part. La première chambre BT, contiguë au mur occidental du veslibule, n'a que 2>^70 de façade en œuvre, sur 4"80, sans trace de communication apparente. Le seuil, placé i une certaine hauteur sans doute, a disparu sans laisser de trace. L'égout transversal de l'atrium coupe ses fondations et rejoint l'aqueduc principal à 2" en avant de la façade. A la suite, sur la même ligne, vient la pièce BU dont les murs ont encore 2" de haut avec un empâtement de 0"10 Jusqu'à moitié de cette hauteur. La construction en gros moellon est parfaitement appareillée, on y a trouvé deux médailles gauloises et des poteries. Cet appartement, plus grand que l'autre, a 4"
8ur toute face en œuvre et une porte de sortie sur le grand couloir latéral.
La troisième pièce BX offre à très peu près les mêmes dimensions que la précédente et, comme elle, une sortie sur le couloir en retour BS; le carrelage est en briques de 0*^18 de côté, posé sur un lit de gravier et terre battue. Ces briques auraient pu elles-mêmes servir de straPum à des carrelages plus riches dont on a retrouvé les restes épars dans le voisinage. La pièce suivante BY, qui n'a que 2^S0 de long, dépendait de la pièce BX qu'il fallait traverser pour sortir ; le seuil est formé de deux tablettes de calcaire oolithique, assises sur deux rangs de briques très épaisses. Les autres seuils, ainsi que les pieds-droits sont en granit ; mais on sait que nombre de placages et do matériaux de luxe ont été soigneusement enlevés, aussi ne reste*t-il d'autre aire que la couche d'arène mélangée de gravier. Malgré cet état de dégradation, des débris de poteries artistiques dans le même appartement, une coupe en terre noire fine, moirée, un fragment de vase en forme d'olive, haut et excessivement mince, en terre rougeâtre couverte d'une multitude de traits en relief imitant nos virgules, un autre en terre noire contenant encore de la couleur rouge, indiquaient, ainsi que ceux des poteries analogues trouvées dans les pièces voisines, que cette partie de l'habitation n'était point celle des serviteurs.
C'est ce qu'achevait de démontrer la fouille de la cinquième chambre BZ, à Tangle nord-ouest de l'édifice. On y retrouva en effet les restes d'un carrelage composé entre autres de tablettes triangulaires de schiste bitumineux de 0"i2 de côté, un anneau dont la pierre était détachée, des poteries ouvragées d'un modèle rare, parmi lesquelles un grand fragment d'une belle assiette samienne portant dans un double cercle couvert de hachures, Testempille quatre fois répétée, en forme de croix, du potier C. SENT (C. Sentus), trois médailles gauloises en potin et en argent dont une de Oermanus. La façade de cet appartement, large dé 4''20 en œuvre, présentait une
particularité qui n'avait d'autre but peut-être que d'assurer la solidité, mais qui pourrait indiquer aussi une décoration intérieure. Non - seulement l'épaisseur du mur augmente sensiblement sur les deux côtés de l'angle, mais on voit à l'intérieur de la pièce, dans la fondation, deux massifs de maçonnerie aux deux extrémités de l'appartement, en saillie l'une de 0^0, l'autre de 0*85, au niveau du carrelage, et laissant entre eux un intervadle de 2*50. Etait-ce une sorte de porche sur la voie? On pourrait le supposer d'autant mieux que la pièce BZ est sans communication avec les précédentes. Sa seule issue donne sur une annexe BB qui conduit à l'enclos BP, privé lui-même d'accès apparent sur les couloirs. Le réservoir d'eau en pierre de taille baigne extérieurement la base de la face nord de l'appartement, à i"90 au dessous du carrelage dont il est séparé par un énorme cube de maçonnerie, préser^ vatif contre l'humidité.
Les deux pièces BY et BZ de la façade nord étaient du côté opposé, c'est-à-dire au sud, longées par deux petits compartiments aboutés, BV et BB, qui n'ont que i"'60 de large sur 4 à 5 de long, imitant un couloir coupé en deux par un mur et percé d'une porte. La pièce BZ avait seule accès sur le premier et la singularité de leur disposition défie toute attribution. On a rencontré en BV des quarts de colonne en brique déjetés dans les décombres. Âuraient-ils appartenu à la pièce BZ dans laquelle on avait constaté l'existence de bases en maçonnerie à deux des angles? De très gros clous à doubles crampons, comme les anciens en employaient pour fixer les placages, des briquettes en terre jaune de 0^06 de long sur O'Oé de large et 0*013 d'épaisseur, provenant d'un mode de carrelage perfectionné, un fragment de béton ou scaîole composé de tuileau, chaux et sable, un polissoir conique pour ragréer les carrelages, un fragment de verre plat, arrondi en haut, imitant une pièce de vitrage, du plomb fondu, annonçaient pour l'intérieur de tous ces petits appartements la recherche du bicn*être. Dans ce pêle-mêle de débris apparais-
saient deux médailles gauloises dont une de Germanus, un bec de lampe en terre jaune» des poteries de toute nature, du verre fondu, le pied d'un petit vase teint en rouge, une variante du aigle du potier Sentus -^g-^ , un autre avec les lettres ongr sur un goulot d'amphore, etc.
Au milieu de la cloison méridionale de la pièce, deux pierres de taille en place semblaient annoncer le seuil d'une porte, mais au lieu d'un passage on se trouva en face d'une espèce de four de 1*40 de large sur 1"70 de profondeur, noyé dans un massif de magonnerie composée d'une légère quantité de chaux et de terre brûlée ; le cul-de-four demi-circulaire était pris sur l'endos BP. Ce four, presque au niveau du sol et carrelé de grosses briques calcinées, reposait sur .un lit compacte de tuileaux ; la gueule pouvait avoir 0*70 d'ouverture, si l'on restitue une des pierres de côté qui avait disparu. Cette singulière disposition engagea à fouilla à fond le petit appartement. Son pavage consistait en un agencement des petites briquettes citées plus haut, collées entre elles par un fort ciment de tuileau pilé, chaux et sable fin, et appliquées sur un lit de pierraille enfoncée dans une couche de sable. Elles étaient posées de champ^ de manière à imiter en réduction la feuille de fougère de nos parquets ; on remarquait même sur leurs tranches des colorations diversement combinées, et sur quelques-unes des traces d'une encaustique noire imitant un vernis. L'enduit dur et uni qui formait bordure autour de la pièce et qui était encore adhérent conservait lui-même des restes de coloration noire. Le sol de BV fouillé au dessous du niveau du carrelage se composait presque exclusivement, devant le four, de couches successives de charbon gluant et de terre glaise renfermant de menus débris de poteries usuelles, d'amphores, et surtout d'une grande quantité d'ossements parmi lesquels une mâchoire de sanglier armée d'une défense. Ce singulier remblai fut enlevé à plus d'un mètre de profondeur sans changement, une petite meule de moulin à bras était aussi enfouie à 1*60 dans ce mélange. Le reste de la pièce
était rempli, au même niveau, de terre meuble renfermant des os comme la couche de charbon dont la masse compacte semblait avoir comblé spécialement, devant la gueule du four, une fosse demi-circulaire do 0*80 de profondeur et 0*70 de large sous le carrelage, comme si elle y eût été enfouie avec intention. Deux autres dépôts, de cendre existaient aux angles de la pièce, à droite et à gauche du four, avec trois médailles gauloises disposées en triangle à 0*50 les unes des autres, au même niveau, et à l^^SO de profondeur, à l'angle sudouest Le déblai contenait en outre un fragment de petit vase mince, des débris de tablettes de calcaire, des briquettes de carrelage, un goulot d'amphore en terre grise, signes d'un bouleversement. Il eût été permis aussi de se demander si l'assiette de la pièce n'était pas primitivement à un niveau inférieur, et si le chaii>on ne s'était pas accumulé à la longue avec les résidus de toute sorte ; mais la supposition est peu vraisemblable. Les maçonneries appareillées d'une manière remarquable jusqu'à 0"30 seulement au dessous de l'aire du four sont, plus bas, jusqu'à la dernière assise de la fondation, à plus de 2*, d'une barbarie qui ne leur eût jamais permis de se maintenir debout et de porter leur charge sans le secours d'un remblai. Ce n'est donc qu'une fondation ordinaire enfouie dès le début, plus épaisse que le mur réglé, mais négligée parce qu'elle n'était pas à jour; il en est de même à cello du mur séparatif de BB. Le sol sur lequel est établie la construction devait offrir peu de solidité avant que les aqueducs eussent accaparé et détourné la source; les murs de refend, à 1"80 de profondeur, reposent sur une couche de corroi sur laquelle repose la fondation des pièces voisines. Au dessous de cette couche, le long de la façade ouest', à 2'' sous carrelage, ect un amas de pierres jetées à la main, formant comme une seconde fondation qui déborde en dedans de 0°>80, derrière le mur appareillé, dans un but de consolidation et d'assainissement. Ce mur est ainsi plus profond que ceux de refend. La couche de corroi, fouillée jusqu'à 3^^ de profondeur sous le
gazon, présente à Toeil le même aspect que la terre jaune qui liaisonne les maçonneries. L'excavation dans laquelle est située cette vaste maison avait-elle été une ancienne carrière de glaise que la céramique pourrait encore utiliser, d'après une expérience faite sur les lieux ? C'est à cette couche imperméable, presque partout existante dans la montagne au dessous de la masse rocheuse qui ferme l'habitation à l'est, qu'est due la source qui jaillit au pied du roc dans la cour même, et qui fut dérivée dans des aqueducs.
Le carrelage en briquettes de la petite pièce BV en fait évidemment une chambrâtte de luxe à laquelle le voisinage du four, ou ce que nous prenons pour tel, servait peut-être de moyen de chauffage. Â la suite de cet étroit cabinet, il en existait un second BB, pavé de même, communiquant avec le premier et plus exigu encore. Il semblerait, à l'inspection du plan, que ces deux réduits aient été pris sur le prolongement occidental du couloir BS coupé par un mur de refend dans cette intention. Les deux cases avaient chacune une issue sur l'enclos BP. Ce dernier a 12"80 de long sur 7*50 de large, et une aire en terre battue mélangée de gravier. Une particularité néanmoins attire l'attention. Â 0''64 du mur opposé aux entrées, on y rencontra un massif de maçonnerie de 4*60 de long sur i^il de large, et. de 0*60 au point le plus élevé, car il est incomplet. Les angles sont très régulièrement construits en brique, le parement en moellon existe, l'intérieur du massif est un blocage confus de terre et de pierres jetées sans ordre pour remplir le vide. Cette singulière maçonnerie est exactement conforme aux grandes banquettes de même nature observées déjà dans la boucherie du temple, et dont une grande maison gauloise pouvait sans aucun doute avoir l'emploi. Le four qui occupe un des angles, les os d'animaux divers, la mâchoire de sanglier, l'accumulation des cendres et du charbon sur ce point, rendent assez vraisemblable en ce lieu, l'existence d'une grande cuisine avec l'attirail nécessaire pour dépecer les bêtes tuées à la chasse ou fournies par les tenanciers.
Trois autres compartiments^ isolés entièrement des préoe* dents par un long mur, leur font suite et oompl^jtent le groupe, tout en paraissant se rattacher plutôt à celui de la face occidentale de Vah^ium avec lequel ils communiquaient. Leur plan d'ensemble donne un rectangle do 14*10 sur 11*10 en œuvre. Les deux premiers, U et T, en façade sur le trottoir occiden- . tal, ont 5*10 et 8»68 de long intérieurement sur 3*10. Derrière eux s'étend un espace rectangulaire CB, de 14*10 de long sur 7*90 de largo. La pièce T seule a une porte sur cette espèce de clos et une autre sur le vestibule de la face occidentale de V atrium. Un mur continu, i Test, les isole sur toute leur longueur des fauees du grand couloir CÂ.
Si la maison du Parc-aux*Ghevaux était à Rome ou à Pompéi, il serait permis de voir dans ces deux cases des boutiques en location et indépendantes de la demeure* Cette sup* pasition n offre pas les mêmes garanties à Bibracte. La porte ouverte sur le vestibule de la face du couchant semble plutôt désigner la loge des gens de service, portier ou autres, placés
pour fournir à l'intérieur les matières encombrantes déposées dans la cour ou remise CE» bois, charbon, etc. La pauvreté des débris et de la construction des deux cases précitées justifierait l'attribution.
En continuant l'exploration de lafaçade occidentale au delà des dessertes CB, on tombe en quittant la pièce T, attribuée au portier, dans une sorte de vestibule S d'une nouvelle entrée tournée à l'ouest, et dont les marches extérieures ont été certainement enlevées. Le logis du portier T ouvre ainsi sur une area disposée comme celle de la porte du nord , en BO, mais de moindre dimension. Cette ctrea précède une autre grande pièce R qui est le vestibule proprement dit, ayant sur le portique mêmo'de Vatriiém une très belle porte intérieure à laquelle nous reviendrons. La façade occidentale à droite, c'est-à-dire au sud de cette pièce, se termine par deux grandes chambres Q et P, dont la première seule a une porte sur le vestibule. Elle est pourvue aussi d'une cheminée en brique
pareille aux autres, avec cette particularité supplémentaire que le foyer, indépendamment de son aire en terre battue, est carrelé de fragments de tuileaux irréguliers, mais parfaite* ment enchevêtrés les uns aux autres. Ce foyer est à 0*08 au dessus du carrelage de la pièce et précédé d'un briquetage rectangulaire de tuiles carrées et très épaisses servant de foyère. La pièce suivante, dans laquelle les traces de porte ont disparu, n'offre d'autre particularité que de permettre de constater qu'elle a été incendiée, selon l'usage général, après déménagement. Il est facile de s'en convaincre en suivant extérieurement les murs de clôture, au pied de^iuels existe partout un lit de cendres et de charbons entremêlés de tuiles à rebords et de tuiles creuses. Cette même couche renfermait des pièces de bois presque entières, carbonisées et entraînées dans la chute de la toiture, le long surtout de la façade occidentale. On a recueilli dans la pièce Q un moyen bronze de la colonie de Nimes, un fragment de verre bleu de 0"003 d'épaisseur, doublé d'une feuille d'émail blanc opaque, dont la courbure indique une coupe, une petite plaque de bronze avec deux rivets, et des poteries.
Nous avons décrit dans les lignes qui précèdent la face nord de l'habitation du Parc-aux-Chevaux, avec sa grande entrée, ses appartements et ses communs desservis par sa cour en croix, puis la série des pièces de la façade de l'ouest. Revenons au centre de cette dernière, au grand vestibule R, qui conduisait directement à Vatrium central. Les appartements disposés autour de cet atrium forment un nouveau corps d'habitation à peu près distinct de celui du nord, et ne communiquant avec lui que par de petites portes ouvrant sur les fauces. La grande dimension et la disposition de ces appartements annonce évidemment la présence du chef de famille, les pièces de réception, la vie publique peut-être, celle du chef de clan, et, dans tous les cas, une existence d'une certaine ampleur. Sans essayer d'expliquer par des conjectures leur destination, notre rôle se bornera d'abord à tenter de les
déorire aussi minutieuseinent que les . découvertes le permettent.
Au fond du vestibule R, une porte de six pieds deux pouces de large, inférieure à celle du nord, ouvre sous le portique de Vatrium, à Test, dans un mur de 0"60 d'épaisseur, en laissant à gauche tout le massif septentrional de Tédifice. Le seuil de cette porte est en calcaire blanc dans lequel on voit les entailles des crapaudines et les gaines des verrous verticaux qui assujettissaient les vantaux à charnières. Cette entrée n'est pas dans Taxe de Vatrium, par rapport auquel elle se trouve reportée de deux mètres au nord. UatrUêm à son tour n'est point dans l'axe de l'arrière-cour, et cette irrégularité motivée sans doute par les nécessités de la distribution a entraîné dans le corps oriental du logis une dérogation à ta tradition romaine, si tant est qu'elle ait servi de modèle. Les Romains en effet plaçaient aux extrémités de ce quatrième côté, sous le nom d'ate, ailes, des couloirs supplémentaires pour desservir. Un couloir de cette sorte, BL, long de 10*, existe bien au nord dans notre corps de logis, mais VaiU est supprimée au sud à sa place normale, ainsi que le couloir qui correspondait ordinairement à l'axe de Vatrium et du proihy' rum sur la rue. Elle est reportée, ÂA, avec une largeur d'environ six pieds à l'angle sud-est, du côté oriental du portique, d'où elle conduit i rarrièreHX)ur en desservant le triclinium, suivant notre appréciation.
Uatrium, en y comprenant les portiques qui l'encadrent, formait un rectangle de 23"" sur 19* environ. Ces derniers avaient pour pavé une scaîole, opw rignimun, mélange de chaux, brique pilée ou concassée, menus cailloux blancs en guise de marbre, constituant un solide béton. La cour centrale, impliâvium, circonscrite par un petit mur quadrangulaire, légèrement élevé en banquette au dessus du sol, avait 15°^ de long sur il. Ce mur fondé à une faible profondeur, avec une épaisseur de 0*30 seulement, n'aurait pu supporter ' ni la colonnade en pierre d'un atrium corinthien, ni les quatre
colonnes aux angles d'un atriium tétrastyle. On a bien trouvé dans l'arrière-cour une colonne en briques à pans coupés, mais aucun débris de même genre dans la cour centrale ne peut autoriser une supposition de quelque vraisemblance. L'bypotbèse d'un atrium toscan, formé par quatre poutres se croisant aux angles de la cour et scellées dans les murs, n'est pas plus acceptable en présence d'une portée de 24"*, avec la charge d'une toiture en tuiles à rebords. Force est donc d'admettre que le toit du portique reposait sur des piliers de bois plus ou moins nombreux, figurant ou non une arcature, et plus conformes à la construction gauloise. Cette affirmation est d'autant moins gratuite qu'il s'est trouvé parmi les décombres plusieurs blocs de granit, carrés, d'égale dimension, 0>^30 de côté, avec O^iO de tailloir, aplanis au ciseau sur une face et débrutis au marteau sur les autres pour être noyés dans une maçonnerie. Leur largeur étant rigoureusement la même que celle du petit mur de O'^SO qui limitait Vimpluvium, il est logique d'admettre qu'elles y étaient scellées pour servir de base aux poteaux. Quant aux eaux des toitures inclinées sur Vimphivium, elles trouvaient une issue naturelle dans Taqueduc transversal qui le coupe obliquement, se déchargeaient dans l'aqueduc principal près de la porte du nord, et de là dans le bassin en pierre de taille à l'angle nord-ouest de l'édifice. L'atriiim, comme dans toutes les maisons antiques, était le débouché général des appartements, quelques-uns cependant n'avaient d'issue que sur l'arrière-cour.
On n'a rencontré aucune de ces corniches en pierre ou en mortier, de ces frises couvertes d'animaux, de palmettes, de feuillages, imprimées à fort relief avec des moules sur des enduits frais, fréquentes dans les monuments d'Âutun. La décoration au Beuvray est plus simple, bien exécutée, il est vrai, mais dépourvue d'ornements.
Abordons maintenant le côté méridional, à droite de V atrium. La première pièce, 00, ouvrait sous le portique. C'était une petite chambre oblonguc, large de 2"" seulement sur 5, qu'on
aurait pu prendre pour une ala^ n'eût été sa porte. Son car* relage n'est que la continuation de celui du doitre en scaiole à chaux. Ce réduit pouvait être affecté à resclave chargé du soin de Tatrium» atriensis, logé de la même manière et au même lieu dans la maison dite d^ Homère^ à Pompéi. Il joignait une seconde pièce, 0, de 5"* de côté avec une porte do 1*, seule issue débouchant dans cette façade sur le dehors. Ouvert presque entièrement du côté de Tintérieur» Tappartcment a plutôt Taspect d'un vestibule pour l'entrée du sud» qui permettait de communiquer avec une pièce extérieure, L. Cette dernière, petite case de 4^0 de côté, avec un simple terrage pour pavé, était adossée en saillie au mur méridional avec des murs en pierre sur deux faces ; les rainures des deux autres, en pisé avec châssis de bois, étaient imprimées dans Taire à la limite du terrago. Elle correspond dans le plan d'ensemble à une case moindre encore, CD, bâtie et placée de même en saillie à la façade septentrionale, dans laquelle on avait trouvé l'opercule funéraire en pierre mentionné précédemment.
L'appartement suivant, J, de O'GS sur T'^TO, serait dans une maison romaine le tablirmm^ grande salle de luxe, ouverte en plein comme une ala sur Vatrium^ ornée chez les Romains de portraits de famille, et peut-être de trophées de guerre chez les Gaulois. Dans la plupart des maisons antiques, le tdblimém est ordinairement dans l'axe de Vatrium^ entre la première et la seconde cour ; mais dans la maison de V Apollon^ à Pompéi, il est, comme dans celle du Beuvray, situé sur un des flancs. Cette pièce exceptionnelle, sans cloison sur le portique, avait un pavé en mosaïque dont les derniers restes, monochromes, formaient une bordure blanche le long des murs. Elle était ornée de stucs peints et de moulures, exécutés avec un soin particulier. La base saillante, revêtue de calcaire oolithique, laisse supposer une décoration à part; la plinthe construite en brique jusqu'à 0*5Q de hauteur, était recouverte d*un enduit rouge composé d'une terre très fine et de brique
pulvérisée et tamisée. Tout semblait indiquer un des plus riches appartements.
La pièce suivante, I, ailleurs qu'à Bibracte, eût été une bibliothèque ou un tabularium, dépôt de titres ; telle est du moins la destination dans la maison d'Homère à Pompéi, dont toutes les pièces de droite reproduisent exactement et une à une celles de la nôtre. ^
Indépendamment de la grande pièce citée antérieurement, dans laquelle nous croyons avoir reconnu le dépôt du gros approvisionnement usuel, éloigné des appartements proprement dits, on trouvait à la suite du tabularium une cuisine, cucina, longue de 5"35 sur 3"80 de large. Celle de la maison d'Homère à Pompéi, si nous continuons nos comparaisons, occupe la même place dans le plan de l'habitation, elle a moins de 6* en y comprenant son fourneau, et 2" à peine de largeur moyenne. La nôtre pareillement sans communication avec le triclinium, salle à manger, pour éviter les odeurs, ouvrait sur le couloir latéral et non sur Vatrium. Une seconde preuve de l'attribution de cette pièce se déduit de remplacement de la grande cuvette où se divisent les aqueducs, qui lui était contiguë, et qui recevait les eaux grasses destinées à s'écouler par une chute dans Tégout recouvert de plateaux. Situé à un niveau inférieur aux deux autres pour permettre, au moyen d'un barrage, de le nettoyer en y lançant à volonté les eaux pluviales et celles de la fontaine, cet égout, malgré cette précaution, était resté obstrué de débris de vaisselle et de substances noires et glutineuses, tandis que les deux autres conduits étaient entièrement vides et dégagés au point qu'on a pu cheminer dans l'un d'eux.
On arrivait enfin par le même couloir latéral au triclinium B, qui débordait sur la dernière cour. D'après la disposition carrée ou oblongue de ces sortes de salles garnies de trois lits
1. Cfiefs^'œuvre de l'art antique, Eobiou, t. III, pi. xxvii.
en fer à cheval, autour de la table, le lit transversal était allongé ou rétréci suivant les dimensions. Celle du Beuvray est oblongue, mesurant 12"" sur S'^SS. Elle ouvrait sur Teictrémité du couloir latéral ÂÂ, en face du portique de Tarrièrecour. Le pavé était en mosaïque, les cubes noirs et blancs, en schiste et calcaire étaient posés sur un ciment de brique avec bordure de gros cubes taillés dans des tessons d'amphores. Des stucs peints, d'une g^nde finesse et de couleurs très variées, recouvraient les murs. Par une raison de salubrité que justifient les suintements du rocher voisin, la salle était' exhaussée de 0*40 au dessus du niveau du couloir sur lequel elle débouchait. Une seconde porte de sortie ouvrait à Test sur une aire en béton de terre contiguô à Torifice des égouts et au rocher, mais dont les cloisons avaient disparu, s'il en a existé. L'angle du triclinium^ formé d'un bloc de pierre de taille de 0*96 de long sur 0*30 de haut, limitait à ce point la ligne méridionale des grands appartements. On a découvert toutefois à la suite, sous la maison actuelle d'habitation dont elles occupaient à peu près l'emplacement, des ruines d'une nature indécise, vu que tout est renversé, mais où la terre jaune de mortier de terre des constructions et le moellon entassé ne permettaient pas le doute. On avait cru d'abord n'y voir que la démolition du mur de clôture adossé au rocher, mais ces restes dans lesquels on a trouvé plusieurs médailles gauloises et un instrument de fer pour ouvrir les verrous, recouvraient une sorte de pavé on pierre, indice d'une occupation quelconque. La pièce était en retraite sur le triolinium dont l'angle était dégagé, comme on l'a vu, et en était séparée par le béton de terre qui se dirigeait sur Taqueduc. Elle était adossée, à l'est, au mur de clôture et masquait le rocher. Il n'est guère possible d'y supposer autre chose qu'une desserte pour des besoins vulgaires, sans pouvoir rien préciser sur sa destination ni sur la manière dont elle se raccordait avec les autres parties de la cour.
Le quatrième côté du corps de construction à l'est, entre
VatriiAm et la dernière cour, se composait de six pièces contiguës situées à gauche du couloir ÂÂ. Il comprenait les chambres d'apparat, dont l'attribution résulte de la détermination des pièces précédentes. Construites sur un plan uniforme et dans des dimensions peu différentes, sans communication entre elles, la plupart, elles ouvraient indistinctement, les unes sur Vatrium, les autres sur Tarrière-cour. La grandeur de ces appartements sans hypocaustes devait offrir au chauffage de sérieuses difficultés. Ils ont tous une longueur de 8*75, sauf le dernier, au nord, HH, qui en a dix, en se prolongeant sur la largeur du couloir de gauche ou ala. La chambre D, pavée en scaîole, avait deux ouvertures. Tune sur le couloir latéral, Tautre sur VaPrium. La suivante E, large seulement de 3*30 en œuvre, est un passage direct de Vatrium à Tarrière-cour. Son carrelage, composé d'une couche de glaise do 0^30 surmontée d'une seconde en ciment de brique, rappelle la préparation ordinaire pour recevoir une mosaïque, enlevée ou détruite depuis, selon toute apparence. S'il était permis de déterminer, d'après des décorations intérieures, la destination de la pièce F, ses grandes dimensions eussent pu la signaler comme un csci^ ou salon ; mais sa porte unique sur i'arrière-cour, sans issue sur Vatrium, doit écarter cette attribution et la maintenir parmi les chambres ainsi que la suivante G. Celle«ci large de 4*70, sans communication directe avec les portiques, était certainement une pièce installée avec recherche, pavée d'une scaiole soignée en cailloux, sans chaux cependant, avec mur briqueté jusqu'à 1"'20 de hauteur, qui suppose un soubassement peint, associé à des placages en calcaire. Mais le détail le plus précieux de cette chambre était la conservation de la cheminée en tuileaux, décrite dans la première partie de ce mémoire, et qui semblait elle-même avoir été revêtue de placages ou d'enduits, car on trouva sur un des côtés une quantité de petits clous déposés en tas comme s'ils eussent été arrachés, des joints. La chambre G n'avait qu'une seule issue au nord, à gauche de la cheminée, et n'était
ainsi accessible qu'en traversant la grande pièce H» que ses dimensions» 7*70 sur 7*45, ne permettent guère de prendre pour une antichambre. Mais comme cette dernière a deux autres sorties, une sur Vala ou couloir communiquant à Vatrium et Tautre sur la pergula ou arrière-cour, il serait plus naturel» en suivant les plans romains, d'y voir un cecus ou une exèdre, des salles de conversation ^ Cette pièce en effet dont la porte sur rarrièreHK>ur a 2* de large, avec plaques de calcaire, était pavée proprement en sciûole et figurait parmi les appartements soignés. Un petit conduit on bois venant de la façade et gagnant ensuite la pièce HH, traversait les murs à 0"30 de profondeur sur 0*35 de large.
Le corps de &çade, au delà de la salle H, se terminait par une grande chambre oblongue HH, de 10''i5 sur 6''20, avec deux ouvertures, toutes deux sur Tintérieur; Tune au fond de Vala, BL, l'autre sur l'endos, BM. Son carrelage est un béton de terre mêlée de gravier.
Au delà de tous ces logis on' entrait, à l'est, dans l'arrièrecour appelée aussi du nom de péristyle, parce qu'elle était habituellement entourée d'un portique. Celle du Paroaum-Chevaux formait un rectangle de 35" du nord au sud, sur 23* de l'est à l'ouest, sans issue apparente sur le dehors. Les murs soigneusement appareillés sont adossés sur trois faces à une coupure verticale dans le rocher, et avaient encore par places sept pieds de haut dans les remblais qui les avaient enterrés. Comme leur situation sous les pentes du sommet de la mon* tagne les exposait aux chutes d'eau, ils étaient, de distance en distance, étayés par des contreforts en pierre très bien construits en mortier de terre sans chaux, dans la maçonnerie desquels se montrent quelques- tuileaux, signe ordinaire des derniers remaniements dans les constructions du Beuvray.
i . Dans U maifon de Pansa, à Pompéi, la pinëeothèqu9 occupe le même emplacement aTec deux ouyerturet semblablea ; Im Romains ordinairement la pla* calent an nord«
Une fontaine abondante voûtée aussi en tuileaux et mortier de terre, citée précédemment S sourdait dans une fente du rocher, entre deux contreforts, et s'écoulait dans les aqueducs en contournant Tédifice, après avoir fourni son contingent aux besoins domestiques.
En dehors même de Tusage général des portiques ou galeries couvertes dans l'antiquité, le climat du Morvan faisait une loi de préserver par des auvents et des toitures saillantes, des constructions faites sans chaux. Ces moyens préservatifs usités dans les maisons les plus humbles de la Come-Chaudron et du Champlain où des aires battues, des poteaux fichés en terre à Tavant des façades et des murs exposés à l'eau en accusaient remploi. Tétaient à plus forte raison dans les habitations aristocratiques. En déblayant, le long du tricU* niîtm, le couloir latéral qui relie Vatrium à la dernière cour, on rencontra, à 3*30 du couloir, en avant de la façade orientale, une colonne en briques à quatre sections ^, renversée d'un seul bloc et sur place, la tète contre la façade. C'était l'indice d'un portique. En prenant comme repère le point où gisaient les premières briques, ce portique aurait eu près de ' 4°' de large ainsi que la clôture de Vatrium. On obtint, en assemblant ces briques, vingt-cinq assises qui permettaient d'évaluer approximativement la hauteur de la colonne. Les assises étant liaisonnées avec de la terre glaise et plusieurs adhérentes entre elles, il eût suffi dans ce cas d'ajouter à la hauteur totale 0^01 d'épaisseur entre chacune, pour représenter l'épaisseur constatée du mortier. Une colonne de 0''30 de diamètre et de 2°'02 de hauteur a été reconstituée ainsi avec les débris disponibles qui, peu s'en faut, paraissaient complets; mais il manque l'appréciation de la base ou du mur d'appui. Ce mode économique de colonnes avec un mortier qui