‹ Fouilles de Mont Beuvray (ancienne Bibracte) de 1867 à 1895Chapitre 112 sur 134 · MAISON PC, 3, ET SUITE · texte numérisé non relu

MAISON PC, 3, ET SUITE

La construction PC, 3, citée déjà dans la description de la maison PC, 2, est située au bas de la terrasse de cette dernière, sous l'angle N.-O. à 1 5 mètres en amont de la source du Loup'Bourrou. Sa disposition bizarre et la suppression de la façade méridionale, où Ton constate des arrachements dans les murs qui devaient s'y relier, s'opposent à une restitution complète, mais sa proximité de la maison PC, 2, et la traversée de la conduite d'eau qui en provient doivent la faire considérer comme une de ses dépendances. Trois murs parallèles distancés de . 5 mètres les uns des autres autoriseraient à la rigueur l'hypothèse de deux pièces oblongues et contiguëS; mais la longueur du mur oriental qui, outre les parties enlevées, mesure encore 18 mètres, indique plus vraisemblablement, en ce qui concerne ce mur, un travail de soutènement pour la rampe d'accès du grand escalier de PC, 2; la maison PC, 3, proprement dite se réduisait aux trois compartiments A, B, C. Le compartiment B, dépourvu de clôture au sud, était creusé à 1 mètre sous le gazon, 8"37 en contrebas de- la superficie de Ijsi terrasse PC, 2, et offrait l'aspect d'une sorte de hangar oblong de 10 mètres sur 5, dont les murs au midi se terminaient par un trou de poutre. Il était traversé dans toute sa longueur par le caniveau de la conduite d'eau en plomb, qui coupait

à Tangle N.-E, le mur de refend qui le séparait de la pièce  traversée aussi par le même tube en plomb. Ce mur de refend, renforcé par un soubassement irrégulier, avait de 0^70 à l°'iO d'épaisseur, au passage du conduit. La pièce A, fermée sur ses quatre faces, a 2°'88 de large sur 4°'75, elle est à O'^iS en contre-haut du niveau de B, et n'oSre pas de trace apparente de communication avec cette pièce. Ses murs très bien appareillés s'élèvent encore de 0"'50 à 1 "^50 au-dessus des carrelages, les marches d'un escalier auraient peut-être été enlevées. Un enduit sans chaux, de 0°'02 d'épaisseur, en terre jaune, recouvert de couleur rouge, figure sur la muraille un soubassement de 0"60 de haut. Une sorte de placard en maçonnerie, de 0^50 de large sur O'^iO de profondeur, est ménagé dans l'épaisseur du mur septentrional, mais la particularité la plus singulière est celle du petit compartiment C, entaillé à l'est dans la terrasse. C'est une gaine étroite de 2*^55 de long sur O^'QS de large, entre trois murs crépis, du même enduit coloré dont nous avons parlé, et ouvert de toute sa largeur sur la pièce A dont il forme comme le prolongement, car on n'y reconnait ni seuil ni aucune trace de gonds ou de fermeture quelconque. Ce réduit, à 2 mètres au-dessus du carrelage, est éclairé par une lucarne de 0°'10 dei large en embrasure, au niveau de la rampe d'accès de l'escalier de PC, 2. Cette embrasure à soubassement enjpierres de taille est construite avec soin, en assises de briques, à partir de moitié de sa hauteur; la partie supérieure étant détruite, il n'est plus possible d'en apprécier la hauteur.

Quelle qu'ait pu être la destination de ce sous-sol, cachette, cellier, prison, nous nous bornons à constater son existence et nous reprendrons la suite- des explorations au nord de PC, 2.

La façade nord de la maison PC, 2, est bordée par un espace libre de 1 4 mètres de large affecté à un passc^e qui sépare la butte qu'elle occupe d'une seconde terrasse

parallèle à la première et de même niveau, à peu près. Cette seconde terrasse dont le principal escarpement est aussi à Touest s'amortit comme la première, à Test, par une pente continue dans celle de la montagne.

Sa plate-forme est entièrement nue, composée presque exclusivement de pierraille comprimée dans laquelle on n'aperçoit aucun vestige d'édifîce.EUe est cependant fermée de trois côtés par une muraille épaisse de l'°25 en fondation, avec angles en pierre de taille et empâtement de O'^TO de hauteur. Ce dernier sur certains points n'est pas lié avec la maçonnerie, comme s'il avait été plus tard appliqué en sousœuvre. La force de ces fondations ne s'explique que par la nécessité de résister à une .charge considérable, autre peut-être que celle du remblai.

La muraille dont le développement a encore, malgré des destructions visibles, 70 mètres, n'est parementée qu'extérieurement, indice certain de l'absence d'habitations en soussol. Mais la coupe du terrain offre en dehors, autour des fondations, des couches alternées de charbons, de cendres et de terre jaune, sous lesquelles on rencontre un lit de pierraille de 0"30 d'épaisseur qui formait vraisemblablement l'assiette d'un chemin. Ce remblai extérieur renfermait en outre une grande quantité d'os et de poteries de toutes sortes, amphores, vases de luxe et de cuisine, déchets de ménage parmi lesquels deux pièces portaient des noms de fabricants, l'une, fragment d'assiette en terre noire, celui déjà connu d'ORios, l'autre, débris d'un grand plat en terre samienne avec cercle guilloché, de 0*14 de diamètre, appartenait, d'après la nature de la terre, semble-t-il, à la fabrique d'Arezzo. Elle portait en deux lignes l'estampille ^^^^^ quatre fois répétée sur le cercle. Les autres objets comprenaient une moitié de petite meule à aiguiser, en grès, percée d'un axe tournant et usée irrégulièrement, la première qu'on ait découverte au Beuvray, des fragments de pierres dures de moulins à bras, une petite fibule en bronze à côtes, la

moitié d'un fer de cheval de très petite taille, une boucle attachée à une bande de fer et paraissant avoir appartenu à un harnais ou ceinturon, un carreau de fer, projectile d'une machine de guerre. Le mur d'enceinte se divise en trois parts, il a 25 mètres de long au couchant, Id^'SO au sud, 27 mètres au nord et se prolongeait certainement au delà en remontant à Pest vers la grande maison PC, 1. Si les pisés écroulés et les tuiles à rebords dénotent une construction quelconque sur cette muraille, l'^sence de murs de refend à l'intérieur ne permet pas de supposer une habita^ tion régulière, mais seulement des murs en pisé et charpente, des hangars soutenus par des poteaux. On n'y cons« tate d'autre aire que la couche uniforme de gravier comprimé ; le remblai de la butte tout entière n'est lui-même qu'une

masse de pierraille dépourvue de débris industriels et abso-

lument différente des terres meubles et carbonisées du pourtour. Sans clôture du côté de l'est, la conformité du niveau avec la façade occidentale de la grande maison PC, 1, à laquelle confine cette cour détachée, lui donne l'aspect d'une grande area artificielle, disposée en avant de cette maison pour des remises de chariots ou tout autre matériel encombrant et pesant. On peut juger d'après l'épaisseur et la dureté de l'aire superficielle d'empierrement qu'elle a été soumise à un long usage et à de fortes pressions, car les racines n'ont pu l'entamer et l'exhaussement de la couche végétale atteint à peine 0™iO.

L'enclos en terrasse n^ 4 qui vient d'être signalé devant la maison PO, 1, n'est pas isolé, il fournit seulement le premier exemple d'une série de grands espaces fermés complètement ou en girande partie de murs, qu'on n'a rencontrés jusqu'ici qu'au Parc-aux-Chevaux. Ces enclos de dimensions variables sont tantôt dépendants, tantôt séparés des habitations aristocratiques ; mais paraissent en tous cas, croyonsnous, avoir été affectés à leur usage, soit comme jardins, étables, dessertes inconnues, de nature ou autre.

Dans les tranchées et sondages d'exploration pratiqués au hasard à travers les vides, on a rencontré des sépultures individuelles ou collectives invariablement à incinération. Malgré cette circonstance, il ne parait pas que la destination de ces enclos ait été exclusivement affectée aux sépultures. Les nombreux fragments de tuiles à rebords, rencontrés le long de la plupart des murs de clôture, laissent supposer plutôt des toitures le long de ces enceintes; il fallait bien, après tout, loger quelque part les montures de l'escorte habituelle des grands seigneurs gaulois, assez semblable à celle des chefs arabes d'aujourd'hui, et qui toujours devait être prête à sauter à cheval pour suivre le maître et au besoin mourir avec lui. C'est dans ces conditions que César représente réduen Dumorix ne chevauchant jamais sans une troupe considérable de cavaliers, attachés à sa maison et entretenus à ses frais. Le nom actuel du Parc-aux-Chevaux, ne serait-il que la désignation modernisée d'un ancien état de choses transmis par tradition ? Le souvenir des cavalcades gauloises aurait-il ainsi persisté à travers les siècles, de manière à s'imposer jusqu'à nous? On en jugera d'après la suite des investigations.

Sur le flanc septentrional de la terrasse PC, 4, à 2™60 en deçà de l'angle N.-C, un mur de clôture de 0"55 seulement d'épaisseur, soudé à la maçonnerie de la terrasse, s'avance au nord sur une longueur de iS'^SO presque à fleur de terre. On y reconnaît une destruction ultérieure qui ne permet plus de vérifier ses dimensions primitives, mais en suivant de l'œil sa direction, elle va, à 31 mètres plus loin, aboutir à angle droit sur un mur transversal qui servait lui même de clôture au nord. Ce dernier mur forme plusieurs zigzags et n'a pas moins de 77 mètres de développement, il forme ainsi un grand enclos auquel nous donnons le n"^ PC, 5, qu'on doit rattacher encore à la grande maison PC, 1, dont la sortie y débouche à la même orientation. La face de l'est n'a pas conservé de clôture ou du moins les fouilles ne l'ont pas atteinte.

Cet enolos, de la contenance d'un quart d'hectare, n'est pas empierré comme celui de la terrasse PC, 4. Le sol y est meuble, l'absence des murs de refend sur Tune et l'autre face écarte de la pensée qu'aucune habitation de quelque solidité y ait été adossée. Une masse considérable de terrains rapportés et renfermant des poteries ainsi que des médailles gauloises avait nivelé cette surface primitivement déprimée par un ravinement des eaux. Elle est traversée du sud au nord par un chemin qui passe devant la maison PC, 1 , et qui tranche toute cette région du Parc-aux-Chevaux pour aboutir sur la grande voie longitudinale de l'oppidum, à 50 mètres en aval de la pente escarpée qu'elle gravit pour entrer sur le plateau supérieur. On n'ose hasarder aucune conjecture sur ce vaste emplacement, partie clos, partie ouvert et coupé par un chemin ; nous inclinons cependant à y voir encore un terrain de desserte, de la maison PC, 1, qui selon toutes probabilités s'étendait à l'est jusqu'à la lisière de la voie longitudinale dont il vient d'être question. Les fouilles antérieures, dans la partie de l'enclos qui s'en rapproche, ont mis à jour des murailles de constructions vulgaires, quelques pièces mêmes de harnachement qui semblaient indiquer des emplacements d'écuries.

Sur le flanc oriental du chemin déjà cité qui traverse l'enclos à 70 mètres sur la ligne de la maison PC, 1, on a découvert encore dans la fouille la plus récente (1883), n? PC, 10, les traces d'une grande bâtisse longue et étroite, paraissant appartenir aussi à des éouries ou des dessertes. Elle est construite en maçonnerie sur trois faces, la quatrième a disparu. Le sol exhaussé par un remblai considérable de 80 mètres de long, sur 20 à 30 mètres de large, forme un mamelon élevé de 6™50 au-dessus du niveau du chemin qui passe au bas. La façade occidentale de la bâtisse fondée à 1^70 de profondeur, dans cette espèce de chaussée artificielle, a été suivie sur 32 mètres de long ; l'intérieur se divise en deux compartiments, l'un de 18°'20, l'autre de

14 mètres, «éparés par un mur en pierre. Le plus long, au . retour d'angle, a 6°K)4, les deux autres 4'"20 seulement, mais il est facile d'y reconnaître un enlèvement de matériaux qui ne permet plus d'établir la largeur. La découverte, à Tintérieur, de huit trous de poutres creusés de 1 mètre sur 0"35 de diamètre dans le sol dur et très bien alignés entre eux à 1 mètre d'intervalle, ne le permet pas davantage ; car ils ne sont point parallèles à la muraille, dont les premiers sont distants de 1*^20 et les derniers de S'^SO ; ils ont dû ainsi appartenir à un établissement antérieur, d'autant mieux qu'ils n'atteignent pas le mur de clôture au midi. Le terrain environnant parsemé de nombreuses poteries est composé d'une terre friable dans laquelle on voit, à 1 mètre de profondeur sous le gazon, une couche continue de charbon de O'^IB à 0"'20 d'épaisseur qui ne s'explique que par l'embrasement d'un plancher et d'une charpente. On a rencontré tout auprès avec une meule la plate-forme circulaire d'un moulin à bras. Elle était en terre battue fortement, sur 1 mètre de diamètre et en saillie sur l'aire pour faciliter le manège du serviteur chargé de la tourner.

Le sol, jusqu'à la maison PC, 2, distante de 32 mètres, n'est qu'un amas de terre remuée, remplie de matières carbonisées et de débris céramiques de toute espèce qui accentuent la succession des habitations dans ce long terrassement, durant un laps de temps difficile toutefois à préciser en l'absence d'objets datés. L'allégation n'en est pas moins

certaine comme on en jugera par les faits suivants.

Il a été dit plus haut que les tranchées d'exploration du Parc-aux-Chevaux rencontraient de nombreuses sépultures ; les morts supposent les vivants. Près du bassin en pierre de taille de la maison PC, 1, dans l'enclos PC, 5, la sonde a révélé sous un léger renflement du sol, une grande excavation PC, 7, qui a été vidée entièrement. Cette fosse de 2°40 de profondeur sur 1°20 de largeur au fond et l'"40 à la surface, avait 10°'40 de longueur. Elle avait été creusée

pour une agglomération considérable de morts, car elle était littéralement remplie de cendres compactes, os brûlés, dents humaines, charbons, débris d'amphores. Les objets de métal étaient à peu près pourris; six médailles gauloises, une lampe d'une forme très simple et sans ornementation, le devant d'un chenet en terre cuite représentant une tête de bélier, avaient seuls échappé à. la destruction. Ce chenet en terre commune était enduit entièrement d'une couche de poudre d'or peu adhérente qui se détachait en partie au lavage.

 l'est de cette grande fosse commune créée peut-être à la suite d'un événement militaire, une étroite tranchée mit à jour sur la même ligne deux trous cinéraires, consistant comme d'habitude en une fosse ronde de O^'SO à 0°^0 de diamètre, sur 1 mètre environ de profondeur dans le terrain dur, au-dessous de la couche habitée. Ces trous diffèrent peu entre eux, ils sont souvent recouverts d'un lit de terre glaise, sous lequel se trouvent les cendres, le charbon, les restes d'os en bouillie et, au fond, un culot et des débris d'amphore avec ou sans médailles. La pauvreté de ces sépultures auxquelles on refusait souvent les honneurs d'une amphore entière, indique sans doute des gens de basse condition, car dans les fosses cinéraires communes i certains corps de métiers, les amphores, quelquefois au nombre de cinquante, avaient la panseintacte, les anses seulement et le goulot brisés. Celles du Parc-aux-Chevaux, sauf de rares exceptions, ne comprennent habituellement que la partie inférieure. En " voyant cependant la masse de débris d'amphores disséminés ou entassés par places dans tout ce terrain, on pourrait attribuer peut-être ces mutilations à un bouleversement dû à des remaniements du sol, à la cupidité et à la charrue.

Ce n'était pas seulement dans les espaces vagues, mais dans les habitations elles-mêmes qu'étaient enfouies les sépultures. La maison PC. FI, qu'on pourrait nommer Maison funéraire, est un type du genre, un véritable ossuaire.

Elle occupe à pic la pointe septentrionale du terrassement sur lequel sont situées les écuries à trous de poutres, citées plus haut, et longe, sur 31 mètres, le chemin qui passe au pied. L'ensemble de la construction comprend deux corps de logis, séparés par une cour, ouverte à Test dans le plan actuel, mais qui aurait pu se rattacher à des constructions plus étendues que révèlent des amorces de murs détruits. Le corps méridional ne se compose plus que de deux pièces inégales, précédées à Test par un compartiment incomplet I, peut-être un auvent de 4™70 de longueur sur 4'"50 de largeur. L'appartement G, qui occupe Tangle sud-ouest, a 8'"45 de longueur sur 4*^45. Il était chauffé par une petite cheminée ou brasero demi-circulaire en brique, de 0™75 de largeur sur O^BO. La pièce contiguë H, de 4'"20 sur 4""70 en œuvre, a conservé des murs de 2 mètres de hauteur, très bien construits ; son carrelage en terre battue est à i>°20 au-dessous du gazon et du niveau actuel des murs. On y a trouvé une médaille gauloise en argent. La cour E, qui sépare les deux corps, mesure 26 mètres du nord au sud, sur 9 mètres y compris une espèce de remise F, de 4"50 de longueur sur 2"30 de largeur, empierrée d'une couche de gravier de 0™20 d'épaisseur. C'est devant l'entrée de cette desserte que se trouve jm puits qu'elle avait peut-être abrité, le mur de cloison étant incomplet aujourd'hui. Le puits en bonne maçonnerie n'a que O'^SO de diamètre ; on entreprit de le fouiller. Après l'enlèvement de 2 mètres de déblai, on rencontra debout une amphore entière, moins le goulot et les anses, sous cette première une seconde et sous celles-ci une troisième, perdues à travers un monceau de débris d'autres amphores, cols, anses, goulots, dans un pêle-mêle complet, le tout agglutiné*d'une pâte de cendres, charbons, ossements calcinés d'hommes et d'animaux.

Dans cet amalgame imprévu étaient mélangés d'autres fragments de vases et objets dont quelques-uns offraient un intérêt particulier : trois débris de vases peints, un petit vase

étrusque de forme artistique, en terre noire lustrée, orné de raies verticales, intercalées de feuilles de fougère gravées en creux, un grain de collier, une rondelle de terre cuite percée au centre, une feuille mince de bronze estampé, trois médailles gauloises. Le tout reposait sur un plafond solide en grosses pierres de la largeur du puits, fixées à gêne entre les parois.

- On se crut un instant au fond, mais la sonde ayant ouvert une brèche, l'ouvrier se trouva suspendu à 7 mètres au-dessus de l'eau qu'on apercevait en bas; on mesura 13 mètres de profondeur sans avoir pu fouiller le fond dont Tétroitesse créait une difficulté et un danger.

A quelques mètres à l'ouest du puits, au pied même du mur de clôture, à l'intérieur de la cour, était un creux funé* raire de 1 mètre de diamètre, avec nombreux débris d'amphores, deux médailles gauloises, trois coloniales et une moitié, accompagniées de quelques curieuses poteries et d'un instrument en fer imitant une petite r&clette. Une seconde fosse de même nature existait au pied du même mur c^xtérieurement.

La cour F qui renferme le puits dont nous avons parlé est bornée au nord par le second corps de logis qui comprend trois compartiments Â, B, D, plus un grand auvent dont les amorces de murs révèlent l'existence. La pièce  est un petit compartiment de 2'"50 de côté sur S'^QS, accolé à la maison comme un hors-d'œuvre. On serait fondé à le considérer comme un caveau cinéraire affecté à la famille. Sur un carrelage de terre battue, à 2 mètres de profondeur, il renfermait quinze fonds d'amphores pleins de cendres et restes d'os, quatre médailles gauloises dont une du vergobret éduen Alavgos, une très belle soupière noire artistique, une assiette de même terre, ornée de cercles concentriques, une lampe à couverte blanche décorée d'un pointillé en relief, une grosse charnière et une penture de porte, en fer, trois meules brisées, le tout noyé dans la cendre. Un des fonds

d'amphores contenait des débris d'os coagulés dans une substance graisseuse, durcie et transparente dont les spécimens se voient quelquefois dans certains vases funéraires. Un col d'amphore entier traversait, de toute sa longueur, répaisseur du mur mitoyen comme pour établir une communication entre la case funéraire et la maison, particularité observée deux fois dans les fouilles.

Les deux autres compartiments B et D, sans communication bien que les aires soient à plus de 1 mètre de profondeur, forment dans l'ensemble une sorte de trapèze, de il'»40 à l'ouest, 10"»70 à l'est, S'-OO au nord, 12»50 au sud. La pièce D est englobée dans B qui forme autour d'elle, sur ses deux faces du nord et de Test, une sorte de grand hangar, dans lequel on descend de la cour E par un escalier de quatre marches en pierres de taille de granit, parmi lesquelles on remarque un bloc disparate de calcaire oolithique d'eau douce, provenant d'une construction étrangère.

Le palier de cet escalier étdt encombré de cendres, d'ossements, débris d'amphores, charbons, parmi lesquels une seconde médaille du vergobret Alavgos, avec le lion au revers, et une autre monnaie gauloise. A gauche de l'escalier, dans le hangar, on trouva sur une belle poterie samienne de fabrique italique, l'estampille deux fois répétée ^^ et un peu plus loin, une hache de pierre brisée, un petit carré de plomb de 0"'02 de côté. Notons une particularité. Dans la face occidentale du hangar ou grange on voyait, dans toute la longueur du mur, à 0°%0 au-dessus de la première assise de fondation, une pièce bois équarrissant de 0*20, posée de niveau, sur laquelle s'élevaient de nouvelles assises de maçonnerie que nous croirions avoir succédé à des pisés et à des poteaux mortaises dans la traverse. Les murs de la pièce D, en très bel appareil, étaient fondés à plus de 2 mètres, le tout remblayé de pisé et de terrain meuble. Une couche de terre battue, de 0°*15 d'épaisseur, y tenait lieu de carrelage ; la sonde en traversant cette couche

s'enfonça brusquement. On découvrit bientôt une excavation ovale de 2"30 de diamètre sur 1"50, creusée jusqu'à 4*70 sous le gazon et à 3 mètres au-dessous des fondations, ce qui avait nécessité à Tintérieur la construction d'un contrefort en pierre de taille pour soutenir le mur du nord. Cette espèce de puisard sans muraillement était taiUè dans un terrain très dur et compacte, et rempli jusqu'à Torifice ainsi que le puits d'une multitude de débris d'amphores et poteries diverses, d'un monceau de cendres, os carbonisés et charbons. Dans ce pêle-mêle figuraient outre les restes humains des ossements d'animaux, un bois de cerf, une corne de vache, des défenses de sanglier, des mâchoires de mouton, mélange ordinaire de nos sépultures gauloises. Parmi les nombreux fragments céramiques une seule pièce, espèce de coupe évasée en terre noire sur un étroit support, put être restituée en entier. Tout le reste ne semblait avoir été jeté qu'en bribes. Le plus grand nombre appartenait à de petites coquelles à trois pieds, graisseuses, qui paraissent avoir servi à la fonte des lardons pour la soupe usitée dans le Morvan. Elles sont généralement enduites de poudre d'or, mais l'extravasion de la substance grasse sur le feu les a recouvertes fréquemment d'un feuilletage noir qui se détache facilement ; la poudre do mica s'enlève aussi en partie au lavage. Ces vases sont ceux dont les fragments se raccordent le plus souvent, mais sans être entiers ; nous en avons compté de dix-huit modules différents. Quelques gros plats à bords relevés en une terre jaunâtre et fine enduite d'un rouge mat, distinct de celui de la poterie samienne, de grands fragments de dolium recouverts de mica, et luisants comme l'or, un autre de poterie peinte, des palets, des assiettes, desécuelles, des vases oblongs, constituent un véritable mobilier céramique en mille morceaux. On croirait presque, à l'aspect de ces débris aux formes multiples, que chaque assistant aux funérailles jetait un tesson quelconque dans la fosse, un fragment, par exemple, de la yaisselle du mort.

mise en pièces au bord de Texcavation funéraire, comme aujourd'hui encore, dans quelques villages du Morvan, on place sur la tombe Técuelle dont le défunt se servait de son vivant.

La sépulture dont il vient d'être question ne parait pas avoir été violée, puisqu'elle était recouverte d'une couche d'argile battue, à moins que la construction ne fût postérieure à l'ensevelissement. Son contenu indique toujours des usages particuliers au pays ou à la race, qui méritent l'attention. Parmi les débris céramiques, il en est un qu'on rencontrait pour la première fois et dont la mutilation ne permet pas une restitution certaine, il ressemble extérieurement à un col d'amphore, mais il n'est pas percé. Le pied est brisé au-dessous du tube creux de O'^OO de diamètre et orné extérieurement de trois moulures circulaires, espacées de 0°'04. A la dernière placée sous le fond, il reste une espèce de bec en saillie surmonté de deux dépressions d'un centimètre de profondeur, comme d'empreintes de doigts, et séparées par un bourrelet de même dimension. Ce fragment couvert de poudre d'or a 0°* 16 de hauteur, mais il est loin d'être complet. Était-ce une sorte de réchaud ? Deux amphores seulement étaient estampillées au bas de Tanse, l'une des lettres HE, l'autre des initiales rm; une moitié de fond de vase conservait un reste de graffite grec fp. Les estampilles des débris d'amphores du puits muraille portaient empreintes sur la ceinture du goulot m. sta. dioci. fe. magi. sauf celles de gn marquées au bas d'une anse et sur une panse.

La fosse cinéraire de la pièce D ne contenait plus guère d'objets de métal intacts, Toxyde ayant tout rongé même le verre dont on recueillit seulement quelques grains en pâte bleue avec larmes en jaune et blanc ainsi que de petits galets blancs de ruisseaux. Quelques restes de bronze avaient cependant résisté, deux petites boucles ou anneaux, une agrafe rectangulaire brisée, une feuille ovale estampée et renflée au centre, terminée à chaque extrémité par un rond

percé au milieu d'un trou quadrangulaire de trois millimètres de côté, correspondanf exactement à la forme d'une dizaine de clous de bronze/ excessivement fins et longs de 5 à 6 centimètres, qu'on rencontrait pour la première fois. La tête avait disparu, séparée sans doute par l'oxyde, car on retrouva une petite balle demi-sphérique en bronze massif sous laquelle se reconnaît une attache de grosseur identique à celle des clous en question. Une lame de plomb déchirée et percée de gros clous de fer, à tête épaisse, dont l'un adhérait encore, provenaient sans doute du revêtement d'une capse cinéraire. On n'a recueilli que deux médailles, gauloises l'une et l'autre ; tout était pourri, les cendres coagulées nuisaient du reste à leur découverte. Enfin, tout au fond de la fosse creusée dans la pierre dure, le dernier objet fut un sifiQet en os, charnière si l'on veut, percé de deux trous joints par une rainure. C'était la première fois que cet objet si fréquent dans les maisons romaines apparaissait au Beuvray.

La disposition étrange des sépultures concentrées dans cette petite maison, dont une partie toutefois a été détruite, ouvre un- certain champ aux suppositions. Il est possible que la grande fosse ovale n'ait pas été violée, ainsi que nous l'avons énoncé, si la couche qui la recouvrait n'a pas été rétablie pour, dissimuler cette violation. Mais est-il permis de voir un mode normal d'ensevelissement dans les cendres de bûchers funéraires encombrant le palier de l'escalier et dans le dépôt du puits muraille? Le premier cas s'expliquerait peut-être en admettant que dans un but de cupidité la petite case  ait été fouillée, vidée en partie et les cendres lancées en débarras sur le palier contigu. Les incinérations du puits n'admettent pas alors la même explication ; il est évident qu'une raison décisive a pu seule déterminer les habitants du lieu à sacrifier l'usage d'un puits construit à grands frais. La précaution prise d'établir un plafond poiu* préserver la cendre des morts du contact de l'eau témoigne

d'un respect dont se fussent a£Eranchis de vulgaires résurrectionnistes ; il semblerait donc qu'au moment d'abandonner l'oppidum, la population ait relevé ses cimetières comme si les expulsés avaient voulu réunir les cendres de leurs morts dans leurs maisons mêmes, avant de leur dire un dernier adieu, les abriter précipitamment contre les profanations possibles, dans des espèces de cachettes, conservant l'espoir peut-être de les retrouver un jour? Ce caractère de translation nous a frappé plus d'une fois depuis le commencement des fouilles, et fournirait-il une explication du morcellement, de la dislocation complète des poteries et des objets trouvés dans les sépultures?

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