‹ Fouilles de Mont Beuvray (ancienne Bibracte) de 1867 à 1895Chapitre 113 sur 134 · MAISON PC, N · texte numérisé non relu

MAISON PC, N

La maison n*^ 8 du Parc-aux-Chevaux offre un type nouveau des grandes habitations gauloises, dont les appartements autant que les dessertes occupent une surface plus étendue que les précédentes. Bien que construite comme elles d'après les principes de Tarchitecture romaine, elle n'en offre à première vue dans son état actuel ni l'unité, ni la régularité. Ce n'est plus la maison carrée ou rectangulaire, construite sur quatre faces, autour d'un atrium, c'est une distribution de corps de logis distincts, répartis sur des cours ou enclos plus nombreux qu'en aucune autre et dont on ne saisit pas toujours les communications respectives ; chacun de ces enclos était affecté sans doute à une desserte spéciale et indépendante des groupes voisins. Il serait possible cependant que cette disposition disparate ne fût le résultat que d'enlèvements de matériaux et de démolitions ultérieures faites par les moines cordeliers du Beuvray, lors de la construction de leur monastère presque contigu, ou par les habitants des villages voisins. Certaines parties ont été visiblement exploitées en carrière et, si on rétablit par la pensée les murs dont il reste quelques amorces à l'extérieur,

sur les faces sud et ouest de la cour régulière DD, si on restitue à Tintérieur de cette cour un portique en construction légère, on arrive à retrouver pour le principal corps de logis au moins, un ensemble plus classique, un atrium carré, entouré sur ses quatre faces d'appartements dont l'aménagement et le luxe indiquaient sans conteste ceux du maître du lieu.

On y reviendra plus loin.

Les clôtures de l'enclos de Thabitation au sud sont formées par une longue muraille avec brisiures à angle droit, mitoyenne avec les entours du n® PC, 1, au nord par un chemin de 6*^40 de largeur, qui la sépare d'autres maisons non encore fouillées, à l'est par le chemin de 10 mètres de large, descendant de la maison n"* 1 à la grande voie longitudinale qui monte au champ de foire, à l'ouest par la plaine inexplorée dans la direction du Theurot de la Roche. L'entrée regarde l'est^ presque en face de la maison funéraire n® PC, 11, située de l'autre côté du chemin. Elle est pré* cédée d'une cour de 30 mètres de large sur 9 mètres ou plutôt d'un jardin Â, car le terrain ameubli est absolument expurgé de pierres jusqu'à 0""60 de profondeur ; aucune trace actuelle de cloisons ne la sépare du chemin ; la fermeture, si elle a existé, pouvait consister en barrières de bois. A gauche de la cour, débouche à l'angle du corps de logis un conduit entre deux murs, venant du grand enclos méridional PC, 9. Â sa droite se développe la première façade, divisée en deux parties par un espace ouvert à l'avant E, et sans commuilication d'aucun côté avec les chambres adjacentes ; c'est une pointe du jardin entre les appartements. La partie de gauche comprend deux pièces B et D, se desservant l'une et l'autre sur un petit couloir séparatif C, de 1™70 de large, à jour sur le jardin. La plus grande pièce à l'angle est en. saillie de 3 mètres sur celle de droite qui n'a que 6 mètres d'une part et 3"60 de l'autre. Le côté opposé, nord du carré ouvert au centre, ne comporte qu'une seule chambre

de 6 mètres de long sur G'^SO de large intramuros, ouvrant à Test sur le jardin. Cette chambre elle-même est précédée de deux plus petites, G et I, en retraite de 2"65 sur sa fagade et séparées par un couloir de desserte H, débouchant aussi sur le jardin au sud.

La régularité de la pièce G est altérée par la morsure d'une construction K adossée au nord, qui l'entaille à angle droit de 1*^80 et que nous séparons du groupe à raison de l'infériorité de son niveau, quoique la porte unique de la pièce adjacente I ouvre dans la même direction.

Derrière la première façade règne une cour M, de 19 mètres sur 23. Les compartiments en contrebas de plus de 2 mètres, cités plus haut, ferment par leur projongement à Touest une partie de la face septentrionale de la cour. Deux seulement sont conservés K et L, mais l'existence d'un troisième J qui les précédait est marquée par un. carrelage en scaîole de tuileau très fin et poli, qui n'aurait certainement pas résisté à la pluie sans être abrité. Quelques pierres plates, alignées en bordure sur la fagade, auraient pu à la rigueur supporter des poteaux d'auvent, mais ce mode recherché de pavage se réfère bien plutôt à une pièce habitée avec devanture en bois peut-être, qui communiquait d'ailleurs avec les deux pièces contiguës I et K, au sud et à l'ouest.

Le mur oriental de la case bétonnée en scaiole ayant disparu, les murs subséquents à l'ouest forment deux compartiments parallèles et inégaux dont les fagades sont détruites également au nord. La première K, faisant suite à la scaîole, a 7'"40 sur toute face. On y a trouvé deux médailles gauloises et une épingle ou style en bronze d'une forme élégante et, dans la case suivante L, un peu plus grande par suite d'un empiétement de 2'°70 sur la cour M, une jolie clochette en bronze munie de son battant et la moitié d'un grand bronze colonial. Toutes traces de constructions disparaissent au-delà et, s'il en a existé, leurs matériaux ont été enlevés, ce qui semble probable. Cette lacune

laisserait 11 màtres sans clôture, du côté septentrional de la coiu* M, dimension exagérée pour la circulation. Quant aux trois grandes pièces adossées, dont il vient d'être jquestion et qui semblent indépendantes, sur un chemin de traverse, on pourrait les considérer comme des boutiques fermées en bois que le voisinage de la voie principale pouvait achalander poiu* le commerce, mode usité dans les villes romaines.

La cour M, comme la cour Â, est remblayée de terre glaise imperméable, expurgée de pierraille à l'^âO de profondeur, pour préserver peut-être de l'eau les pièces en contrebas. Elle sépare le premier corps de logis du second, le plus considérable à beaucoup près, et qui constituait l'habitation principale dont il ne reste malheureusement qu'une partie. On peut juger, néanmoins, même dans l'état actuel, que toutes les façades^ donnaient chacune sur une cour, jardin ou enclos quelconque. Il y a nécessité pour décrire cette grande demeure de la diviser par groupes et nous détachons, afin de simplifier, toute la partie située entre les deux cours U et M, qui parait former un tout sans autres sorties que sur la cour M. Ce pâté de 18"80 de long sur 7"'40 de large, borde complètement le côté occidental de cette dernière cour. Il comprend trois pièces plus un couloir de desserte Q. Entre les deux dernières 0 et P et l'angle N.-E. de la façade dans la cour M, était enfoui un monceau de débris d'amphores et d'os carbonisés, d'animaux en grande partie, parmi lesquels des goulots estampillés antioroi. a. gest. es. if. iBi. a. APRO. curieux par quelques particularités telles que la lettre gauloise a barré, le rameau, l'étoile, une estampille ronde brisée avec carrés, rectangles et triangles, disposés en bordure, plus un crochet de bronze, une balle de fronde ovale, en cristal de roche, deux moitiés de bronze de la colonie de Nimes. Le premier compartiment N, à l'angle S.-O. de la cour, ofifre sur elle, en façade, une ouverture de 3*30 ; le surplus, 2""10 fermé d'un mur, est une sorte de vestibule ou remise de 5°^0 sur 7 mètres ; il communique avec

la pièce suivante 0, par une porte de 0*80 à l'extrémité occidentale du mur mitoyen, tandis que celle de la pièce 0 est située à l'inverse sur le couloir Q, débouchant sur la cour. Ce couloir dessert en même temps la dernière pièce P, de 9™20 de long, qui n'a pas de sortie directe sur la cour, mais en revanche deux sur le couloir, dont l'une avait été muraillée après coup. On a trouvé dans le couloir des débris d'une lampe en terre, la moitié d'un grand bronze colonial et une tasse en terre jaunâtre, médiocrement fine, mais dont le bord en dedans et en dehors était liseré d'une bande de couleur rouge correctement tracée. Quelques meules de moulins à bras permettaient d'attribuer cette longue pièce à la boulangerie de l'établissement.

Ces constructions sont attenantes du côté du sud à deux pièces en retour d'angle sur la grande cour PC, 9, où elles font une saillie de 8™60. Elles étaient desservies chacune par une porte à châssis en bois donnant sur un portique spécial de 13"70 de long et 3 mètres de large, fermé par une banquette continue en maçonnerie, avec entrée de 1»70 au sud. Une amorce de mur à l'est, extrémité opposée, indique une partie détruite.

Ce portique coupe à angle droit l'extrémité nord de celui du principal corps de logis regardant le levant. Le second portique qui a 18 mètres de long;, murs compris, sur quatre de large, se terminait en maçonnerie pleine, mais il était ouvert en façade et orné d'une colonnade de calcaire oolithique d'eau douce, la pierre de luxe des habitations riches du Beuvray, rencontrée jusqu'alors en seuils et en placages seulement, mais cette fois employée dans une œuvre monumentale.

De pareils matériaux étaient trop apparents et trop précieux pour avoir échappé à la cupidité, la chance a permis de retrouver trois tronçons dans les ruines et les soubassements en même calcaire, de cinq colonnes, à 0'"20 du gazon. Le diamètre des fûts est de 0'"45, l'espacement de miUëu en

milieu est de 2"20, les intervalles sont garnis d'une bordure de trottoir en petites pierres de taille de granit légèrement en saillie sur le sol extérieur. Cette prétention monumentale est loin sans doute de la richesse des édifices luxueux de l'antiquité, mais elle fournit un échantillon précieux et jusque«là unique du degré de civilisation de nos ancêtres. On n'avait constaté précédemment que la colonne en briques. On a aujourd'hui la colonne pompéienne en calcaire étranger à la région.

Cette recherche exceptionnelle suffit à désigner les appartements principaux et si Ton suit, en quittant ce portique de nouveau genre, le couloir Y, large de 1"'20, on débouche dans un atrium carré BB, de 17 mètres de côté, qui replace ce corps de logis dans les conditions normales de la maison classique en lui restituant des parties détruites. Les mutila* tiens n'ont pas permis, en effet, de constater autour de 'cet atrium une galerie couverte, dont l'existence parait d'autant plus admissible qu'on en rencontre à presque toutes les façades extérieiures donnant sur les cours ; il serait étrange que la plus importante en fût dépourvue.

La façade de l'est précédée par la colonnade dont il vient d'être question ne comprend que trois pièces Z, ÂA, CC- Fouillées par M. le vicomte d'Âboville en 1867, elles ont donné alors un grand nombre d'ustensiles et de poteries de luxe, plusieurs médailles gauloises, les débris d'un grand plat de verre de 0*^30 de diamètre, avec un bord rabattu, large et plat, des débris de vases peints, quelques dards de flèches, des ferrures, des boules de bleu égyptien, des enduits peints, etc.

Les deux premières, comprises entre les deux couloirs Y et B| ne formaient vraisemblablement qu'une seule pièce de 7 mètres de long sur 4°^ de large. Le mur séparatif qu'on y remarque était celui d'un hypocauste sous AA, construit à la manière romaine avec des colonnettes en briques rondes et supportant à mi-joint. un, plan de grandes briques

rectangulaires* surmontées d'une mosaïque très simple. Celle-ci s'était effondrée dans l'hypocauste où on a retrouvé tous les débris. Le compartiment Z, dans lequel on descendait par quelques marches était affecté au service de Thypocauste et renfermait encore quelques instruments de fer utiles au foyer, un dépôt de cendre, trois médailles gauloises. La pièce contiguë CC, fouillée aussi partiellement par M. le vicomte d'Abovillè, avait pour carrelage un béton en dragée de brique, imitant la scaîole, pareil à celui de la pièce J. Cette couche posée sur un lit de sable ayant été percée, on rencontra une de ces excavations funéraires fréquentes dans cette région, qui renfermait un monceaif d'amphores en partie brisées, dont Tune d'une très belle forme n'avait perdu que son col et ses anses ^ En vidant les résidus de ce grand vase on recueillit une médaille gauloise en argent et une défense de sanglier, une seconde médaille gauloise fut extraite d'une amphore voisine, tous les débris étaient, du reste, coagulés dans un lit épais de parcelles d'os, cendres et charbons, restes des bûchers funéraires. La reprise des fouilles de cette maison en 1883 a fait découvrir dans l'appartement CC, dont la forme oblongue indiquerait un tricliniumj ' un brasero en brique pareil à celui cité dans la maison funéraire PC, 11. L'atrium central de cette demeure offrant des constructions sur trois faces, on est en droit de se demander si la quatrième, celle du sud, en était dépourvue? Une amorce de mur de 2*^90 de long, soudée au prolongement du mur occidental de l'atrium et parallèle à son mur méridional, est un indice suffisant pour affirmer l'existence de ces constructions détruites aujourd'hui, sur la grande cour PC, 6; cette distance de 8"70 donne une dimension égale à celle des pièces de la façade occidentale et, si elle paraissait exagérée, il serait facultatif de la diviser entre des appartements de 6™70 intra muros, comme ceux de la façade à

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