‹ Fouilles de Mont Beuvray (ancienne Bibracte) de 1867 à 1895Chapitre 128 sur 134 · La pente, en moyenne, est de sept centimètres par mètre · texte numérisé non relu

La pente, en moyenne, est de sept centimètres par mètre

un vide de 30 centimètres sur 80 centimètres de long, rempli par deux claveaux allongés et biseautés, dont l'un gisait au fond du canal. Les pierres encastrées avaient dû sans doute leur salut à la difficulté de Tenlèvement, ainsi qu'une couverte d'une seule pièce, négligée avec elles en travers de l'aqueduc large de 80 centimètres en cet endroit. La hauteur sous la couverte est de l"*?©; un homme s'y tient à peu près debout. Un nouveau vide où la paroi de gauche offre une notable dégradation existe sur l^SO de longueur, après quoi on trouve une couverte, P, à moitié soulevée, mais restée par une extrémité sur son lit de pose à 6"80 de la précédente. Le canal, sous cette pierre, est rétréci à 57 centimètres de large par le dévers des parois, dû sans doute à cet ébranlement, car la largeur normale, 70 centimètres, se rétablit un peu au delà. Une petite médaille gauloise en argent et de nombreuses poteries ont été retirées auprès de deux nouvelles et grandes couvertes, tombées à fond; une troisième, R, de i"20 sur 60 centimètres, à moitié soulevée, a été abandonnée. Cette dernière formait, à 2^38 sous le gazon, le seuil d'une maison, Q, coupée par la canalisation, dans lequel on remarque une feuillure pour l'emboitement de la porte. Sa fondation descendait au niveau du radier de l'aqueduc ; elle a été suivie à droite sur 2™60, où elle se perd dans la direction de l'ouest. Il n'en reste qu'un tronçon de 60 centimètres d'épaisseur et 90 centimètres de hauteur jusqu'à une retraite de 20 centimètres sur 30 centimètres de haut, qui réduit l'épaisseur à 40 centimètres. Par la rugosité de son aspect, la grossièreté de son mortier de terre, cette masure certainement gauloise rappelle le mur délabré, enfoui de même auprès du canal, dans la tranchée n** 2. La découverte, au pied de l'assise inférieure, d'une médaille gauloise de profil grec regardant à gauche, avec revers malheureusement oxydé, est venue, à la dernière heure, assurer sa date. En partant de ce mur la paroi de droite de l'aqueduc est entièrement détruite sur

2 mètres de long, et celle de gauche rasée à 40 centimètres dç hauteur au-dessus du radier; mais avant d'aller plus loin, signalons trois aqueducs secondaires débouchant à gauche et à droite dans le grand. Celui de gauche, S, à l'^S? en deçà de la couverte soulevée, R, dégorge à 50 centimètres au-dessus du radier du collecteur. Sa couverte, faite d'une dalle dégrossie, longue de 60 centimètres sur 1 4 centimètres d'épaisseur, est à 2'°95 sous le gazon ; il a 50 centimètres de large sur 40 centimètres de haut, et correspond au rétrécissement de l'aqueduc principal. Le conduit de droite, T, couvert en pierres plates brutes offre les mêmes dimensions mais en sens inverse, ayant 70 centimètres de haut sur 30 centimètres de largeur, à 2'°95 sous le gazon comme celui de gauche. Une couche de corroi lui tient lieu de radier, d'où il débouche à i™60au delà du tronçon de mur gaulois, Q, dans la brèche de 2 mètres signalée dans la paroi de droite de la canalisation, et parait se contourner de suite en amont. Le troisième, U, du même côté, à 10 mètres plus haut, offre 40 centimètres sur toute dimension. Entièrement construit en moellon avec une couverte non taillée de 80 centimètres, il débouche au niveau du radier du grand canal. Ces diverses branches montrent avec quel soin jaloux tous les filets d'eau étaient utilisés. Il eût été sans doute désirable de suivre ces trois ramifications, de connaître leur parcours et surtout leur aboutissement pour s'éclairer sur leur fonction, mais la masse de terre à enlever dépassant les ressources, ne le permettait pas. La direction des embranchements de droite paraissant tendre à un réservoir commun, leur dégorgement au-dessous de la bouche supérieure du grand canal pourrait s'expliquer par des prises d'eau partielles affectées à des travaux spéciaux, celui des souffleries, par exemple, durant les intermittences du grand flot. Celui-ci avait un agencement particulier, conforme du reste à celui des réservoirs de petites usines qui emploient l'eau comme moteur; il en sera question en son lieu.

À 6™90 au delà du tronçon de mur gaulois déjà cité et du seuil à feuillure, R, qui nous servent de repères, un épais madrier de chêne avec un rebord indiquant une rigole était encastré dans le radier. Cette pièce de bois très altérée précède de 2 mètres un mur de béton, gravier et corroi pétris, de 60 centimètres d'épaisseur, qu'elle traverse de part en part, à 2"80 sous le gazon, et qui reparaîtra ultérieurement. Entre cette première barrière de béton corroyé et une seconde de même nature, à G'^SO plus loin, avec une épais* seur de 1™20, dont la superficie afïleure à 60 centimètres seulement sous le gazon, l'intervalle est rempli par un amalgame de grosses pierres et de terre comprimées dans lequel on reconnaîtra sans peine une chaussée étanchée par deux enveloppes imperméables, telles qu'on les façonne encore dans le Mor\'an. Une grande couverte qui, dans l'intérieur de la chaussée, protégeait la rigole en bois, gisait sur le madrier qu'elle avait écrasé. Ce dernier, suivi jusqu'alors sur une longueur de 10"*10, disparaissait sous le béton dans une masse de boue traversée par un petit courant d'eau continu.

Deux médailles gauloises, une éduo-séquanaise, l'autre dont la tète seule est visible, ont été recueillies dans la vase. Une poutre debout enfoncée dans le sol et légèrement inclinée contre le corroi où se terminait le madrier de chêne, présentait le dernier reste de l'armature d'une vanne dont l'existence de la chaussée et le courant d'eau justifiaient l'emplacement. Au delà est un marécage où Ton retrouve, à gauche, un mur détérioré semblant n'être plus que celui d'un bassin, d'une certaine profondeur, accusé par une dépression du terrAÎn et des excavations. Un quatrième petit aqueduc, VX, paraît se rattacher à ce bassin, par sa direction et son niveau. Tandis que les trois précédents débouchent sur le radier même du collecteur, celui que nous signalons passe obliquement en deçà de la chaussée corroyée, au-dessus des couvertes du grand canal

abaissées de 30 centimètres pour faciliter ce passage. Construit et pavé en moellon, il a \0 centimètres sur 30 centi* mètres d'ouverture ; sa pente va du couchant au levant, à l^'TO sous le gazon. L'élévation de son niveau et l'obliquité de son parcours au-dessus de Taqueduo laisse croire qu'il était destiné à écouler le trop-plein du bassin, pour un usage inconnu actuellement.

Au pied de la pente continue de 65 mètres de long, qui domine le marécage, sort une belle source, obstruée aujourd'hui par des atterrissements boueux de 2 à 3 mètres d'épaisseur, que le bétail, il y a quelques années, ne pou* vait traverser sans danger. Mais quoique la source émerge dans ce marais le cours d'eau vient de plus haut. Une coupure longitudinale de 40 centimètres de profondeur seulement, pratiquée sur la pente, a mis au jour un ruisselet ou plutôt une nappe d'eau coulant sur un lit d'argile jaune ; il est vraisemblable que les petits conduits aboutissent à différents points de la chute de cette pente courbée en hémicycle, pour en recueillir les égouttures et les réunir dans le grand aqueduc. La direction de ces conduits accessoires parait l'indiquer. Il serait désirable qu'une fouille plus complète pût renseigner définitivement sur ce travail hydraulique offrant un caractère d'ensemble incontestable, et sur l'étendue du marécage, réceptacle certain des eaux. Il y aurait là non pas un simple intérêt de curiosité, mais un renseignement capital sur les procédés de l'industrie gauloise dans laquelle l'eau, comme agent moteur, jouait un rôle plus considérable qu'on a pu le croire jusqu'à ce jour.

Dans le courant de 1869, le colonel de Refîye, alors officier d'ordonnance de Napoléon III, fut chargé par Sa Majesté d'inspecter les fouilles du Beuvray. On venait de découvrir cinq à six fours à minerai et plusieurs conduits dont la destination n'apparaissait pas clairement. Il jeta un cri de stupéfaction en reconnaissant dans l'un de ces fours les traces d'une soufflerie k eau, dont l'invention, dit-il, passait pour

dater du seizième siècle. La tuyère du fourneau était encore en place * et, en la retirant de ses propres mains, il répéta plusieurs fois : « Mais où pouvaient-ils prendre l'eau? » Le problème est résolu aujourd'hui. L'eau ne pouvait être prise qu'à l'aqueduc avec facilité d'être dirigée à volonté soit pour les souffleries, soit pour le martelage du fer par des roues hydrauliques, dont on entrevoit l'existence en se reportant aux procès- verbaux des fouilles de 1868, sur lesquels on devra revenir si l'exploration continue. La différence de niveau, du point de départ à celui d'arrivée, étant de 25 mètres sans entraves dans le mouvement du terrain, Teau acquérait dès lors dans les canalisations une puissance considérable. Il reste aujourd'hui à étudier les chutes dans le ravin où Ton avait la faculté de déverser toutes ces eaux. Nous indiquerons sommairement l'état des lieux au-dessous de l'aqueduc.

En deçà de son dégorgeoir inférieur, sous la bouche d'entrée, la canalisation continue à découvert en aval sur 2"30 de longueur. La paroi de droite, B, se termine du côté du talus par une arête verticale en pierres de taille, haute de i"*20. La paroi opposée, au contraire, n'est conservée que sur i'°60 de long et 50 centimètres seulement de hauteur au-dessus du radier. L'altération de cette dernière paroi est évidente, elle avait nécessairement la même longueur que Tautre, pour se prêter au fonctionnement de la vanne qui faisait refluer l'eau à une hauteur de 50 centimètres, déborder le trop-plein en dehors de l'aqueduc près

1. Cette tuyère en bois de chêne foré dans sa longueur n'a subi aucune altération de la chaleur qui l'a desséchée et durcie sans la carboniser. La pièce ^. 15 centimètres de long, 10 centimètres de diamètre, le conduit d'air enduit intérieurement d'une pellicule de terre réfractaire a un peu plus de 3 centimètres. Un tube de métal s'emboltait-il à l'embouchure? Rien ne l'indique. L'extrémité du bois, du côté du four, est imprégnée, tout autour do l'oriOce, d'une couche de laitier qui a fait corps avec elle au moment de la fusion et y adhère indissolublement. Peut-être même cette adhérence a-t-elle été ménagée avec intention comme préservatif, le laitier étant très mauvais conducteur de la chaleur. On recueillit en même temps plusieurs des frettes ayant emboité les tubes de bois conducteurs d'air et d'eau.

de rentrée. On y trouve en effet, à la hauteur indiquée, une aire bétonnée de l^SO sur toutes faces recouvrant un pavé de grosses pierres. Cette plate-forme se termine par' un grand seuil extérieur en granit taillé, de 82 centimètres de long sur 40 centimètres, déjà cité, approprié pour une prise d*eau spéciale, celle peut-être des souffleries ^ À gauche de cette plate-forme, joignant le pignon de la maison GG, 63, et Ventrée de Taqueduc, une bordure légèrement^courbe en maçonnerie haute de 45 centimètres sur 26 centimètres d'épaisseur, figurait un goulot latéral dont le côté correspondant était détruit ainsi que la paroi du canal au même point. Une seconde issue, la plus considérable, était ouverte à Teau à l'extrémité du canal extérieur, en levant la vanne selon les besoins. Cette partie en dehors de l'aqueduc, large de 70 centimètres, est pavée en béton de pierrailles, comprimée jusqu'à la vanne, puis en briques régulières, débordant à droite de 70 centimètres et se prolongeant de 80 centimètres en avant; à ce point le carrelage est tranché en ligne droite à vive arête, indiquant un bassin dont le côté gauche a disparu coupé par une charrière. Toute la surface de ce bassin est recouverte d'une couche do sable lavé de 60 centimètres d'épaisseur, traversé au ras du sol par un mauvais mur sans fondation, évidemment étranger et postérieur. La couche de sable se prolonge sous l'humus à une distance qui reste à étudier; elle y pénètre dans la masse des terres. Une médaille gauloise pourrie, une grosse cheville de fer imprégnée de bois, des os très altérés, ont été recueillis dans la cuvette. Si les fouilles devaient être reprises, l'exploration du fond du ravin même, dans lequel la plus forte partie du flot s'écoulait, serait indispensable. Ces chutes d'eau n'ont pas encore révélé les derniers secrets de l'industrie gauloise ; tout le flanc droit de cette vallée si riche en découvertes n'a pas encore été sondé.

1. On ramassa sar cette aire, au moment du déblai, une médaille gauloise et diverses poteries de même époque.

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L*aqueduc, d'après ce qui précède, avait une destination industrielle et non urbaine, placé trop bas sur la pente de la montagne pour être utile à la partie centrale, la plus riche et la plus luxueuse de l'oppidum. S'il eût été créé unique* ment pour les besoins journaliers des habitants de la Corne- Chaudron, sa construction eût été superflue ; il n'ajoutait rien à la quantité d'eau coulant à ciel ouvert ou réservée dans des bassins. Ses dimensions trop considérables ne sont pas justifiées par le volume d'eau de la source à laquelle il aboutit, ni par la consommation ménagère du lieu. L'industrie, au contraire, réclamait à heure fixe et par intermittences, pour ses soufTleries et ses moteurs, des flots, une masse d'eau calculée qu'elle ne pouvait se procurer qu'à la condition de lui laisser le temps de s'accumuler dans une écluse et d'en sortir avec une force et un volume déterminés. Les dimensions de l'aqueduc s'expliquent dès lors. Notre ignorance du nombre et de l'importance des engins ne permet pas d'apprécier la quantité d'eau nécessaire à leur fonctionnement, mais il est un fait acquis par la dernière fouille, c'est qu'on mettait à profit les moindres afiluents épars et captés au large. Il est permis en outre de se demander si les eaux pluviales, diluviennes par moments sur ces hauts lieux, n'étaient pas utilisées? Des paliers échelonnés sur la voie centrale, cités ailleurs *, les jetaient sur le versant de la Come-Chaudron, pour aboutir à l'esplanade artificielle du bassin de l'aqueduc, encombrée aujourd'hui d'une alluvion de 4 mètres d'épaisseur, difficile à expliquer autrement. Mais sans insister sur cette question, il résulte du seul examen des lieux que la source actuelle de l'aqueduc devait, à l'époque gauloise, avoir un volume beaucoup plus considérable qu'aujourd'hui. L'obstruction ultérieure de l'aqueduc en refoulant les eaux les a forcées à se

t. Voir plus haut, page 85.

frayer, dans Talluvion, une issue souterraine débouchant actuellement en source jaillissante à cent quarante mètres au delà de l'ancien canal, sur plusieurs points du ravin de la Come-Ghaudron. Elles forment, à la sortie des retranche* ments un véritable ruisseau. Ces eaux qui s'épanchent aujourd'hui librement, recueillies jadis par les aqueducs secondaires, concentraient au pied des grandes pentes d'où elles découlent un appoint considérable dans le grand aqueduc, indépendamment du réservoir d'origine. D'autres sources, d'après leur niveau, pouvaient facilement être dirigées au point de convergence. La profondeur de l'aqueduc avait été calculée pour n'en omettre aucune et particulièrement la fontaine Grenouillât située à 340 mètres au sud-est, et dont le niveau, par une pente presque insensible, pouvait atteindre le radier du collecteur par l'aqueduc latéral inférieur qui prend sa direction. La source de la Grande Maison du Paroaux-Chevaux^ à 795 mètres d'altitude, celle du Loup Bourrou, à 780, et par-dessus toutes les autres, la fontaine Saint-Pierre elle-même, à 793, étaient susceptibles de fournir leur contingent à un niveau descendant au dessous de 750, soit par une dérivation étudiée, soit par les petits aqueducs, soit par les conduits en plomb dont les fouilles du Parc-aux- Chevaux ont retrouvé de longs enfouissements. Il est d'autant plus regrettable de n'avoir pu suivre les embranchements dont l'exploration eût, sans aucun doute, éclairé ces points obscurs. La découverte de l'aqueduc confirme tout ce qui a été dit au début des fouilles de 1868 sur les ateliers métallurgiques, les fours catalans, les forges, les hangars, les procédés industriels, décrits et r£s« titués avec le concours d'ingénieurs et spécialistes qui ont bien voulu venir en aide à notre incompétence. On avait constaté dès lors les canalisations des souffleries, les tubes conducteurs. La fouille de 1894 révèle la prise d'eau, mais son étendue, sa capacité, sa distribution, ses moyens d'alimentation probables, ne sont pas vérifiés scientifiquement

dans leurs détails accessoires, à un degré suffisant. Elle ouvre de plus un champ sérieux aux conjectures. Si Ton réfléchit aux procédés avancés de la métallurgie à Bibracte, il ne semble pas trop audacieux d'espérer la découverte dans le ravin de l'emploi de Teau comme moteur pour le martelage du fer. En retournant à vingt-six ans en arrière et en relisant la description des usines fouillées en 1868 à rentrée de Toppidum, certains états de lieux ont paru, à des praticiens, correspondre à l'emplacement de roues hydrauliques. Il y a là matière à des recherches dont le résultat, quel qu'il doive être, fixerait du moins sur l'état authentique de l'industrie gauloise. Sans avoir la prétention de tracer un programme, il est clair que les fouilles ne représentent pas uir travail d'un jour ; mais si l'on veut connaitre la Gaule on la trouvera au Beuvray, quand on voudra. Un budget réparti sur un espace de temps à déterminer permettrait de tenter quelques longues tranchées de reconnaissances, en dehors de toute préoccupation de découvertes immédiates. Ce renseignement préalable éclairant la distribution intérieure de l'oppidum supprimerait l'hésitation dans les recherches et, en peu d'années, conduirait à des résultats généraux concluants.

La tête du ravin de la Come-Chaudron, au-dessous du dégorgeoir de l'aqueduc, se développe en forme de bassin circulaire, comme l'afTaissement d'un cratère entouré de fortes pentes, avec une issue en aval figurant un large goulot. Le gazon, les quelques arbres qui s'y détachent, les mouvements du terrain lui-même, unis régulièrement sur la pente, n'indiquaient à l'œil, avant les fouilles, aucun vestige du travail de l'homme. La surface formée d'une

couche d'humus noir, produit lent de la décomposition des végétaux ou d'alluvions, est d'une épaisseur irrégulière de 30 centimètres environ, à Texception des points qu'il est permis de croire remblayés. Sous cette couverture superficielle le massif de la montagne, dans les lieux où la roche dure fait défaut, est un agglomérat d'argile jaune, tantôt pure, tantôt mélangée de moellons porphyriques, dispersés ou conjoints ; ailleurs, de menues pierrailles imitant une sorte de macadam ou le terrage artificiel d'une grange, corroyé avec l'argile en guise de chaux. Cette similitude entre l'œuvre de l'homme et celle de la nature est telle, qu'à l'origine, les premiers artisans ont certainement pris modèle sur la nature dans ce genre de travail ; des ouvriers, habitués à l'exécuter de leurs mains, ont hésité plusieurs fois à se prononcer sur la formation de certains de nos découverts. Le seul critérium n'a été le plus souvent que la rencontre d'une poterie ou d'un débris ouvré dans l'amalgame qui, à ce titre, ne pouvait appartenir à la géologie. Mais si on a pu parfois hésiter sur l'âge de ces formations, l'incertitude disparait sur l'usage que l'homme en a fait. Qu'il ait accumulé lui-même ces matériaux dans un but déterminé ou que, les trouvant sur place, il les ait appropriés à ses projets, peu importe ; l'intérêt est de constater les modifications qu'il leur a fait subir pour réaliser son but. De profonds remaniements, des excavations, dont la régularité, est à l'inverse souvent des lois naturelles, y révèlent une volonté intelligente, un travail calculé. Les produits de l'industrie qu'on y rencontre en sont des preuves évidentes aux yeux comme à l'esprit.

Citons encore dans cette masse jusqu'ici confuse un élément additionnel, les anciens remblais. Toutes les parties excavées ont été en effet remblayées et nivelées depuis, non par les alluvions dont la direction sur la pente était généralement ailleurs, mais par la main des hommes. La nature hétérogène des matériaux composant les remblais

démontre qu'ils ont été empruntés aux ruines environnantes après en avoir distrait la pierre de taille. Us consistent en toutes sortes de substances, moellons, argile, scories, sable, terre noire, débris abondants de tous échantillons

de poteries. Les moellons jetés à la main forment parfois des épaisseurs de l'^bO sans aucune espèce d'autres débris que quelques tuileaux ; ailleurs, les terres noires de surface étaient relevées en sens inverse du courant ou enfouies sous des couches d'argile dont les boulettes compactes égarées dans la masse n*ont pu être roulées par l'eau qui les eût délayées. Enfin ces remblais meubles dépassaient parfois d'un mètre la hauteur des excavations, preuve évi« dente d'un nivellement régulier et voulu de cette partie accidentée du vallon.

Faut-il voir dans la découverte suivante une incinération faite au moment de la retraite des habitants, ou l'apport d'objets étrangers versés confusément avec des matériaux de remblai ? On a trouvé dans ces matériaux, à trois mètres en aval de la rigole du bassin de l'aqueduc, une amphore brisée contenant encore des cendres et restes d'ossements calcinés, autour de laquelle étaient dispersés dans la terre maints petits objets : dix médailles gauloises, la moitié d'un gros anneau d'ambre, une autre d'un grain de verre opaque bleu clair, deux autres grains accolés couleur de perles, deux gros anneaux cylindriques de verre moiré, un annelet et un anneau de bronze ayant perdu son chaton, un crampon de chaussure à quatre pointes avec ses attaches pour marcher sur la glace, deux tronçons d'épée de 0"*22 de long sur 0"06 de large, à double tranchant, avec trace de fourreau en bois, cinq tronçons d'une autre arme à un seul tranchant, brisés avec leur fourreau dont les fibres ligneuses se distinguent encore sur les deux faces ; une petite lame effilée avec tige pour emmanchement, un ciseau à manche creux de 0"12 de long, parfaitement conservé, ayant servi peut-être à découper dans un carreau de schiste qui

raccompagnait un quart de cercle très correct, un énorme galet de 0*16 de long sur 0"10 de large, tronqué intentionnellement en dessous pour lui donner une assiette, une pierre à aiguiser avec rainures figurant deux côtés d'un

carré, des pointes d'outils, etc

Dans cette même excavation ouverte une première fois en 1873, alors que Texistence de l'aqueduc n'était pas même soupçonnée malgré sa proximité, on avait recueilli vingthuit médailles gauloises et quantité de poteries. En retombant, en 1894, dans cette partie creuse, il en était sorti encore cinq autres, et dix en 1895, au total 47. Le remblai énorme, composé de matières si diverses, n'a pu être fait que dans un but d'utilité ; seuls les religieux du Beuvray avaient intérêt à occuper cette parcelle de terre contiguë à l'enclos du couvent. L'entrée de l'aqueduc qui fait suite, à quelques pas plus haut, avait été comblée de la même manière. Le chenal était rempli de débris de meules de moulins à bras, de segments de grès taillés, de moellons, tuileaux et pierrailles, provenant des ruines qui, aujourd'hui encore, encombrent le talus sous lequel passe l'aqueduc et dont le mur d'enceinte du couvent couronne la crête. — ^ Les moines avaient là même et directement une porte de sortie, écroulée sur place, dont on a retrouvé une penture intacte avec sa charnière. Cette issue leur permettait de conduire leur bétail au pacage dans la Come-Chaudron et, pour le soustraire aux accidents, ils avaient dû régulariser la pente, à la chute de l'aqueduc, déblayer les maisons écroulées sur ses couvertes et niveler les creux profonds et dangereux, restés à ciel ouvert jusqu'à eux. Ce remaniement considérable avait une seconde raison, déjà citée, celle qui avait fait enlever les couvertes de l'aqueduc et obstruer son canal. L'état des routes et des pentes de la montagne ne permettant pas aux moines d'aller chercher au loin les matériaux et surtout la pierre de taille pour leurs construc'* tiens et leurs clôtures, ils avaient trouvé plus économique

tr

de puiser dans les ruines adjacentes et d'en arracher les seuils et les têtes franches. On n'en a pas retrouvé une seule dans la fouille de 1895, tout en reconnaissant le vide qu'elles avaient occupé dans les maçonneries.

Il eût été nécessaire, pour se rendre de suite un compte absolument exact, de déblayer sans lacune la surface entière du nouveau champ d'exploration. Les tranchées partielles sont une économie de temps et d'argent, mais n'assurent pas le résultat définitif, elles laissent toujours place à ^ l'incertitude et, combien de fois échappe-t*on une preuve en ménageant quelques coups de pioche. Nous avohs tâtonné longtemps dans ce terrain bouleversé à plusieurs reprises avant de trouver la lumière, et c'est à la fin seulement qu'elle est apparue. Cette recherche eût exigé des ressources qui nous ont fait défaut, les résultats néanmoins sont suffisants .pour montrer dans le lieu exploré un établis* sèment créé sur un plan d'ensemble très étudié, et l'on peut dire savant, dont aucune découverte en Gaule, n'a encore donné le modèle, croyons-nous.

Ces indications sur l'état du sol, trop longues peut-être, ont paru nécessaires avant d'aborder la description de la fouille de 1695. Il faut, pour s'en rendre compte, supprimer par la pensée tous les apports superficiels de terres, de remblais et de végétaux dans ce creux de ravin où l'^argile jaune, à l'époque gauloise, formait la surface. Cet entonnoir plus profond qu'aujourd'hui, et dont le diamètre n'excédait guère 20 à 35 mètres, comportait alors des canalisations en divers sens, plusieurs murailles, l'assiette d'une petite usine dont nous essaierons de relever les traces.

L'amalgame corroyé qui prend immédiatement naissance au petit bassin du dégorgeoir de Taqueduc représente une masse énormequi,delamaisonCC,60, au nord-ouest remplit la partie creuse de l'embouchure du vallon entre les deux pentes opposées. Il avait pour objet de prévenir les infiltrations, d'éviter les moindres déperditions d'une eau si

précieuse pour l'industrie et de permettre rétablissement de conduites à Tabri d*avaries dans cette masse étanche et compacte.

Au sortir du petit bassin, où dégorge l'aqueduc, l'eau tombe dans une rigole profonde qui, à 4 mètres de distance, atteint 2°*40 de chute. Son radier, large de O'^SO, est pavé, en grosses pierres, dans une grande tranchée dont Tévasement dépasse 3 mètres de largeur. Au lieu de laisser au courant sa voie naturelle dans le thalweg abrupte de la vallée, où sa force d'impulsion eût été accrue, une dérivation légèrement oblique, mais en ligne directe avec la bouche de l'aqueduc, l'incline un peu à l'est sous la pente du talus. Cette dérivation a été motivée sans doute par la nécessité de trouver dans la gorge même un espace suffisant et calculé pour l'aménagement de l'usine qui devait y fonctionner au moyen de l'eau.

La rigole, longue de 26 mètres, a une pente de 0^^6 par mètre. Elle aboutit à une sorte de chaussée, massif de moellons et d'argile très résistant de 5 mètres de largeur, coupant le ravin en travers et s'opposant à toute infiltration. Le parement extérieur de cette espèce de chaussée offre, à 1*^70 de profondeur sous le gazon, les fondations d'un mur de revêtement en très gros moellons dont plusieurs ont 0"*50 à 0°*60 sur 0*40. Ce mur, assis sur un soubassement corroyé de i»^30 d'épaisseur qui se prolonge en aval, a été suivi sur G'^TO de longueur, où il disparait au nordouest sous l'épais amas dés terres. En le suivant à l'extrémité opposée, au sud-est, il compte encore six assises intactes donnant l^SO de hauteur. Contrebutté sur ce point par un massif corroyé qu'on crut être un contrefort, peu s'en fallut que la recherche ultérieure fût abandonnée ; un sondage heureusement fît passer outre et retrouver sa trace.

Le massif à angle droit, soudé au mur de gros blocs et qui avait déterminé le temps d'arrêt, a 4 mètres de long sur 2 de large et O'^OO de hauteur. Au delà des 2 mètres d'épais-

seur existent en premier lieu un vide de 1"'20 à l^ôO de large, puis un second massif pareil au premier, de même construction, laissant entre les deux un chenal parfaitement déterminé. Ce chenal profond de 1"50 était obstrué sur l'^lS, de sable, de graviers, scories de fer, menus débris de poteries de toute sorte et, particularité à noter, des clous gros et nombreux, une bande de fer plate munie d*un clou tordu de forte dimension annonçaient des ouvrages en bois; un instrument tranchant à pointe courbe, une grosse clef ou crochet en fer coudé à angle droit, de 0"27 de long avec anneau de suspension, d'une conservation parfaite, et des ferrailles étaient dispersés dans les résidus. Les assises inférieures du mur, à gros blocs, scellées dans le corroi se prolongeaient à Tarrière du chenal, le fermant en amont. Les armatures en bois n'existant plus, Téboulis ne permit pas de juger exactement la hauteur primitive, égale au moins à celle du barrage. Celui-ci ayant perdu lui-même plusieurs assises n*a que 1^20 de hauteur, mais le chenal étant plus profond de Û'^SO, la chute, en tenant compte de Téboulis, ne pouvait être moindre de 2 mètres. Il était du reste facile de la proportionner à une hauteur calculée, puisque la différence de niveau entre le radier de l'aqueduc et celui du chenal est de T'^SS. La maçonnerie du barrage avait non seulement perdu de sa hauteur, mais Teau, à la longue, avait Oni par s'ouvrir en deçà, dans le corroi des pentes, des brèches où le sable lavé avait entraîné de menus objets : un fragment de poterie peinte, deux de verre de couleur, un paillon doré entre deux couches de verre, une moitié d'anneau, des restes d'objets de bronze sans valeur, quelques médailles gauloises, des scories de fer, la moitié d*une buse de forge et autres indices de métallurgie.

Les deux parois du chenal se correspondent avec une légère modification. Celle du levant a 4 mètres de long, celle du couchant 3"*60, mais cette infériorité a une compensation et une raison. Elle est rachetée comme complé-

ment des 4 mètres par Timplantation d'une pièce de bois ronde, de 0°*50 de diamètre, calée fortement à 0*85 de profondeur pour assurer sa fixité dans le corroi. L'eau changeant de cours à ce tournant, ainsi qu'on le verra, risquait d'entamer le corroi, et c'est pour prévenir tout dégât qu'on avait planté, comme une jambe de force, ce poteau qui en outre avait une importance dans l'agence* ment. Ce pilier terminal avait surtout pour destination de supporter l'extrémité de la poutre horizontale sur laquelle reposait l'axe de la roue. Cette paroi afTaibliepar une cavité limitrophe et par un courant dont il sera parlé, réclamait une consolidation particulière dont la paroi opposée, en terre ferme, était affranchie. Un revêtement de planches était indispensable du reste à cette maçonnerie corroyée pour résister à la désagrégation. Des traces de ce revêtement, heureusement préservées, seront signalées bientôt. Quant au déversoir de la canalisation supérieure, l'eau qui en découlait ne pouvait tomber sur les palettes de la roue et la mettre en mouvement qu'au moyen d'une auge ainsi qu'on le fait aujourd'hui.

 partir du chenal et du mur à gros blocs, l'amalgame corroyé se prolonge en aval sur une longueur de 25 mètres^ offrant à l'œil une plaie^forme qu'on est surpris de ren<* contrer interrompant une pente aussi déclive que celle du Jravin. L'aire de cette plate^forme, composée de dragée régulièrement concassée, noyée dans une argile corroyée) fortement comprimée et très dure, ne peut être attibuée qu'au travail de l'homme. La portion en amont repose sur la roche naturelle, mais en aval, pour racheter l'inclinaison^ elle repose sur un remblai de 3 à 4 mètres d'épaisseur. Ce remblai composé d'un entassement de très gros moellons renferme tous les résidus de l'agglomération humaine, dharbons, os, cendres, ferrailles, sable, poteries, parmi lesquelles une amphore entière pleine de terre, un coutelas, un fragment de bracelet en verre bleu, des clous, huit

médailles, le tout scellé sous les 0°^70 d'épaisseur du macadam corroyé. Aucun doute sur la nature et Torigine artiQcielles du travail ne saurait donc subsister devant de pareilles preuves. Ce remblai avec ses grosses pierres et une couche épaisse de sable se prolonge à 6°*60 en aval de la plate-forme jusqu'à un étranglement de la vallée réduit à 1 1 mètres d'ouverture où un barrage nouveau était facile à établir, mais n'a pas été exploré.

La plate-forme a 20 mètres du nord au sud, et 25 de Test à l'ouest, dont il faut détacher 5 mètres pour une réserve dont nous parlerons, comprise entre le barrage à gros blocs et un second mur en aval. Ce mur, en bonne maçonnerie sans chaux, est bien conservé — sur 16"50 de longueur, auxquels on doit ajouter un peu plus d'un mètre représentant le vide laissé par l'enlèvement des deux têtes franches en pierre de taille, dont l'assise reste marquée dans le mortier. Haut de 1 mètre, épais de 0"60, sa largeur est de O'^SO à la base par l'addition d'un empâtement de 0°'10 sur chaque face. Il formait en amont sur la plate-forme citée déjà, la clôture d'un atelier établi sous une espèce de hangar carré de 17 à 18 mètres de côté* Son aire macadamisée se relie sans lacune au chenal et, à cette jonction même qui portait l'enclume de pierre dure ou autre matière sur laquelle le marteau mû par la roue battait le fer incandescent, on observe dans le corroi une dépression. Il ne faut pas du reste perdre de vue que la faible dimension des fours ne devait pas fournir des lopins de fer d'un volume considérable, pouvant dès lors être réduits par des engins d'une puissance très modérée. Les résidus recueillis sur la plate-forme no font que confir-* mer cette destination. On y a ramassé dès le début une pleine brouettée de scories de fer, deux gros fragments de castine en calcaire oolithique d'eau douce, fusé, signes de l'industrie du lieu, cinq médailles gauloises datant cette occupation avant l'ère chrétienne.

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