AnntLles, liv. II L
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Que 8*étaitril donc passé? C'était justement l'attribution militaire des grands oppidums qui les avait fait condamner. Les conquérants, éclairés par les soulèvements antérieurs ne voulaient pas laisser entre les mains des Gaulois ces vieilles forteresses de montagnes, presque imprenables et inaccessibles, toujours prêtes à abriter derrière leurs remparts de poutres chevillées les populations révoltées. L'échec de César devant Gergovie moins forte que^Bibracte^leur avait révélé le danger, et bien que les Romains ne fussent, jamais entrés qu'en amis à Bibracte, les deux célèbres oppidums et bien d'autres furent sacrifiés, leurs murailles désemparées. Gergovia céda son rang à Âugustonemetum, Clermont, bâti à quelque distance, comme Bibracte le céda dans les mêmes conditions et au même moment à Augustodunum, Âutun. Rien ne s*oppose du reste à ce que Bibracte ait été occupée un certain nombre d'années concurremment avec Âugustodunum et surtout si son abandon a été graduel et volontaire, car aucun texte des auteurs ne permet de rien affirmer à ce sujet.
A la suite de la réorganisation par Auguste, la tranquillité fut si complète qu'il ne resta de légions que sur le Rhin. Un millier d'hommes suffisaient à maintenir les douze cents bourgades de cette Gaule que César avait mis huit ans à conquérir.
Bibracte une fois évacuée, le castellum restait sans destination. Les habitants reprenaient possession du sol et l'appropriaient aux convenances locales. La partie nord de Vagger du camp créait un obstacle sur le champ de foire, elle fut rasée et nivelée, telle qu'on la voit aujourd'hui, et 8*adjoignit au reste du plateau. Bientôt le temple est construit; et, autour, un forum; des boutiques bordent à gauche la grande voie ; Vagger de la face orientale du camp, rasé et nivelé comme le précédent, fait place à une nouvelle ligne de loges marchandes. L'angle sud-est qui
formait nécessairement, pour conserver le niveau à Tassiette
du camp une terrasse élevée, vu la déclivité accentuée de la voie sur ce point, a été Tobjet d'un travail plus considérable, dont on peut se rendre compte encore actuellement. Le sol, à cet angle, au point G du plan, a été abaissé de plusieurs mètres, en forme d'un large éventail, pour permettre l'accès de la voie aux passagers descendant par cette brèche. Le déblai résultant de l'opération a été déversé à droite de la voie dans le champ contigu au fossé de la face méridionale, où il se révèle par une surélévation régulière, complètement artificielle et appréciable en dépit des altérations de la culture. Quant à la face conservée intacte à l'occident avec partie au sud, elle n'a dû son salut qu'à son rôle de limite, isolant le champ de foire des pentes voisines par son relief et son fossé. C'est sur les lieux mêmes et le plan en main qu'il faut étudier ces opérations diverses ; leurs traces suffisent à la conviction.
Aucun événement connu de l'histoire générale n'autorise l'hypothèse de la création au Beuvray d'un camp d'aussi minime importance postérieurement aux circonstances relatées plus haut. La suppression, l'ensevelissement de la levée orientale sous des loges qui n'ont fourni aucune médaille postérieure à Auguste et recouvraient la porte principale du camp, montrent bien évidemment son anté* riorité. Isolé sur une montagne après la disparition de Bibracte et éloigné de tout centre populeux, il ne pouvait plus être d'aucune utilité stratégique, vu que les voies elles-mêmes en avaient été détournées pour suivre la base du massif ou les vallons ; l'unification de la Gaule sous la main de Rome et la suppression des forteresses gauloises lui enlevaient toute raison d'être; les anciennes tribus rivales n'avaient plus rien à craindre de Bibracte, les populations rurales n'avaient plus à y chercher de refuge, les Éduens étaient dotés à Âugustodunum d'un chef-lieu pacifique et civilisé, qui ne fut ébranlé qu'un instant par la tentative bien vite comprimée de Sacrovir.
A la suite de cette période de silence, trois siècles se sont écoulés durant lesquels Âugustodunum couvert de monuments attire à ses écoles et à ses plaisirs la jeunesse, l'aristocratie des Éduens et de leurs voisins. Un effroyable désastre s'abat sur elle en 269, et pendant qu'elle cherche à renaître de ses ruines, le nom oblitéré de Bibracte sort tout à coup pour une dernière fois des ténèbres, juste pour décliner toute parenté avec Autun. Le texte d'Eumène si souvent commenté et défiguré par les gloses est tellement clair à ce sujet, abstraction faite d'une incidence sans valeur pour notre sujet, qu'il y a lieu de s'étonner des interminables discussions auxquelles il a donné lieu. Il suffit de le traduire mot à mot, dans son sens le plus strict et le plus logique, comme pourrait le faire un élève de sixième, pour y trouver l'opposition de Bibracte et d' Augustodunum, du mont Beuvray et d' Autun. Les habitants de cette dernière ville relevée par Constance-Chlore et Constantin, ont pris le gentiliSy le nom de famille de leurs restaurateurs; ils sont devenus Flavienses^. Eumène qui connaissait l'histoire savait que Bibracte, autrefois chef-lieu des Éduens, était ailleurs qu'à Autun, et il dit à l'empereur, d'après le plus ancien manuscrit des Panégyriques : <c Omnium sis licet dominus urbium, omnium nationum, nos tamen et nomen accepimus tuum, jam non antiquum Bibracte, quod hue usque dicta est Julia, Pola, Florentia, sed Flavia est civitas ^duorum. » « Quoique tu sois le maitre de toutes les villes, de toutes les nations, nous cependant avons reçu ton nom. Ce n'est donc plus l'antique Bibracte (appelée jusqu'ici Julia, Pola, Florentia), mais Flavia (Autun), qui est la cité des Éduens. »
Si Bibracte eût été à l'emplacement d' Autun et eût continué de vivre sous le nom d'Augustodunum, Eumène
t. EmnèDe, Pênégyriques^ d* 7805, p. 92 ; manuscrits latins» Bibliothèque nationale.
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n'eût pas pu dire qu'elle n'était pas Flavia, puisqu'elles eussent été une seule et même ville, modifiée sans doute, mais conservant son identité, pas plus qu'il ne serait permis de dire sans absurdité, topographiquement, ce n'est donc pas Lutèce, mais Paris qui est la capitale de la France. Si le rhéteur eût eu la pensée d'exprimer une succession locale, il eût été bien mieux fondé à substituer au vieux nom de Bibracte celui d'AtÂgttstodunumj supplanté seul en réalité par Flavia. Mais comme Âugustodunum n'avait nullement pris la place de Bibracte, Eumène, remontant aux origines de la nation, met en opposition avec la ville romaine, nouveau caputgentis\ l'antique chef-lieu gaulois, l'illustration de la civiias des Éduens, le pivot de leur histoire, V oppidum longe maximum du mont Beuvray. Quant aux dénominations de Julia, Pola, Florentia, hors-d'œuvre dans la question, l'orateur et ses contemporains en comprenaient sans doute la signification d'après des faits récents et connus alors, aujourd'hui énigmatiques. Nous ne nous attarderons pas à en chercher une explication, l'énigme ayant dérouté jusqu'à ce jour tous les critiques.
Eumène écrivait ou prononçait son discours en 311. L'ère des invasions barbares était ouverte et Flavia bientôt allait subir des atteintes qui, renouvelées sans interruption à chaque siècle, devaient promptement anéantir l'œuvre de son fondateur et de ses restaurateurs. Durant cinq cents ans les désastres se succèdent, les Burgondes et les Francs, en 456, 477, 532, 556, les Sarrasins, en 732, prennent, pillent et ruinent Âutun, en attendant qu*en 886
et 895, les Normands, à deux reprises, viennent la saccager
et entasser ruines sur ruines dans un pêle-mêle qui déconcerte l'archéologue. La ville brûlée, démantelée était réduite à l'enceinte de son castrum qui ne l'avait point préservée. Le naufrage de l'histoire dans une accumulation do désastres qui s'étendit sur toute la France était inévitable ; on avait d'autres soucis que de préserver les traditions
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historiques, de constater l'authenticité d'origine d'un oppidum gaulois ou d'une ville romaine; lés chroniques enregistrent à peine, et en quelques mots, les événements journaliers; le flot de la barbarie emportait pièce à pièce l'œuvre du grand empereur des Francs.
Une fausse interprétation d'un texte de César avait produit chez les hagiographes et les chroniqueurs une confusion qui n'a guère disparu que de nos jours. Cette expression civita^ qui, dans César et les textes anciens, ne s'appliquait qu'à un clan, à une collectivité nationale, et jamais à une ville, avait subi, à la On de l'empire romain et dans la Notitia dignitaturriy une modification notable ; elle désignait alors le chef-lieu même du peuple auquel il appartenait, et correspondait au caput gentis dont Tacite a gratifié avec justesse Âugustodunum. Dès le règne de Constantin, Eumène emploie civitas dans ce sens et l'applique à Âutun : « Sed Flavia est civitas JEduoi'um, » mais qu'on lise les Commentaires de César, ils n'ont nulle part accolé ce nom à Bibracte ni à aucun autre oppidum de la Gaule.
La civitas jEdita dont ils parlent ^ est le clanj la nation des Éduens tout entière. C'est ce texte, si clair cependant, qui a été le point de départ de l'erreur. Les latinistes peu émérites et encore moins archéologues des chroniques et des vies de saints y ont vu une ville imaginaire de Hedua^ dont Tun d'eux n'a pas craint d'attribuer la dénomination à Jules César, et qui a figuré dans les dissertations jusqu'au dix-huitième siècle.
Ce n'était pas dans les Commentaires de César, où elle sera toujours introuvable, qu'il fallait chercher cette pré* tendue Hedua solidaire de Bibracte, mais dans la Notitia dignitatum Imperii où elle existe réellement : Civitas JEduo'
1. De B. GaZ. u, 14 : « Bellovacos in ûde atque amicitia civitatis iEduœ foissç. » — Id. lib. V : « Qaod tantum ciYiUti ^fidu» dignltatis tribuerat. •
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rum Àugusiodunum. Là est au cinquième siècle une iËdua authentique ; une cité-ville qui permettra à Ursin, auteur de la Vie de saint Léger d'écrire conformément à la Notitia dignitatum : « Àugitstoduno qux est JSdtwmm civites^ ^ » et à l'anonyme de la Vita metrica^ vers 161, 163 : a JSdita quam junior œtas vocitavit Augustidunam (sic), ^ » La même désignation est reproduite dans la chronique de Robert, moine de Saint-Marien d'Âuxerre : <c Civitas JSdua quœ AtigufStodunum^. » Ces désignations incontestables sont entièrement conformes à l'histoire en tant que désignant Âutun comme ville éduenne ; mais dans la seconde moitié du neuvième siècle un moine étranger à Âutun, Âimoin, devenu abbé de Fleury-sur-Loire, fait un pas décisif pour identifier Bibracte à Âutun ; il n'hésite pas cette fois à nous dire que c'est César en personne qui a nommé Hedua^ et que Hedua est Augv^tidunits : c Hedua quœ est Augustida^
nus quam Julius Heduamnominat^, » Âimoin, en qualité
de moine lettré, avait pourtant lu les Commentaires, mais pas assez pour être exact et critique. Il est clair que si César eût nommé Hedua comme équivalent de Bibracte et que Hedua fût Âutun, la question serait tranchée ; César, malheureusement, n'a jamais nommé Hedua aucune ville, et ce nom ne fait son apparition à Âutun qu'à la fin de l'empire romain et dans la basse latinité, sans autre intention que de désigner simplement Âutun comme chef-lieu actuel de l'ancien pays éduen.
Âimoin, sans connaissance des lieux, sans traditions locales et sans aucun guide que ses livres, voyant au cinquième siècle Âugustodunum civitas JEduorumy a jugé sans autre forme de procès que cette cité éduenne était celle dont parlait César et ne s'est pas rendu compte que d'un peuple
1. Ursin, Vie de tàint Léger, Bolland, cap. i, n* 5, die u oct. p. 486.
2. Oom Pitra, Hi$t. de $. Léger, AntUectê^ p. 469-470, Parii, WaiUe, 1846.