‹ Fouilles de Mont Beuvray (ancienne Bibracte) de 1867 à 1895Chapitre 20 sur 134 · Aimoin, De ge$ti$ Francorum, 11b. I, cap. v · texte numérisé non relu

Aimoin, De ge$ti$ Francorum, 11b. I, cap. v

il faisait une ville. Cette identification toute spéculative fit école, non que l'autorité de son auteur imposât la conviction, mais parce qu'elle avait en sa faveur les apparences spécieuses dont Aimoin avait été dupe lui-même, et qu'un examen borné aux textes mal compris semblait légitimer. On était loin, au surplus, d'attacher alors à cette question la même valeur que nous^ et de s'inquiéter d'-en chercher dans l'archéologie le démenti ou la confirmation.

Dès la fin du moyen âge, cependant, au début du mouvement des esprits qui annonçait la renaissance des lettres et le retour à l'étude de l'antiquité, l'erreur d' Aimoin sur l'identification de Bibracte et d'Autun soulevait le doute et préoccupait les érudits. Un savant géographe italien, Raymond de Marliano, né en 1420, établi en Bourgogne où il devint conseiller du duc Philippe le Bon et chanoine de Liège, lorsque, après la mort de sa femme, en 1463, il eut embrassé l'état ecclésiastique, s'était livré à l'enseignement de la géographie à Dôle et à Louvain où il mourut en 1475. Son séjour en Bourgogne lui avait permis plus qu'à bien d'autres de s'éclairer sur les lieux et d'étudier sur place les localités mentionnées par César dans le pays éduen. Il a composé un livre intitulé : Veterum Gallùs locof'umj popu* lorum^ urbiuniy montium ao ftuviorum alphabetica descriptio (Trévise 1480), souvent réédité soit isolément soit à la suite de diverses éditions des Commentaires de César. Or, à la lettre B., on lit : « Bibracte oppidum^ in Francorum regno situmy in formam ruris reductum et in radicibus montis non longe àb Hedua civitate nomen retinet BEVRECTK r> Ne croirait-on pas entendre un témoin oculaire? Raymond de Marliano a été suivi par le savant compilateur Raphaël

1 . A la fin d'une édition des CommênUireê de César De hello GaHteo, sans date ni nom d'auteur, où ce texte est reproduit, se trouve la mention suivante : c Judex Commentariorum C. Julii Csesaris et earum rerum quas ad cognitionem urbium et flnminum et locorum vir clarissimus ac eruditissimus Raymundus Marlianus invenit atque addldlt. i (Bibliothèque de Dijon, exemp. grand de margres, reliure veau brun, XVn» siècle.)

Maffei ^ (dit Volaterranus, du lieu de sa naissance) dans ses Commentarii urbani \ dont les douze premiers livres sont consacrés à la géographie; par Abraham Ortel ^ (Ortelius)y géographe'de'Philippe II, un des restaurateurs de la science, dans son Thésaurus geographicus et par nombre d'autres auteurs ou éditeurs du même siècle.

Parallèlement aux savants étrangers les mêmes opinions avaient leurs défenseurs dans l'intérieur de nos provinces.

Jean Bouchot (né en 1476, mort en 1555), imprimait dans ses Annales d'Aquitaine : <c Au dessous d'une montagne par delà la ville de Librate qui estoit une petite ville d'Autun, qu'on appelle de présent Bevray ^. » Par quelle communication, par quelle tradition Jean Bouchot, qui était Poitevin et écrivait à Poitiers, avait-il pu être renseigné, pour distinguer ainsi les deux villes et citer dans un pays lointain le Beuvray à cette époque reculée ? On ne saurait logiquement lui attribuer l'invention d'une pareille assertion. Les auteurs dès lors se divisent en deux camps, champions d'Autun ou du Beuvray, la polémique néanmoins ne sortait pas jusque-là de l'érudition pure et du commentaire des textes; aussi de tous les savants qui ont pris part à la discussion bien peu se sont-ils avisés de visiter le Beuvray et d'y étudier les traces de Bibracte.

Un homme cependant, savant jurisconsulte, né au pied des montagnes du Morvan, Guy Coquille, l'historien du Nivernais, semble avoir fait exception. Il connaissait le pays, en avait recueilli les traditions et, avec une science incontestée et un bon sens qui devançait les travaux des critiques et les découvertes des archéologues, il osait avant la fin du seizième siècle, affirmer l'existence de Bibracte au mont Beuvray et en donnait la raison, a Bibracte, dit-il, occupait

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