A. de Charmasse, CartuL de V Église d'Autuh
Il était d'autant plus urgent de se hâter alors, que les murailles des constructions gauloises mises à jour depuis deux ans déjà s'écroulaient sous la pluie et la gelée qui désagrégeaint leur mortier de terre.
L'opération, par suite des lenteurs bureaucratiques, dut être repoussée jusqu'à fin novembre 1868-1869 et c'est dans la neige, par une température d'une rigueur inusitée, qu'elle fut accomplie. Il n'y avait alors au Beuvray, pour abri, que deux baraques en planches ; l'ordonnance du capitaine prétendit avoir moins souffert du froid à la campagne de Sébastopol qu'à celle de Bibracte.
La guerre de 1870 vint interrompre le travail, mais on avait dès lors la pensée de procéder au nivellement complet de l'oppidum et d'en établir l'orographie mètre par mètre d'altitude.
Au capitaine Roidot appelé à un autre poste succéda le. capitaine d'état-major Henri d'Aboville, aujourd'hui colonel du 131* régiment d'infanterie, dont le père avait si obligeamment mis le terrain de sa propriété du Beuvray à la disposition des fouilles. Il fit le nivellement complet de la forteresse à deux reprises, dont la dernière, par une sorte de fatalité, se termina en hiver par une neige et un froid aussi rudes qu'en 1869. Il faut avoir été le témoin des marches dans la neige, témoin de l'ouverture des lignes dans les fourrés, les houx et les ronces, témoin du travail technique sous une température qui décourageait même les hommes du pays, pour se rendre compte des fatigues
et des endurances qui en découlèrent ; mais le nivellement était terminé et divisé en différentes feuilles. Plusieurs officiers du 29* régiment d'infan ^rie, de la garnison d'Autun, et notamment M. Biseuil, voulurent bien dresser partiellement le plan des découvertes subséquentes ; il restait à réunir l'ensemble sur une grande pancarte qui permît d'embrasser d'un coup d'oeil l'enceinte de Bibracte et ce qu'on connaît, à cette heure, de ses habitations.
Ce complément reçut un commencement de réalisation. MM. de Vaux et Darras, puis M. Laugaudin, tous trois lieutenants alors au 29®, et membres de la Société Éduenne, rapportèrent les courbes de niveau, mais les exigences professionnelles et bientôt le départ servirent mal leur bonne volonté.
M: le commandant Porthmann, membre également de la Société, accepta la tâche de parfaire le monument et vient de nous le remettre, clef en main.
Notre première pensée est celle de la reconnaissance dont nous le prions d'agréer l'expression; que tous ceux qui ont mis la main à cette oeuvre reçoivent ici nos remerciements, y compris M. Laroche, dessinateur aux usines du Creusot, et M. Eugène Bidault, géomètre, dont le dévouement à notre oeuvre n'a été arrêté que
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par la mort.
J'exposerai en quelques mots la topographie et la distribution intérieure de la vieille forteresse, pour lever, dans une bien faible mesure, le voile que les remblais nécessités pour rendre les terrains à la
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culture ont étendu de nouveau sur la surface fouillée.
L'enceinte composée de terrassements formidables suit à travers les bois un développement de cinq kilomètres, descendant parfois dans les gorges pour enfermer les sources dans son périmètre, puis regagnant par des pentes abruptes les parties hautes. Elle est coupée en deux par la grande voie appelée Chemin du Rebout ou Rebours qui, du nord au sud, traverse Toppidum et fait aujourd'hui la séparation des deux départements de la Nièvre et de Saône-et-Loire. A droite et à gauche, en partant du nord, le quartier du Champlain* et celui de la Come-Chaudron *, en face, étaient consacrés l'un et l'autre presque exclusivement à la métallurgie • ; ils semblent former un bourg à part, circonscrit par les ravins de la Come-Chaudron et de l'Ecluse, et relié par une étroite langue de terre à la partie supérieure de la montagne. Le Champlain ne contient que quarante maisons éparses dans un rayon rapproché de la grande voie; la partie en arrière est nue, mais d'un grand intérêt historique ^. C'est là que sur une plate-forme rocheuse, découpée en ovale, se dresse la pierre de la Wivre, ancienne tribune du concilium, au milieu du locms consecratus * des cités gauloises, dont parle César; c'est là que