‹ Fouilles de Mont Beuvray (ancienne Bibracte) de 1867 à 1895Chapitre 34 sur 134 · Ibidem, tome I, page · texte numérisé non relu

Ibidem, tome I, page

La construction d'Âugustodunum n'avait pas été un fait isolé ; Auguste avait créé en Gaule bien d'autres villes qui prirent son nom, et dont les historiens contemporains ont négligé de signaler l'apparition, non plus que celle d'Âutun. Cette mesure purement administrative n'avait pas eu au loin le retentissement que nous sommes portés à lui attribuer. Strabon âgé et en arrière de son temps, surtout poujr l'Occident, en était encore à la géographie de Posidonius et de César, ses seuls guides, en citant Bibracte sur sa vieille réputation, et en taisant Âugustodunum qu'il ne vit jamais. Il ne cite pas davantage Màcon ni Nevers. Fondation ou suppression, une ville de plus ou de moins dans l'empire romain ne préoccupait guère les esprits en Orient où vivait Strabon, ni à Rome même; les jeux de l'amphithéâtre y tenaient plus de place que les villes gauloises. Nous attachons à ces questions notre sentiment national local, qui n'existait pas pour des étrangers ; leur indifférence à ce sujet est tellement dans la nature, que nous devrions plutôt nous étonner de la passion que nous mettons à la contrôler. Est-ce que nous nous agitons si une ville se crée en Russie ou en Asie, bien que nous ayons aujourd'hui mille moyens d'information qui manquaient aux anciens ? Sans la révolte de Sacrovir le nom d' Augustodunum risquait fort de ne pas figurer sur les tablettes avant Pomponius Méla> De situ orbis^ sous Claude, l'an 43 de l'ère chré-^ tienne, soixante ans après sa fondation. Ne cherchons pas chez les écrivains de Tantiquité des amours de clocher dont ils n'avaient que faire.

La mention de Chalon, ir^cv Xft6uXUvev, a la même source que Bibracte, les Commentaires de César. Seulement les relations commerciales de Chalon avec Marseille et la Méditerranée lui avaient donné sous la domination romaine une notoriété qui put parvenir jusqu'au géographe par le commerce maritime et justifier le nom de ville, qu'il lui assigne ; mais il est impossible de voir dans son passage

sur les Éduens, entaché de flagrantes inexactitudes, trace d'aucun contrôle ni d'aucun renseignement récent ou personnel. Il a écrit de seconde main, sur des titres anciens, qull n*a su ni rajeunir, ni compléter, et lorsqu'il a mis du sien c'a été pour tomber dans une lourde erreur.

Quant au sort de Bibracte, il Ta ignoré absolument, et Toppidum était au moins en pleine décadence lorsqu'il l'a nommé, l'an 18 de Jésus-Christ, si on accepte cette date pour la rédaction de son quatrième livre. Les dernières médailles recueillies dans l'ensemble de 120 habitations de Bibracte, au mont Beuvray, ont été frappées au revers de l'autel de Rome et Auguste, entre Tan 15 et l'an 11 avant l'ère chrétienne, à l'atelier monétaire de Lyon. Une de ces pièces a été trouvée, avec une autre, gauloise et contemporaine, sous une petite plaque de marbre blanc ^, à la dernière assise du temple de Bibracte dont elles datent la fondation.

L'absence de monnaies postérieures à l'an 1 1 avant Jésus- Christ dans les habitations où on en a récolté d'autres par centaines, prouve que l'occupation fut au moins très sensiblement restreinte vers cette époque qui concorde avec la création d'Âugustodunum, sans quoi sa prolongation serait indiquée par des pièces d'émission plus récente. Or les pièces plus récentes n'ont été jamais trouvées que sur le champ de foire, dans les boutiques du forum et dans les deux oratoires qui paraissent avoir subsisté jusqu'à la fia de l'empire romain puisqu'on y ramassa deux médailles de. Constantin. Un noyau décroissant de population attaché au sol ou au service de Vemporium et des fêtes qui persistèrent toujours, put, à la rigueur, se maintenir à Bibracte jusqu'à l'époque où écrivait Strabon et même au delà; c'est sans doute à ces réunions périodiques que Bibracte dut de ne pas être oubliée complètement, comme en témoigne Tins*

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