‹ Fouilles de Mont Beuvray (ancienne Bibracte) de 1867 à 1895Chapitre 36 sur 134 · P. de Saint-Julien, loo. cit., p · texte numérisé non relu

P. de Saint-Julien, loo. cit., p

la connaissance des auteurs de Tantiquité, mais à qui l'insuffisance des études positives sur la Gaule et sur son état social ne permettaient pas de se figurer des Gaulois illettrés et grossiers, des oppidums incultes^, à moitié déserts, sans monuments, sans manifestations artistiques. Dépourvus d'éléments de confrontation, ils les assimilèrent aux types connus des villes antiques et créèrent une Oàule de fantaisie dont le fantôme n'a résisté ni à la critique ni à l'observation désintéressées.

Le dernier argument de Tabbé Belley est une longue dissertation sur le fameux texte d'Eumène, qu'avec une ponctuation aussi peu naturelle qu'illogique il accommode péniblement à sa thèse. Nous ne reviendrons pas sur ce chapitre, ayant donné notre explication en son lieu. Enfin l'auteur s'étend complaisamment sur la nomenclature des villes créées dans le monde romain en l'honneur d'Auguste ; nous serions cette fois de son avis s'il comprenait Âugustodunum dans les créations d'Auguste. Mais il refuse absolument d'admettre un fait qui seul correspond à l'histoire et à Tarchéologie.

Il faudrait un volume pour répondre article par article à l'accumulation de textes et arguments entassés dans les 73 pages consacrées à Bibracte ; et cependant ce luxe d'érudition et de dialectique, malgré son côté brillant et spécieux manque de base, parce qu'il ne repose que sur des commentaires de textes que chacune des deux parties interprétait à sa façon. Avec ce système, la lutte pourrait durer encore. L'abbé Belley, malgré sa science et son sens critique, n'a jamais compris que l'oppidum gaulois demandait sa force à la nature des lieux, hauteurs, escarpements, marais, contrairement au système des Romains qui, comptant, pour la défense, sur les travaux d'art, évitaient les sommets pour leurs villes et pour leurs camps ; cherchant les pentes douces,

1. CicéroD, De promncHa con$ularibu$ : « Quid oppldis incultius? »

la salubrité, Tabondance de Teau, la fertilité du sol, Taisance des communications ' . En s'obstinant à vouloir trouver une ville romaine à Bibracte et une ville gauloise à Augustodunum, il a fait deux fois fausse route : c est ce que les fouilles d'Autun et du mont Beuvray ont démontré. ^

Nous terminerons ici l'histoire de ce long débat qui, pendant trois siècles, a divisé les savants avec une aigreur bien superflue dans une pareille question. Les Autunois, il est vrai, combattaient fro aris et focis^ mais le patriotisme lui-même doit s'incliner devant la vérité .

Nous ajouterons toutefois à la discussion un emprunt fait à un travail resté inachevé sur le Beuvray, en collaboration avec un ami, M. Jules Roidot^ :

oc La pioche a eu facilement mson d'un échafaudage scientifique sans fondements. La constatation de la vaste enceinte du Beuvray, la construction gauloise de ses remparts, les découvertes faites à l'intérieur de la place, la masse des poteries et des médailles gauloises, la reconnaissance des industries diverses ont montré que le Beuvray n'avait pas toujours été un désert. Les éditions classiques les plus récentes, le Dictionnaire archéologique de la Gaule publié par la Commission de la carte des Gaules, la Vie de César y par Napoléon III, le travail du colonel Stoffel sur les campagnes de César, les dernières découvertes faites à Montmort ^ sur le champ de bataille des Helvètes, les démonstrations de tout ordre, prouvent que la tradition qui plaçait Bibracte au mont Beuvray était seule conforme à l'histoire.

(c Cette tradition n'avait jamais cessé en effet sur les lieux parmi des populations qui n'écrivaient pas, il est vrai, mais

t. Colonel de la Noé, Prtncipee de U fortification êntiq^»^ loo. cit.

2. J.-O. Bulliot, OhBêriMitioinê historiquBê et àrchéologiquêê êur lêê fouillée d*Auguêtodunum pratiquéeê à Vintérieur pour VéUbliêeement du chemin de fer, a?eo notes à Tappol. Brochure. Antun, Dejussieu.

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