Bill. Gall., VI
une route antique S au bas de la montagne, entre la Toie de VEcluse et celle du Reboun, indiquaient au milieu des bois la place de ces masures trop misérables et trop distantes entre elles pour mériter le nom de faubourg. La plus importante était celle d'un forgeron, à cent mètres en aval de la porte et au bord même de la voie du Reboun qui existait dès lors à l'époque celtique. L'artisan qui l'avait bâtie s'était naturellement placé en vue des passants qu'attiraient Temporium et les relations avec Toppidum; il trouvait dans cette position le double avantage d'être à portée des colons du voisinage et d'éviter les entraves usitées en temps de guerre à l'entrée des places fortes. L'origine gauloise de Tbabitation elle-même résulte des objets qui y furent trouvés, et dont il sera parlé ultérieurement.
L'atelier du forgeron, comme la plupart àeé autres maisons d'artisans, consistait en une pièce unique de 5 ''50 de façade sur 6 "60 de retour; il était en terre et bois, couvert en chaume, dépourvu même du soubassement en pierre qui caractérise les plus récentes constructions de Toppidum. De gros moellons noyés dans la terre glaise y formaient une aire résistante de 0»60 d'épaisseur, appropriée aux exigences du métier; le billot de l'enclume des forges gauloises était fixé dans une excavation où les restes cinéraires du forgeron, après sa mort, remplaçaient presque toujours l'instrument de son travail. Pour descendre dans cet antre creusé k 2 mètres au-dessous du niveau de la voie, qui n'a pas' varié, des marches ou une échelle en bois tenaient lieu d'escalier-, nulle incertitude n'est possible sur la profondeur de l'enfouissement, car la couche de terre végétale formée depuis, et que nous déduisons, n'avait que 0"50 d'épaisseur, sans aucun débris. Les parois, d'après un grand fragment de O'^IO de côté, tombé sans se disjoindre dans l'incendie oà il avait subi une sorte de cuisson, consistaient en châssis de bois debout, remplis d'un pisé de 0P30
i. Le chemin de Raingiard.
d'épaisseur, amalgamé de terre glaise, de menus graiiers, de larges débris d'amphores, de pierres même da Tolume d'qn œuf. Cette compositioo grossière contrastait avec la fioesse du revôtement, épais seulement de 0°* 025, et parfaitement lissé à la truelle. Cet enduit en terre presque tamisée ne renfermait pas de chaux, mais des scories de fer broyées dans la pâte lui donnaient une remarquable cohésion, procédé ingénieux renouvelé de nos jours, dont l'emploi à Bibracte nous eût paru fortuit s'il n'eût été constaté sur d'autres points de l'oppidum, dans les bétons.
La maison du forgeron, brûlée inopinément sans doute, renfermait onze médailles gauloises et quelques outils. Les plus importants étaient un débris d'enclume, des polissoirs en pierre, quatre pierres à aiguiser, un ciseau pour couper le fer à froid, une grande lance tordue et à douille creuse, un fragment d'épée, de nombreuses scories de fer travaillé au charbon de bois, une clef passe-pàrtout, des dous de toutes dimensions, vingt-deux débris de creusets, des tenailles pour saisir le fer rouge et les creusets, semblables à nos sécateurs, et dont les branches étaient fermées de même par un ressort ^ Un instrument analogue, quoique de plus grande dimension, est sculpté sur des pierres funéraires des musées de Sens et d'Antun, mais son emploi à l'époque romaine n'a rien d'incompatible avec sa présence chez l'artisan gaulois. L'usage en était trop journalier, nous dirons plus, trop indispensable pour ne pas remonter à l'origine même de la métallurgie. Les Gaulois avaient dû l'emprunter à l'Italie ou aux colonies du Midi, en môme temps que leurs poteries et autres produits. La date du reste se déduit de l'âge des médailles gauloises qui l'accompagnaient, et de la découverte d'une pince semblable trouvée déjà en 1867 dans l'atelier d'un fondeur éduen. ^ *
1. Tons ces objets ont été, par ordre de Temperear, déposés au musée de Saint-Germain.