Maison n» U da Champlain (Beayray
Udb couche de charbon de O'^SO d'épaisseur, surmoutée d*une seconde couche de terre glaise et de décombres de plus d'un mètre, recouvrait l'aire. Elle contenait, outre les outils cités plus haut, des débris de silei, un anneau, trois fibules et un grain de collier en bronze, un style ou poinçon en fer, une ^meule à trois pieds, en pierre, et de menus ossements auxquels leur contact avec des parcelles de cuivre avait donné la couleur verte et luisante de l'émeraude. Parmi les débris céramiques dont la variété ajoutait à l'intérêt de cette curieuse demeure, la pièce la plus barbare était un épais couvercle en terre jaune, mal cuit, et modelé à la main en forme de disque, avec un bouton conique au centre et des rayons irrégulièrement tracés en relief sur les bords. D'autres fragments en terre fine, nuancés du noir au gris et couverts de traits verticaux, de lignes ondulées, de pointillés capricieusement mélangés, formaient une collection bizarre qui autoriserait à croire que le forgeron cumulait avec son travail principal les fonctions de raccommodeur de vaisselle ; il faut encore ajouter à l'énumération douze débris d'écuelles, et vingt débris d'assiettes de toutes formes et dimensions. '
Une dernière découverte restait en réserve dans les profondeurs de la cabane ruinée. L'aire épaisse de O'^ôO, sur laquelle le forgeron avait battu le fer, recouvrait deux excavations funéraires creusées en rond, à 3 mètres dans le sol. Au milieu des cendres qui remplissaient chacune d'elles, deux moitiés de vases d'un type complètement nouveau renfermaient des restes d'ossements brûlés. L'un était une sorte d'urne oblongue, d'une belle couleur noire, d'un galbe élégant, en terre de la plus grande finesse, et semée de larmes en relief; l'autre une soupière demi-sphérique, de O^'SO de diamètre et de la forme la plus originale, en terre spongieuse recouverte aussi d'un enduit tirant du gris au noir. Un cône creux et aigu
1. Les Gaulois comme nous le Terrons plus loin, raccommodaient les vases avec du plomb, et les bridaient avec des fils de métal.
s'allongeait du fond du vase. Diyerses moulures alternant avec des plaies-bandes rele?aienl les surfaces unies, tandis qu'une zone de COS de large, couverte de dessins imitant des yeux, formait au milieu de la panse la plus singulière décoration. *
Un pareil mélange de céramique rudimentaire et de spécimens artistiques chez une race dont les mœurs et le degré dé civilisation sont encore si difficiles à préciser nous a frappé plus d'une fois en remuant ces cendres où dorment tant de secrets. Les plus humbles cabanes possèdent des débris de petits vases de fantaisie, menus comme des jouets d'enfants, minces comme un feuillage, délicatement ornementés à l'aide d'une pointe ou d'une roulette. Aucune destination utile ne saurait leur être attribuée ; ils ne paraissent être que des objets de caprice et de curiosité féminine, achetés sur la/place publique un jour de fêle et conservés précieusement, comme les bijoux de clinquant ou la tasse de porcelaine dorée qu'on trouverait partout dans l'armoire des villageoises du Morvan.
A la suite de ces renseignements domestiques, une observation d'un caractère général permet d'expliquer le mode de destruction de la plupart des maisons, où les mêmes phénomènes se reproduisent. Le remblai qui obstruait Tintérieur se composait, comme il a été dit, de trois couches : l'une de charbon, variant de O'^ib à O^'SO d'épaisseur, et recouvrant l'aire; une seconde beaucoup plus épaisse, de terre glaise mélangée de pierraille et quelquefois de charbon alternant avec la terre glaise, puis la terre végétale, dernier sceau apposé par le temps sur les ruines. La couche de charbon sur le sol foulé renferme toujours les médailles et les ustensiles du ménage. Le feu, dans ces habitations couvertes en chaume, dévorait rapidement la toiture, qui s'effondrait sur le mobilier, tandis que les murs, formés de terre entrecoupée ou non de pièces de bois debout, s'écroulaient plus lentement sur le foyer