‹ Fouilles de Mont Beuvray (ancienne Bibracte) de 1867 à 1895Chapitre 44 sur 134 · Cicéron, Pro Foniêio · texte numérisé non relu

Cicéron, Pro Foniêio

2. EUe est en flbrolithe, dont les gisements existent dans la Haute-Loire et le Rhône. Les deax antres hachettes trouvées à la fonderie, derrière le bastion de la Come-Chaudron, sont eii chloro-mélanite, gisement inconnu. — Mémoire sur la eompotUion des haches de pierre trouvées dans les mofiy-* ments eeUiques, par Oamour, correspondant de Tlnstitut. {Méni, de l'Àead, des seienees, t. LXI )

3. L'épaisseur de la yoie est de 0^50 aux côtés et de 0*65 au centre.

consistait à noyer simplement xlans la glaise on caillontis plus 00 moins épais.

Il faut donc admettre qn'après la pacification de la Gaule, rintervention romaine fît créer à Bibracte certains établissements publics auxquels se rattache le boulevard extérieur, dont le niveau nécessita 1 enfouissement de la maison du péage.

C'est aux mêmes travaux qu'on doit rapporter la destruction d'un ouvrage en bois, dont il sera parlé bientôt, élevé à gauche de la voie du Reboun, et dont l'enlèvement créa à l'eutrée de l'oppidum une sorte de rond-point de 25 mètres de large. Les Romains, en paraissant s'intéresser à la prospérité de Bibracte, détachaient de jour en jour quelques pièces de son armure, élargissant sa principale entrée, multipliant et améliorant les accès, tout ce qui pouvait faciliter une attaque et entraver la défense, en prévision de soulèvements. On ne doit pas perdre de vue toutefois que ces ouvrages ne sont pas postérieurs au règne d'Auguste. Rien, parmi les bronzes et les poteries recueillis au-dessus et au-dessous de la voie nouvelle, n'en rapproche la date, qui est fîxée par une nioitié de pièce coloniale trouvée dans les déblais, antérieure à l'ère chrétienne.

La seule monnaie un peu plus récente peut-être était un petit bronze d'Auguste, au revers de l'aigle, qui fut ramassé, non sur le sol de la voie romaine, mais sur la voie du Bebours, à 20 mètres de leur jonction. Ces conditions lui enlèvent toute valeur chronologique, sa présence dans un lieu de passage public paraissant fortuite.

On trouva encore dans le déblai de la loge une poignée, une clef et deux chaînes de fer, l'une à maillons ronds, l'autre à maillons oblongs, qui semblent avoir fait partie de la fermeture d'un coffre. L'anse mobile et demi-circulaire a 0"11 d'oùverlure; elle est forée aux deux bouts, dans un desquels passe une pièce de fer à recouvrement de 0''08 de long, rappelant un mode de fermeture élémentaire qui n'a pas entièrement disparu de l'usage. L'une de ses extrémités, aplatie et percée d'une entaille rectangulaire indiquant la place du crochet.

devait s'appliquer à une serrure et y être fixée par ud tour de clef. Celle-ci, année de trois longues dents, dont une sur le côté, a la poignée en équerre et terminée par un anneau. Sa forme, plus compliquée que celles de même genre trouvées précédemment au Beuvray dénote une pièce d'une fabrication inusitée. L'anse principale est elle-même soudée par Toxyde à une chaîne de cinq gros maillons faisant corps avec le tout, bien que susceptibles d'en être détachés; deux des quatre maillons de l'autre fragment se doublent comme nos anneaux brisés.

Les habitations sur les avenues de Bibracte se réduisaient donc à quelques bicoques clair-semées. Cette avant-garde de la grande forteresse n'éveille pas dans l'esprit le fantôme de civilisation dont on s'est plu quelquefois à doter les Gaulois ; elle justifie, par contre, le jugement de Cicéron : Quid oppidU inciiltiui ^? Rien n'y rappelait ces annexes commerciales qui enveloppent les cités modernes, ces succursales industrielles oiï L'esprit d'entreprise dépense, sous mille formes, une incessante activité. La vie de l'oppidum était trop intermittente, trop souvent suspendue, pour donner lieu à une pareille expansion. Elle ne s'éveillait que de loin en loin et par secousses, dans les rares circonstances qui mettaient en mouvement la pays. Hors des temps de guerre, des réunions politiques, du concilium et des foires, où, devenu le centre d'un concours considérable, il s'animait subitement, ses routes étaient souvent désertes. Les neiges prolongées, à une altitude de 810 mètres, les glaces, les pluies, les brumes, ces froids intolérables dont parient les Commentaires, et que les soldats romains affrontaient péniblement au pied de Bibracte ^ en marchant contre les Bituriges, n'en faisaient pas à coup sûr un lieu de délices durant l'hiver. La rudesse des races indigènes, dont les enfants, malgré le climat, s'élevaient presque nus.

1. Cicéron, Diteours sur Us provineu consulaires^ S. BsU. GaU., VIII, 4.

pouvait seule s'eD accommoder, et encore ces races avaientelles soin, ponr se préserver, d'enfouir leurs habitations Le soleil ramenait la circulation dans cette solitude habitée, en même temps que la végétation sur les côtes du voisinage, couvertes de toute antiquité par les bois. Bibracte célébrait ce réveil par la fête immémoriale du premier mercredi de mai, qui, durant trois jours, appelait à son emporium les cantons les plus lointains. Ce concours fixait dans l'enceinte les artisans et les marchands.

Hais avant de franchir le seuil de la forteresse, un dernier ouvrage reste à étudier. Il semble avoir fait partie de la fortification, et la description en pourrait, à ce titre, paraître ici prématurée, si des ruines successives n'y révélaient des vestiges industriels qu*il importe de discerner.

L'édifice bordait à Test le flanc gauche de la voie du Rebours et était adossé, du côté du midi, au fossé de la place,' dans les mêmes conditions que la loge du péage sur le côté opposé. C'était une tour de bois, selon toute apparence, la réserve étant un devoir en présence d'un monument dont il ne reste que Faire et les parois taillées dans le tuf qui permettent de déterminer ses dimensions.

Cette attribution est justifiée toutefois par de nombreux rapports avec les autres édifices en bois affectés à la défense de la . porte : le plan rectangulaire, la forte dimension des potitres, les médailles et autres objets trouvés, l'identité de la ruine et de la reconstruction. Les charpentes incendiées formaient à l'intérieur des amas de charbon un énorme décombre dépourvu de pierres, qui offrait partout même épaisseur et même aspect. De pareils détails, de tels faits répétés au dedans comme au dehors de l'oppidum, sont un argument en faveur de Torigine commune de ces ouvrages militaires.

Il serait étrange, en effet, qu'à l'entrée d'une place forte, en tête de sou fossé, à vingt mètres et en face d'un saillant du rempart, et à douze de l'autre, une construction domestique eût été tolérée. Sa date, d'autre part, était antérieure à l'occu-r

patioD romaine. Cioq médailles gauloises recaeillies sur l'aire, deax grosses verroteries, un anneau, nne fibale de bronze, deux manches de conteaax et an crochet de fer, un petit débris ' de coupe en verre, des meules à trois pieds, offraient un ensemble d'objets particuliers à la race indigène.

La plus grande dimension de la tour extérieure offrait de Test à l'ouest 12 "50, sur 8" 40 du nord au sud. L'intensité du feu qui l'avait détruite avait converti en brique son aire de terre battue et anéanti ses cloisons, dont le tracé était marqué d'une part dans un tuf jaune et résistant, et dans le roc vif à l'ouest, avec retour au midi. La face orientale seule présentait quelque incertitude, ayant été altérée postérieurement par l'établissement d'un mur en pierre, étranger à la première ruine. Malgré cette interposition, un détail précieux, l'empreinte d'une poutre verticale, de 0"50 de diamètre, creusée à Tangle nord-ouest, dans le rocher, et l'absence de moellon roulé dans un remblai de près de 3 mètres, permettent d'affirmer que la construction était en bois. Elle devait, de plus, avoir des étages, si l'on en juge par le diamètre de^ ce pilier, usité seulement dans les principaux ouvrages, et par la profondeur des fondations.

Plusieurs constructions domestiques, il est vrai, sont enfouies de môme, mais le cube de leurs poteaux est trois fois moindre, leur diamètre ne dépassant pas 0"20k0°'25. Ces diverses considérations confirment à nos yeux la nature du monument dont ta chute fat voisine et peut-être contemporaine du séjour de César, les dernières pièces qu'il renfermait étant de la fin du monnayage gaulois.

Une construction qui lui succéda a laissé des traces plus apparentes, sans que la destination en soit plus aisée à préciser. Bâtie après l'incendie, en partie seulement sur les ruines et presque à la même profondeur, elle avait été reculée de 1 3 mètres à l'est, dans l'intention sans doute de démasquer , l'angle nord*ouest du rempart, ou d'élargir, à l'entrée de Toppidum, l'esplanade qu'on croit l'œuvre des conquérants.

Le plan, les maçooneries, les divisions iDtérieures, Tépaisseur et la nature des aires bétonnées, rappellent ceni d'une fonderie située derrière le rempart, près de la porte du Bebovn. L'édifice reconstruit, rectangulaire comme le premier, était comme lui adossé, du côté du midi, à la contrescarpe du fossé. Il se composait de deux parties distinctes. Tune en pierre, l'autre en bois, dont la première, partagée elle-même de Test à Touest par un mur de refend, avait 9 mètres de façade au couchant, 6 seulement au nord. Ses maçonneries, à vrai dire sans utilité pour le corps de la construction, dont la toiture devait reposer sur des poteaux, avaient surtout pour effet de soutenir les terres environnantes excavées à S'^SS L'absence de chaux dans les mortiers les rendant impropres à supporter de lourdes charges, elles étaient traitées comme un horsd'œuvre, assises sur des décombres, sur des monceaux de cendres, parfois sur le carrelage. Ce manque d'assiette nécessita promptement des travaux de consolidation, et, par une de ces constatations bizarres qui surprennent parfois les fouilleurs, on retrouva les traces de plusieurs étais de O'^IO de diamètre, traversant de part en part, à 0"70 et à 4 ""lO au-dessus de l'aire, le premier compartiment. Ces poutrelles, serrées à coup de massue et incrustées pour ainsi dire aux parois, laissèrent dans l'incendie sept empreintes charbonnées sur la muraille. Trois petites fiches de fer, qui avaient fixé une traverse, étaient restées engagées dans un joint.

Le mur de refend, qui contrebuttait la muraille occidentale chassée fortement par les terres, n'ayant d'autres fondations que le béton, était maintenu lui-même sur moitié de sa longueur, non-seulement par les étais, mais par un contrefort de moellon avec arêtes en granit taillé.

Ces exemples, puisés dans un des édifices les plus soignés el les plus solidement établis de Bibracte, prouvent une fois de plus les mauvaises conditions de la construction gauloise, incapable de résister aux poussées, bien que soulagée du poids des toitures par des supports verticaux.

L'emploi de la voûte, qui eût pn la maintenir contre la pression extérieure, était inconnu à Bibracte -, aucun vestige du moins ne s'en est révélé jusqu'à ce jour dans les explorations. Celte absence est due sans doute à celle de la chaux, indispensable pour donner à ce genre de maçonnerie une cohésion impossible avec la terre glaise qui sert de liaison dans tous les murs.

Le compartiment dont il vient d'être question avait 5"60 de longueur sur 2 " 46 de large. Quelques blocs de pierre de taille, dont deux encore en place, à l'angle nord-est, paraissent être les restes d'un escalier de communication avec le second €om« partiment. Celui-ci, plus large que le précédent, formait un carré de 5*° 86 de côté, muraille seulement sur trois faces; un banc de roche dénudé et, dans une partie, une couche de béton de 1 métré à 1 *50 d'épaisseur lui tenaient lieu de carrelage. Ce massif compacte, inusité dans les autres habitations gauloises, est particulier aux forges, à celle du forgeron du Reboun, extra muroSf aux grands ateliers métallurgiques situés dans l'enceinte près de la porte de l'oppidum. Au centre de la pièce, un égont en pierre sèche, de 1 mèlre de haut sur 0''60 de large, prenait naissance à la jonction du béton et du rocher et passait à 4 mètres de profondeur sous le mur septentrional, au-delà duquel il se perd. Ses dimensions, ainsi qjoe les débris métallurgiques qui le recouvraient, annonçaient une destination industrielle plutôt que domestique. On y rencontrait en effet, au-dessous des fondations du mur occidental, à 2 mètres de profondeur, un^ monceau de charbon de bois, entremêlé de culots, de scories de fer, de débris de creusets, avec un fragment de cuvette en grès réfractaire rougi par le feu, antérieur par conséquent aux murs de pierre.

Les deux compartiments entourés d'une muraille présentaient ensemble l'apparence d'une construction homogène et complète, si l'on excepte la face orientale du plus grand, fermée par une cloison de bois-, ils ne formaient en réalité que moitié de rétablissement.

L'antre partie, eD prolongement de la première à l'est, occupait une surface à peu près équivalente; mais son agencement négligé, sa base informe et composée seulement de quelques assises en moellon brut surmontées de clayonnages, son niveau plus élevé, lui auraient donné l'aspect d'une desserte ou d'un appendice provisoire, si des signes* non équivoques ne la rattachaient au même travail industriel. D'épaisses couches de charbon, des débris de métaux, quelques échantillons de minerai de plomb, désignaient un atelier distinct, quoique établi moins solidement que les précédents.

En prenant en bloc ces édifices, que leur contiguïté ne permet pas d'isoler les uns des autres, on s'aperçoit qu'ils reproduisaient d'une manière presque exacte les dimensions de la tour ruinée, en arrière de laquelle ils avaient été élevés. Cette ressemblance ne persiste ni dans le mode de construction, ni dans la distribution intérieure. Leur coexistence ne peut non plus être admise. Elle est radicalement infirmée par la découverte d un mur à un seul parement, de 1 2 mètres de long, qui, reliant la façade du grand compartiment en pierre à la voie du Reboun, traversait les décombres de la tour primitive à un mètre au-dessus de l'aire. Mais si l'antériorité de cette dernière est incontestable, la création de la seconde fut de bien peu postérieure. Leurs aires calcinées renfermaient indistinctement des médailles gauloises, avec cette seule différence que deux monnaies coloniales plus récentes, bien qu'antérieures à l'ère chrétienne, furent recueillies dans les cases muraillées ^. Doit-on croire qu'en remplacement dé la tour de bois, un nouvel ouvrage défensif ait été relevé au-dessus des fabriques implantées dans les substructions du second? Les indices manquent pour le prouver.

i. DtDt le compartiment contign an fossé, ane médaille gauloise, angle 8.-0., à S» 70 de profondeur; une antre, avec un grand bronse colonial, angle N.-E.; à 2 mètres, au bord du mur, trois autres médailles gauloises et une moitié de moyen bronze colonial. Dans Tantre compartiment carré, une médaille gauloise au centre.

La proximité dn fossé et de la porte font supposer sans doQte un établissement public» mais le seul fait certain est l'existence, en dernier lien, d'an atelier sonterrain de métallurgie, de l'une de ces installations pent-ètre qui, à la fayenr de la paix, s'organisent dans qnelqne partie inoccupée des fortifications d'une place, à portée de certains trafaux. Les pans adjacents du rempart ayant été évidemment restaurés vers la même époque, la fabrication des fiches de fer nécessaires à leurs grillages eût été ainsi possible sur les lieux mêmes. On ne peut considérer sans surprise la disposition singulière de ces forges, complètement cachées dans une excavation. Leur toiture de paille ou de bois, car il ne s'est pas rencontré de luileaux dans leurs ruines, s'élevait seule audessus du sol, à la hauteur de la base du rempart. Peu gênante pour l'émission des projectiles, elle pouvait, à la rigueur, s'accommoder à 1 élat de guerre et à la défense. Cette installation barbare, ces usines établies dans des espèces de silos, avec leurs forgerons travaillant sous terre comme des mineurs et recevant la lumière par des lucarnes ouvertes dans le toit, ne sont pas un des traits les moins caractéristiques de la physionomie extérieure de Bibracte.

Rempart gaulois et Portiflcationt de la Porte.

La découverte la plus importante des fouilles de 4868 a été celle du rempart gaulois et des fortifications de la porte du Rebours, entrée principale de l'oppidum.

Au moment où commencèrent les travaux, rien sur ce point n'attirait Taltention, si ce n'est deux buttes de terre obstruées de broussailles, que séparait un chemin étroit et encaissé sous de vieilles souches. La culture avait nivelé les terrains voisins, excepté au nord, où ils formaient un ressaut assez semblable à celui des haies situées sur des pentes rapides.

Une muraille avait elle existé sar les relraDchemeDts? Soo mince revêtement avait-il survécu à la destruction de sa charpente? Tout indice extérieur avait disparu sous les atterrissemenls Dans les fouilles de 1867, cependant, un premier sondage fait au Champlain avait révélé à mi-hauteur du talus, sur un large gradin taillé dans le tuf, une couche continue de blocaille, en avant de laquelle deux poutres carbonisées se croisaient à angle droit. La poutre de face avait été suivie sur . 5 métrés de longueur; celle de traverse, engagée sous la biocaille, sur 2 mètres seulement. On avait trouvé dans le charbon, a leur point d'intersection, une tige de fer de 0"26 ^, exactement semblable aux fiches trouvées depuis dans le rempart gaulois de Mursceint; elle caractérisait ainsi un ouvrage de même genre, dont le parement avait disparu. L'épreuve renouvelée en 1868 fut décisive. Il ne s'agissait plus, comme Tannée précédente, de simples indices, mais les maçonneries elles-mêmes du rempart reparaissaient sur des centaines de mètres, percées de trous de poutres dans lesquels les crosses de fer étaient encore en place.

Les explorations furent commencées de l'ouest à Test, entre te chemin actuel du Rebours et le ruisseau de la Come-Chaudron. Les bases du mur, déblayées d'abord sur 100 mètres de long sans interruption, furent reconnues ensuite par des tranchées jusqu'à 290 mètres, où elles tournent à angle droit pour couper la vallée. Sur chaque rive du ruisseau qui devient un torrent dans les grandes pluies, une lacune de 10 mètres, des blocs de granit taillé renversés, des fiches de fer dans Talluvion, marquaient les ravages de 1 eau. Le mur reparait sur l'autre bord et remonte à la fontaine Grenouillai, au nord-est.

Les dernières tranchées pratiquées à quelques centaines de mètres plus loin, dans le haut de la montagne ^, ont rencontré partout les mêmes vestiges, à cette différence près que les

!• Envoyée an musée de Saint- Germain.

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