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fiches de fer plus longues (0*30) et les pierres de plas grande dimensioD» sans trace de remaniement, donnaient à cette section du rempart un aspect particulier de solidité qui doit la faire considérer comme nn^ spécimen de la fortification primitive.
Des sondages successifs, pratiqués parallèlement dans les terre*pleins qui longent la base, firent découvrir un large fossé, les traces d'édifices en bois sous les deux buttes citées plus haut, et les fondements de la tour extérieure qui avait protégé la tète du fossé. C'était la première fois, nous le croyons du moins, qu'apparaissait dans son intégrité la fortification d'une porte gauloise. L'accumulation de pareils moyens de défense chez des peuples habitués à des procédés plus simples, caractérisait, par sa complication même, la plus forte place de la cité, une civilisation mixte particulière à la Gaule centrale et spécialement aux Édùens. On peut donc considérer ces ouvrages comme le suprême effort du génie des Gaulois, et comme un des types remarquables de leur science militaire-, mais ces réserves une fois faites, on reconnaît bien vite que, malgré leurs grandes proportions, ils ne sont pas l'œuvre d'une race façonnée à la pratique des arts.
Si l'architecture est l'expression des besoins des peuples, celle de la Gaule donne une médiocre opinion de son état social. La Gaule n'a pas connu les monuments qui supposent l'unité politique, les agglomérations compactes, des centres dans lesquels l'intelligence et la richesse suppléent même au nombre. Avec les modèles grecs et romains sous les yeux, elle n*a point bâti au temps de son indépendance. L'absence d'art et de durée est le premier caractère de sa construction militaire, civile ou privée. Dans la maison dont la toiture porte sur des poteaux, dans les remparts de l'oppidum, le bois et la terre glai3e remplacent la pierre; la pierre elle-même, dans les rares circonstances ou elle figure, est maçonnée sans ciment, conune si la conscience de sa prochaine absorption avait empêché le Gaulois de rien fonder.
Elévalion sur AB.
Cjupe sur CD.
REMPART GAULOIS DU MONT BEUVRAY PouUles de 1865
Telle est l'impression qu'éveillent les faines de Bibracte, et si les habitations conservées dans son enceinte appartiennent an peuple le plus avancé de la Gaule, que devaient être, à la même époque, celles des tribus arriérées chez qui les trafiquants n'osaient s'aventurer?
César, dans la description des murs d'Avaricum, a donné le type historique par excellence de l'architecture militaire des Gaulois. Leurs remparts se composaient, d'après son récit, d'une série de grillages en bois, séparés par des couches régulières de remblai et revêtus en façade d*un parement de grands blocs alternant avec les têtes de poutres. Nous citerons une fois de plus le célèbre passage, avant de confronter avec la description du livre YII des Commentaires les murs de Toppidum éduen :
« Mûris autem gallicis bsec fere forma est : trabes direct» per» petuiB in longitodinem paribus intervallis disjtantes inter se binos pedes, in solo collocantur, bs revinciuntur introrsus et multo ac^ere vestiuntur : ea autem quœ diximus intervalla grandibus in fronte saxis effarciuntur. lis collocatis et coagmentatis alius insuper ordo adjicitury ut idem illud intervallum servetur, neque inter se contingant trabes*, sed paribus intermissœ spatiis, singulse singulis saxis inteijectis, arte coniineantur : sic deinceps omne opus contexitnr, dum justa mûri altitude expleatur. Hoc cum in speciem varietatemque opus déforme non est, alternis trabibus ac saxis, qus rectis lineis sues ordines servant, tum ad utilitatem et defensionem urbium, summam babet opportunitatem : quod et ab incendie lapis et ab ariete materia défendit *, qu» perpetuis trabibus pedes quadragenos plerumque introrsus revincta, neque perrumpi, neque distrahi potest. »
Tel était en principe le système de construction des murs de Bibracte, qui s'en éloignaient néanmoins dans certains détails, comme nous le verrons.
Leur développement était de cinq kilomètres. Les fondations variaient suivant la nature des terrains, reposant tantôt sur un large gradin taillé dans le sol même, s'il était résistant ou
rocheux, et tantôt sur un béton composé d'argile et de pierres battues ensemble. Ce béton, d'une assez grande consistance bien que dépourvu de chaux, formait un lit épais en moyenne de 0 " 75 sur 3 mètres de largeur, dont les deux tiers étaient engagés sôus le rempart, le surplus serrant de chemin de ronde entre le fossé et le mur.
Les matériaux de ce dernier ne différent guère de ceux des constructions domestiques, presque tous tirés des massifs de la montagne. La pierre, en blocs plus ou moins* yolumineux et impropres à la taille, est à peine débrutie au marteau, montée rarement par assises régulières» encastrée presque toujours par les angles, d'après un procédé usité encore dans le pajs. Hais quoique ce moyen donnât seul quelque solidité à des moellons disparates, il ne pouvait compenser l'absence des grands matériaux qu'eussent fournis à la rigueur les carrières de granit de Saint- Léger et de Roche-Mouron, près Étang, connues des Gaulois. Quelques cubes taillés, de 0" 20 à 0*30 de côté, servaient, il est vrai, de couvertes à des trous de poutres, ou étaient disséminés dans la maçonnerie, particulièrement au retour sud-ouest du rempart de la Corne-Chaudron, près de la porte, mais sans profit pour l'ensemble de l'œuvre. « Au lieu de former par leur réunion à tous les angles une masse homogène et résistante, ils perdaient leur valeur au milieu des simples moellons où leur dispersion est un signe de plus d'inintelligence. Aussi n'explique-t-on de pareils défauts qu'en admettant, au moment de la construction, des nécessités trop pressantes pour permettre le triage des matériaux. Des quartiers de meules de moulin à bras sont employés en assises : tel pan de mur est en petite pierre, tel autre en gros blocs ; l'uniformité, si elle a jamais existé, a disparu sous des remaniements. C'est ainsi qu'à 20 mètres à gauche de la porte, les trous de poutres se rapprochent brusquement sans nécessité apparente, et que la base du mur forme, sur 5 mètres de long, une saillie de 0°'30 qui s'amortit ensuite pour reprendre le premier alignement. Peut-être serait-il permis, en
voyant le rempart mieux conservé snr ce point et garni de tontes ses fiches, d'attribner ces anomalies à Tnne des dernières restaurations de l'oppidnm, qne les médailles gantoises trouvées des deux côtés dn mnr semblent faire remonter à Tépoqne du siège de Gergovie et à l'insnrrection édnenne qni précéda le siège d'Alise.
La grossièreté des matériaux et celle de la mise en œuvre ne révèlent donc, dans les murailles de Bibracte, qu'une pratique routinière des procédés les plus vulgaires de la maçonnerie, que l'habitude des constructions rudimentaires, l'èloignement des belles carrières et, par-dessus tout, l'absence de chaux, empêchaient de s'améliorer. Le seul éloge que méritent parfois les maçons éduens est d'avoir soigné leurs appareils à pierres encastrées et réservé aux assises inférieures les moellons choisis et de forte dimension, 0"20 à 0"iO de long. Disons aussi à leur décharge que la prédominance du bois dans la muraille ne laissait qu'une importance relative au parement, dont l'appareillage fut, par places, abandonné à toute main.
De semblables procédés donnaient une solidité relative, sans braver les siècles, et, abstraction faite des destructions violentes, la durée de l'ouvrage était subordonnée à celle du bois qui le maintenait. La ruine des remparts de Bibracte dut suivre de près J'abandon de l'oppidum, et la conservation des assises inférieures est un fait exceptionnel. Ensevelies sous les décombres de la partie haute de la muraille, arrêtées dans leur chute sur le chemin de ronde, elles furent sauvegardées par la solitude des atteintes de l'homme. Il restait de quatre à huit rangs de pierres sur les cent mètres de mur. découverts à la première fouille, et cent quarante trous de poutre, dont moitié garnis de leurs fiches de fer.
Le système de construction décrit par César n'avait rien d'absolu, d'après cette réserve même : Hœc fere forma est. n se prêtait aux combinaisons commandées par la nature des matériaux propres à chaque contrée. L'abondance ou la rareté
do bois, la proximité oa réloignemeot des carrières, l'ibégalilé de dimeosioo et de qoalité da moelloD, obligeaient les architectes à subordonner leur œuvre aux ressources locales, en utilisant avant tout les produits voisins. Telle est la cause des différences de détail entre les murs de Bibracte et ceux d'Âvaricum. Dans ces derniers, par exemple, comme dans ceux de Mursceint, le revêtement était composé de grands blocs, grandibus saxis effarciuntur ; celui de Bibracte; au contraire; .était en menu moellon. La nécessité avait fait loi, et ce premier vice de construction, inhérent aux matériaux du lieu, avait entraîné une modification non moins importante, la profusion des armatures en bois et l'assemblage homogène de la charpente pour constituer la force du rempart indépendamment du revêtement. C'est à cette cause surtout qu'est due sa rapide destruction. Le bois des poutres, comme on le pense, avait disparu en laissant des vides; une terre cendreuse, contrastant par sa mollesse avec celle du remblai dur et gra- . veleux, en avait pris la place, et remplissait presque partout les trous qu'elles avaient occupés. Le premier rang était entier, une partie seulement du deuxième avait été protégée par cette maçonnerie défectueuse; quelques excavations du troisième, privées de leurs couvertes, pénétraient encore sous les terres; le surplus était anéanti ou reconnaissable feulement dans les tranchées du remblai. Là s'accusait d'une manière indiscutable la charpente du rempart, dont les bois pourris sur place avaient formé des tubes autour desquels l'argile comprimée faisait voûte et conservait, avec l'empreinte des grillages, la longueur des pièces, leur diamètre, leur espacement. Sans recourir même aux tranchées, de simples perches, introduites du dehors dans les trous des poutres, se frayaient fréquemment dans le vide souterrain un passage de 2 à 3 mètres de long.
Le diamètre des pièces était à peu près uniforme, et variait de 0°" 20 à 0°*27, autant qu'il est permis d'en juger par l'orifice des trous de poutres, dont les pieds droits et les couvertes sont rarement intacts. Elles étaient reliées à mi-bois par des
fiches de fer de 0"S5 à 0*30, dont la loogneur eût été insaffisante avec un assemblage à bois plein; on n'oserait pas afi&nner qu'elles aient été éqnarries. L'orifice des trons est carré, il est vrai, mais les empreintes, dans . le remblai, sont rondes, soit qu'elles reproduisent le moulage réel, soit que les angles aient disparu dans le tassement du terrain.
La question des bois étant un des côtés originaux des murs de Bibracte, nous nous y arrêterons quelques instants.
Le transport de ces pièces encombrantes était à lui seul une énorme difficulté. Quand on a parcouru les pentes de la montagne et ces voies montueuses où une voiture vide décourage un cheval, on peut se demander quel nombre de bras et d'animaux réclamait la.construction d'une muraille comme celle de Bibracte, qui absorbait un cube de 37,000 à 40,000 mètres, si on donne à la muraille 6 mètres de hauteur, aux traverses 3 mètres de longueur moyenne seulement avec un espacement de 1 mètre.
Cette première considération serait, s'il en était besoin, un puissant argument en faveur de l'identité de Bibracte et du Beuvray. Une cité gantoise, si puissante qu'elle fût, n'était pas en mesure de multiplier de pareils travaux sur tous les points de son territoire; il faut, du Beuvray, aller à Gergovie, à Avaricum ou à Alise, pour trouver des forteresses qui approchent, comme importance, de celle que nous décrivons. Deux oppidums de la dimension d'Autun et du Beuvray, au milieu d'une population restreinte comme celle du Horvan, n'auraient jamais pu être créés ni subsister l'un à côté de l'autre.
Le Beuvray eût-il été couvert de forêts, la simple manœuvre nécessaire pour sortir les poulres des ravins et les hisser au sommet de la montagne effraye l'imagination. Comment les charrettes du pays, qui ont peine à descendre aujourd'hui deux stères de bois à brûler, parvenaient-elles à escalader les pentes avec des charges aussi lourdes, aussi difficiles à tourner et à manier que les poulres de quarante pieds dont parle
César? Aussi comprend-OD qu'on soQyenir de ces charrois fabnlenx ait snryécu dans les traditions des villageois, qui, en indiqoant le tracé aujourd'hui abandonné de la voie des Grandes portes, répètent que « d'après les anciens, au temps de la » vieille ville, il fallait six bœufs pour monter sur cette route » le moindre chariot. »
La profusion des bois dans la charpente intérieure du mur de Bibracte trouve sa raison dans l'étendue des forêts du Horvan, plus friche en futaies qu'en belles carrières.
Elle permettait de serrer les treillages de poutres comme les mailles d'un filet, de former des cadres étroits goujonnés de chevilles de fer, dont la structure homogène donnait à celte carcasse d'un immense vaisseau une stabilité et une solidité indépendantes du reste de l'œuvre. Le rapprochement des têtes de poutres qui pointaient dans le parement prévenait aussi les arrachements ou les réduisait à de faibles surfaces en multipliant les solutions de continuité entre des pierres faciles à ébranler. Mais si le système répondait à certaines difficultés, il perdait une partie des avantages du mode employé à Âvaricum.
Tandis qu'à la muraille de l'oppidum des Bituriges, parementée de grands blocs, chaque grillage de la charpente était séparé par une couche épaisse de remblai, les grillages de celle de Bibracte, sans exception, adhéraient de haut en bas. Les traverses étaient reliées par dessus et par dessous aux poutres longitudinales, de telle sorte que, du pied au sommet du rempart, les pièces en se croisant offraient sur leurs trois dimensions le plan d'une sorte de damier. Cette disposition, indiquée d'abord par le rapprochement des lignes de poutres entre elles, fut étudiée ensuite dans le remblai au moyen de tranchées verticales, qui permirent de constater en coupe sur différents points une distance moyenne de G ""iO entre deux rangs de traverses. En rétablissant entra^ ces deux rangs la poutre longitudinale équarrissant de 0"20, dont l'empreinte existait de même dans le remblai, il reste à prendre sur le
diamètre de chaqne traverse O^IO, soit moitié de son épaisseur, ponr obtenir le total 0 "* 40, l'antre moitié dn diamètre s'appliqnant aux rangs voisins.
Une particularité non moins importante se présente encore ici. Dans le plan de la muraille d'Avaricum ^ et dans celle de Mursceint, la première poutre de face est notée à 4 mètre en arrière du parement, et dans celle de Bibracle elle est à O'^SO seulement. Des vérifications dont l'intérêt égalait la difficulté ont mis ce fait bors de doute.
Loin de faire voûte comme la terre glaise autour du vide des poutres, le massif en pierre perdue qui contrebutte le parement avait presque partout comblé leur ancien lit
On rencontra enfin la rainure de la première poutre de face à la distance indiquée, derrière le parement méridional de l'éperon du rempart de gauche, puis sur le front septentrional, à 70 et 100 mètres de l'angle nord-ouest du même rempart. Toutes les fiches étaient en place. La pièce de bois avait été posée sur le béton de la base du mur, entre deux parements en pierre, l'un extérieur, celui de la muraille elle-même, l'autre intérieur, composé seulement de deux assises hautes de O'^IS. Au milieu du petit canal de 0°" 28 de large rempli autrefois par la poutre, une fiche de fer était couchée entre les deux berges à la jonction d une traverse, qui fournissait, s'il en eût été besoin, une dernière confirmation de ce fait aussi irrécusable que nouveau.
Une épreuve d'un autre genre consistait à étudier le plan des poutres longitudinales en relevant dans les tranchées à toutes les hauteurs, leur distance du parement.
Elles sont le plus ordinairement espacées sur le même grillage de O^SO d'axe en axe, à l'exception toutefois de la seconde, qui est placée à O'^ÔO seulement de la première pour racheter l'épaisseur du parement (0'°20). Comme les bois des différents grillages étaient disposés entre eux en quinconce, il s'ensuivait