‹ Fouilles de Mont Beuvray (ancienne Bibracte) de 1867 à 1895Chapitre 54 sur 134 · Fouillea de · texte numérisé non relu

Fouillea de

cendres jusqu'à son orifice, comme s'il eût servi dorant on laps de temps indétenniné à ud eosevelissemeot commun, avec des intermittences indiquées de distance à autre par une couche de terre ou de remblai pierreux, sans qu'aucune des zones cinéraires présentât de caractère particulier à l'explo* ration.

La première médaille et la plus voisine du sol donnait une date antérieure à notre ère, mais contemporaine de Torganisation de la Gaule par Auguste. C'était un moyen bronze de la colonie de Nîmes, faussé et entaillé sur son diamètre par un coup de ciseau, .iians le but de le diviser; le nombre considérable des pièces ainsi fractionnées, sur le sol du Beuvray, y marque la trace extrême de son occupation, à une époque où la multiplicité subite des transactions obligeait à suppléer par ce fractionnement à l'insuffisance du numéraire; mais en se plaçant au point de vue du génie gaulois, curieux, on Ta- vu, de symboles, le nombre de ces pièces si fréquentes dans les dernières sépultures de Bibracte permettrait de les considérer comme un gage partagé entre le mort et les vivants, au moment de la séparation. Cette monnaie seule était de provenance romaine. Une médaille gauloise , un reste de fibule, un anneau de bronze, une verroterie de plusieurs couleurs, des dents d'homme et de cheval, une poterie peinte, un ornement en bronze ayant la forme d'une petite aigrette, sortaient bientôt après de l'excavation. À l'^SO de profondeur, cinq médailles gauloises avaient déjà été recueillies avec un galet et un ciseau pour couper le fer à froid; à 3 ""10, une cheville de roue en fer, de même forme que celles dont on se sert aujourd'hui dans le Morvan ; vingt-sept fonds d'amphores cinéraires, deux autres médailles gauloises. Des débris de parures, tels que grains de verroteries bleues avec cercles jaunes pareils aux précédents, et un fragment de bracelet en verre, étaient mélangés aux cendres dans les couches inférieures desquelles les découvertes continuèrent sans interruption en donnant deux médailles gauloises dont une en argent, ud pied d'am-

pbore marqué N, ud goulot et deux autres fragments estampillés, uoe douille de fer de lance, uue grosse verroterie fixée à du fer. Au fond même du puits, un dessus d'amphore recouvrait des cendres, une longue fibule de fer et des débris de lampe.

Les constructions dont il a été parlé appartenaient toutes à la même industrie, malgré leurs différences d'étendue et d'appropriation. Il en est une encore qui tranche sur toutes les autres par sa disposition et son mode de structure, bien qu'il se rattache au système de la bâtisse en bois. Nous la désignerons sous le nom d'Atelier des forgerom. C'était une longue et étroite galerie de 47 mètres de long sur 4 mètres de large ^, soutenue par quarante poteaux de bois alignés en colonnade, sur deux files, mais avec une négligence, une irrégularité dans les espacements et les dimensions des piliers, qui lui donnent le caractère d'une grossière masure plutôt que d'un édifice public. Le carrelage était en béton de 4 mètre d'épaisseur, dans lequel des excavations transformées plus tard en sépultures recevaient des billots d'enclumes; l'empreinte transversale d'une poutre couchée d'une façade à l'autre marquait la base de la paroi méridionale, bâtie en soliveaux debout, alternant avec des interstices de terre glaise. Les trous des poteaux, pavés et murailles avec soin, pénétraient de 0"" 40 à O"* 60 dans le béton, ainsi que les jambes de force qui les assujettissaient sur plusieurs points. Par une anomalie dont la cause échappe, celte espèce de halle, bien que continue, n'était pas au même niveau; un ressaut de O'^TO de hauteur la partageait en deux portions, l'une de 47 et l'autre de 30 mèlres, sans que cette séparation indiquât un changement dans la nature des travaux. Le charbon, les grès et terres réfractaires, les scories et les débris métallurgiques recouvraient partout le sol, accompagnés de restes d'ustensiles et autres objets, plusieurs fragments de

1. La dimensioD qu'on avait cru d'abord u'ôtre que de 30 mètres a été rectiSée par la fouille de 1869.

meules doDt une en granit rose, quatre polissoirs en pierre, un pain d'ocre, une boulette de vermillon, mie anse ouvragée «n bronze, des fibules en bronze et en fer, une nombreuse clouterie, deux fragments de bracelets de verre, plusieurs silex brisés, des cristaux rouges, un galet fin, un tube de bronze qui paraissait plaqué d'argent, etc.

La céramique offrait comme partout le mélange de la poterie indigène et étrangère : des débris d'un énorme dolium peint d'une bande noire de O'^IO de large, et de vaisselle de toute nature, deux fragments d'amphores estampillés, des anses en forme de câble double, un fond de petit vase noir de 0"'03 de diamètre, de grandes assiettes, une coupe ornementée, retirés des sépultures, dont la multiplicité au milieu des ateliers de ce quartier industriel est un trait frappant de mœurs: Ce peuple, comme la plupart des peuples primitifs, exposait-il de préférence les sépultures à l'orient? Cette gorge avait-elle pour son esprit superstitieux une attraction instinctive qui lui faisait préférer ces lieux solitaires pour les tombeaux?

L'une et l'autre supposition sont justifiées par Taspect et la situation des lieux, et quoiqu'on trouve partout des sépultures à Bibracte, on ne saurait méconnaître ni le nombre ni l'importance de celles qui se rencontrent dans cette région. L'atelier des forgerons en renfermait cinq, toutes creusées dans le béton, et selon toute apparence à la place des billots d'enclumes, auxquels la cendre des morts avait succédé. La première consistait en une fosse de 1 ""Oe de large et de 0"'90 de profondeur, dans laquelle la partie inférieure d'une amphore était enfouie avec des os. Quatre autres étaient des excavations rondes ou carrées de même dimension, avec des restes d'amphores et d'ossements.Deux d'entre elles méritent une mention. L'une, au pied même du ressaut qui partageait l'édifice, renfermait des cendres et des débris de vases abrités sous un rocher de 0"'09 de long et de O'^eo d'épaisseur, roulé à l'orifice du creux funéraire, assujetti avec des pierres et recouvert de terre. Sa position au bas du gradin intermédiaire avait facilité

cette iostallatioD, le convercte du tombeau faisant marche au niveau de l'aire du compartiment supérieur. L'autre, creusée aussi dans le béton au milieu du même compartiment, était entourée d'un cercle de pierres de 0">80 de diamètre sur 0"30 de hauteur, liées avec de la terre glaise. Au milieu du cercle, un dessus d'amphore tranché correctement recouvrait, comme une cloche, les cendres du mort, une fibule de fer, une plaquette et une boule de bronze, un fond de vase, un petit jeton en terre cuite de 0 "^ 02 de diamètre, arrondi en forme de monnaie. Deux entailles latérales, découpées carrément sur les côtés, à égale distance chacune d'un trou rond de O'^OS de diamètre, foré dans la terre cuite et d'un usage inconnu, permettaient d'y introduire les mains pour le soulever.. Enfin, dans le compartiment du sud, un squelette de jeune homme était couché sur le béton. L'étrangelé de cette découverte, unique à Bibracte ou tous les morts étaient brûlés, inspire une certaine méfiance, et nous n'attribuons aucune date à cet enfouissement. Les violentes querelles de village à village, qui, dorant tout le moyen âge et presque jusqu'à nos jours, ensanglantèrent les foires du Beuvray, ont laissé plus d'une victime en ces lieux.

La concordance frappante de toutes les médailles des divers ateliers situés sur ce point prouve qu'ils ont été' simultanément occupés, et qu'ils ont péri ensemble dans une môme catastrophe, aux derniers jours de l'occupation régulière de l'oppidum. Nulle autre part, en effet, les pièces coloniales ou consulaires ne se sont montrées aussi nombreuses, et n'ont fourni des dates aussi précises, elles sont les mômes et cessent en môme temps. On avait trouvé dans la fonderie quarante monnaies gauloises, six de Vienne et de Nîmes, et dans le sol des aqueducs dix gauloises, trois coloniales et une consulaire. Chacun des ateliers voisins en renfermait quelqu'une à son tour. L'atelier des forgerons; à l'extrémité sud du terrain exploré, présente le môme phénomène de la transition du régime purement gaulois au régime introduit par les Romains.

C'est ainsi qu'on y recueillit, à une faible profondeur sous le gazon, une pièce consulaire en argent de la famille TITYRIA, un as romain avec la double face de Janus, et en même temps seize médailles gauloises. Dans la maison n^ A , deux pièces coloniales et deux pièces gauloises; une autre coloniale à Torifice même du puits funéraire, avec seize médailles gauloises. Dans la maison n^ 8, deux moitiés de moyens bronzes coloniaux et trois gauloises ; au n"" 9, deux moitiés de bronze des colonies et cinq gauloises. Ces concordances multipliées et Tabsence de toute date subséquente démontrent donc de la manière la plus évidente que Tincendie de cette partie de Bibracte remonte à une époque voisine de l'ère chrétienne, et concorde avec celle de l'organisation de la Gaule par Auguste, de l'an 27 à l'an 10, quelques années après la rédaction du quatrième livre de la Géographie de Strabon, qui a mentionné pour la dernière fois l'existence de Bibracte.

Les dernières explorations faites aux environs de Taielier des forgerons et du grand hangar bétonné, derrière les n** 4 et 5, perdent de l'intérêt en présence de ces grands établissements en bois d'une physionomie si essentiellement gauloise, ou ressuscite sous son aspect réel l'industrie élémentaire de nos aieux. Les n^ 8 et 40 offrent cependant une particularité; ils avaient chacun une porte et des seuils en pierre de taille \ un puits muraille joignait même l'angle nord-ouest du dernier. Les murs du n* 8, enfouis à 2 mètres, étaient d'une bonne construction et élevés encore de 4 ""50 à 1 "85 ^, un empattement de O'^IS de large renforçait la base jusqu'à O^iO audessus du carrelage formé de terre glaise et de gravier. Mais l'éloge de la maçonnerie ne s'étend pas à la régularité des mesures, qui varient de 0">18 sur deux faces parallèles, 6"° 45 en présence de 6''27 et 4">85 contre 4"° 90, confirmant une fois de plus l'absence absolue de l'angle droit. Une autre sin-

1. N» 8. HauUur des murs : Nord, 1"60. — Ouest, 1"55. — Sud, l"99. — Est, 1»50.

gularité de celte habitation est la largeur démesurée de l'entrée, â'^SO, qui absorbe prés de moitié de la façade sud, et dont les pieds droits en taille à 1"80 de profondeur, rendaient indiscutables ces dimensions. Cette exagération, dont nous avions trouvé un ou deux exemples en 1867, autoriserait-elle à supposer, dans un pareil bouge, que Fespace vide divisé par un pilier de bois comprenait porte et fenêtre? Ce mode d'éclairage, usité dans quelques boutiques de la fin du seizième siècle, aurait-il été pratiqué, ne fût-ce qu'accidentellement, par les Gaulois? Un annelet, une fibule en bronze, un fond de vase peint, quadrillé, avec une moitié de moyen bronze colonial et trois médailles gauloises, furent retirés des ruines.

On n'ose attribuer aucune destination au n"* 9, à peine habitable, puisqu'il n'a que 2 "76 sur 3 "27, bien que son appareil soigné et son carrelage en brique concassée et cailloutis sans chaux indiquent un certain raffinement ^. Situé à 4 "^ 65 à l'ouest du n"" 8, il n'a aucune trace de porte, quoique les murs aient encore 4 mètre de haut. Quatre poteaux, dont les trous pavés existent aux quatre angles, supportaient la toiture.

Le n* 40 a été la dernière exhumation des fouilles de 4868. Plus grand que le précédent, il doit à l'irrégularité de ses dimensions la forme d'un trapèze, mesurant d'une part 5*" 40 en face de 4 "^ 50, et de l'autre 4 "^ 68 en face de 4 " 4 5 >. Le carrelage, à 1 "65 sous le gazon, est en cailloux et terre glaise. Un seuil en pierre de taille, de 0°'54 de foulée et long de 4 "40 avec feuillure, marque au nord l'emplacement de la porte garnie encore d'un gond de fer, près de laquelle une équerre en bois, de O^'OO de long, supportait à l'angle sud-ouest un pilier d'étai. A O'^SO seulement de l'angle est un puits de 0"82 de diamètre, dont le mur a 0"50 d'épaisseur, et à l'orifice duquel était une médaille gauloise. Des restes de béton calciné, à

i. No 9. Hauteur des murs sous le gazon : Ouest, 0">95. — Sud, 0"00« 2. N» 10. Hauteur des murs : Oueet, 1"65. — Nord, 0*9!. — Sud, l"»». — Est, 0-60.

Tonest de cette habitation, y désignent remplacement d-nne constraction en bois dont Tétat des lienx n'a pas permis de retrouver les dimensions, on plutôt Fun de ces hangars qui étaient fréquemment, à celte exposition, adossés aux maisons gauloises pour en éloigner l'eau attirée par leur profondeur.

Dans les fouilles de 1 867 on avait remarqué en effet derrière plusieurs d'entre elles, sur la face de l'ouest, un compartiment oblong, que sa faible largeur ne permettait guère d'utiliser pour les usages domestiques et qui formait une sorte de galerie couverte. Sa destination ne s'explique qu'en le considérant comme un préservatif contre rhumidité. Les fouilles de 1 868 confirment cette attribution, en montrant les maisons de la Come-Chaudron parfois flanquées de cet appentis, reconnaissable aux traces de poutres verticales enfoncées dans le sol. Le hangar règne quelquefois sur trois faces, en sorte que la construction centrale en pierre présentait à l'œil l'aspect d'un colombier carré de médiocre hauteur, entouré d'une galerie de bois. Telles étaient les petites cases enfouies dans le voisinage des grands ateliers, le n"" 6, par exemple, où l'on trouva à 0"'*iO seulement, derrière la façade de l'ouest, les piliers alignés d'un auvent et d'une cloison en planches sur champ carbonisées. Cette maisonnette, enterrée de 1 ""ôO, sans porte ni escalier, et dont les murs, en bon appareil et épais de 0"70, ont encore sur leurs quatre faces plus de 1 mètre de hauteur, n'avait à l'intérieur que 3 mètres de côté sur 3 "" 55, sans autre carrelage qu'une couche de terre glaise battue. Des scories, un poinçon de fer, une pierre percée de trous demi-sphérlques, pour polir les tètes de clous de bronze, la rattachent aux établissements industriels. On y trouva six médailles gauloises et une petite plaque de parure en bronze.

L'ensemble de ces constructions consacrées à la métallurgie et la rareté des pièces habitables ne permettent pas de les considérer comme des demeures particulières de forgerons et de fondeurs. La place prise par les ateliers, les entrepôts, les halles supportées par des poteaux, sont l'indice d'un vaste éta-

blissement dont les diverses parties se complètent malgré leur dispersion. D'an côté s'opère la fusion des minerais, ailleurs la production dujfer, le martelage, la mise en œuTre; ici la préparation des terres réfractaires, là le service de l'eau nécessaire aux fabrications. Nous croyons dès lors avoir justifié le titre i'Ànenal que nous avons donné à cette partie du Beuvray. Des fouilles ultérieures nous conduiront peut-être plus loin encore, jusqu'à la source du ruisseau de la Corne- Chatidr on où les ruines semblent se continuer. Mais en présence de l'inconnu, le silence est un devoir, et nous terminerons ce mémoire par quelques observations sur la métallurgie gauloise qui n'ont pu y trouver place jusqu'ici.

Métallurgie.

Les observations sur la métallurgie du Beuvray ont naturellement pour point de départ l'étude des fours à minerai. Ils ont été décrits précédemment aussi minutieusement qu'il nous a été possible ; nous renvoyons à celle description, en y joignant les observations suivantes.

La construction et la nature de ces fours ne permettent pas de supposer qu'ils aient pu servir à la fonderie, et surtout à la fonte du fer, qui nécessite une température que l'industrie antique n'a vraisemblablement point atteinte d'une manière pratique. Rien, même chez les Romains, ne ressemble, de près ou de loin, à nos hauts-fourneaux. La fusion du fer exige un haut degré de chaleur que le volume considérable de la matière incandescente et la continuité de l'opération peuvent seuls produire et conserver, un courant d'air énergique et abondant, tel que de puissantes machines peuvent seules le donner, pour agir sans relâche sur les matières en fusion et activer les transformations chimiques qui s'y opèrent. Aucune indication, ni la capacité infiniment trop restreinte, ni la forme, ni les

dispositions ne permettent d'attribuer un pareil rôle aux constructions sidérurgiques de l'antiquité, et aux fours de Bibracte en particulier. Les restes de ceux qui y ont été retrouvés ne se distinguent d'ailleurs des fours romains, découverts sur des points voisins, que par leur infériorité de construction. L'économie générale des uns et des autres étant à peu près la même, il s*ensuit qu'ils n*ont pu servir à la fabrication de la fonte de fer.

Ils n'ont pas servi davantage à celle du bronze, car tous les résidus recueillis soit à l'intérieur, soit aux environs, sont ferrugineux; cette élimination les classe dès lors parmi les forges dites catalanes, dont le système est sans rapport avec la fonderie moderne. On saisira facilement, en se reportant à la description précitée des fours du Béuvray, leurs points de similitude. La forge catalane est une sorte de creuset dont le vide représente un tronc de pyramide assis sur sa petite base formée ordinairement d'une grosse dalle de granit qui sert de $ok. Les parois latérales sont en pierre réfractaire ou en fer. Dans l'une de ces parois on ménage un orifice, fermé temporairement d'un tampon d'argile, et qui sert à écouler les scories; dans la paroi opposée, une seconde ouverture pour la tuyère d'une machine soufflante, ordinairement un soufQet à eau dit trompe catalane.

Le minerai et le combustible préalablement réduits en petits fragments sont superposés par couches au fond du creuset, et lorsque la température a été à la fin élevée suffisamment par le feu, la gangue du minerai fond et se transforme en laitier liquide qui s'écoule, au fur et à mesure de sa formation, par le trou de coulée, jusqu'à ce que le fer dégagé des substances étrangères reste libre et pâteux. L'ouvrier amoncelle alors le métal pur à l'extrémité d'une tige de fer, puis l'enlève brusquement de son lit de scories pour le porter sous le marteau. Telles sont la forge et la méthode catalanes qui paraissent avoir été celles de toute Tantiquité et particulièrement des Gaulois qui en ont d'une manière exacte conservé le modèle

et suivi les procédés au Beuvray. L'opération se boniait pour eux à fondre la gangue do minerai pour en extraire le fer pur. Cette fabrication élémentaire, lente, dispendieuse, moins industrielle en un mot que celle des hauts-fourneaux dans lesquels le minerai passe à Tétat de fonte avant de produire le fer, n'eût jamais satisfait à l'immense débouché que les besoins modernes ont créé à ce métal; elle sufGisait aux nécessités restreintes d'un oppidum. La sole, les parois latérales, le trou de coulée des scories, les dimensions, tout dans les fours de Bibracte rappelle les principaux détails de la forge catalane. Et si le passage seul des tuyères de la soufflerie a disparu, par suite des dégradations du mur, son existence antérieure ne peut être douteuse, puisqu'on a trouvé des débris de tuyères en terre réfractaire et que les aqueducs dont il a précédemment été question démontrent que le moteur de la soufflerie devait être l'eau. Les tubes de bois qui traversent le béton et qui la dégageaient sont, à l'exception de l'égout inférieur, dans le même plan et au-dessous du niveau des fours \ ils communiquent au compartiment qui renferme ces derniers, et se perdent près des deux bassins disposés en tête de l'usine. Si leur situation au bas de. l'oppidum permettait de recueillir les eaux, leur excavation les plaçait sous une chute de 3 à 4 mètres au-dessous du niveau de la voie, plus que suffisante pour une soufflerie hydraulique. Toutes les sources importantes de la montagne, et spécialement celle du couvent, à l'exception de celle de l'écluse, pouvaient être dirigées par de simples fossés à la hauteur des murs actuels des bassins, pour tomber dans les tubes de bois verticaux dont les conduits souterrains, retrouvés près des fours, ne sont que la continuation. La quantité de liquide nécessaire à celte opération était du reste peu considérable, puisque le diamètre de la plupart des conduits destinés au passage de l'air et de l'eau n'était que de O'^OC, 0"40 etO^'IS, épaisseur comprise; mais si le débit seul des sources, après avoir desservi Toppidum, eût été insuffisant, il existait plus d'un moyen d'utiliser les eaux pluviales et de

former des réservoirs. L'emplacement du couvent, par exemple, qni est actuellement encore un marécage, occupe le fond d'un entonnoir où pouvaient être réunies toutes les eaux qui descendaient de la montagne. Les barrages créés dans ce but sur la voie même sont partout reconnaissables, du Parc aux- Chevaux jusqu'aux bassins, sur 800 mètres de long ; tous invariablement déversent dans la Corne-Chaudron, réceptacle général ou Ton voit encore les ravins formés à cette époque, le cours des eaux pluviales ayant changé depuis. Ces barrages, quoiqu'ils forment parfois des monticules de 4 à 2 mètres de haut, ont été entamés par les torrents faute d'entretien, peutêtre même par les hommes, dans le but d'adoucir la pente du chemin. La nature des matériaux qui les composent diffère de l'empierrement des voies : ils consistent en moellon, mais surtout en terre glaise mélangée des nombreux débris d'amphores disséminés partout sur le Beuvray, dont la présence laisse supposer des réparations et des remaniements fréquents. Ces paliers existent dans tous les lieux où le détournement des eaux était possible. Le premier au-dessous de l'irx, en descendant au Rebours, est situé immédiatement au pied du plateau supérieur, à la jonction de la voie de la Chaume et de celle du Parc-auw-Chevaux. Il forme un bourrelet considérable sur la moitié du chemin actuel qui l'a coupé, et correspond au sommet de la vallée de la Come-Chaudron. Le second, à 100 mètres plus bas, tombe à niveau un peu audessus du couvent dont les moines l'ont peut-être tranché pour éloigner les eaux de leur établissement situé déjà sur un point marécageux ; il est conservé encore à drbite du chemin, où la fouille qu'on a pratiquée a mis à nu un monceau de débris d'amphores, dont une petite presque entière^

La voie, à partir de ce point, est profondément encaissée de 1 à 2 mètres; mais, à 400 mètres plus bas, un remblai de 2 à 3 mètres de hauteur rachète la dépression et permettait de diriger une seconde fois le cours dans la direction du couvenl. Ce tertre, coupé comme le premier, est formé d*un amoncelie-

— sèment de terre, pierres et fragments d'amphores de tonte dimension. Le détonmement, à 1 50 mètres an delà, s*opérait à la jonction des deux voies de Y Écluse et dn Rebours. Le palier sur lequel les eaux perdaient leur force d'impulsion et cessaient de rouler les objets est encore aujourd'hui un lieu de découvertes, où il n'est pas rare de rencontrer, à fleur de terre et sur le gravier, des médailles gauloises. Les deux derniers paliers, trop voisins pour être considérables, sont placés sur Taréte qui sépare la Come- Chaudron du Champlain, en deçà des bassins de la grande fonderie. L'eau qu'ils recevaient, amenée ou non en plein air, avait certainement roulé sur le sol, car on se rappelle qu'ils étaient recouverts de sable. La chute dans les tubes de soufflerie pouvait se faire directement audessus des bassins qui recevaient le trop- plein, facile à utiliser dans un pareil établissement; mais, s'il était permis de supposer que les Gaulois aient connu quelque engin mécanique analogue à la roue hydraulique, pour élever l'eau, les bassins eux-mêmes eussent pu servir de récipient et alimenter les tubes.

Les fours du Beuvray, d'après ce qui précède, sont des forges rudimentaires où le minerai de Champ-Robert et autres du pays éduen étaient traités par la méthode catalane : l'étude des lieux et des constructions le démontre surabondamment. Nous allons en trouver une nouvelle preuve dans l'examen des échantillons, de matières ferrugineuses recueillis autour de ces constructions.

Nais avant de passer à cet examen, nous répondrons à une objection. Dans un intéressant travail sur Y Industrie gauloise au mont Beuvray ^, H. A. de Yillenaut, ingénieur civil, a pensé que la trompe catalane n'avait pas pu être employée à la ventilation des fours métallurgiques découverts près du rempart, et que ce mode de soufflerie ne datait, du reste, que

1. Société NiverDaise des lettrea, sciences et arts; Nevers, Paulin Fay,

MDCCCLXX.

do commencement do dix-septième siècle. Notre incompétence sur nn sujet aussi spécial nous aurait fait un devoir du silence si d'autres opinions non moins autorisées ne s'étaient produites sur le même fait. Au moment même de la découverte des conduits de ces souffleries, et lorsqu'ils étaient dans leur intégrité, M. le colonel d'artillerie de Reffye, directeur de Tatelier d'expérimentation de l'empereur, nous signala le premier la nature de ces conduits, qu'il regarda dès lors comme une des constatations les plus importantes des fouilles ; ils furent successivement étudiés par plusieurs ingénieurs et métallurgistes ^, qui adoptèrent la même conclusion. Quant à la date de la trompe catalane, un savant professeur de l'École centrale des arts et métiers la jugeait une de ces inventions primitives dont on trouve Tbomme en possession aux origines de l'histoire, el dont l'antiquité même empêche de saisir les débuts.

Examen des Échantillons feimginenx.

Au 'milieu d'outils divers en fer, tels que tenailles, limes, haches, ciseaux, dont l'origine gauloise est confirmée par les médailles qui les accompagnaient, il a été découvert un certain nombre de débris, matières ferrugineuses, laitiers, scories, etc. Parmi eux, un bloc de métal dur, équarri à angle droit sur une de ses tranches < comme un bord d'enclume, présentait à la cassure l'aspect argenté et la cristallisation irradiée spéciale à certaines fontes de Prusse bien connues des métallurgistes. Quelques parties en sont boursouflées et caverneuses, d'autres présentent de très petites géodes tapis-

!. MM. Henri de Fontenay et Malo, ingénieurs, B. Renaud, chef des tra- Taaz chimiques à l*École de Cluny.

2. Ce bloc provenait de la boutique du forgeron du Rebours, esfra murot.

sées de cristanx brillants et jaunâtres. L'aspect, la teitare et le boorsouflemeot de cet échantillon, joints à quelques autres indices, TaTaient fait prendre pour un morceau de fonte, fait considérable s'il se fût vérifié, et qui eût modifié bien des systèmes ; mais Texpérience suivante pratiquée sur ce curieux spécimen de métallurgie gauloise a démontré le néant de la supposition. ^

Un morceau, détaché à coups de masse, fut chauffé au rouge et forgé au marteau. On en fabriqua un petit ciseau d'acier parfaitement homogène qui, trempé à Teau et aiguisé à la meule, acquit une dureté telle qu'il enleva un copeau volumineux sur un morceau de fer, sans s'émousser. Cette expérience nous a conduit à une autre, non moins concluante. On avait trouvé, en 4866, dans la tranchée du chemin nie fer d'Aulun, un bloc de métal Informe, beaucoup plus gros que le précédent, employé comme moellon dans le mur d'une maison romaine d'Augustodunum. Soumis au même traitement, il a présenté une cassure semblable et donné à la fabrication un ciseau identique au premier pour la dureté et l'homogénéité.

Une troisième expérience faite sur des outils gaulois acheva de résoudre la question. Deux ciseaux à froid destinés selon toute apparence à couper les métaux furent passés à la forge. Le premier, emprunté à l'atelier du forgeron du Rebours, s'^émoussa sur le fer sans se tremper à Teau. Il n'avait pu servir à couper ce métal ou, plus probablement, le bec en acier avait disparu. Hais le second, sorti des ateliers de la Corne-Chaudron, se trempa admirablement et coupa le fer; il était d'acier. L'opération répétée à l'autre extrémité de l'outil donna un résultat inverse. Cette partie n'était qu'en fer et, à l'aide de la lime, on touchait son point de jonction avec l'acier.

Il résultait de ces observations que les Gaulois ainsi que les Romains avaient connu l'art de fabriquer l'acier, qu'ils savaient le souder et le tremper, comme le prouvait cet ustensile trouvé dans un milieu évidemment gaulois.

Les blocs d'acier brut dont il vient d'être parlé étaient vrai-

semblablement le produit direct des forges dans lesquelles la proportion do combustible, forcée accidentellemeot ou à dessein, détermioait la carburation du fer.

Les lopins aciéreux étaient ensuite forgés, étirés en barre et transformés en outils tranchants par la soudure des becs aciérés au fer pur. La présence des instruments d'acier chez les Éduens pourrait s'expliquer par leurs relations avec les Marseillais, si la présence de la matière première dans les forges de Bibracte ne rendait l'hypothèse superflue. Cette industrie a pu être apportée chez eux par ces étrangers, mais elle s'y est acclimatée et a pris droit de cité. Il est donc incontestable que si les Gaulois et les Romains n'ont pas connu la fabrication de la fonte, ils ont su fabriquer et utiliser l'acier dans toutes ses qualités, c'est-à-dire le corroyer, lé souder et le tremper.

Tout d'ailleurs, dans les vestiges des fours découverts au Beuvray et à Champ-Robert, dont nous parlerons plus loin, montre que les uns et les autres se servaient de la forge et non de la fonderie. Les scories si nombreuses restées dans les ateliers de Bibracte ressemblent à une sorte d'écume siliceuse et ferrugineuse enlevée à la surface du métal en travail, soit au moyen de pochons, soit au moyen de bûches de bois, selon une pratique usitée encore en certaines forges ; on y rencontre rarement ces laitiers vitrifiés et transparents qui sont les bas produits de tout métal obtenu par la fusion.

Les Gaulois néanmoins ont connu en métallurgie l'emploi des fondants, et sans que nous puissions déterminer dans quelles conditions ils s'en sont servis. Tous leurs ateliers étaient pourvus de pains de calcaire oolithique analogue à celui de la vallée de la Dheune, dont l'usage comme castine, bien que restreint, ne peut être révoqué en doute. Cette substance parait avoir été d'une certaine rareté, car elle était débitée à la scie en cubes réguliers de O^'IS à C^SO de côté, pour être détaillée. Le marbre de Champ-Robert, où ils exploitaient le minerai de fer, n'a pas été utilisé par eux, et

nous n'en avons jamais rencontré un seul fragment à Bibracte. F. B. 7*

Mais ce qui domine au milieu de tous ces établissemeots, c'est une énorme quantité de creusets réfractaires pour la fonte des métaux, surtout du bronze, dont les restes sont encore adhérents aux parois. Les débris de ces creusets sont quelquefois enfouis par monceaux, toutes les habitations en ren* ferment un plus ou moins grand nombre, et, depuis trois années que nous explorons Toppidum, nous ne trouvons partout que fondeurs et forgerons; une partie notable de la population était occupée à la métallurgie. Cette particularité, étrange au premier abord, n'était-elle pas un fait générait L'oppidum joignait à son rôle militaire celui de centre industriel, s'il est permis d'appliquer à la métallurgie gauloise une . pareille expression. Le possesseur de matières premières, le fabricant comme l'ouvrier, obligés, pour l'exercice de leur art, de posséder un capital quelconque, avaient plus que tous les autres besoin de sécurité et de protection contre les incursions des maraudeurs: Là, durant des mois entiers, séquestrés dans leurs tanières creusées sous le sol, ils« martelaient le fer et le bronze dans la solitude, sans clients et sans acheteurs^ jusqu'^ru prochain emporium, où leurs produits, étalés aux yeux de la foule, étaient vendus en un seul jour.

Faut-il voir encore dans un passage d'un auteur qui écrivait à une époque où la Gaule anléromaine ne vivait plus guère que dans les traditions, un souvenir réel de l'industrie gauloise avant la conquête, lorsque racontant, d'après Phylarque, les festins monstrueux du Gaulois Ariamn, il donne ce détail caractéristique : que deux ans à l'avance, il fit fabriquer des vaisseaux d'airain dans les oppidums voisins ^. L'oppidum, avec ses masures, était ainsi dans l'ancienne Gaule le lieu de fabrication par excellence. L'archéologie, sur ce point, est d'accord avec l'historien.

La découverte des fours de Bibracte imposait l'obligation de rechercher la pravenance des minerais. Un géologue distingué

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