De Laborde, Description des émaux du Lowore, p
2. Catalogue de l'Histoire du travail et monufMnts historiques^ publié par la commiMion impériale ; Paris, Dentn, I** partie, p. 376.
8. Pline, Bist. nau^ Ut. V. On a trouvé au BeuTray un certain nombre de boutona plaqués, de même forme que les boutons émaillés.
et inteatif des praticieos habiles el perséféraols. Daos les boages de 3 mètres, dans les terriers étroits et obscurs des forgerons, des fondeurs, des orfé?res du Beufraj, les métallurgistes gaulois, ayant la venue de César, comme les alchimistes au moyen &ge, étudiaient par T expérimentation les secrets des fabrications, et devançaient dans la découverte de quelques-uns les peuples les plus avancés.
Tels étaient les orfévres-émailleurs de Bibracte, que les spécimens de leur industrie ainsi que le lieu où elle s'exerçait rattachent évidemment à la race celtique. Il n'est pas impossible sans doute d'admettre que des marchands, des artisans étrangers fussent venus s'établir en ce lieu, commercer des produits de leur pays et offrir aux Gaulois des objets plus raffinés que ceux des fabriques nationales; mais cette supposition ne peut s'appliquer à l'émaillerie. L'établissement complet trouvé à JBibracte avec son outillage, ses fourneaux remplis de charbon comme s'ils eussent été éteints de la veille, ses pièces enveloppées encore de terre réfractaire, dépose en faveur d*une industrie locale. Une troisième considération, tirée de la nature même des objets ouvrés, conduit à la même conclusion : tous les motifs d'ornementation sont gaulois, ils sont calqués sur ceux des poteries et des bronzes, représentant pareillement des chevrons, des lignes verticales, horizontales, croisées, des stries régulières d*un effet satisfaisant pour l'œil, mais sans génie d'invention. Cette monotonie, sur laquelle on a insisté déjà, n'est pas un des traits les moins frappants de l-art chez les tribus celtiques, et elle en caractérise à elle seule les productions. ,
On est donc en droit de considérer les émaux du mont Beuvray comme de fabrication indigène, l'importance et la multiplicité des ateliers où ils ont été recueillis ne permettent aucun doute à ce sujet. Bibracte était un des centres de cette industrie. L'étendue des cités gauloises, même les plus populeuses, n'était pas tellement considérable qu'un petit nombre de points d'approvisionnement ne pût suffire aux besoins d'un
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luxe aussi exceptionuel que celui de rémaillerie. Le chiffre restreint des nobles dont les chariots, les harnais, les armes recevaient ces ornements dispendieux en limitait à son tour la production. C'était naturellement au chef-lieu de la cité, à l'emporium le plus fréquenté; qu'ils trouvaient à satisfaire ce goût exagéré des parures qui les portait à convertir leur or en bijoux plutôt qu'en monnaie. Aussi voit-on l'orfèvrerie et particulièrement l'émaillerie pratiquées partout au Beuvray.
La date de ces émaux, et c'est là un des côtés importants de la question, s'établit de la manière la plus sûre au moyen des monnaies qui les accompagnaient. Soixante médailles gauloises contemporaines de César ont été recueillies avec .eux dans les cases d'émailleurs, et vingt-sept de même date dans la butte du n"" 49 bis seulement, restées en bloc dans les charbons d'une poutre qu'elles avaient suivie dans sa chute. Dix-huit d'entre elles, à fleur de coin et paraissant n'avoir jamais servi, sont de fabrication éduenne; l'unique pièce d'argent était de Dumnorix ; les ateliers d'émaillerie existaient donc à l'arrivée de César. Les dernières monnaies qu'on ait trouvées dans la vallée de la Corne-Chaudron, où ils étaient situés, sont quelques bronzes coloniaux tous antérieurs à l'ère chrétienne, et encore le nombre en est-il excessivement restreint.
En acceptant comme date la pièce la plus récente de toutes celles qui proviennent de cette région, les derniers de nos émaux seraient contemporains de l'organisation de la Gaule par Auguste, c'est-à-dire antérieurs de plus de deux siècles à la première mention de rémaillerie sur métal. Les habitations dans lesquelles ils étaient enfouis sont exclusivement gauloises, le quartier ou elles étaient situées, et dans lequel on a récolté cinq cents médailles gauloises et pas une seule impériale, a été brûlé avant l'ère chrétienne. Ils sont ainsi antérieurs aux produits émaillés d'origine méridionale qui ont figuré à l'Exposition universelle; ils sont les échantillons à date certaine
les plas anciens qu'on ail décoQyerts josqn'à ce joar dans la Ganle centrale. <
Orféyreriftw
Les autres outils troot es dans Tatelier se rapportaient moins directement à rorfé?rerie; leur présence s'explique par une certaine confusion dans les attributions des métiers on par les usages domestiques. C'est ainsi qu'on voit de larges ciseaux de menuisier à queue droite et ronde, encastrés afec upe Tirole dans des manches de bois que l'oxyde avait en partie consenrés-, un anneau de fer, un crampon de chaussure pour la glace, armé de quatre griffes, trois clefs, dont une pour crocheter, et deux crochets pour ourrir les verrous du dehors, d'après une méthode .usitée encore dans nos campagnes ; d'autres objets, presque tous altérés et correspondant à des usages inconnus, qui échappent à toute explication <. L'industrie moderne, en renouyelant les procédés et les engins des fabrications auxquelles ils se rapportent, a supprimé les éléments de comparaison, et parmi les débris qui tombent confusément sous la main dans les ruines, il n'est pas toujours facile de distinguer l'outillage de l'atelier des pièces destinées
1. Anai^gê de Vimail raugê du Biuvraf, par M. Rentalt, directeur des tr«« Taux chimiqoes à l'École normale de Clonj :
' Silice 42
Oxyde de plomb 14
Protoxyde de coiTre 7
Protoxyde de fer 3
Alumine 20
Chaux 8
Soude 6
2. La confusion de métiers obserrée si fréquemment dans les maisons do BeuTray existe d'une manière générale chei les peuples peu sTancés dans les arts. On lit dans un récent voyage au Mékong : « La maison la plus importante du marché ét^it celle d'un forgeron, qui est à la fois orféarê et fahirieomi de monnaie.*, pour les transactions ordinaires on coupe dans un lingot des morceaux appréciés à l'oeil. » Ce système ne rappelle-t-il pas les pièces diTisées en deux ou en quatre, si communes à Bibracte 1
{Betme des D$us Mondes, 15 décembre 1869, p. 806.)
à la vente ou au ménage. L'hésitation disparait seulement dans le cas d'homogénéité complète des produits d'un même établissement. Aussi considérons- nous comme objets de fabrication ou de Tente les restes de parures et d'ouvrages en bronze recueillis chez l'orfèvre gaulois, et dont le rapport avec Témaillerie est trop direct pour en être séparé. C'était d'abord un certain nombre d'annelets de dimensions diverses, les uns ronds, les autres à côtes ; des anneaux plus minces que les précédents; dix-neuf fibules de fer et de bronze, entières ou altérées; un petit animal de bronze de O'^OS de long; diffé-^ rents débris ouvrés, mais la plupart dégradés ; un fragment de miroir en métal, très brillant. Quelques-unes des fibules offraient des détails soignés d'ornementation ou des ciselures en creux. La plus remarquable était à côtes verticales et saillantes, ornée de torsades gravées, au milieu desquelles un fil de bronze d'une ténuité microscopique, figurant un rang de perles, était rapporté et fixé sur le champ de la pièce. Cette, minutieuse décoration s'est reproduite sur d'autres fibules de moindre importance, dans divers ateliers. Plusieurs d'entre elles, si l'on excepte rornemenlation, se rapprochent de certains types romains postérieurs; mais les autres, bien que mutilées, conservent une originalité qui les dislingue de l'industrie et des modèles des conquérants. Tel est le type fréquent d'un genre de fibules composées de torsades et d'annelets alternés, en découpure, et une jolie agrafe d'argent, de forme nouvelle et garnie de son ressort.
Nous classons ici, pour ne pas la séparer de Torfévrerie, une autre fibule découverte dans le fourneau même de la case n"^ 19 attenante au logis de rémailleur. La partie centrale de ce bronze curieux et d'une très belle patine figurait un losange encadré de trois filets granulés en relief, sur lequel se détachait en saillie la gaine qui contenait encore le ressort; la partie inférieure était ornée aussi d'xin filigrane de bronze imitant ceux de certains bijoux étrusques. Mais son principal intérêt consistait en un placage d'or qui recouvrait d'une
miûce feuille le champ plat de la fibale. L'orféfre gaulois pratiquait ainsi toutes les branches de sou métier, dans des compartiments affectés chacun, peut-être, à des ouvrages différents dont plusieurs atteignaient une véritable délicatesse. Une verroterie d'une ténuité jusque-là sans exemple, et détachée sans doute d'une fibule, était montée en argent. La pierre ressemble à un grain de millet, la corolle à une moitié de coque de chènevis, le pied à un gros fil, et pourtant ces trois pièces, qui n'atteignent pas ensemble 0*04 de long et étaient dispersées, ont été trouvées isolément dans la terre brûlée et réunies par le terrassier.
 côté des fibules se placent naturellement les colliers. L'orfèvre de Bibracte, si nous pouvons juger de son étalage par les débris recueillis dans les cendres de sa demeure, comptait plus sur la clientèle des villageoises du voisinage que sur celle des guerriers. Aucun de ces torques en bronze ou en métaux précieux, qui ornaient le cou du Gaulois et dont l'usage persista longtemps encore sous la domination romaine, n'a laissé trace dans les ruines qui renfermaient en revanche des restes mutilés mais nombreux de parures de femmes.
Les attaches des colliers, trop menues et trop fragiles pour résister à l'action du temps, sont presque toujours détruites, tandis que les grains de métal, de verre et d'ambre, dégagés des minces fils de bronze qui les retenaient, se sont conservés dans le sol. Elles sont rappelées cependant par quelques maillons, restes d'une chaînette correctement agencée en forme de nœuds, et par une attache, double, employée entre deux anneaux dans certains colliers ou caparaçons gaulois. ^
Divers ornements y étaient appendus, et parmi eux une petite pierre friable engagée par l'une de ses extrémités dans une coque de bronze imitant un grelot ^. Elle permet dattri-
1. Celui du musée de Moulins (Allier) peut être cité pour exemple.
2. Dans le cabinet de M*« Faivre, à MAcon, dont la dispersion est si regrettable, une dent de chenal était enchAssée dans une sertissure de brome comme les galets du BeuTray.
boer la même destination a de menus galets blancs et jaunes, d'une forme régulière, trouvés dans l'atelier et dans plusieurs autres habitations. Le musée de Saint- Germain possède un galet semblable serré entré des griffes de bronze surmontées d'un anneau de suspension. Les dents de cheval serraient aussi de pendeloques, et le nombre considérable de ces dents chez Torfévre ne s'explique que par leur emploi dans les parures. Toutes invariablement étaient pénétrées et colorées . en vert par l'oxyde du cuivre dont la friable enveloppe avait disparu. Ces dents si communes dans les sépultures de Bibracte et toujours imprégnées de verdet y rappellent sans doute cette décoration de sauvages. Rien ne donne mieux l'idée de l'état mixte de la civilisation gauloise que ce mélange d'objets de luxe, empruntés à des peuples d'une civilisation déjà brillante, et d'objets barbares, dont l'habitude persistait sans doute par la seule force des traditions. D'autres bijoux massifs et' sans goût visaient à l'ostentation avec une fausse apparence d'art. Dans un de^ compartiments adjacents à celui de l'émail* leur, une grosse plaque de collier en bronze, d'un caractère essentiellement indigène, donne l'idée de ces objets à vil prix mais à grand effet étalés pompeusement devant la foule- sur nos marchés. Elle figurait un épais disque de 0"04 de diamètre, recouvert sur ses deux faces de grains demi-sphériques en saillie, de la grosseur du chènevis. et disposés symétriquement.
Ce genre d'ornementation avait paru déjà sur un anneau provenant des fouilles de 4867 ^, à la différence près d'une délicatesse charmante qui en faisait un objet original et distingué, que les globules de métal d'un vert irisé entouraient sur trois rangs comme les fleurons d'une couronne. ^
A la vue de ces essais artistiques, la rareté et presque l'absence