‹ Fouilles de Mont Beuvray (ancienne Bibracte) de 1867 à 1895Chapitre 73 sur 134 · MaîBCD D<> 11 d'un fondeur de bronxe du Cbamplain · texte numérisé non relu

MaîBCD D<> 11 d'un fondeur de bronxe du Cbamplain

2. Un anneau de ce genre est publié pi. XV, n« 12, p. 338, des HabUations laeustreSt P. Troyon; Lausanne, 1860.

de toute image d'êtres vivants est ud sujet d'étODDemeDt. Sur les médailles, les eoseigues de guerre, les boucliers sans doute, les Gaulois employaient les représentations d'hommes et d'animaux ; dans les parures, le mobilier des maisons et sur la poterie indigène elles font complètement défaut. Aucune figurine proprement dite n'a été recueillie jusqu'à ce jour à Bibracte. Le laboratoire de Torfévre cependant renfermait un socle rond de 0* 05 de hauteur sur 0 "^ 06 de diamètre, qui laisse supposer une statuette. Le tour est en fer, la plaque supérieure seulement en bronze, percée au centre pour fixer un objet qui avait disparu.

Les autres bronzes, si l'on excepte un umbo garni de son attache qu'on fixait avec une clavette, étaient altérés par le temps et tombaient le plus souvent en poussière. Il faut citer encore un manche de couteau en bronze et de petits ornements en forme de cimiers terminés par deux croissants en sens inverses, qu'on rencontre fréquemment avec les fibules et qui paraissent tenir comme elles à la parure. Deux furent trouvés dans l'atelier de l'orfèvre, un dans celui des forgerons n"" 7, d'autres .dans les sépultures.

. Là peut-être pourrait s'arrêter l'étude essayée sur l'orfèvrerie gauloise; un dernier et nouvel élément s'y rattache encore. Vers les commencements de l'occupation romaine, les joailliers de Bibracte s'essayaient à la taille des pierres fines, en conservant à leur travail, qui prend décidément une voie artistique^ l'originalité de l'esprit gaulois. Dans une des petites cases de Témailleur on trouva un anneau de fer brisé ayant pour chaton un onyx sur lequel est représenté en creux un quadrupède. La première pensée fut d'attribuer cet objet si nouveau à l'importation étrangère; mais une étude plus attentive écarte cette attribution, et de graves raisons permettent d'en faire honneur au génie indigène. L'anneau, en effet, fut trouvé avec des médailles exclusivement gauloises, et le sujet est traité dans des conditions qui rappellent si formellement les allures des chevaux et autres animaux gravés au revers de certaines de

ces moDDaies, que ce rapprocbemeDt saisissant établit nne sorte de certitude. Hais s'il est possible d'analyser sûrement les conditions générales de la gravure, il reste une certaine incertitude sur ta détermination même de l'animal, que des traits mal articulés ou des accidents de la pierre permettent d'interpréter diversement. Deux appendices, légèrement indiqués derrière la tète, et la queue retroussée, ont paru à quelques-uns indiquer une cbèvre; mais le poitrail, l'encolure droite et la croupe sont du cheval. La partie antérieure est bien modelée, le mouvement saisissant, tandis que les flancs et les principaux reliefs du corps sont figurés par des bourrelets demi-spbériques, à la manière des coins gaulois. Les muscles sont à leur place; la jambe gauche traitée en basrelief est très bien indiquée à son plan, sans que les proportions toutefois soient à Tabri de la critique. C'est ce mélange même de quaÛtés et de défauts qui constitue une partie de l'originalité de cette œuvre curieuse. On y sent la présence de deux influences rivales, de deux esprits opposés, celui de la tradition gauloise fidèle à son parti-pris dans la manière de rendre les ressorts anatomiques, et celui de l'imitation raisonnée qui cherche à s'affranchir de la routine en suivant la nature et des modèles savants.

Son auteur avait étudié le dessin, et malgré la simplicité des moyens et la naïveté des procédés, on sent la recherche du vrai, le sentiment de la vie, le mouvement, le jeu anatomiqne.

Une autre pierre gravée trouvée à quelque distance est loin de mériter le même éloge. Cette pièce sans caractère et représentant un sujet éloigné de l'esprit gaulois, une Vénus sortant du bain, à moins d'y voir la fée des fontaines qui prit les mêmes attributs, parait une mauvaise imitation d'un sujet romain. Les traits roides et droits qui représentent la bouche et les lèvres rappellent néanmoins ceux des figures des médailles gauloises de bas type, et pourraient sans témérité être attribués à un artiste indigène contemporain des derniers temps du monnayage gaulois.

Les obsenratioDS sommaires qni précèdeot résalteot tontes de IMnspectioD des débris recaeillis dans les cendres de la case IbdQstrielle qui dods a arrêté longuement pent-ètre, mais dont chaque bribe était un renseignement; les échantillons d'orfé- ▼rerie qui s'y trouvaient réunis ont été sans contredit la découverte capitale des fouilles de 1869. Ils ont fourni pour la première fois quelques données certaines sur la pratique d'une industrie qui touche de si près à Tart, et dans laquelle on constate mieux que dans toute autre l'esprit personnel et l'adresse de main du Gaulois. L'esthétique lui est étrangère, les conceptions philosophiques des peuples mûrs dépassent son entendement. Étranger à l'architecture, à la statuaire, son travail reste naïf et parfois enfantin ; il ne s'est émancipé qu'après la conquête, qu'après la destruction du régime des clans, et n'a pu se passer de maîtres dans la politique ni dans les arts.

On a remarqué depuis le commencement des fouilles que les plus beaux échantillons de céramique se rencontraient dans les ateliers de forgerons, même dans les plus humbles, tels que celui de la voie du Rebours extra-muros. La demeure de lorfévre était sous ce rapport des plus riches. Elle renfermait en vaisselle usuelle une grande terrine de 0^21 de diamètre à couverte grise, en terre jaunâtre, friable et à peine cuite, dont la panse était ornée de lignes circulaires ; un toulon rouge, une écuelle avec guiriande tracée à l'ébauchoir sur le plat du rebord et sur la panse ; les fragments d'un petit vase noir d'une forme fine, recouvert de hachures, que son système de décoration, les grains de sable, et de nombreuses paillettes de mica dans la pâte rattachent k la céramique locale ; des débris considérables de grands doliums en terre grossière dont le mode de fabrication donne lieu à quelques remarques

La dimension de ces vases, dont quelques-uns avaient i mètres de tour, présentait d'abord k la cuisson certaines difficultés, et cependant la mauvaise qualité de la matière, la présence du sable et du mica obligent k les classer parmi les produits gaulois. Quelle était la destination de ces grands réci-

pients? La perméabilité de la terre dont ils sont pétris et Tabsence de vernis oot fait croire plus d'une fois qu'ils n'étaient propres qu'à contenir des grains, mais la nécessité plus absolue encore de loger les liquides ne permet pas d'adopter cette opinion. On fabrique aujourd'hui en Espagne, sous le nom de linajai/ d*énormes vases de même forme que ceux du Beuvray, à rebords couverts semblablement de cercles concentriques, et qui servent à tous les usages, surtout à renfermer Thuile et le vin. Pour les étancher et éviter toute déperdition de liquide, on promène à l'intérieur, dans un roulis rapide, une dissolution de résine qui en induit complètement les parois. Un enduit analogue et de couleur noire comme celle de la poix revêt fréquemment le dedans des amphores et autres grands vaisseaux du Beuvray; c'est cette préparation peut-être qui a fait dire aux anciens géographes que les Gaulois adoucissaient leur vin avec de la poix. Le mode de couverture des vases qui le contenaient devait être aussi identique à celui des tinajas, dont le couvercle se compose d'un fragment d'une autre jarre luté avec de l'argile sur le rebord; les cercles concentriques, loin d'être un simple ornement, servaient à fixer le lut.

Si la grossièreté de la matière céramique fait attribuer aux Gaulois la fabrication de leurs jarres, il faut reconnaître en même temps qu'elles surprennent par une élégance de forme qui rappelle celles des Grecs et des Étrusques. Elles sont effilées du pied, renflées près du col avec une intelligence artistique qui les distingue des autres produits vulgaires. Cette anomalie s'explique soit par des modèles, soit par la présence de potiers nomades ou aventuriers qui se seraient, avant la conquête romaine, établis dans la Gaule pour y exercer leur industrie avec les terres du pays, mais avec des types importés. Ils y introduisirent ainsi un élément de goût qui parait avoir manque primitivement à la race indigène, et qui commença son éducation. Une des pièces les plus originales est un bidon en terre noire fine, rond et plat, orné d'une décoration de lignes

droites sur la traDche. U offre une grande analogie a?ec les bidons de bronze que possèdent qnelqnes mnsées ^. Cette forme s'est perpétuée, du reste, jusque dans les faïences du dixseptième siècle.

Si la poterie du pays appro?isionnait dans la plus large mesure le ménage gaulois, la céramique purement étrangère entrait néanmoins en concurrence avec elle et se glissait dans toutes les demeures, ou elle a laissé des traces irrécusables. Quelques fragments étaient marqués de sceaux de potiers romains, de la Gaule méridionale sans doute, tels que celui de SECOFYS, qu'on lisait sur un fond de vase en terre jaune très fine et à couverte rouge -, d'autres, comme celui de ROCOS, déjà connu, avaient un caractère plus gaulois. Ce dernier était inscrit sur un grand plat en terre noire dans un cercle couvert de hachures parallèles.

Plusieurs débris d'amphores portaient aussi des marques composées seulement d'initiales, jamais de noms entiers comme ceux de l'époque impériale. Contrairement aussi à ces derniers, l'estampille ne figure pas sur l'anse, mais sur le col, à la partie supérieure de la panse, et quelquefois au pivot de l'amphore. Sur un très beau goulot en terre rouge, parfaitement, cuit et imitant les terres de Marseille, étaient imprimées les deux lettres P. A., et sur une autre une lettre unique, très nette, qui, si elle n'est pas une marque de fantaisie, reproduit exactement la lettre grecque «. Des décorations capricieuses, tracées à la roulette ou à la pointe, imitaient, sur un petit fond de vase d'une belle forme, les carreaux du tartan, ailleurs des losanges; d'autres vases plus artistiques, à couverte noire ou grise, étaient ondes comme la moire ou couverts de points en relief.

La plupart de ces poteries sont rares dans les musées et souvent y manquent totalement; nous avons constaté avec surprise, depuis trente ans, leur absence ou leur excessive rareté dans les substructions d'Autun. L'insuffisance actuelle

1. 11 en existe un au musée de Vienne, en Dauphiné, trouYé dans le Rhône.

des étndes ne permet pas encore de se proooDcer défini tivemenl sur leur provenaoce; celles qui sont ornées de raies verticales se rencontrent dans Tltalie méridionale. D'autre part, pendant le cours même des fouilles, un voyageur revenant d'Orient a été frappé de l'identité des poteries fines de couleur noire du Beuvray et de celles qu'il avait observées dans les ruines de la Syrie et de la Palestine. ^

Cette indication fut bientôt suivie d'une secoude qui montre, à une date qu'il ne nous appartient pas de préciser, les marchandises de l'Orient à l'emporium de Bibracte.

Une récente exploration des îles volcaniques de Tbérasia et de Santorin dans l'archipel grec a révélé, sous d'énormes couches de tuf ponceui, des habitations de l'âge de la pierre, antérieures à une éruption dont la date, d'après les évaluations de l'auteur, remonterait à quinze cents ans avant notre ère.

Ces constructions primitives renfermaient de grands vases façonnés, munis d'un lourd rebord, destinés d'après lui à contenir des grains, et en même temps d'autres vases plus petits et constituant des poteries beaucoup plus fines, de couleur claire, et ornées de bandes circulaires séparées par des traits verticaux ou légèrement inclinés, espacés régulièrement. La matière colorante, d'un rouge plus ou moins foncé et appliquée à l'état d'une pâte très peu consistante, était sûrement formée à l'aide d'une argile ferrugineuse délayée dans l'eau. Les dessins qu'elle figure sont peu variés et représentent toujours des cercles ou des lignes droites artistement mélangés. Ces vases ne ressemblent en rien à ceux que nous ont légués les différents peuples de l'antiquité et qui sont si communs dans nos musées. Ils ne peuvent être confondus ni avec les vases grecs, ni avec les vases étrusques, ni avec ceux de l'Egypte. « Nous ne possédons en France que deux restes de poterie offrant une ressemblance certaine avec eux. L'un d'eu provient du désert

Page 1