On a recueilli cinq de ces pieds
plo8 grands que ceax dont on ose aujourd'hui dans le pays, atteignent jusqu'à 30 centimètres dans leurs deux dimensions.
Ils sont on précieux renseignement sur le mode d'alimentation des habitants de l'oppidum. Comme on les rencontre indistinctement dans toutes les maisons, dans les forges et les ateliers, il devient évident que le laitage tenait une grande place dans la nourriture, et que par suite l'oppidum renfermait des troupeapx de vaches, de chèvres peut-être, qui devaient, durant le jour, être conduits sur les flancs de la montagne et dans les vallées environnantes, à peu près comme les porcs à la glandée dans les bois. Ces dernières traces des habitudes pastorales chez une population industrielle, vers le temps de la conquête romaine et dans un centre de Timportance de Bibracte, ne sont pas un des signes les moins caractéristiques de l'ancien régime de la tribu.
Pour certains liquides et pour les salaisons, les Gaulois se servaient de grands doliums à large ouverture et de contenances très diverses, dépassant quelquefois l'hectolitre. On en a reconnu treize. Ils avaient pour rebord un cercle couvert de filets concentriques imitant les rainures dites grain d^orge sur les surfaces de joints des tuyaux de fonte et facilitant de même la fermeture hermétique. Une large bande noire est toujours peinte sous le col.
L'un d'eux était orné d'une couronne de feuilles de laurier tracée régulièrement en creux avec un outil, et sept de festons ou de hachures. À côté de six vases à goulot de moyenne dimension, on remarquait une buire de forme étrusque à anses plates et surhaussées avec un long col couvert de larmes et de grènetis ; dans les grands modèles, dix vases en terre blanche et dure, hauts de forme avec goulots longs de 0"10 sur 0"05 à O'OS de diamètre, terminés par un rebord saillant à filets et garnis de larges anses à côtes droites ou arquées ; huit fonds de vases divers et vingt et un de plus petite dimension ne purent être restitués.
Une autre famille que ses débri^ multipliés doivent faire
classer dans la vaisselle usuelle était celle des jattes rondes et sans rebords, an nombre de seize. Elles sont invariablement en terre noire et fine ornées de filets circulaires, creux ou saillants, qui divisent leur surface extérieure en zones espacées de 1 à 3 centimètres.
C'est sur un de leurs fragments qu'a été trouvé une seconde fois gravé à la main le nom de Torfévre gaulois ormu.
Les autres vases doivent être considérés comme des objets de luxe, d'ornement dans les demeures, ou réservés pour des circonstances à part Us comprennent quatre fragments peints, douze décorés sur toute la panse de palmettes ou losanges tracés à la roulette et d'une bande rouge à la base, deux parsemés de larmes en relief, vingt et un en terre noire et fine ornés horizontalement à la roulette de lignes ondulées, de grènetis, d'écaillés à demi levées ; neuf en terre noire ou grise, décorés de longues raies verticales de même couleur, mais lissés avec le brunissoir, et dont le profil est toujours d'une élégance artistique ; un grand vase en terre mince et brune en forme d'olive haut de 0"25.
Quelques-uns enfin, modèles réduits de formes plus grandes, peuvent indistinctement être considérés comme des jouets d'enfants ou des objets de caprice : tels sont trois fragments de petites amphores à base fixe dont la hauteur totale n'excédait pas 1 2 à 4,8 centimètres ; cinq fonds de petits vases imitant les chopes, d'une hauteur de 4 à 5 centimètres, deux tasses fines à bords droits, deux en forme de godets, à bords rabattus en dedans, une petite écuelle ouvragée avec rayures sur une pente renflée au centre et déprimée par une forte gorge sous le col.
Parmi ces objets de fantaisie se classent encore trois minces débris de vases en verre bleu clair et un autre d'un minutieux travail incrusté de petites fleurs à pétales violettes, feuillage vert, jaunes au centre, imitant le myosotis.
L'industrie des métaux était aussi représentée par deux séries, celle des outils usuels de la fabrication et celle des objets fabriqués.
La première» quoique moine riche, présentait, en raison même de cette pénurie, un intérêt particulier, car les engins dont disposaient ces artisans, ces artistes inexpérimentés souvent, et d'autres fois doués d'une délicatesse qui étonne, ne sont pas tous connus. Devaient-ils à l'habileté personnelle, à l'adresse de la main seule cette ornementation fine et déliée, ces filigranes microscopiques qu'on admire à juste titre dans certains ouvrages? Ou bien quelque instrument perfectionné aidait-il mécaniquement à la production de ces petits chefsd'œuvre?
L'homme puise quelquefois dans les seules ressources de son génie naturel des inspirations ou des procédés qui rivalisent avec ceux de la science; aussi l'un des regrets que suscite l'examen des objets qui passent sous nos yeux est de ne pouvoir séparer d'une manière certaine le travail gaulois des produits de l'importation étrangère. Nous nous bornerons donc à enregistrer les faits comme précédemment.
Des pierres à aiguiser en grès, oblongues ou quadrangulaires et amincies par un long usage, des silex à feu, quelques galets et des polissoirs en pierre n'étaient que l'éternelle répétition des mêmes objets trouvés dans tous les ateliers. Un des polissoirs cependant, terminé en pyramide pour être saisi plus facilement à la poignée, rappelle les pierres usitées aujourd'hui dans l'Inde pour polir les stucs.
Les outils en fer «se rapportaient à peu près tous au travail du fer et du bois : un gros ciseau massif et rond avec la soie qui le fixait dans un manche de bois maintenu par une virole, un autre de même grosseur imitant l'instrument appelé de nos jours piedrde-biche, une gouge brisée, un gros et un petit ciseau à tête carrée, six clefs dont deux à manches droits et à longues dents, et quatre à manches en équerre, deux bigornes pour ouvrir les verrous, une crapaudine et un pivot de porte. D'autres ustensiles cités déjà, mais plus longs que ceux trouvés précédemment, rappelaient les flammes des vétérinaires ou des outils de potier. Ils se composaient, avec quelques variantes de
forme, d'une tige de fer de 0*20 à 0*25 de long, lermioée d'oD côté par uoe spatale et de l'autre par une lamelle aiguisée.
Dans les instruments tranchants figuraient deux lames de couteaux à taillant recourbé et trois enveloppes de fer ayant recouvert le bois du manche ; deux grands coutelas dont l'un ayait conservé des rivets adhérents au bois ; une petite serpette à douille creuse et à manche fixe. L'intérêt s'éveille plus vivement lorsqu'on rencontre quelque pièce analogue à celles dont l'usage a persisté dans le pays ; un fer d'épieu à pointe quar drangulaire et à douille creuse rappelait la pique des gardes forestiers du Horvan. Il est dépourvu du crochet qui distingue ces dernières, mais dont l'introduction ne parait remonter qu'à rétablissement du flottage et sert pour faciliter le dégagement du bois sur le flot.
Le reste des objets en fer appartenait à la construction, à la parure, au ménage : une crosse pareille a celles du rempart, une grande anse, une rondelle de 0"06 de diamètre avec une pointe au centre, quatre fibules très simples, un grand crochet, un cercle en fer de 0" 10 de diamètre, un anneau brisé, une fibule annulaire et son ardillon, an petit tube et une rondelle de plomb trouée, de l'étain et divers métaux en roche.
Dans l'outillage de l'orfèvrerie, on remarque jnne petite enclume composée d'une grosse tige ronde de 0*13 de long sur 0*03 de diamètre qui se fixait dans une table, et d'une épaisse plate-forme carrée de 0*04 de côté; deux poinçons très aigus, un foret aussi en acier, emmanché dans un cube de fer, et une lime de 0*016 de large.
La lime est une pièce rare trouvée pour la seconde fois au Beuvray; la première était beaucoup plus grande et n'avait dû servir qu'aux gros ouvrages de ferronnerie.
Une autre rareté fut un crochet en fer de 0*25 d'une lampe à suspension tordu très régulièrement en spirale et parfaitement conservé.
Si l'on cherche .ensuite à rassembler les éléments de la parure gauloise chez la population du quartier que nous explo-
roDS, rioveataire se réduit à des pièces presque toujours similaires, parfois délicates, mais peu riches, dont la matière première est le bronze et par exception Targent et Témail.
L'absence des objets d'or est un sujet d'étonnement. Ont-ils attiré les chercheurs dès les premiers jours de la ruine de l'oppidum T Les habitants ont- ils déménagé, ou fouillé les cendres iqui recelaient les dernières bribes de leur mobilier?
Il est étrange que de tous les ouvrages plus ou moins volu* mineux, fabriqués avec ce métal, aucun ne se rencontre dans les décombres, qu'aucun chaînon de collier, aucune monnaie d'or, aucun bracelet entier ou brisé ne soient restés enfouis dans les charbons et sous les pisés, au milieu d'une si grande masse de résidus sans valeur. On retrouve, bien qu'en petit nombre, des pierres gravées par exemple, aussi précieuses que les métaux rares, mais l'or que les anciens disent avoir abondé dans les Gaules, au moment de la conquête de César, fait ici complètement défaut.
Ce fait caractéristique, en ce qui concerne les médailles, a été invoqué dans une savante dissertation ^ comme une preuve que Bibracte, d'abord simple refuge, ne reçut une population fixe que sous le proconsulat de César.
Les philippes d'or, qui font défaut, sont en effet les plus anciennes monnaies de la Gaule, et leur absence au Beuvray serait étrange, si ce métal était plus abondant dans les autres séries; une seule pièce en 'or d'époque plus récente a été trouvée ; la disparition tient évidemment à des causes que nous ignorons, et dont il est prématuré de tirer argument. II faut encore observer que, même à l'époque romaine, les pièces d'or gauloises, et notamment les philippes, ayant conservé leur cours, devraient à ce titre se trouver à Bibracte. Elles circulaient, on n'en saurait douter, du temps de César, puisqu'elles
1. Anatole de Barthélémy, Reouê arth» S* eérie, t XXU, p. 16 et iuiT. Note sur les monnaies antiques recueillies an mont Bennay en 1867, 1868 et 1869.
circulaient encore an cinquième siècle de notre ère et qn'un édit de Majorien les mentionne.
Les fibules de bronze, et parmi elles une avec filigranes d'une ténuité remarquable, dominaient par leur nombre et aussi par une certaine variété. Trois annelels, une tige effilée terminée par des bourrelets ovoïdes, deux fragments de miroirs métalliques, une plaquette de bronze ornée de filets en spirale de la plus grande finesse, une autre estampée et guiUochée, une épingle de fibule, quatre fragments de chaînettes ou colliers de bronze de modèles divers, un fil d'argent tordu en maillons, on fil de bronze légèrement arqué et orné à chaque extrémité d'une spirale en forme d'escargot et ayant appartenu vraisemblablement à un collier, rappelaient le mobilier de la toilette, ainsi que dix à douze verroteries, la plupart brisées, dont trois, en verre coloré et demi-sphériques, avaient été les unes serties dans des ouvrages de métal, d'autres enfilées dans des colliers, ou avaient appartenu k des bracelets. Citons encore un menu fragment d'un fond de vase en verre bleu le plus pur avec moulure, un autre en verre jaune à côtes d'un fort relief et une de ces boules friables de bleu égyptien, d'aspect siliceux, qui servaient à certaines colorations.
Après la verrerie se place naturellement l'émaillerie qui en dérive et dont un seul ouvrage est sorti du ravin, mais à l'état complet..
C'est une de ces garnitures en bronze dont plusieurs ont été trouvées en 1869 dans le fourneau de Témailleur, et qu'on croit avoir appartenu au harnachement. Celle des dernières fouilles, plus petite, mais semblable aux précédentes, avait dû orner une muserolle sur laquelle elle était fixée par deux rivets.
Enfin une pièce, dont la provenance est à elle seule une garantie, démontre que nos ancêtres, au moins à l'époque de la conquête, attachaient du prix à l'art classique.
L'absence de toute sculpture à Bibracte témoigne sans doute que cette tendance était encore peu déyeloppée ; mais ne fût-ce que dans la sphère restreinte de la toilette, l'élévation du goût
apparaît. Ud anneaii de fer en forme de cbeyalière, ayant pour cbatoD une intaîUe de conlenr noire, d'un bean travail grec, représente nne Victoire assise, un casqne à ses pieds, écrivant snr des boucliers dont ie premier déjà gravé est recouvert par un second comme le feuillet tourné d'un livre. Elle saisit le troisième de la main gaucbe pour le rapprocber.
Les constatations qui précèdent manqueraient de sanction si les objets dont le relevé leur a servi de base n'avaient aucune date fixe. Cette date est la même que celles qui ont été signalées uniformément sur tous les points de l'oppidum, c'est-àdire entre l'âge des pièces de bronze, de potin et d'argent gauloises, et les dernières pièces coloniales de Vienne et de Ntmes.
Le ravin avait été comblé avant l'ère chrétienne. Vingt-cinq médailles gauloises égarées dans la cendre attestaient la nationalité des habitants de ses bords; une pièce consulaire en argent, une autre de César, deux moitiés et un moyen bronze entier de médailles coloniales, attestaient en même temps la présence des Romains à une époque qui touchait à la conquête.
L'occupation de ce lieu avait donc été contemporaine de celle des grandes forges et des constructions explorées durant les trois années précédentes. Le petit nombre de monnaies remontant aux origines du monnayage s'explique par cette raison que les pièces les plus récentes prédominent toujours. Si les villes que nous habitons venaient, par exemple, à être subitement minées, on y trouverait à peine des monnaies datant d'un demi-siècle.
Sur la rive droite du ravin, c'est-à-dire au sud, s'élevait une habitation d'une physionomie originale tant par son système de construction que par un mode particulier de sépulture domestique. Elle figurait dans son ensemble un carré de dix à douze mètres de côté ^, divisé lui-même en quatre parties, en y comprenant au sud-ouest une petite cour qui complète le