‹ Fouilles de Mont Beuvray (ancienne Bibracte) de 1867 à 1895Chapitre 91 sur 134 · Collection Protat, à Brazey-en- Plaine (Côte*d'0r · texte numérisé non relu

Collection Protat, à Brazey-en- Plaine (Côte*d'0r

probablement rabaUoir, devait servir à Tintrodoction des animanx et fermer le retour au récalcitrants. Vue couche épaisse de cendres et de charbon mélangés d'os y marquait peut-être les restes des anciens sacrifices, elle renfermait aussi une médaille gauloise.

A 8 métrés plus loin, à l'est, on découvrit un nouveau mur de maçonnerie légère, se reliant à la naissance de l'abside, mais c'est une simple clôture postérieure aux édifices antiques. Il en est de même d'un troisième, sans fondation comme le précédent, et situé à 44 mètres du chevet de la basilique chrétienne. Ce mur, près duquel on a reconnu des sépultures et retrouvé un squelette entier, est évidemment la cloison du cimetière mentionné dans les titres du quinzième siècle. Il n'a que 0*60 d'épaisseur et n'a conservé, sur une longueur de 23 mètres, que deux assises sans mortier, derniers témoins de la pauvreté de ceux dont il abritait la dépouille.

La démolition de l'angle du gros mur d'enceinte qui termine au sud-est la face méridionale du forum rendant la fouille pleine d'incertitude, les recherches furent portées sur un terrain plus découvert, en dedans et en dehors de la ligne supposée de clôture. Une tranchée partant du chevet du temple, de l'ouest à l'est, devait la rencontrer nécessairement si elle n'avait pas été détruite. Le sondage commencé immédiatement derrière lacella coupa d'abord une couche de remblai de terreau noir de 4*65 d'épaisseur, au dessous de laquelle régnait la couche continue de cailloutis reconnue sous le temple, et portant sur le rocher ou sur un sol vierge d'une dureté extrême. On recueillit cependant au dessous du gravier une boucle et un gros anneau de bronze. Le terreau noir, au dessus du cailloutis, offrait le même mélange de détritus et d'objets que sur les autres faces du forum, des débris de tablettes de porphyre d'Egypte ayant appartenu à des marqueteries du temple, des médailles et des poteries gauloises et romaines, un fragment de terre samienne avec Teslampilie COCCHIAMI-M. Plusieurs goulots d'amphores ayant eux-mêmes des marques : l'un

d*eox une ancre on ane croix ancrée, nn second les lettres renfersées yCy ^, on troisième les initiales UN ; an bas d'nne anse, snr nne dernière, le commencement d'un nom mal imprimé CSE 0.

An delà dn mnr du cimetière cité pins hant, on retronfaît, à trois on quatre mètres à Test, le gros mur antique cherché. Sa direction, commandée par la configuration même dn plateau, obliquait d'une part sur le mur similaire découvert à l'extrémité de la façade sud, et de l'autre sur l'angle nord-est des constructions du forum, auxquels il se raccordait. Elle laissait à première vue juger de sa destination qui était de soutenir la terrasse du temple et d'en clore le pourtour, ce que la suite des fouilles a démontré. L'inégalité des deux façades du nord et du sud, qu'il reliait en ligne droite et dont la première avait 55 mètres de long tandis que la seconde n'en avait que 43, donnait ainsi à l'ensemble la forme d'un trapèze. Le mnr ne devait s'élever qu'à hauteur d'appui au dessus de la Terrasse pour ménager la vue du magnifique panorama qui se déroule en face sur toute l'étendne du bassin autunois. Cette disposition est d'autant plus vraisemblable qu'aucune construction n'y était adossée, et que les premières habitations sur la pente ne commençaient qu'à 45 mètres de distance et à dn niveau bien inférieur. Une autre particularité montre encore mieux qne la communication entre cette pente et la terrasse du temple n'était pas interceptée. Deux consoles ou gradins de pierre de taille en saillie de O^'SO et disposées en forme de marches, faisaient certainement partie d'un escalier dont elles offraient les derniers restes scellés dans la maçonnerie qui, en ce lieu, n'a pas moins de 4*40 d'épaisseur.

Cette muraille, la plus forte qu'on ait trouvée jusqu'à ce jour au Beuvray, est fondée à 3 mètres sous le gazon, avec des empâtements de 0"'23. Sa construction bien supérieure à

1. CetU estamiMlle de l'époque ganloite a été troaTée aussi dans la maison n* Y! de la Come-Chaudron.

celles des maisoDS gauloises, surtoQi par les mortiers, De Test pas moins par sod épaisseur générale qui, dans cerlaines parties basses, atteint 4 ""60. La couche de pierrailles reconnue sous le temple et sous toute la Terrasse s'arrête au mur du cimetière du moyen âge. Le gros mur de clôture fondé sur la pente, à quelques mètres à Test et à une centaine de mètres en amont de l'enceinte fortifiée de Toppidum, est adossé à un remblai de terres noires et fines amenées du champ de foire pour régulariser la Terrasse derrière le temple ; aussi y trouvet-on disséminés de nombreux débris de poteries gauloises de toutes formes et.de tous genres, comme s'ils appartenaient aux résidus des marchandises exposées sous les baraques du forum. A 4*25 de profondeur on recueillit avec une médaille gauloise un petit maillon brisé d'un collier en or brut, et une anse d'amphore marquée des deux lettres £. N.

La muraille, à partir de l'angle sud-est, est conservée sur 38 mètres de longueur en passant derrière le temple. Elle se perd en atteignant le rocher de fondation presque à fleur de terre. Au point où elle s*arrète, on découvrit dans l'enclos un nouveau puits creusé sur la plateforme même du temple. Plus petit encore que le précédent, il fut vidé avec peine; une grosse toile à rebords le recouvrait au ras du sol, de telle façon qu'on l'avait pris d'abord pour un foyer. La margelle en effet, haute de 0"60 et construite en briques, étaitxoupée verticalement de manière à présenter l'aspect des petites cheminées en tuileaux qui existent dans plusieurs de nos maisons gauloises; le pourtour était pavé en pierres plates. U semble, d'après la situation et les dimensions exiguës de ce puits, qu'il était affecté particulièrement au service du temple et aux lustrations. Son diamètre ne dépasse pas 0''60 à 0"65 et sa profondeur 3 mètres; le fond, très proprement taillé dans le roc, affecte la forme d une cuvette dont les bords hauts de 0*20 servent de base à la maçonnerie parfaitement soignée des parois. En dépit de cette faible profondeur, sur un sommet, au bord même d'une pente abrupte, Teau s'y maintient à un

mètre an ni?eao da sol et od y puiserait à la rignenr avec la maio. Ce poits est cootemporain do sanctuaire, c'e8^à-dire romain, d'après l'examen des déblais. Il ne renfermait anean débris de poterie gaoloise, bien qne certains conservassent encore les formes de cette époqne et fassent saupoudrés de mica jaune ou blanc; une des plus complètes était une coquelle à trois pieds ronds évidés, signe certain d'origine romaine, en terre rougeâtre, noircie par la cuisson des aliments et marquée d'un grand C gravé avec un outiL Di£Férents débris de poterie samienne dont quelques-uns ornés de feuilles d'ache en relief, d'autres à couverte d'aspect métallique et guillochés, très usités au deuxième siècle de notre ère, et enfin ceux d'un petit vase à anse en terre rouge commune donnaient les mêmes dates, au milieu d'une masse de menus fragments aussi vulgaires par la forme que par la fabrication.

Le voisinage du temple avait laissé espérer d'y rencontrer quelques restes précipités lors de la destruction ; une grande quantité de débris de charbons de bois travaillés et une lourde crapaudine en fer, creusée par son pivot, en étaient les seuls indices. On trouva cependant à un mètre de profondeur un moyen bronze de Trajan et une petite tète de fée en terre blanche, dans laquelle roule un grain détaché comme dans un grelot; elle est couronnée d'un diadème posé après coup sur la chevelure figurte par des raies verticales et nouée sur la nuque, le cou est orné d*un collier. Au fond du puits était un galet votif, poli, blanc et transparent.

La continuation de la fouille de la grande muraille, entravée par des arbres, nécessita plusieurs tranchées qui permirent d'étudier divers détails. La base des maçonneries plongeait extérieurement dans le même terreau noir que précédemment, mais sur une épaisseur de deux mètres. Ce terreau était le produit évident des ruines accumulées sur le forum, et lancé à la pelletée par dessus la cloison de l'esplanade. Dans ce travail de déblai, le mélange des objets de diverses époqueis pendant une suite de cinq à six siècles d'occupation, eût pro-

duit ooe Yéritable confasion si la tenue des foires n'en fournissait nne explication élémentaire. Les poteries des Gaalois, celles des Romains et quelques-unes même des Mérovingiens, apparaissaient ainsi qu'autour du temple ; deux grands éclats de silex de 0*07 de long, un bouton de bronze massif troué au centre avec trace de dorures, un annelet, du plomb fondu, quelques menus objets de bronze et de fer, des débris de vases en verre diversement décorés, Tun d'un grand C en relief au fond, d'autres de filets de verre opaque, blanc ou coloré, se trouvaient pêle-mêle avec des plaquettes de schis|e et de marbre du temple, et une fibule mérovingienne. Elle était ornée d'émail ou de pâtes vitreuses cloisonnées dans des cases triangulaires à bordures gravées et relevées sur chaque côté par trois gouttelettes d'émail rouge.

Les poteries samiennes et les débris estampillés d'amphores ^ffraieAt les mêmes types et la même confusion que sur le forum : TARYASSI H parmi les premières, et, parmi les secondes, E. LEY, ITOSÏ ou ITORI en lisant de gauche à droite,

IPERI HI, P. SISI,^^p*p S ENMVS sur un gros vase de terre

blanche.

La collection des médailles fut à beaucoup près le meilleur produit de la fouille, et n'eût-elie donné qu'un exemplaire parfait d'une pièce rare et curieuse du vergobret éduen ALAVCOS ^, que l'indemnité eût pu sembler sufiBsante. Les lettres du nom sont gravées en creux autour d'une tête chevelue; au revers est un lion ou espèce de chimère. Quinze autres pièces gauloises d'un intérêt et d'une conservation moindres dont la dernière était de GERHANYS, fils d'INDYTILLYS, des pièces

i. Cette marque d'imphore à laquelle manque la première lettre doit être la même que celle de SACIRO, fréquente sur des jarres à Autun.

2. Une poterie noire du BeuTray porte une estampille quadruple dont le nom ALOCOS imprimé quatre fois en croix, et en lettres barbares, offre un rapprochement curieux avec ce nom. Elle est au musée de Saint* Germa in.

de la colonie de Ntmes et de Vienne dont piosieurs se tronyérent dans une tranchée avec sept médailles gauloises, renouaient le fil des dates. Ailleurs, à 3 mètres du pied de la muraille, des restes d'ossements semblaient indiquer la place d'un squelette accompagné de six pièces consulaires en argent classées entre l'an de Rome 658 et l'an 732. Cette dernière, d'Octave, avait pour légende àvoyst. imp. (lesàr, et au revers p. GÀRisivs LB6. PROPR. La plus ancienne (658) était de C. Claudiut Pulcher, les autres de Aulus Postumui Àlbinus (674), de L. Furius Broccbus (693), à'Octave et Lépide (7M), etc.

L*escalier cité précédemment pour descendre de la terrasse ^, à l'est, était dans l'axe du temple et partageait la longueur du grand mur de soutènement par moitié. Il aurait été, d'après cette situation, destiné au prêtre, dans la supposition oà son logis au lieu d'être exposé à tous les vents sur le forum «aurait occupé la pente abritée à l'est. Il en était ainsi au mont de Sene (Santenay, Côte-d'Or),'où l'habitation du desservant se garait derrière le mamelon sur lequel s'élevait le sanctuaire qui communiquait avec lui par un escalier. Nous inclinerions à admettre une disposition analogue au Beuvray. A < 2 mètres au dessous de la terrasse de notre temple on reconnaît les restes d'une vaste habitation en partie détruite, mais assez apparente pour en constater l'importance. Elle se composait de deux corps de logis ou dessertes, à la suite l'un de l'autre sur le talus. Les cloisons du pourtour, les seules qui subsistent, sont en pierre mais sans chaux, à la manière du lieu; les façades et les distributions du dedans ont été enlevées. Le premier corps, de 42"30 en œuvre, n'avait plus à l'intérieur qu'une base en pierre de taille d'un montant de porte; son aire en terre battue était coupée, dans le sens de la largeur, par une rigole à laquelle on ne peut attribuer pour destination

1. Ctt terraioi en pente se nomment aujourd'hui CAotulre dirriir$ la chm* p9ll$ Saint-Martin.

récoalement de l'eau, mais qu'on doit considérer comme le lit de pose d'une pièce de bois à plat qui portait une cloison en pisé. Cette construction moins profondément enfouie que la suivante nous parait sa desserte & ; l'autre, plus considérable, de f 8"25 de large et d'une longueur que la destruction partielle des murs latéraux empêche d'appréder, devait i^tre l'habitation proprement dite. Les murs ont à l'arrière <*85 de hauteur et sont rasés au niveau du gazon. Cet enfouissement profond n'avait d'autre but que d'éviter le froid et les ouragans sur cette cime où se condensent les brumes et la neige, et où sévissent de fréquentes et longues tempêtes. A défaut de renseignements sur l'état et la distribution du logis, les mé« dailles et les poteries, nos meilleurs indices, ont du moins fourni des dates. Sur Taire même > deux pièces d'argent, l'une marseillaise, d'autre des Ségusiaves, àrvs sscvsiavs, quatre éduennes, une des Turons, àtbpilos, une de germanvs, ainsi qu'une petite fibule de bronze en forme de nacelle caractérisaient le sol gaulois; mais là ne s'était point bornée l'occupation du lieu : à côté de la monnaie indigène apparaissaient bientôt d'autres pièces dont les dernières, voisines de la destruction du temple, laissent au moins présumer que l'habitation n'était point abandonnée au quatrième siècle, et qu'à ce titre elle devait être celle du prêtre, habitant alors solitaire de ces lieux. Aucune monnaie impériale, jusqu'à ce jour, n'a été trouvée dans les maisons particulières fouillées depuis huit ans au Beuvray, mais dans celle que nous mentionnons f guraient un grand bronze de Marc-Aurèie, un moyen bronze d'Antonin, un petit bronze de Claude le Gothique, un petit bronze de Haximien, tirtvs àvg g, et enfin un autre sans légende perceptible mais dont la tête conservée appartenait certainement aux pièces postérieures à Constantin. Elles étaient

Page 1