QUARTIER C P COMMENCÉ EN
L^exploration de la vallée de la Come-Chaudron a donné le plan complet de toutes les habitations du quartier industriel situé à gauche de la gn^nde voie du Rebours ou Rebout, en remontant le ruisseau de cette vallée jusqu^à sa naissance. Le Champlain occupe parrallèlement le côté droit de la même voie. Il ne serait, à vrai dire, pas distinct de la Come-Chaudron, si on faisait abstraction de la ligne de démarcation tracée par la voie, et formerait avec elle un oppidum indépendant. Entouré de tous côtés par des ravins ou des pontes presque inabordables, il ne se relie au corps supérieur de la montagne que par une étroite langue de terre lai^e de quelques mètres seulement à sa pointe méridionale, entre la source de la Come-Chaudron et celle de TEcluse. Les boutiques et les ateliers, dans Tune et Tautre région, étaient condensés de chaque côté do la voie, le plus près possible des passants. Des deux côtés aussi, la population, les mœurs, les industries étaient les mêmes; ces dernières tenaient du moins à la métallurgie. Les cases funéraires des familles ou des corps d'ouvriers y sont dispersées d'une manière identique, soit dans les maisons mêmes, soit dans des gisements communs. Aussitôt qu'on s'éloigne du grand chemin, les
habitations disparaissent; le surplus des deux quartiers est F. B. 21
on terrains vagues, dont les plus fortes pentes étaient, sans doute, abandonnées à la paissou du bétail de la forteresse. Les tranchées faites sur quelques points dans ces terrains ont fourni des médailles ou des débris de poteries usuelles et d'amphores, quelques fragments de meules de moulins à bras, mais peu de moellon de construction. Les maisons, s'il en a existé» ne pouvaient être que très clair^semées, couvertes i paille, puisque les débris de tuile font défaut, bâties en bois et en pisé.
Nous rappellerons brièvement ce qui a été dit sur la fortification du Champlain. La base septentrionale du massif s'appuie sur la double ligne des retranchements de Toppidum, en très bon état à cet endroit où les terrasses conservent une hauteur presque verticale. Au pied de ces vastes mouvements de terre, dont une tranchée sur toute la hauteur mit à nu les matériaux, la surface du sol, formée d'un terreau de détritus végétaux de 0*50 d'épaisseur, était obstruée, sur 5" en avant du pied des terrassements, d'une masse de gros moellons mélangés de pierrailles et d'arène, qui doivent provenir de la chute du parement du rempart. Ils reposaient sur un lit de petits cailloux et de gros sable lavé par l'eau, qu'on n'oserait affirmer être le résultat d'un travail artificiel. Les retranchements sur ce point se composent d'une double ligne entre lesquelles règne un terre-plein de 10" de large. Ils sont taillés en partie dans le corps du mamelon, partie remblayés de blocailles et de glaise parmi lesquelles on rencontre des débris d'amphores et de poteries. On y a retrouvé les fiches de fer qui reliaient entre elles les poutres croisées du rempart, d'après la méthode gauloise.
La face septentrionale du Champlain, celle qui longe les retranchements dont nous parlons, parait avoir été très peu habitée. On n'y a découvert qu'une seule maison ^ entièrement
U N* GP s dn plan. Nous détigaoni le Champlain par CP, le Gome*Gbaadron par CC.
isolée, à 10* de la crête des retranchements, au pied de la butte centrale, et d'une haute antiquité. Enfouie à 1*30 sous le sol actuel, elle n'avait plus que trois murs, ayant perdu sa façade qui devait être, selon Tusage de ce quartier, en bois et en pisé. Les assises de cette case, en pierres brutes posées sur une couche de menue pierraille ayant en surface 7*30 sur 9*, étaient liées avec de Tarène ; une deuxième aire do terre jaune, sur laquelle on trouva une médaille gauloise, régnait au niveau de l'assise inférieure. Le remblai qui obstruait Tintérieur de l'appartement donna cinq débris de poterie noire, dont une artistique et moirée à Tébauchoir, du mâchefer, des clous, deux fragments d'amphores. A 1" du mur méridional, intérieurement, un petit creux rectangulaire de 0*30 de long sur 0*20 de large, creusé dans l'aire, était très régulièrement encadré entre quatre pierres saillantes de 0*05 et fixées sur champ. Une brique calcinée en garnissait le fond encore rempli de charbon; était-ce le fourneau rudimentairc d'une modeste industrie ou le centre d'un foyer? Â 6* du même mur, et toujours à Tintérieur, du côté du rempart, l'aire de glaise formait une masse de terre cuite sans jointures de 2* carrés de surface, soit que ce résultat ait été préparé avec intention au moyen d'un feu violent, soit qu'il ait été produit accidentellement par l'incendie dans lequel aurait péri l'habitation. La couche de gn^vier lavé, usitée dans les maisons gauloises pour les assainir et sur laquelle reposait ce singulier carrelage, avait 0*75 d'épaisseur. On rencontra dans ce gravier, après avoir percé la couche de glaise, les débris de diverses poteries paraissant des plus anciennes; le terrain environnant gardait lui-même de nombreuses traces du séjour de l'homme. En suivant le mur de l'ouest, à l'extérieur, une nouvelle aire do 0*50 d'épaisseur, en pierres noyées dans la glaise, annonçait une pièce contiguë dont les cloisons avaient disparu, ou plus probablement un auvent, eu égard à l'exposition. Au pourtour de la maison, remblayé avec de la pierraille, apparaissaient partout des débris d'amphores et autres poteries, des clous et
un certain nombre de fragments d'un vase de 0*16 de hauteur, large de 0*20, ayant la forme d'une corbeille. Sa couleur gris-ardoisé et son ornementation surtout dénotaient une origine incontestablement gauloise. La surface extérieure était divisée en cinq plates-bandes circulaires de 0*04 de hauteur, partagées elles-mêmes en carreaux tracés à la pointe et chargés de traits décoratifs, lignes croisées, verticales, inclinées, d'une exécution et d'un goût primitifs, pareils à ceux des bracelets de bronze de la même époque. La pâte grossière et mal cuite, recouverte d'un sédiment assez fin S s'écaillait par grands éclats. Ce type, d'une certaine rareté, s*est présenté deux fois dans la case que nous décrivons, car elle renfermait quelques morceaux analogues d'un second vase. Hors de là, durant toutes les fouilles du Beuvray, on n'a retrouvé qu'un petit fragment de cette catégorie sur le champ de foire.
Cet écart dans l'intérieur du Champlain terminé, nous repre* nons l'exploration méthodique des maisons qui longeaient la grande voie. L'espèce de bastion surélevé qui défendait l'angle nord-est et couvrait l'entrée de la forteresse éduenne a été décrit ^avec les fouilles qui y ont été faites, dan» une étude précédente ^. On a, postérieurement à cette publication, découvert sur ce point, près du rempart, un puits à l'usage de ses défenseurs; tout le terrain environnant, riche en humus, avait été fortement bouleverse. Les maisons voisines sont incomplètes, dans un état de détérioration que des événements inconnus ou la culture ultérieure des terres peuvent également expliquer. Il est résulté aussi de recherches subséquentes que la plupart des façades, dont les traces avaient échappé en premier lieu, étaient, non en maçonnerie de pierre comme les autres murs, mais en pisé et en poteaux dont les infixations dans le sol ont été constatées par de nouveaux
4. Ce vue est an matée de Saint-Germain, vitrine dn BenTray. Un antre abaolnment semblable a figuré en 1867 à l'Exposition, galeries de Thistoire rétrospeçUTe du trayail.
2. Ménmm de ia SotUU Éduênnê, nouTelle série, t. I, 197S, p. t73 et sniT.
sondages. Un second puits carré ^ était creusé aussi en arrière de ces premières maisons; il n^a pas été fouillé. Les tranchées d'exploration, même dans les parties qui ne renfermaient pas de maisons, ont fourni le contingent habituel de poteries et de médailles gauloises disséminées partout dans le sol, mais sans aucun renseignement spécial.
Les habitations près du bastion semblent avoir été, ainsi qu'à celui de la Come-Chaudron situé en face, affectées i des ateliers de métallurgie pouvant intéresser la défense de la place. Le premier corps de logis, dont la façade en bois avait 12"' de longueur, était à 1^ du puits et se composait do deux pièces obloni^ues ^ ; les murs très altérés n'avaient plus que 0"'40 à 0"60 de hauteur. Il dépendait peut-être d'un établissement plus vaste dont le délabrement n'a pas permis d'arrêter rigoureusement les limites. Ce dernier est compris sous les n~ CP 3, 5, 6. La partie certaine de sa façade en bois a une longueur de 25*"; l'aire en terre battue est à l'^SO sous le gazon ; il se divise en six pièces au moins dont la plus voisine du bastion au nord a 10"70 de long sur T^SS; celle qui lui correspondait du côté opposé était interrompue à 4 ou 5"^ du corps principal de logis ; les autres, de moindre dimension, font à l'arrière des saillies successives sur la ligne régulière de façade. La pratique do la métallurgie, dans cette grande maison, s'accusait par la découverte de six creusets en bon état, de scories de fer, de quartz, de plomb façonné. Des poteries noires, une meule entière, un globule de pierre troué appartenaient au ménage. Au nord du premier compartiment, près du mur, était enfouie une amphore funéraire renfermant avec les cendres une agraffe en fer ; à l'ouest s'allongeait un mur ^ de 9* qui semblait avoir dépendu d'une clôture ou d'un hangar placé à 3 ou 4*" en arrière de l'habitation. Entre les