‹ Fouilles de Mont Beuvray (ancienne Bibracte) de 1867 à 1895Chapitre 99 sur 134 · Bêll. Gall. TU · texte numérisé non relu

Bêll. Gall. TU

2. Voir le Tgmplê du mont Beuvray* Mémoira d$ la So€iiU Èduênnê, 1875^ oottTeUe férié, t. IV, p. 107 et tuiT.

attribuer aux légendes locales une autorité qui ne peut être acceptée qu'après un sévère contrôle, mais lorsqu'elles confirment d'une manière si concluante les données de Tarchéologie et de l'histoire, il y aurait excès en sens inverse à les repousser de parti pris, les documents écrits faisant défaut.

Si réllipse qui environne la Pierre de la Wivre est le lieu de réunion du concilium^ elle est en même temps le lieu sacré, car tous les peuples de l'antiquité n'ont jamais séparé la politique de la religion. Bibracte n'a pas eu d'histoire écrite comme Athènes ou Rome, force est donc de serrer les rares documents que la tradition a sauvés.

Un nouvel indice est encore fourni à ce sujet par la Fon» taine des LarmeSf creusée sur la roche même de la tribune gauloise. Celle-ci est un simple creux qui conserve durant presque toute l'année une certaine quantité d'eau pluviale et qui est très rarement à sec, même dans les fortes chaleurs. Son nom singulier frapperait moins sans doute s'il ne reparaissait dans d'autres oppidums et à des distances très notables. C'est ainsi qu'au Mur*Paîen, en Alsace, on retrouve, dans un creux de rocher fait de main d'homme, la Fontaine des Larmes, appropriée à la légende chrétienne de sainte Odile, avec d'autres traditions celtiques, identiques à celles de l'Essertenue et du Beuvray, dans l'Autunois ^ Ces fontaines des larmes offrent un rapprochement fondé avec les pierres des larmes, les Keerguelvan de la Bretagne, sur lesquelles on prêtait serment, et qui étaient censées suinter devant un parjure. On est autorisé dès lors à admettre que la pointe de rocher récemment brisée, qui avait été ménagée au bord de notre Fontaine des Larmss, et qui se répète à l'autre pierre du Beuvray, la Pierre Salvée, n'était pas un accident indifférent.

1. La fête principale de roppidnm do Mur-Palen a lieiii comme 4 l'Etaertenne, le londi de la Pentecôte. Les Jeonei flUet qni passent la nnit dans la chapelle on qui en font neof fois le tonr se marient dans Tannée, ^ete.

mais avait la même destination que les pierres des larmes de la Bretagne.

Une dernière tradition, commune aussi à un grand nombre de Nemheid de la Gaule, conservée pareillement à Toppidum éduen, est celle du Trésor. « Les Gaulois, dit César, dévouent la plupart du temps ce qu'ils ont pris à la guerre. Ils immolent les animaux et entassent dans un lieu déterminé ce qui reste. En beaucoup de cités on voit des amoncellements de ces objets dans des lieui^ consacrés, et il est rare qu'au mépris de la religion personne y porte la main ou les cache chez soi ; il subirait le dernier supplice ^ » On ne peut supposer qu'une place de Timportance de Bibracte, qui avait son lieu d'assemblée et de justice, n'eût en même temps un lieu d'offrandes inséparable des deux autres, et fixé comme eux à la Pierre de la Wivre. Cette pierre passe en effet dans les plus anciens récits du Morvan pour recouvrir un inestimable trésor. Par une conformité presque universelle avec les traditions de même nature, dont un grand nombre de pierres sacrées de la Gaule sont restées l'objet, elle tourne sur elle-même dans la nuit de Noël qui correspondait à la grande fête nocturne du retour du soleil. Celui qui eût pu, dans l'intervalle de la rotation, entrer, puiser à pleines mains et sortir, eût acquis des biens sans prix, mais s'il se laissait surprendre, il restait prisonnier et victime de la Wivre, du serpent gardien. Une mère poussée par la misère s'y rendit en emportant son unique enfant. Elle pénétra k l'heure fatidique sous le^ rocher, et dans sa précipitation à s'enrichir, elle oublia sa compagne qui resta ensevelie sous le rocher fatal. Durant un an, elle vint chaque jour arroser de lait le tour de la pierre et, au renouvellement du prodige, elle retrouva son enfant nourrie par la Wivre avec le lait offert aux dieux. ^

i. BilL GalL TI, 17. •

2. BaadiâQ, le Morvam, t. I, p. 35, première ëdiUoiu Ce récit eet eité en petoie morrandeaa aree quelques Tariantee de détail Nana en aTona donné la tQbttance telle que nous l'arona récaeillie lar place.

Le caractère primitif de ces traditions, la rotation de la pierre, le trésor sacré des offrandes, les libations de lait sur le roc du sacrifice se passent de commentaires. Leur universalité ne permet .pas de les regarder comme un caprice, il faut bien y voir un reste des croyances religieuses que toutes les branches de la g^rando famille qui a peuplé TEurope ont laissées partout. La concentration de ces traditions sur le point spécial de Toppidum que nous étudions caractérise à nos yeux son affectation religieuse si concordante avec Tassiette naturelle et avec les dispositions qu'y a ajoutées le travail de rhomme.

Le gaulois n'élevait pas comme le grec et le romain des temples et des palais ; ses innombrables génies étaient restés, au temps de la conquête comme aux temps primitifs, les hôtes des fontaines, des arbres et des rochers : et nulle part dans la forteresse éduenne on ne saurait rencontrer un site approprié comme le Champ de la Pierre, aux diverses exigences politiques, religieuses, judiciaires, aux mœurs, aux traditions immobilisées des peuples gaulois.

Les superstitions qu'Hécatée mentionnait chez eux, deux cent cinquante ans avant Tère chrétienne, étaient encore les mêmes cinquante-neuf ans avant notre ère, du temps de César. Cette période est justement celle durant laquelle les preuves archéologiques permettent de constater Texistence de Bibracte. L'oppidum, durant ces deux siècles, n'avait évidemment pas des institutions différentes de celles des autres peuples gaulois à la religion desquels le druidisme avait donné une certaine unité, et dont l'influence devait se faire particuUèrement sentir au cœur de la cité. Les lieux d'offrandes de la Gaule sont mentionnés assez fréquemment dans l'histoire pour dispenser d'insister. C'est en les pillant que César fit baisser le prix de l'or à Rome ^ que les richesses du lac de Toulouse avaient gorgée une première fois.

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