‹ Fouilles faites à Carnac. Les alignements de Kermario [ed. by - Luco]Chapitre 37 sur 42 · DESTINATION DES ALIGNEMENTS · texte numérisé non relu

DESTINATION DES ALIGNEMENTS

Transmis probablement de siècle en siècle depuis une époque très reculée, les noms des trois grands alignements de Camac peuvent être,

(i) Diodore de Sicile mentionDe les vents furieux du nord et du oord-ouest qui soufflent dans les Gaules. Lib. V, cap. xxvi.

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sans qu'on y attache trop d'importance, considérés comme indiquant une destination funéraire; ce sont Kerlescant^ corruption sans doute de Kerlosquet (ville brûlée ou ville pour brûler, par allusion à la crémation); Kermario (village des morts) ; le Menée (l'endroit des pierres).

Il en est de même pour des monuments semblables situés dans d'autres régions. Ainsi, auprès de la ville de Dol, en Bretagne, il existe dans un champ un menhir appelé Pierre-du- Champ-Dolent ou du champ des lamentations ; en Auvergne, les menhirs portent le nom de Plourouses; dans le Finistère, il y a des alignements nommés Carnoel (ossuaire) ; en Tréhorenteuc (Morbihan), une réunion de menhirs alignés s'appelle le y^ardin-deS' Tombes.

De leur côté, les légendes relatives aux alignements apportent, quoique d'une façon indirecte, leur contingent de preuve en faveur de cette destination. Selon Cayot-Délandre, les remarquables alignements de Camac, de Plouhinec, d'Erdeven et de Languidic s'appellent vulgairement les soldats de saint Cornély et sont situés dans le voisinage d'églises ou de chapelles placées sous le vocable de saint Corneille (i). Et en effet, les paysans de ces localités racontent à tous les visiteurs que ces pierres étaient jadis les soldats d'une armée d'envahisseurs païens, et que, par un miracle, saint Cornély les métamorphosa ainsi. Cette légende ne suggère-t-elle pas^l'idée de bataille et de mort et, par suite, de sépulture?

En donnant le nom de Camp-de- César aux alignements de Kermario, où comme on l'a vu, nous avons trouvé de si nombreux vestiges d'ouvrages romains de défense, une autre légende fournit une preuve remarquable de la persistance avec laquelle les traditions locales se propagent ici de génération en génération et permet de présumer que nous pourrions trouver, dans les autres récits des habitants, comme dans celui-ci, s'il était possible de les déchiffrer, l'écho lointain, mais vrai, d'événements depuis longtemps oubliés.

(i) 1/ Morbihan, son histoire et ses monuments, p. 525.

Parce qu'elle varie de Test à Fest-sud-est, c'est-à-dire dans la ligne de Téquinoxe et des solstices, Torientation des alignements indique, selon certains auteurs, que ces monuments étaient des lieux d'assemblée pour l'adoration du soleil. D'après Cambry (i), l'ensemble des monuments de Camac constituait le principal temple druidique du pays, et, pour exprimer son opinion, il emprunte aux Origines gauloises de La Tour-d'Auvergne le passage suivant : « Une tradition constante parmi les Bretons, est que le temple de Carnac était leur temple principal (des druides). L'Armorique fut toujours regardée comme leur terre privilégiée (2). »

Mais cette destination de temple druidique ou du culte du soleil n'empêche nullement l'affectation à la sépulture. Jusqu'au commencement du siècle dernier, presque toutes les inhumations se faisaient dans nos églises paroissiales, comme l'attestent les registres de l'ancien état civil et religieux, et ces édifices n'ont-ils point été situés jusqu'à nos jours au milieu des cimetières? Maintenant encore, certaines cérémonies de même nature que celles du culte phallique se pratiquent, la nuit de la pleine lune et à la base des menhirs, dans quelques parties de la Bretagne. Au sommet de plusieurs de ces menhirs, nous avons remarqué des croix, soit en bois, soit en pierre, érigées là, sans doute, par le clergé dans le but d'abolir ces pratiques idolâtres.

Des cendres, du charbon, des éclats de silex, de la p^oterie et d'autres objets accompagnent invariablement dans les dolmens les rits de sépulture, tant par inhumation que par crémation, et il a été clairement démontré, par les nombreuses fouilles de la Société polymathique du Morbihan, que les dolmens, avec ou sans tumulus, sont des monuments funéraires. Or, les listes publiées dans les chapitres précédents montrent

(i) Monuments celtiques, p. 266.

(2) Ce passage ne se trouve pas littéralement, comme on le croirait, dans les Origines gauloises; c'est simplement une citation, quant au sens, du contenu des pages 21, 22, 23.

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que nous avons trouvé les mêmes objets à la base des menhirs; nous avons remarqué aussi, d'une part, que les noms des alignements et transmis d'âge en âge suggèrent Tidée de sépulture, et que, d'un autre côté, leur orientation est la même que celle des dolmens. Nous pouvons donc conclure que la destination de ces deux sortes de monuments est la même, et que les alignements, aussi bien que les dolmens, ont été érigés comme monuments funéraires (i).

Quelques menhirs isolés ou en petits groupes pourraient passer pour des monuments commémoratifs, érigés sur un champ de bataille ; mais l'étendue de nos alignements de Camac est trop considérable pour qu'il nous soit permis de rattacher à un seul événement tous ces milliers de menhirs. Tout au plusjjet bien gratuitement, pourrions-nous supposer une bataille ou une série de combats soutenus sur les positions avantageuses occupées, comme nous l'avons déjà dit, par quelques-uns des alignements.

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