‹ Fouilles faites à Carnac. Les alignements de Kermario [ed. by - Luco]Chapitre 38 sur 42 · CORRELATION ENTRK LES ALIGNEMENTS, LES CROMLECHS ET LES DOLMENS · texte numérisé non relu

CORRELATION ENTRK LES ALIGNEMENTS, LES CROMLECHS ET LES DOLMENS

Nous passons maintenant à l'examen de la corrélation qui peut exister entre les alignements, les cromlechs et les dolmens.

(i) Cette conclusion a déjà été exposée par M. Rosenzweig, le savant archiviste du Morbihan, dans le passage qui suit, extrait d'un mémoire lu par lui, en 1868, dans la réunion des sociétés savantes à la Sorbonne. « Pour nous, les menhirs, quelles que soient leurs dimensions, qu'ils soient isolés ou groupés, disposés en cercles (cromlechs) ou en alignements, sont des monuments funéraires. Pour essayer de le démontrer, étudions, comme pour les dolmens, les différentes faces de la question. Les sculptures sur les menhirs sont rares; nous en connaissons cependant : le menhir de Kermarquer, en Moustoirac, porte en relief deux petites tiges recourbées comme des houlettes ; sur un menhir de la commune de Crach, on aperçoit des arcs de cercles concentriques traversés par une ligne verticale. Or, si l'on rapproche ces figures de celles des dolmens, l'analogie est frappante. »

A la tête de chacun des alignements du Menée et de Kerlescant, les grands menhirs forment un cromlech. Or, comme ces cromlechs font partie des alignements et que leurs pierres ont la même composition et les mêmes caractères, ils doivent se considérer comme ayant aussi la même destination, avec cette distinction peut-être qu'ils pouvaient être réservés à la sépulture d'une classe particulière. Olaus Magnus, au passage cité plus haut, nous a déjà appris que, dans la Scandinavie, le cromlech représente un tombeau de famille. Dans nos cimetières modernes, ne remarquons-nous pas encore des parties réservées au clergé, des mausolées pour les riches, et les tombes de la classe moyenne et des pauvres rangées comme les menhirs dans les alignements ?

Depuis Erdeven jusqu'à la Trinité-sur-Mer, de nombreux dolmens flanquent les deux côtés des grands alignements et se poursuivent sur le territoire de Locmariaquer et 'tout le long de la presqu'île de Rhuys, et, fait très digne de remarque, ces dolmens sont généralement accompagnés de menhirs, alors même qu'ils paraissent isolés des alignements.

Quelques-uns de ces dolmens sont recouverts de tumulus ou de caims, tandis que d'autres se montrent au jour ; presque tous ont été ou explorés par des antiquaires ou détruits par leurs propriétaires pour se procurer des matériaux de construction. Il en résulte qu'ils commencent à devenir rares et qu'il ne reste maintenant, dans toute cette région, que deux ou trois tumulus qui semblejit couvrir encore des dolmens intacts.

L'énorme dimension des tables de certains dolmens, de celui de Locmariaquer, par exemple, et l'étonnante proportion des tumulus qui recouvrent les dolmens de Tumiac, en Arzon, et du Mont-Saint-Michel, à Camac, indiquent manifestement que, sous le rapport de leurs constructeurs et de leur destination, les dolmens doivent se ranger dans la même catégorie que les alignements.

Parfois, les noms donnés aux dolmens sont très significatifs et indiquent positivement des sépultures. Entre autres, nous pouvons citer :

1° Une allée couverte, voisine d'un menhir et située, auprès du village

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du Net, en la commune de Saint-Gildas-de-Rhuys, dans un champ appelé Clos-et'Bé^ le champ de la tombe.

2° Entre les villages de Bod-er-Barz et du Gouvello, en la commune de Cléguérec, un chemin nommé Hent-er-Bé^ le chemin de la tombe, longeant un champ appelé Parc-er-Bé^ le champ de la tombe et à Tanglc duquel se voient encore les ruines d'une allée couverte de 12 mètres de longueur.

3° Dans la commune de Languidic, un village portant le nom de Kernec^ lieu du cairn ou du tumulus, voisin d'un monticule considérable et formé de nombreuses petites pierres, c'est-à-dire un vrai cairn. La même étymologie a été appliquée à Carnac^ où nous avons aussi le cairn du Mont-Saint-Michel.

4° Près du bourg de Belz, un grand dolmen en ruine, tout à côté d'un vieux manoir appelé Kerlutu^ le village des cendres.

Nous ajoutons que, dans la commune de Langoêlan, les ruines d'un dolmen érigé sur le sommet d'un mamelon se trouvent dans une lande appelée de temps immémorial Lann-en-Daul- Vein^ lande de la table de pierre, et enregistrée au cadastre sous le nom de Lann-en-Dolven^ lande du dolmen. Ce fait démontre — c'est pourquoi nous le citons — que le nom de dolmen donné à ces monuments n'est pas une invention récente, comme quelques écrivains ont tenté de le prouver.

Dans le Morbihan, à deux exceptions près, les dolmens sont orientés vers l'est comme les alignements. Cette orientation n'est pas la même pour les dolmens de tous les autres pays.

Une autre analogie à signaler, c'est que, si les menhirs, comme nous l'avons remarqué, sont rarement ornés de sculptures, il en est de même pour les dolmens. Les exceptions à opposer dans ce pays à cetfe règle générale, sont fournies par les dolmens de Kercado, de Keriaval et quelques autres situés auprès de Locmariaquer. Dans quelques cas, les signes gravés se poursuivant autour du support et entre celui-ci et la table, montrent que ces marques ont été exécutées avant l'érection du monument ; mais dans

d'autres, où ces conditions ne se réalisent pas, on a pu supposer que ces signes ont été gravés après et qu'une nouvelle marque a été ajoutée, lors de chaque sépulture successive.

Des plus primitives, ces sculptures représentent des figures concentriques, des lignes en zigzag, des haches en pierre ou des celtœ, etc.

Quelques archéologues ont soutenu qu'elles n'ont pu être creusées sans l'aide d'outils en fer ; mais d'autres ont, dans ces dernières années et avec des outils en pierre seulement, réussi à reproduire des signes semblables sur des surfaces en granit, et cette opération leur a démontré que le diorite et les autres pierres dures du même genre sont préférables au silex pour couper le granit. Cette observation est conforme à la pratique de nos tailleurs de pierre, dont les outils en acier pour travailler le granit sont plus mollement trempés que ceux dont ils se servent pour couper le grès.

La grande pierre sculptée de Montézuma, au Mexique, dont il y a un

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