‹ Fouquet, surintendant général des finances, d'apres les documents d'archives et les mémoires; illustrations documentaires (volume 2)Chapitre 12 sur 17 · W¥WWW*^A^^MM^M · texte numérisé non relu

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(1) Mémoire historique de la vie d'un fantassin de vingt-cinq ans de service. (Nicolas Severat, capitaine au régiment lyonnais (Lyon, 1711).

(!!) B. Nat. Mss. /"» 22 567.

(3) D'Ormesson. Journal, II, p. 372.

(4) Menagii Poemata, p. 522.

(5) Archives Nationales K. 120. — Ravaisson, Archives de la Bastille, II, p. 453.

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écrivait Louvois à Saint- Mars, a vu le tout et n'a pas été surpris de voir qu'il fasse son possible pour avoir des nouvelles et vous vos efforts pour empêcher qu'il n'en reçoive... Comme quelque chose que fasse M. Fouquet pour faire des plumes et composer de l'encre, cela lui sera fort inutile s'il n'a point de papiers, le roi trouve bon que vous le fouillie:, que vous lui ôtiez tout ce que vous lui trouverez et lui fassiez entendre que, s'il s'avise de faire de nouveaux efforts pour corrompre vos gens, vous serez forcé de le garder avec bien plus de sûreté et de le fouiller tous les jours. Il faut que vous essayiez de savoir du valet de M. Fouquet comment il a écrit les quatre lignes qui ont paru dans le livre en le chauffant et de quoi il a composé cette écriture (i). » Pendant Tannée que Fouquet passa à La Pérouse, ce fut un jeu quotidien de la part du captif d'inventer de nouvelles ruses pour écrire ou tenter de recevoir des nouvelles et, de la part de Saint-Mars, pour déjouer tant d'ingéniosité. Enfin, le 14 août 1666, Fouquet fut réintégré à Pignerol.

Comprenant enfin la nécessité pour un homme, qui avait eu une longue habitude du travail, de ne pas rester sans s'occuper, Louvois consentit à lui faire donner des livres en nombre, le Dictionnaire nouveau des rimes françaises, les Œuvres de saint Bonaventure et celles de Clavius le mathématicien. « Vous pouvez faire faire un habit d'hiver pour M. Fouquet, écrivait Louvois le i3 octobre 1666, mais il sera bon que vous l'obligiez à se servir de ses collets à passements sans lui en donner d'autres et comme vous me marquez qu'il profite de ses vieux habits pour se concilier le valet qui est auprès de lui, le roi désire qu'à mesure que vous lui en fournissez de nouveaux, vous donniez ceux qu'il quitte aux pauvres ou à telles autres personnes qu'il vous plaira (2). » Ainsi chaudement vêtu et muni d'instruments de travail, Fouquet s'appliqua à la contemplation des

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(1) Delort, Histoire de la Détention, etc. 1, 103-106. (2)"Archives Nationales, K. \20,

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choses spirituelles, composant des traités qui avaient pour sujet la piété et la religion. Il traduisait les psaumes de David :

Venez, accourez tous, peuples de l'Univers; Confessez un seul Dieu, venez lui rendre hommage. Annoncez et louez en langage divers La bonté de celui dont vous êtes l'image (i).

La vie à Pignerol, dans cette citadelle ensevelie l'hiver dans les neiges et brûlée l'été par le soleil et la réverbération, devait être dure. Aussi, à partir de 1667, la santé de Fouquet périclita derechef. Les communications qu'il avait certainement établies avec le dehors, puisque ses vers se répandaient à Paris et y circulaient sous le manteau, ne rendaient que plus lourde sa séparation du monde. Vers la fin de 1670, on remarqua dans Pignerol la présence de deux Français venant d'Italie, qui furent aussitôt l'objet d'une surveillance. C'était le fidèle La Forêt, accompagné du sieur de Val-Croissant, et amplement muni de pistoles, qui venait tenter de délivrer son maître. Déjà quelques soldats étaient gagnés. Le plan d'évasion qu'on étudiait avorta par suite du bavardage de quelque complice subalterne. La Forêt et son compagnon, qu'on recherchait à Pignerol, se réfugièrent à Turin et s'y croyaient en sûreté, quand le major qui y commandait fit arrêter les réfugiés et les livra à Saint- Mars. Celui-ci assembla une espèce de conseil de guerre et le malheureux et fidèle La Forêt fut pendu. Quant à Val- Croissant, on n'entendit plus parler de lui (2). A la nouvelle du complot, Louvois fit ajouter des jalousies intérieures aux grilles des fenêtres. Il fallait empêcher que Fouquet ne vit les terres des environs de son logement.

Dès lors, il se concentra dans une vie tout intérieure. On le comparait à ce cocon de ver à soie dont son travail

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(1) B. Nat. Mss Clérambault 1 207.

(2; Delort. Histoire de la détention, etc. J, 159-162. Chéruel Mémoires sur Fouquet, II, p. 533.

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seul révèle la gloire. Il s'était abîmé dans la piété et s'appliquait sans relâche à l'étude de la Bible. « M. Fouquet est un agneau (i) », écrivait Saint-Mars, qui avait appris vers ce temps-là ce qu'un prisonnier remuant cause d'embarras à son geôlier. Le beau Lauzun, celui-là même qui regardait danser les Bretonnes de Belle-Isle che- le surintendant, la veille de l'arrestation de Fouquet, venait d'échouer dans la citadelle de Pignerol. Après mille aventures, cet entreprenant personnage avait failli épouser la Grande Mademoiselle. Cette vieille fille en était follement éprise et-, pour éviter le scandale d'un mariage aussi disproportionné, on n'avait trouvé d'autre ressource que de mettre ce quasi-cousin du roi sous les verrous. Sa hardiesse et son insolence causaient tant de soucis a Louvois, alors que Fouquet vivait en quiétude, que le ministre songea à déloger le surintendant de ses chambres qu'il avait fait si bien murer et griller à son intention. On logerait Fouquet dans l'appartement de Mme de Saint- Mars. Celle-ci n'aimait pas les déménagements et son mari prit ses précautions pour installer Lauzun dans deux grandes chambres bien claires et bien chaudes au-dessous de celles de Fouquet. Grilles intérieures aux fenêtres, grilles à la cheminée, rendaient, croyait-on, impossibiles les communications entre les prisonniers. Lauzun serait chez lui comme dans un in-pace (2). C'était bien mal connaître ce dragon qui n'avait jamais connu d'obstacles. Tout d'abord, à la vue du logement qu'on lui destinait, il fit un sabbat infernal, menaçant de se suicider, simulant la folie. Saint- Mars commença par faire contre mauvaise fortune bon cœur. « J'appréhende, disait-il, beaucoup plus les douceurs de M. Fouquet et son honnêteté que la fierté de M. de Lauzun (3). » Mais, sbc mois plus tard, il avait

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(1) Ravaisson. Archives de la Bastille, III, p. 134.

(2) Delort, Histoire de la détention, etc. I, p. 173. Ravaisson, Archives de la Bastille, III, p. 103.

(H) Ravaisson, Archives de la Bastille^ III, p. 121.

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tout à fait changé de langage. « Tant que je n'ai pas eu M. de Lau;un, je croyais que M. Fouquet était un des plus méchants prisonniers à garder qu'on pût trouver, mais à présent, je dis qu'il est un agneau auprès de l'autre (i). » Saint- Mars ne se doutait pas, cependant, de tous les tours que lui jouerait Lauzun.

Fouquet continuait à être tranquille. Il était revenu à ses habitudes de bel esprit, et quand il n'écrivait pas sur des sujets de piété, il composait de ces petites pièces de vers, qui lui avaient valu, au temps où il vivait dans le monde, les succès que peut attendre un grand personnage qui consent à être poète à ses heures. C'étaient des énigmes aussi compliquées et aussi précieuses que celle-ci (2) :

Nous étions autrefois un grand nombre de soeurs, Qui vivions en commun dès ta plus tendre enfance, En servant le pays où nous primes naissance.

Notre plaisir était d'avoir de belles fleurs, Mais, pour nous garantir du cours de nos malheurs, Ce service n'y put, non plus que l'innocence.

Nous avions à peu près achevé notre temps, Nos corps se flétrissaient, nos fleurs étaient séchées, Lorsque de nos maisons nous fûmes arrachées, Que des gens sans pitié ravirent nos enfants Et les cruels encore n'en étant pas contents, Nos os furent brisés et nous fûmes écorchées.

On ne peut exprimer les tourments inhumains Que nous fit supporter leur extrême avarice.

On ne peut concevoir jusqu'où va le supplice Qu'ont exercé sur nous et les dents et les mains Et l'on ne peut finir en comptant nos chemins, Nos cachots, notre exil, toute leur injustice.

Nous avons enduré sans élever nos voix,

De pointe ou de taillant mille et mille blessures.

Nous avons soutenu d'horribles meurtrissures

Sous les coups redoublés d'un bras armé de bois,

Et nous fûmes enfin réduites sous les lois

D'un prisonnier gardé dans des prisons bien dures.

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(1) Rayaisson. Archive* de la Boitille, III. 134.

(2) B. Nat. Mss. f™ 22 589. Cette énigme a été publiée pottr la première fois par Châtelain. Ae surintendant IS'ivola* Fouquet pru~ lecteur des arts, des lettre» et des sciences.

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Nous sommes les témoins du rude traitement Qui pourra quelque jour signaler sa constance * S'il voulait nous donner part à sa confidence. Nous subîmes la mort pour son soulagement Et nos corps entassés servent de monument A l'aveu qu'il en fait pour notre récompense (1).

A partir d'octobre 1672, il eut une autre occupation que ses poésies. [La condamnation et l'incarcération du surin: tendant n'avait pas mis fin aux règlements d'intérêts qui divisaient sa famille et ses créanciers. Au cours du procès', il avait été question de ses millions de créances et de ses millions de dettes. Pussort avait prétendu que les dettes étaient fausses. Le temps avait démêlé la vérité. La confis 4 cation prononcée par l'arrêt de 1664 portait la réserve tacite du droit d'autrui. Les productions de créanciers avaient afflué et le roi, sachant bien qu'il ne pouvait rien prendre là où il n'y avait rien, n'avait pas appliqué cette confiscation dont Golbert et Chamillart avaient fait tant d'éclat. Le débat demeurait circonscrit entre les créancier et M me Fouquet. Réduite à manquer de tout, si elle n'avait eu l'appui d'amis qui lui ouvraient leur bourse, comme Gourville, elle avait réclamé la liquidation de ses reprises. Elle avait donc sollicité de Louvois l'autorisation de communiquer à son mari des mémoires relatifs à ses intérêts. Le 19 mars 1673, un arrangement conserva à M me Fouquet les terres et les domaines de la Communauté

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(1) La note suivante de Fouquet donne la solution du problème. « Le secret de cette énigme est le papier »*ur lequel est écrit, papier

3ui s'est fait dans ma prison avec de vieilles chemises de toile e Hollande.

1. Les petites plantes de lin semées en même champ, les fleurs en sont jolies.

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