‹ Fouquet, surintendant général des finances, d'apres les documents d'archives et les mémoires; illustrations documentaires (volume 2)Chapitre 14 sur 17 · FOUQUET A PIGNEROL · texte numérisé non relu

FOUQUET A PIGNEROL

soin de ce corps entièrement et de songer à l'âme. Cela nous est important et cependant le corps nous touche plus (i). * On fît circuler à Paris, cette lettre, parmi les parents et les amis du surintendant (2).

Au donjon, tout était calme. Lauzun lui-même ne récriminait plus. Saint- Mars eût dû se méfier : si Lauzun se tenait tranquille, c'est qu'il préparait son évasion. Il tenta en effet de s'évader dans la nuit du 24 février 1676 et sans une sentinelle du magasin qui l'arrêta, il franchissait le mur de la contrescarpe. Fouquet, qui ignorait jusqu'à sa présence, fut victime de l'aventure. Les précautions, dont il était l'objet, . redoublèrent. Alors, il se plaignit. On lui donna tort. N'avait-on pas adjoint à son valet La Rivière un second serviteur? Ne le laissait-on pas distiller, composer des remèdes, se soigner et soigner ses valets ? Un beau jour, la monotonie de son existence se trouva rompue. Lauzun, profitant d'une nuit sombre, se fit hisser dans la chambre du surintendant (3). Fouquet l'avait connu petit cadet de Gascogne, hébergé par le maréchal de Grammont, et, le retrouvant ainsi à Pignerol, lui racontant les fantastiques aventures de sa vie, il le prit pour un fou, qui avait la cervelle totalement renversée. Alors même que Lauzun lui peignit ce qui s'était passé à la Cour depuis sa disgrâce, il lui sembla entendre des contes en l'air (4). N'était-ce pas un monde qui avait subi une révolution complète ? La Vallière, évincée par la jeune Tonnay- Charente devenue marquise de Montespan; Lauzun, confident des nouvelles amours du roi, emportant dans les plis de son manteau le petit duc du Maine; Mme Scarron, la veuve du poète qui élevait ce petit enfant dans une maison de Vaugirard; La Fontaine transformé en poète favori de M» de Mon-

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(1) Chéruel. Mémoires sur Fouquet, II, p. 451. Chroniques du Langueaoe, n° du 20 janvier 1875.

(2) Bussy-Rabutin. Correspondance, III» p. 49.

(3) Ravaisson. Archives de la Bastille, III, p. 363. Mémoires de M mm de Montpensier, IV, p. 443.

(4) Saint-Simon. Mémoires, III, p, 76.

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tespan; Pellisson homme en faveur; Colbert tout-puissant, beau-père de ducs et de duchesses, plus riche que n'avait été Mazarin. L'homme, qui lui contait tout cela, ne pouvait lui faire que l'effet d'un rêveur, d'un maniaque dangereux. Et cependant c'était de cette révolution de la Cour qu'un peu de bien allait sortir pour lui.

Au mois de mai 1676, Mme de Montespan, qui prenait les eaux de Bourbon, y eut la visite d'un des frères de Fouquet accompagné de sa mère, puis de M me Fouquet. La maîtresse royale entama avec elles les chapitres les plus délicats. Peut-être était-ce la fin de leurs malheurs qui arrivait. Mais, quand elle eut quitté le Bourbonnais, M me de Montespan oublia les infortunes, sur lesquelles elle s'était apitoyée, et rien ne fut changé pour le captif. Une année s'écoule encore. Le fils de Fouquet qui est à l'armée, témoigne en toutes occasions de son zèle et de sa bravoure. Alors on fait dire au père que son fils fait bien son devoir et se distingue dans toutes les occasions. Il est malade, abattu, résigné et il ne demande rien. Lauzun, qui demande tout, vient d'avoir une chance inespérée. En avril 1676, le duc de la Force l'a constitué son héritier. En septembre 1677, son frère aîné meurt. Pour régler les affaires de famille, il faut que les siens s'abouchent avec lui. Le chevalier de Lauzun, M^ de Nogent,un avocat font à plusieurs reprises le voyage de Pignerol. Bientôt les adoucissements abondent. C'est la liberté de la promenade, la liberté des jeux, la liberté de recevoir le Mercure Galant Tout d'un coup, le bruit court à Paris que Pellisson est allé à Pignerol pour traiter de quelque chose avec M. Fouquet. C'est un conte en l'air. Mais^ ce bruit est un symptôme. Le roi, qui a appris que certains officiers généraux hésitaient à employer M. de Vaux, en a manifesté sonétonnement. L'évèque d'Autun reçoit M 00 * Fouquet en grande pompe allant au-devant d'elle avec six carrosses et 200 chevaux. Le cardinal de Retz, lui ayant intenté un procès au sujet de Belle-Tsle, le roi lui a accordé des lettres de surséance. Tout d'un coup, vers la fin de décembre 1679, ^ ou "

POl'QUET A PIGNEROL

quet voit un beau jour a close de Louvois, de Ve.

er Saint-Mars avec une lettre , du papier, et l'invitation de

Portrait de Luuit XIV.

i Nicolas île Poilly, d'après 1* peint (Bibliothèque Naliopale. Estnmpi

répondre directement au ministre. Depuis mars 1675, Louvois a mis à la disposition de Fouquet, certain prisonnier

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mystérieux connu sous le nom d'Eustache Dauger (1). La lettre de Louvois a pour but de savoir si ce Dauger n'a jamais jasé sur ce à quoi il a été employé avant que d'être à Pignerol. Fouquet répond et ce qu'il écrit doit satisfaire Louvois, car le ministre répond à son tour : « Sa Majesté veut bien s'en remettre à vous de la conduite qu'il faudra tenir à l'égard d'Eustache Dauger (2). » En même temps, Saint-Mars reçoit des instructions où il est dit qu'il autorise que Lauzun et Fouquet se voient en toute liberté, qu'ils passent les jours ensemble, qu'ils mangent ensemble, et s'il le désire, Sa Majesté trouve bon que M. de Saint- Mars mange avec eux. Ainsi ils auront tout : livres, gazettes, jeux, compagnie des officiers de la garnison et Louvois s'empresse d'en avertir M»" c Fouquet. Elle s'empresse de renouveler sa requête d'aller s'enfermer à Pignerol. « Plus tard », répond Louvois.

En effet, au milieu de mai 1G78, le roi autorisa M"* Fouquet, ses enfants et son beau- frère Gilles à se rendre à Pignerol.. Puis, c'est Salvert, l'avocat, qui a aidé M^ Fouquet à débrouiller toutes les procédures de ses reprises, qui obtient à son tour la permission de venir conférer avec le prisonnier. Alors, M me Fouquet et le comte de Vaux repartent pour Moulins et Madeleine demeure à Pignerol avec son second frère. Louvois autorise qu'on lui aménave un logement sous la même clef que son père et Lauzun fait si bien que Fouquet se brouille brusquement avec lui et le met à la porte de sa chambre. Tandis que M ,,e de Montpensier est prête à donner son bien pour obtenir la liberté de l'homme qu'elle aime, devant la jeune fille inexpérimentée qu'est Madeleine Fouquet, Lauzun a senti renaître en lui le séducteur. Le soir, sorti par la porte, il rentre par le passage secret. Ses manèges n'échappent ni à

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(1) Eustache Dauger paraît être un agent arrêté & Dunkerque an moment où l'on préparait l'alliance anglaise. M. Lair veut voir en lui le Masque de Fer enterré en 1703 sous le nom de Marchiali.

(2) Aavni.9son.ilrf/1iVcs de la Bastille, \U, 4 1Q9.

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