‹ Fouquet, surintendant général des finances, d'apres les documents d'archives et les mémoires; illustrations documentaires (volume 2)Chapitre 5 sur 17 · SN^^W^^^^^^^*^^^^^^^A · texte numérisé non relu

SN^^W^^^^^^^*^^^^^^^A

(1) Tallemant des Réaux. Historiettes. I, p, 383. — Orner Talon. Mémoires, p 383.

(2) Dubuisson-Aubenay. Journal. II, p. 333.

(3) Colbert. Lettres et Instructions. I, p. 390.

culière qu'il fait de votre mérite. J'ai cru qu'il était bien à propos, étant homme de naissance et de mérite particulier et en état même d'entrer un jour dans quelque charge considérable de lui faire quelques avances de là même amitié de votre part. Si vous approuvez mon sentiment en cela, je vous supplie de me le faire savoir par la première que vous me ferez l'honneur de m'écrire, né pouvant m'empêcher de vous dire que je ne croirai pas pouvoir payer en meilleure monnaie une partie du tout ce que je vous dois, qu'en vous acquérant une centaine d'amis de cette sorte, si j'étais assez honnête homme pour cela (i). » Michel Le Tellier promit son appui et Gaston d'Orléans céda après quelque résistance. Le 29 novembre, l'on procéda donc à la réception et à l'installation de Nicolas Fouquet.

Quelques semaines après, on publiait ses bans à Saint- Germain-l'Auxerrois. Il épousait en secondes noces Marie- Madeleine de Castille, fille d'un conseiller au Parlement et cousine du trésorier de l'Épargne. Le soir du contrat, signé solennellement en présence des deux familles, le Parlement réclamait l'expulsion de Mazarin et le lendemain, le jour des noces en l'église Saint-Nicolas-des-Champs, paroisse de la famille de Castille, Fouquet dut, à six heures du soir, se rendre en toute hâte chez le Garde des Sceaux pour conférer sur les réclamations des Frondeurs.

Le lendemain, dès l'aube, il était mandé au Parlement. La délibération était orageuse. Les Frondeurs les plus violents se répandaient en paroles et dans Taprès-mic^, Mazarin, déguisé en cavalier, le manteau sur le nez, fuyait de Paris et se réfugiait à Saint-Germain. Le surlendemain, Fouquet 'et son avocat-général Orner Talon sont dépêchés vers le Garde des Sceaux, puis reçus par la reine qui leur donne l'assurance que Mazarin est parti sans espoir de retour. Plusieurs jours s'écoulent à ces vains bavardages et toujours Fouquet esquive de prendre position trop nette-

(1) Colbert, Lettres et Instructions. II, p. 2'i.

ment, ne se laissant arracher que pied à pied les réquisitions qu'on exige de lui contre le Cardinal.

Cependant, le Parlement, sur réquisition d'Orner Talon, à qui Fouquet glissait la consigne à l'oreille, réitérait en juin i65t la défense d'avoir ■ commerce avec Mazarin. Et bientôt pour complaire au prince deCondéquin'avait pas le triomphe modeste. Le Te Hier, de Lionne et Servien sont renvoyés et l'exil de Mazarin confirmé à perpétuité. Le Tellier se retire à Chaville. Servien gagne sa maison des champs et Nicolas Fouquet prête & Lionne Belle -Assise qui appartenait à sa femme. Peu de jours après, le conseiller Coulon croit devoir « informqu'il y mette ordre, que le

-lei

■ procureur général afin abbé Fouquet son frère, et vient souvent auprès du cardinal Mazarin ». Fouquet réplique qu'il est prêt à rendre compte à la Cour de ce qu'il saura, si elle le demande, mais il ne .se croit pan obligé de répondre à M. Coulon, puis, il se retire avec les gens du roi. On les rappelle, on leur court après.

« Ceux qui crient le plus haut, s'écrie Talon, ne sont pas exempts de commerce et de menées. » Coulon s'opiniâtre. Il interrompt pour fait personnel. « On n'interrompt pas les gens du roi, intervient le président. Il n'appartient pas à des particuliers d'interrompre de la sorte. » Gaston d'Orléans veut faire valoir son autorité. Talon s'en offense. Lui et ses collègues s'en plaindront au roi. En ce qui concerne l'abbé Fouquet, ils informeront et requerront s'il y a lieu. Là-dessus, le tumulte redevient général et Talon profitera de cette violente escarmouche pour ne plus reparaître au Parlement (i).

On gagne ainsi la majorité du roi, dont le premier acte est d'écrire confidentiellement à Mazarin de se rendre auprès de lui aussitôt qu'il le pourra faire avec sûreté, « ayant impatience de rendre nulles en la forme la plus authentique qui se pourra, toutes les déclarations qui ont été données si injustement contre lui (2) ». Mais les cartes sont maintenant suffisamment brouillées. Gomme le 7 octobre i65i, Gaston prêche un accommodement avec le prince tie Condé, Fouquet le remercie de ses bons offices, et présente une demande d'information judiciaire contre ceux qui lèvent des troupes. Le résultat de cette décision, ce sera de contrebalancer le sacrifice de Mazarin par la mise en accusation de Gondé. Enfin, Mole quitte Paris abandonnant la présidence du Parlement et sa retraite laisse Fouquet seul en présence des Frondeurs. Fidèle à son poste, il continue à correspondre avec le Cardinal, comme avec son chef incontesté, bien qu'il ne néglige aucune occasion de lui faire valoir ses services. Témoin, cette curieuse lettre écrite à Cclbert : « Mon frère a demandé une abbaye de Nouaillé qui vaque depuis quelque temps, laquelle on lui fit espérer. Depuis ce temps, on a traîné jusqu'à présent en belles paroles, suivant le style accoutumé, et puis on le remet à une distribution générale après les Etats. Je vous avoue que je

(1) Jules Lair. Xicolas Foucquei. I, p. 166.

(2) Benjamin Fillon. Autographes, série I et II, p. 37.

LA JEUNESSE DE FOUQLET 5l

suis étonné que Son Eminence ne change point de méthode, après s'être si mal trouvé de ses maximes ordinaires : Tune de ne rien faire pour ceux qu'il croit attachés avec honneur et fidélité à son service ; et Vautre de croire qu'en tenant les personnes en suspens longtemps, il les conserve dans la volonté de faire toujours quelque action nouvelle pour mieux mériter les grâces qu'on demande de lui. Il me semble que quand les services qu'on lui a rendus jusqu'à présent ne le toucheraient point, ce que je puis et pour et contre son intérêt ici, devrait être de quelque considération, et c'est ce qui m'oblige de vous écrire celle-ci, afin que vous me fassiez la grâce de lui faire savoir que je suis horriblement surpris de ce procédé et qu'il n'y a rien qui me puisse offenser si sensiblement que de traiter mon frère du commun, lui qui n'a point fait d'action du commun quand il s'est agi de son service, et dans sa disgrâce. Ce que je n'ai que faire d'exagérer parce qu'il le sait encore mieux que moi. Et à vous dire le vrai, je ne trouve pas étrange qu'il ne me considère pas parce que la condition dans laquelle je suis m'a empêché de m'exposer comme mon frère. Mais, pour lui, quoique je l'aie connu du passé, je n'eusse jamais douté que Son Eminence n'eut fait paraître une reconnaissance éclatante en la première occasion qui se fût rencontrée. Mais de faire languir les personnes après des espérances vaines, et se laisser posséder par un petit frippon à l'appétit duquel il perdra tous les gens de condition et d'honneur (i ) c'est ce qui n'est pas supportable. Il me semble qu'il y a assez de raisons pour faire de bonne grâce une action de cette qualité et qu'il n'y aura personne à la Cour qui puisse y trouver à redire. Je remets à vous dire le reste de bouche, mais obligez-moi d'écrire de bonne encre et de presser une réponse décisive de oui ou de non par le premier ordinaire pour ce qu'après cela, je ne m'y attendrai plus. Usait encore les paroles qu'il m'en a données cent fois sans effet. Je sais que la chose dépend de lui et qu'écrivant ici comme il peut

(1) L'abbé Ondedei.

la chose sera faite au moment et si elle ne Test pas je croirai qu'il a donné ordre contraire. Je vous prie que je vous aie cette obligation et de lui en écrire à cœur ouvert ce que vous en jugez et surtout réponse prompte pour ce que vous savez qu'il ne faut point faire état que des affaires achevées. Je suis votre serviteur (i). » Golbert transmit la lettre, ajoutant : « La mauvaise conduite que Ton a tenue en vos affaires vous a réduit à ce point de nécessité que vous avez oesoin de tous ces gens-là, et que plus vous en avez besoin, plus ils vous tiennent le pied sur la gorge pour exiger de vous des choses que vous n'êtes pas en état ni en pouvoir de leur accorder... Il est de mes amis et je suis obligé de vous dire qu'il vous a bien servi^depuis que j'ai la direction de vos affaires. Je ne puis toutefois m'empêcher de blâmer le procédé. » Basile Fouquet eut son abbaye de Nouaitlé. Le Procureur Général était de ceux dont on ne pouvait se passer.

N'est-ce pas grâce à lui que]bientôt après, le roi écrivit à l'exilé une lettre officielle lui commandant « sans autre réplique et sans aucun retardement » de venir le joindre avec ses troupes (2)? C'était donner un titre légal à la rentrée dû Cardinal. Certes, malgré tout son génie, Condé ne devait pouvoir tenir contre les vieilles troupes fidèles au trône et la puissance de Gaston n'était qu'illusion. Mais Fouquet connaissait trop bien la force du Parlement pour ne pas avoir choisi la seule arme qui devait venir à bout de sa résistance. Habitués par état à s'appuyer toujours sur la loi, les conseillers, même les plus exaltés, se trouvaient arrêtés court dans leurs entreprises, quand on leur opposait la légalité. Ainsi quand, en janvier i(552, les parlementaires eurent voté par acclamation la proposition de lever des troupes contre Mazarin, leur élan fut brisé sitôt qu'il fut question de régler leur solde des deniers publics. Fouquet et Talon n'objectaient-ils pas que le roi seul en pouvait

(1 Colbert. Lettres. I, p. 1 <>.*>.

•■'!) Lettres de Mazarin. V, p. ;>.

LA JEI'NESSE RE KQUQUET 53

disposer? Puis, ce fut le retour de la délégation envoyée à Poitiers où se trouvait le roi. Les représentations du Parlement n'étaient pas agréées mais excusées seulement, parce que « le Parlement ne savait sans doute pas que le

retour de Mazarin était par ordre du roi(i) «. Fouquet continuait, d'ailleurs, son double jeu. Encouragé par l'adhésion de tous les'parlements qui rééditaient ses arrêts, le Parlement envoya au roi une dépufatiort composée du président de Nesmond et de cinq conseillers pour lui porter de nouvelles remontrances et lui demander de nou-

(1) Aubcry. Ilhtoirê de Mazarin. 111, p. 33j.

veau l'expulsion du Cardinal. Mole s'opposa à la lecture des remontrances. Le roi était majeur et entendait qu'on lui obéisse. Le président de Nesmond insistant, Anne d'Autriche prit la parole pour déclarer que cette contestation était indécente et que messieurs du Parlement n'avaient qu'à se retirer. Là-dessus, elle se leva et comme le président de Nesmond prétendait faire lire les remontrances quand même : « Retirez-vous, messieurs, dit le jeune roi ôtant son chapeau, retirez-vous (i). » Cette fois, la députation céda. Fouquet aurait voulu que l'incident fût évité et les députés bien traités. A son sens, les paroles coûtaient si peu et n'engageaient à rien. Puis, il n'était pas aussi grisé que Mazarin par les succès remportés en Anjou et que devait si vite balancer la défaite d'Hocquincourt à Bléneau. Par contre, quand Condé arriva à Paris, tout rouge du sang des fidèles sujets du roi, il eût voulu qu'on lui refusât l'entrée de la Cour. La faiblesse d'Orner Talon et de Bignon empêcha cette proposition qui devait émaner du Parquet. Condé, entré au Parlement, y fut assez rudement accueilli par le président Bailleul et sa déclaration fut épluchée mot par mot par Fouquet, qui réussit à l'interloquer. Malheureusement l'incapacité des avocats généraux était notoire. Talon, le plus souvent, apportait à la barre des conclusions auxquelles il n'avait rien compris. Fouquet utilisa plus d'une fois sa naïveté d'esprit, lui faisant déposer des conclusions que Talon déclarait hautement viser le Cardinal et qui, en réalité, n'atteignaient que Condé.

Au mois d'avril, il se produisit un accident grave. L'abbé Fouquet, qui servait de courrier entre le Procureur Général et le Cardinal, fut enlevé par les troupes du Prince sur le chemin de Corbeil. Il était porteur d'une lettre non signée, mais où l'on croyait reconnaître la main du Procureur Général. L'incident fit grand bruit par la ville et jusque dans la salle où siégeaient les parlementaires. Talon, qui était à la barre, déclara avec solennité qu'il n'était pas vrai que

(1) .Iules Lair. Xicolas Foucr/uef. J, p. 191.

cette lettre fût écrite par « Monsieur le Procureur Général >» . Son indignation était d'autant plus sincère qu'il ne connaissait pas encore la vérité quand il écrivit ses Mémoires (i).

Les parlementaires se trouvaient fort embarrassés. En apparence maîtres de la ville, ils la voyaient en fait en proie aune canaille rassemblée de toutes parts, saccageant, pillant, tantôt au cri de : « La paix ! la paix ! » tantôt de : « Point de Mazarin ! » La population était affolée. Fouquet sortant du Palais fut assailli et courut risque de la vie. Ce n'était que coups de pierre, coups de hallebarde, coups de fusil. L'émeute avait envahi l'enclos du Palais et, ce qui était encore plus grave, c'est que les bourgeois du quartier approuvaient les émeutiers. Ils étaient absolument las de l'attitude des parlementaires. « Messieurs du Parlement, disaient-ils, vous excitez le peuple et cela pour vos gages, n'ayant rien produit, si ce n'est la guerre civile, te siège de Paris, la retraite du roi, la ruine du commerce. Faites la paix. Tirez-nous de la misère, ou nous vous assommerons (2). » Quelques jours plus tard, le Parlement décidait qu'il n'avait plus la sécurité nécessaire pour délibérer. En conséquence, il suspendait ses séances. C'était laisser pleine liberté au désordre. Fouquet, tes portes de la ville étant fermées, expédia à l'armée royale un messager qu'on descendit le long des murailles dans un panier suspendu à une corde. Il avisait que l'armée de Condé, jugeant intenable sa position à Saint-Ctoud, décampait en secret, qu'elle longeait l'enceinte de Paris, marchant sans ordre, troupes et bagages enchevêtrés et qu'en lançant sur elle quelques escadrons, on en aurait bon marché. Le lendemain, Turenne attaquait Condé à ta porte Saint-Antoine et le canon de Mademoiselle de Montpensier permettait seul la retraite et l'entrée de Paris à Condé vaincu et près de succomber.

Alors, Fouquet sortit à son tour de Paris. L'homme qui

VWSA/VWVM^^^^AAAAAAAA/

(1) Talon. Mémoires, p. 478.

(2) Talon. Mémoires, p. 492. Conrart. Mémoires, p. .%.">.

avait jusque là prêché la conciliation, la modération et la pacification, proclamait la nécessité de l'énergie. Sans doute, il fallait s'accommoder avec Condé en prenant des sûretés pour le retour du Cardinal, si Ton ne pouvait agir au plus tôt contre les révoltés. Le Parlement allait proclamer l'union des princes et des villes, nommer un Garde des Sceaux et peut-être un régent. « Il ne faut pas douter, concluait-il, que tous les peuples ne suivent un parti où le Parlement de Paris, le corps de ville et les princes du sang seront unis. Mais, s'il s'établit un autre Parlement, les affaires seront bien balancées et l'autorité du roi bien soutenue dans lés provinces. Ceux de la Cour qui ont des grâces à espérer et qui se ménagent avec le Parlement pour le besoin qu'ils en ont, ne reconnaîtront plus pour Parlement que celui qui sera autorisé par le roi et où seront tous les présidents et le Procureur Général, qui sont ceux qui font le corps. » Mazarin temporisa. Il ne quittait pas le chevet du lit où agonisait son neveu Mancini blessé à mort à la porte Saint- Antoine. Dans l'intervalle, Condé et les Parisiens avaient repris possession des présidents du Parlement et quand enfin, le 3i juillet, le Conseil du roi rendit un arrêt transférant à Pontoise le Parlement de Paris, un temps précieux avait été perdu. Les lettres royales transmises au substitut Beschefer mirent dans un singulier embarras les conseillers restés à Paris. L'expédient qui finit par prévaloir fut le suivant : on ne lirait pas officiellement les lettres et on les déposerait au greffe pour n'en délibérer qu'après la retraite effective du Cardinal hors de France.

C'était le 5 août. Le 7, le Parlement s'assemblait à Pontoise. L'assemblée n'était pas nombreuse. Elle ne comptait que 18 conseillers, 3 conseillers d'honneur et 4 maîtres des requêtes, mais à leur tête, se trouvaient le premier président Mole, les présidents de Novion et Le Coigneux et le Procureur Général (1). Les Parisiens n'avaient pour

(1) Jules Lair. Xicolas Foucquet. I, p. 20'J.

îource que de chansonner les ânes de 1'ontoise :

juquet, cependant, préparait un rapprochement entre lotir et Gas- Mazarin qui, loin comme srès, gouverla politique, oulait rien en- Ire. Le coadur, qui avait

les hommes parti de la nde, souhai-

it tant parce /,' Abbé Basile Foui/uci.

I était son ri- . p( " 1 "* «i»n«i«.u (i«ui.

auprès de la ' lot equ * ' " n * "' """'i'*

eM»=deChe-

,se, mais parce qu'il s'était mis en tête de s' hevêché de Paris. Il s'était donc rendu tout droit au tis Royal et là, ce btondin de 3o ans, ourdissant mille igues, négociait avec M"' de Chevreuse, avec M™° de titlon, avec Goulas qui était l'homme de Gaston havigny qui était l'homme du prince de Condé. Entre

temps, il poussait les bourgeois à mille démonstrations antifrondeuses et alors les valets de MH e de Montpensier arrivaient pour donner la chasse à cette mazarinaille. Fouquet, demeuré à Pontoise, finissait par se perdre au milieu de tant d'intrigues. Lui et les parlementaires de Pontoise souhaitaient avant tout un accommodement qui satisfît tout le monde. L'essentiel, c'était de se rendre maître de Paris et non d'y multiplier les ;troubles. « Tous ceux de notre compagnie, après s'être bien éclaircis du dedans de Paris, dont chacun reçoit par jour plusieurs lettres, sont tous dans la même pensée... et après tout bien examiné, nous convenons tous, sans aucune contradiction, qu'il faut promptement, ou raccommodement, en quelque manière que ce soit, comme il est proposé, ou le voyage du roi, prompt à Paris et nous croyons la chose si certaine, que nous irons tous avec le roi et donnerons les arrêts que l'on voudra dans le Louvre (i). »

Turenne était du même avis que Fouquet. Il ne cessait de réclamer Paris d'abord, et ensuite, on n'aurait plus qu'à attaquer. Sinon, il demandait qu'il plût à la reine de donner le commandement à qui bon lui semblerait. Il avait réussi à installer la Cour à Saint-Germain. Là, les négociations se précipitent. Le Parlement de Paris autorise. ses membres, qui ont des grades dans la garde bourgeoise, à se rendre auprès du roi avec les autres colonels. Le roi leur fait un gentil compliment. Anne d'Autriche les persifle. On leur offre un grand dîner avec fanfares de trompettes et voilà tous ces beaux cavaliers qui rentrent à Paris au milieu des acclamations et tout échauffés de zèle royaliste. Les quolibets de la reine ont été enveloppés des billets de crédit du Procureur général qui est cette fois encore le Grand Argentier de la Cour. C'est qu'il faut de grosses sommes pour amener Beaufort à se démettre du Gouvernement de la ville et le jeune Broussel à rendre La Bastille. Enfin, le ■il octobre, le Président et le Procureur général du Parle-

■ Yj Cliéruel. Mémoire sur Xicolas Fouquet. I, p. 187'.

ment de Pontoise ont ordre de se rendre au Louvre. Fouquet vient d'être père, père d'un fils qui assure l'avenir de son nom, et il doit quitter le berceau du petit François, comme il a dû jadis quitter sa jeune femme, le soir des noces, pour prendre son rang dans la marche sur Paris. Les portes de la ville ont été occupées sans coup férir. La joie des Parisiens est si grande de voir rentrer la Cour qu'ils ne songent point qu'on viole ainsi leurs anciens privilèges.

Le 21, le Parlement se réunit au Louvre, chez le roi. La Fronde finit comme elle avait commencé dans le sein du Parlement. Gondé s'est retiré. Monsieur s'est exilé à Blois. Les parlementaires n'ont osé suivre ni l'un ni l'autre. Quand ils ont reçu individuellement, chez eux, les lettres leur enjoignant de venir au Louvre, ils ont hésité. Mais alors, le bruit s'est répandu que certains n'avaient pas reçu d'ordre. Cette nouvelle décide ceux qui se sentent amnistiés et ils sont trop heureux de se rendre à la Galerie d'Apollon, rapidement aménagée pour leur séance. Mole préside. Fouquet apporte la déclaration d'amnistie publiée à Pontoise. Il est seul à la barre. Orner Talon continue à être malade et Bignon est aux eaux. Les premiers opinants se prononcent pour l'enregistrement de la déclaration, puis, la bataille s'engage. Les royalistes veulent des exceptions dans l'amnistie. Camus-Pontcarré voudrait maintenir les arrêts rendus contre Mazarin. On discute, on repousse tes conclusions de Fouquet et ta déclaration n'est adoptée qu'après promesse du chancelier Mole et du Garde des Sceaux Séguier d'intervenir près du Gouvernement en faveur des princes et des bannis. Puis, c'est le lit de justice, où la liste des exilés est enfin donnée. Les ducs de Beaufort et de Rohan, les présidents Viole et de Thou, les conseillers Broussel, Portail, Bitault et Fouquet- Croissy, agent de Condé, deux autres moins marquants, sont seuls frappés. Puis, défense est faite au Parlement de s'entremettre des affaires générales de l'Etat soit en politique, soit en finances, et de prononcer aucun arrêt contre

les personnes chargées du gouvernement. Fouquet prend ensuite la parole. Il félicite le roi de sa clémence et de son autorité et quand le Ut de justice se sépare, le Parlement de Paris n'existe plus comme corps politique (i). Fouquet a été V exécuteur des hautes-œuvres du pouvoir. Il a le succès de la journée et il monte à la fortune sur les ruines du pouvoir parlementaire.

Pendant quelques mois encore, il va guerroyer contre les pamphlétaires et les libellistes. Il aura soin de se tenir à l'écart du piège tendu à Retz. Son frère seul est intéressée son succès. Il semble que Basile, moins il est abbé, plus il a soif d'être archevêque. Quant à Mazarin, il a une autre cause de haine contre Retz. Ne savait-il pas que certain jour, le vaniteux coadjuteur, se glissant à travers le cloître Saint-Honoré empanaché comme un cavalier, avait tenté de séduire Anne d'Autriche? Or, Mazarin fondait surtout son pouvoir et ses espérances ambitieuses sur la possession dont il se croyait assuré du cœur de la reine. Et il n'avait pas celle-ci en haute estime, jugeant si bien qu' « elle aurait toujours besoin d'homme » que plus tard il crut devoir en avertir Louis XIV (2). Il n'avait donc pas fallu davantage pour exciter ses colères. Dès lors, Basile Fouquet eut carte blanche, Servien aussi. Et le 29 décembre i652 Rets fut arrêté en plein Louvre par le capitaine des gardes Villequier. A sa trahison, Servien gagna le poste de surintendant qui vint à vaquer par la mort de Lavieuville le 2 janvier i(553. Il avait d'ailleurs pris ses précautions dès la

(1) Orner Talon. Mémoires, p. 513. Histoire abrégée du Parlement, p. 258.

(2) Bibliothèque Nationale. Fd, Baluze, N° 149. Le chansonnier Maurepas traduisit ainsi la situation :

Dans le Louvre, le Louvre, le roi va disant Ma petite maman, pourquoi baisez-vous tant?

Je ne saurais, Ion Ion là

Je ne saurais m'en passer.

(Chansonnier Maurepas. XXTIT, 72).

LA JEUNESSE DE FOUQUET 6l

veille, posant sa candidature à toute charge et à tout établissement. Seulement, comme rien ne garantissait ses capacités et que la charge de surintendan t n'était pas de celles qu'on pouvait donner à un débutant surtout de l'âge avancé de Servien, on résolut de le doubler d'un homme que ses services, son dévouement et ses capacités rendaient apte à jouer l'homme de crédit dans le public. Le jour même de la mort de Lavieuville, Nicolas Fouquet avait posé sa candidature à la place vacante. Son frère Basile s'était attaché aux pas du Cardinal pour obtenir cette charge si honorable pour la famille. Colbert insinua à Mazarin l'idée de nommer deux surintendants, s'il ne se décidait pas à établir un Conseil de finances. Et, de la sorte, le 7 février i653, au lendemain de la rentrée du Cardinal à Paris, les deux compétiteurs furent à la fois désignés pour la surintendance.

La Carrière d'un Surintendant.

r , i: pi.'is sa rentrée à Paris, Mazarin s'était appliqué à exercer un certain nombre de vengeances contre ceux qui l'avaient combattu avec le plus d'acharnement. « Il se voit maître dans le Cabinet, écrivait. un frondeur irréconciliable. Tout est à sa dévotion. Il chasse et enferme qui il lui plaît. Tous les jours, on prend quelqu'un. Aujourd'hui, il dîne à l'Hôtel- de -Ville où il est servi somptueusement assisté du gouverneur du corps de ta ville, des colonels et des syndics des rentiers. Ce lieu qui a servi à son opprobre et à sa confusion sert aujourd'hui de théâtre à sa gloire età I son triomphe (i). » Il avait fait de son favori l'abbé Fouquet ] une sorte d'intendant de police qui multipliait les arrestations. Tandis qu'il terrorisait les suspects de tout genre et de toute qualité, les parlementaires vaincus, sans avoir conscience de leur défaite, s'essayaient à mettre en quarantaine les Pontoistens, et à chaque audience, on demandait à la Grund'Chambre où en était l'affaire du rappel des exilés. « Le roi, répondait Nicolas Fouquet, fera savoir sa volonté quand il en sera temps. » Le 17 Mars, la réponse fut une lettre de cachet notifiant la détention de Fouquel- Croissy et nommant quatre commissaires pour juger < ce rebelle et fo menteur de rébellion ». C'étaient le chancelier Séguier, le président Pomponne de Bellièvre, les conseillers Doujat et Sevin. Comme les conseillers des enquêtes se permirent de la résistance, des lettres de cachet en

envoyèrent cinq ou six en exil. Enfin, la paix se fit et ce fut Fouquet-Croissy qui en bénéficia. L'œuvre des commissaires fut annulée, la connaissance du procès renvoyée au Parlement, puis, par un complément à cet accommodement, le prisonnier obtint sa liberté à charge de passer en Italie et de n'en pas revenir sans ordre de rappel (i). L'arrestation de Retz n'avait pas tardé à être pour le Cardinal une cause d'embarras. Il était fort gênant de tenir en prison l'archevêque-coadjuteur de Paris et, d'après les jurisconsultes, le pape seul pouvait présider au jugement et à la condamnation d'un cardinal. Mazarin avait bien soin de protester, plus que jamais, qu'on avait arrêté Retz sans sa participation et il faisait courir extrait d'une prétendue lettre au roi où il sollicitait l'élargissement de son collègue (2). En réalité, des négociations étaient en cours, qui avaient pour but d'aboutir à un arrangement. On transporta donc Retz de Vincennes a Nantes où l'on- organisa une sorte d'internement aussi fastueux que mal surveillé, si bien qu'un beau jour le cardinal de Retz prit la clé des champs le 8 août 1654, et gagnant en hâte Saint- Sébastien, s'enfuit de là en Italie (3). L'abbé Fouquet avait gagné, à ces intrigues, la survivance de la charge de Procureur général, puis, la charge de Procureur général au Parlement de Metz. « Il est bon, lui écrivait un de ses intimes, d'avoir des amis en Paraçlis et en Enfer... Mais précautionnez-vous bien contre la contagion qui commence à infester la gente togata; car, sans être grand astrologue, je vais vous prédire qu'après l'éclipsé elle sera plus dangereuse qu'elle a jamais été. Il ne faut plus vous exposer comme vous l'avez

■^w»/v%*vww^vws*www

(1) Aubery. Histoire de Mazarin. IV, p. 14. — Chéruel. Histoire du Ministère de Mazarin. Il, p. 29.

(2) Jules Lair. Nicolas Foucquet, I, p. 292.

(3) A la première nouvelle de son évasion, tous les curés de Paris firent chanter le Te Deum. Il fallut que Fouquet, qui était seul dans la capitale, fît acte d'autorité pour apaiser cette rébellion ecclésiastique. Il employa tour à tour la force et la douceur et réussit en quelques jours à gagner le chapitre de Notre-Dame qui consentit à nommer un administrateur du diocèse.

fait, la bravoure ne s'ajuste pas bien avec la magistrature (i). 9

Cette double nomination compensait un peu les énormes sacrifices qui avaient été faits par la famille entière, pour l'achat de la charge de Procureur général au Parlement de Nicolas Fouquet. Mais, la surintendance entraînait de nouveaux sacrifices. Mazarin ne se contentait pas de demander à ses surintendants que les affaires de finances marchassent assez bien. Il prétendait tirer d'eux toutes les ressources qui lui étaient nécessaires. Servien, vieux, égoïste et hésitant, n'avait pas tardé à le mécontenter. Il s'était d'ailleurs pris de querelle avec Barthélémy Herwarth, premier commis de la surintendance, qui semblait marcher d'accord avec Fouquet. Les griefs de Servien étaient asse: piquants. « Herwarth, disait-il, écrivait fort mal. Après avoir assigné devant M . Fouquet et devant moi pour une ordonnance un fonds qui ne vaut rien et pris nos signatures, il lui était facile de le changer. « Or, Herwarth, étant créancier de vieille date du Trésor, pouvait ainsi rendre effectif l'ordre qui devait rester un leurre (2). Si Fouquet et Herwarth n'avaient pas, en quelque sorte, lié partie entre eux, Mazarin eut sans doute sacrifié Fouquet à Servien, pour qui il avait une estime toute particulière. Mais, comme Servien lui refusait de l'argent, il ne pouvait s'empêcher de reconnaître qu'il ne répondait nullement à son attente. Bref, il offrit à demi-mot à Fouquet de le charger de prendre soin de tout en disant à Servien de le laisser agir. Fouquet fut de glace à cette ouverture. Mieux valait, répondit-il, déterminer les attributions de chacun. C'est ce qui fut fait par le règlement du 24 décembre 1654, <l u î con " fiait à Servien l'ordonnancement et à Fouquet la trésorerie.

C'était pour Servien une disgrâce déguisée et l'opinion l'interpréta ainsi. Quant à Mazarin, il s'accommodait à merveille d'un système qui lui permettait, sans plus discu-

(1) Jules Luir. Nicolas Foucquet. I, p. 30l.

(2) Fouquet. Défenses. V, p. 00, 65.

LA CARRIKRK D IN SIR1NTENDAM

t<2*n~ bwi

vfvLi — 4»1o t+^n yJLu* 4*a- JiH»Lu>xt £r U

Page 1