‹ Fouquet, surintendant général des finances; d'après les documents d'archives et les mémoiresChapitre 11 sur 15 · I.">0 KOIIQI-ET · texte numérisé non relu

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quitter la Cour et se retirer dans un couvent où elle mourut jeune (i). Une autre femme de la Cour fut éclaboussée par les racontars du moment. C'était la marquise de Sévigné, qui se trouvait alors en Bretagne. On fit courir des lettres d'elle du style le plus scabreux. Bussy Rabutin, son cousin, brouillé avec elle, s'en expliqua avec Le Tellier. Les vraies lettres étaient les plus honnêtes du monde. La reine-mére affirmait que « Ton n'avait pas trouvé de lettres de Sévigné, » c'est-à-dire sans doute, pas de lettres blâmables. Il continua à circuler des- copies de ce que l'on appelait la cassette du surintendant, et, dans les propos cle Paris, on allait jusqu'à représenter bouquet comme tenant registre des sommes qu'il avait versées à ses maîtresses (2). En même temps, on faisait courir des notes sur le personnel judiciaire, qui figuraient dans les papiers de l'ancien procureur général. Ces indiscrétions n'avaient pas évidemment pour but de lui faire des amis au Parlement, et elles contribuèrent peut-être, pour une bonne part, à enrayer pendant la fin de l'année lôôi, le niouvement d'opinion qui se créait en sa faveur.

Colbert, un peu déçu de la médiocrité des trouvailles faites dans les saisies, avait espéré trouver meilleure pâture dans les registres des trésoriers de l'Epargne. On les saisit et on en confia l'étude à Berryer, transformé en secrétaire du Conseil, grâce à la charge confisquée sur Gourville. Coname il était impossible de charger officiellement Berryer, qui n'était pas naagistrat, de la direction d'une instruction, ce fut M. Pussort, oncle de Colbert, qui fut délégué à la direction des recherches. C'était un homme violent, irritable, grincheux, j'éroce, d'un naturel peu

(1) Jules Lair. Aiio/as /■'L>i/c(/itel. Il, p. SU. M. Lair se pose en défenseur de la vertu de M"e de Menneville. N'avait-il pas lu les papiers de la cassette du fund Baluze?

(2) La plupart de ces papiers se trouvent dans les Manuscrits Conrart 11 la Bibliothèque de l'.Vrsenal. Tout :ni contraire, les deux volumes du fonrl lialitze, appelés improprement /'n/^/c/.s </c la Cassette lie l'ouquet, ne sont composés que d'originaux.

LE PROCÈS l3l

sociable, emporté dans ses préventions, mais instruit et vraiment savant (i).

Tandis qu'il étudiait les registres, son neveu Golbert préparait la création de la Chambre de justice. On en confia la présidence à Lamoignon, dont on estimait qu'on « pouvait espérer tous les offices qui ne le commettent point ». A côté de lui devaient siéger le chancelier Séguier, le Président de Nesmond, les conseillers Brilhac et Catinat, les maîtres des requêtes Poncet, Boucherat et Voisin. Enfin, on empruntait à la Cour des comptes Pussort et Louvois, jeune conseiller au Parlement de Metc et fils de Le Tellier. Dans le plan primitif, on demandait le reste des conseillers aux Parlements de province; la majorité appartenait à ceuxci. Lamoignon, défenseur des prérogatives du Parlement de Paris, obtint l'adjonction à la Chambre des conseillers Renard et Fayet et des maitres de requêtes Besnard de Rezé et Lefèvre d'Ormesson. Le procureur général devait être Talon, magistrat dont Lamoignon faisait grand cas, mais, qu'il savait ennemi acharné de Fouquet. Enfin, Foucault avait rendu trop de services au moment des perquisitions, il en promettait trop dans l'avenir, pour que Colbert ne lui confiât pas le greffe.

Le difficile était de se mettre a la besogne. Talon, naturellement paresseux, s'adjoignit deux avocats, qu'il chargea de débrouiller pour lui cette grande affaire. Ils s'appelaient Gomont et Ravière. Gomont était un homnxe scrupuleux, prudent et qui prit très au séricu.x le travail qui lui était confié. « Je n'ai point de part à ce qui a précédé ce jour, écrivit-il en tète de son journal, le 4 janvier 1662: s'il y a du bien, je n'y ai point participé, et s'il y a du mal, on ne doit point me l'imputer. » Il se préoccupa tout d'abord d'établir la juridiction de la Chambre contre M. Fouquet. C'était un souci qui paraissait bien superflu à ses patrons. Ne suffisait-il pas que la Chambre décidât qu'il serait in-

(1) Opinion de Lamoignon, citée par Clément (Histoire de Colbert. p. 133).

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formé? Elle statua que l^oncet et Renard, accompagnés dit greffier Foucault, interrogeraient Tinculpé.

Depuis son arrestation, Fouquet après un séjour au château'd'Angers, avait été transféré à Amhoise; Malade, passant soixante heures sur soixante-douze à trembler de fièvre, le malheureux avait supplié Le Tellier de lui obtenir la conversion de sa prison en un exil. On lui avait accordé l'unique assistance de son médecin Pecquet. Puis, au milieu de la populace lui chantant pouilles, on l'avait conduit d'Amboise à Vincennes où bientôt d'Artagnan" était venu le retrouver en qualité de gouverneur et de geôlier. C'est là que le 4 Mars, Poncet et Renard, suivis du greffier Foucault, vinrent interroger le prisonnier. Poncet était un peu parent de Fouquet. 11 était bien une des créatures du chancelier, niais il possédait des regrats^ c'est-à-dire' des droits acquis à bon marché. Renarci était mieux noté encore. Quant -à Foucault, inconnu pour Fouquet, ce n'était qu'un greffier sans conséquence. Après six mois d'incarcération et de secret, le prisonnier ne pouvait faire que bon accueil aux juges chargés de l'interroger. C'était Poncet surtout qui prenait la parole. Renard l'assistait simplement, gardant l'attitude d"un homme modeste qui n'est pas « dans le secret ». L'interrogatoire était con(;u de telle sorte t]u'aucune inculpation n'y paraissait de fai;on précise. Le 23 mars, il prit fia. sur la revendication de louquet de son droit de se pourvoir par devers le roi et la demande d'un conseil non suspect. Malgré le secret, les nouvelles de l'interrogatoire avaient transpiré au dehors. Elles inquiétaient ses amis qui estiniaient que la. seule chance de salut pour le surintendant, c'était de gagner du temps. .Leurs appréciations s'appuyaient victorieusement sur l'évolution qu'avaient subie les esprits depuis le jour de l'arrestation. Dans la Chambre de justice, qui importait seule, le revirement était déjà . considérable. Lamoignon, en voyarit l'animosité avec laquelle s'exprimait Louis XIV,. avait estimé que la jalousie l'emportait vraiment trop loin.. Il ne pensait pas, d'ailleurs, qu'un magistrat pût approuver, le

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àystème de Colbert qui faisait si bon marché des contrats convenus pour être la loi des parties. Cela lui paraissait et contre les principes et contre l'équité. Boucherat, qui avait un très grand empire sur lui, lui rapporta un jour l'avis du Maréchal de Turenne qui était le même,- et, dès lors,' il se forma dans la Chambre de justice, un groupe d'opposition, dans lequel figurèrent, dès le premier jour, tous ceux qui refusaient à se laisser eutrainer à des jugements de parti pris. C'étaient Besnard de Rézé. Brilhac, Renard, appartenant tous à ce que l'on appelait le parti des dévots, gens sur qui leurs confesseurs, séculiers ou réguliers, jésuites ou jansénistes, avaient une certaine autorité.

Or, les Jésuites c'étaient les anciens maîtres de Fouquet, ses protégés de la veille, gens qui n'ont point l'habitude de lutter en face avec le pouvoir, mais qui, dans les batailles graves, se terrant, apportent l'appui de leurs mines et de leurs contre-mines à ceu.\ qui ont leur synipathie. Les jansénistes, qui avaient moins de motifs de reconnaissance pour Fouquet, suivaient en le défendant leurs sympathies personnelles et celles du salon du Plessis Guénegaud où leur esprit régnait victorieusement. Colbert, qui sentait se former un noyau d'indépendance relative dans la Chambre de justice, se préoccupa, des lors, de presser l'affaire. Un jour qu'il essayait de pressentir l'opinion de Lamoignon, il en reçut cette réponse, qu'un juge ne donne son avis que sur les lys, c'est-à-dire sur son siège.

Dès ce jour, il ne songea plus qu'à se débarrasser de « ce dévot » qui vraiment se montrait trop peu maniable. Il craignait, par-dessus tout, l'inlluence de l'opinion que les courageuses défenses de Pellisson, répandues par des imprimeries clandestines, commençaient à agiter.

La procédure s'enrichissait de l'interrogatoire des commis, des financiers, des trésoriers de l'Epargne, et, quand on les eût entendus, on en revint à Fouquet. De nouveau, Poncet et Renard retournèrent à Vincennes. Fouquet, Ion-

guement interrogé (i). réclamait toujours un arrêt sur son déclinatoire de compétence et renouvelait ses protestations contre la présence de Talon et de Voisin parmi ses juges. Enfin, vers le milieu de juin, la Chambre, après lecture des pièces, arrêta que Fouquet serait recommandé [i].

Le commissaire Fayet émit l'avis qu'il convenait de lui donner un conseil. Cette opinion souleva une véritable tempête de la part

(1) Joseph Foucault écrivait à Séguier à propos d'un de ces interrogatoires étranges:

« Monseigneur, votre prévoyance est immanquable ; Monsieur Poncet a trouvé si peu de vraisemblance dans tout ce que lui a dit ce malheureux, qu'après l'avoir examiné tout le jour avec toute l'application

et l'habileté dont il est capable, il a jugé </u'il était plus à propos de n'en rien rédiger par écrit que de donner matière à de nouvelles longueurs si préjudiciables au.r affaires. L'on vous rendra, Monseigneur, compte de tout et si la conduite qu'on a tenue n'est pas de votre approbation, les choses sont encore entières et en état d'être réglées par vos ordres. » (Clément, Histoire de Colbert, p. 133.)

l'oi irait grdi'e par 1 iionKisain .

En frontispice des Œuvres de Barthélémy Auzanet.

(Bibliothèque Nationale. Imprimes).

(2) Recommander un prisonnier, c'était s'opposer à sa mise en liberté; cela équivalait à un mandat de dépôt judiciaire.

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