I-O FOUQLET
ce que j'avais écrit et mesuré et enfin, il me semble en être sorti assc- bien, la voix ne m'ayant point manqué et m'étant trouvé aussi frais à la fin comme au commencement et avec autant de présence d'esprit. Et j'attribue cette force à une grâce extraordinaire de Dieu, par les prières de gens de bien, car jamais il ne s'est fait autant de prières que pour cette affaire-là et le conjecture des rentes et autres, où tout le monde se trouve blessé, fait qu'il n'est personne qui ne souhaite le salut de M. Fouquet (i). » Le lendemain dimanche, d'Ormesson fut au sermon de M. Joly a la messe a Notre-Dame, « pour éviter de rencontrer du monde dans notre chapelle, car tout le monde témoigne tant de satisfaction de mon opinion que j'ai cru fort à propos d'en éviter l'éclat. Je fus che: M. de xMarilhac où M. le premier président de Bretagne me dit qu'il y avait deu.x jours que l'on avait dit au Louvre que j'avais conclu à la mort et que le roi avait dit : « Si cel.-; est, Fouquet est perdu (2). » D'Ormesson l'avait sauvé. « M. d'Ormesson, écrivait Mme ^q Sévigné, a couronné sa réputation. L'avis est un peu sévère; mais prions Dieu qu'il soit suivi. Il est toujours beau d'aller à l'assaut le premier {3l. »
Le lundi, c'était le tour du second rapporteur. Magistrat du Parlement de Rouen, en grande réputation en Normandie, Le Cornier de Sainte-Hélène se jugeait propre à remplir une des premières places à Paris et on l'avait confirmé dans cette espérance. Sa récapitulation était la
(1) D'Ormesson. Journai, II, p. 270.
(2) D'Ormesson. Journal, II, p. 270.
(:i) En lisant l'opiiiion d'Ormesson et sa conclusion nu bannissement, on est frappé de la dissonance qu'il y a entre su constatation qu'il n'y a pas de crime et la peine proposée. Il faut «e lappeler que Fouquet avait offert lui-même de s'exiler, que ses biens appartenaient à ses créanciers et aux reprises de sa femme avant la confiscation royale, et que le séjour de la France ne lui étant plus possible, même acquitté, l'arrêt de bannissement était en «juclque sorte une garantie pour lui.
contrepartie de celle de d'Ormesson. Sur le péculat, il reprochait à Fouquet de n'avoir pas, sur tous les points, fait la preuve de son innocence, oubliant que c'est à l'accusation qu'incombe la preuve. Mais tout son effort portait sur le crime de lèse-majesté. La pensée seule en est punissable. Tout en souhaitant donc que l'accusé eût trouvé iiràcc auprès du roi, comme juge Saint- Hélène trouvait Fouquet « coupable et convaincu v. A la pendaison, en égard à la naissance de l'accusé et a ses dignités, il consentait a substituer la décapitation. La recapitulation et l'avis de Saint-Hélène avaient tenu toute la journée. Le lendemain, Pussort prenait la parole des sept heures du matin. « avec sa mine de chat fâché qui annonçait tout ce qu'il était et dont Taustérité faisait peur ?>. Il la conserva pendant cinq heures avec une animation et une véhémence extraordinaire et conclut comme Saint- Hélène à la décapitation.
Le 18. Gisaucourt, l'erriol, Noguès, Ayrault, opinèrent successivement, tous concluant à la mort. Ni Ferriol ni Nogucs ne semblaient avoir compris grand'chose au procès. Ayrault avait changé d'avis depuis l'avant-veille où, félicitant d'Ormesson, il lui déclarait que son avis ne resterait pas isolé. Bref, il y avait six voix pour la mort et une pour le bannissement. Raffelis de Roquesante tmit la matinée et, avec beaucoup d'éloquence méridionale, de fougue, il conclut au bannissement, comme d'Ormesson. Ceux qui pointaient les voix recommencèrent à espérer, d'autant qu'au dehors le travail continuait. Voisin avait essaye d'entrainer Labaume travaille depuis plusieurs jours par le gouverneur de la Bastille de Besmaux et par Foucault. Alors Poutchartrain, s'approchanl d'Ormesson, lui murmura : « Labaume tient ferme, nonobstant tout ce qu'on lui dit. Jl m'a souri sur ce qu'on lui venait de parler. » Du coup, c'étaient deux voi.x nouvelles qui se déclaraient. Pontchartrain, qu'on considérait comme douteu.x, était l'ami du président de Nesmond et en votant pour le bannissement, il accomplissait les dernières