‹ Fouquet, surintendant général des finances; d'après les documents d'archives et les mémoiresChapitre 14 sur 15 · i KOrQIET · texte numérisé non relu

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volontés dvi défunt (i). Enfin Catinat, un autre indécis, tournait autour de d'Ormesson et lui donnait à entendre qu'il opinerait dans son sens. La veille au soir, ses deux fils, le futur maréchal de France et le maître des requêtes, s'étaient jetés à ses pieds et l'avaient supplié de ne pas déshonorer le nom de la faniille en opinant pour la mort. Le vieux Catinat avait la réputation d\m juge sévère, mais il était intègre et sur les pressions de la cour il pensait comme ses fils. « Nous en avons sept (2), ils en ont six, s'écriait Mm^ de Sévigné. Voici ceux qui restent, Le Féron, Moussy, Brilhac, Besnard, Renard, Voisin, Pontchartrain et le chancelier, il y en a plus qu'il ne nous en faut de bons à ce reste-là. »> L'unique inquiétude, c'est que M. Olbert était « tellement enragé qu'on attendait cpu-lque chose d'atroce ».

Enfin, après cinq jours de délibéré, l'arrêt fut rédigé. « Louez Dieu! monsieur, et le remerciez, écrivait M""^ de Sévigné à Pomponne, noire pauvre ami est sauvé. Il a passé treize à l'avis de M. d'Ormesson et neuf à l'avis de Sainte- Hélène. Je suis si aise que je suis hors de moi. » Tout Paris aussi était en joie. Ce peuple qui, trois ans avant demandait à grands cris la tête du surintendant, buvait dans les auberges à la santé d'Ormesson. Au qiuirtier du cinxetière Saint-Jean, on voulait allumer des feux de joie et les poètes du Pont-Neuf rimèrent un Noël :

(1) Depuis un mois, il subissait, les menaces. On le poursuivrait, disait-on, pour avoir parlé du repentir de M. de Nesmond à sa mort. La veille, Séguier lui avait oflert contre sa voix cinq années d'appointements et les 8 000 livres qu'il avait perdues au rachat des rentes,

(2) Masnaud était un des sept. Pendant les délibérations il souffrait atrocement de la pierre. « Monsieur, retirez-vous, lui dit le chancelier enchanté de congédier un adversaire. — 11 faut mourir ici, répliqua-t-il. » Pendant une suspension d'audience, il alla rendre deux pierres d'une grosseur considérable et revint opiner. « Gela pourrait passer pour un miracle, dit M">« deSévigné, si les hommes étaient dignes (jue Dieu en voulût faire, u

A la venue de Noël, Chacun doit se réjouir, Fouquet n'est pas criminel, On n'a pu le faire périr Quand par ses malices, Berryer Dedans l'abime l'attira, Il était dans un grand bourbiei, Mais d'Ormesson l'en retira.

D'autres improvisèrent une complainte

Sus, bons Français, A haute voix Remercions le roi des rois

El sa toute-puissance (^ui, malgré le grand Lucifer,

A sauvé l'innocence.

De la corde et du fer.

Ne finissons Point la chanson Sans exalter ce d'Ormesson.

Le bon Dieu le bénisse.

Avec tous -les gens de bien, Qui rendent la justice Et qui ne craignent rien !

Depuis l'arrêt, Séguier ne décolérait pas. Le roi avait reçu froidenient la nouvelle. Quand on la lui apporta, il entrait chez La Vallière. « S'il avait été condamné à mort, dit-il, je l'aurais laissé mourir (i). » Et il ne cacha point qu'il était fâché contre ceux qui n'avaient point condamné Fouquet à mort. On le leur fit bien voir par la suite h).

(1) « On dit, écrivait Guy Putin à Falconiiet, que quatre jours avant son jugement, M"'® Fouquet la mère fut visiter la Reine mère qui lui répondit . « Priez Dieu et vos juges tant que vous pourrez, car du côté du roi, il n'y a rien à espérer. »

(2) D'Ormesson se vit privé de la charge de son père. Roquesante fut exilé à Quimper-Corentin ; du Yerdier renvoyé à Bordeaux. Pontchartrain et son fils payèrent d'une longue disgrâce l'indépendance de leur attitude. Colbert s'entendait à « menacer les juges ».

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Mais déjà Colbert avait trouvé moyen d'aggraver la sentence par une grâce. Le roi commua la peine du bannissement en celle de la prison perpétuelle. L'opinion accueillit cette grâce avec ironie :

Les juges de Fouquet n'ont point eu d'indulgence :

Ils Vont juge selon les lois.

Il était criminel de déplaire à son roi. Il devait par l'exil expier cette offense. Mais sa prison fait voir son innocence.

Fouquet à Pignerol.

'arrêt rendu, le roi envoya son chevalier du guet H M""'"^ Kouquet, pour leur enjoindre de se rendre toutes deux à Montluçon. l.cniarquis et la marquise de Charost étaient rélégués à Ancenis et le jeune Fouquet à Joinville en Champagne. Cependant, le condamné connaissait déjà son arrêt. Il avait convenu avec une amie que « quel que fût son arrêt, bon ou mau\'ais, comme Dieu le lui enverrait, sans préambule », on le lui fit savoir « par une voie enchantée », au moyen de signaux. Le 27 décembre, à huit heures du naatin, Foucault vint à la Bastille signifier l'arrêt; Fouquet renouvela ses protestations et en denianda acte. Alors, on sépara de lui Pecquet et La Vallée. Ces pauvres gens se désolaient dans la chambre où on les avait mis. D'Artagnan les alla consoler et laissa le surintendant à la fenêtre. « Pendant qu'il y était, raconte Mnu- de Sévigné, il a vu passer M. d'Ormesson qui venait de reprendre quelques papiers entre les mains de M. d'Artagnan. Il l'a salué avec un visage ouvert et plein de reconnaissance. Il lui a même crié qu'il était son très humble serviteur. M. d'Ormesson lui a rendu son salut avec une grande civilité et s'en est venu, le cœur tout serré, me conter ce qu'il avait vu. » D'Artagnan, à l'arrivée de l'homme du jour, l'avait embrassé et, resté seul avec lui, lui avait dit à l'oreille qu'il était un illustre. « Je n'entends rien à toute cette affaiVe, avait-il ajouté. A mon retour je viendrai vous entretenir (i). »

A on-e heures du niatin, un carrosse emmenait P'ouquet,

(1) Jules Lair. Nicolas Foucquet, II, 41U.

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accompagné par d'Artagnan à cheval avec cinquante niousquetaires. Quand le carrosse franchit la porte Saint- Antoine, la foule l'acclama. Ce nouveau transfert à Pignerol, où le condamné devait subir « sa grâce », ne ressemblait pas à ceux qui l'avaient précédé. Partout, le surintendant trouvait ime popularité qu'il n'avait janiais eue, même aux jours de sa prospérité. Pendant qu'il courait ainsi les chcnxins, le bruit se répandit qu'il était très malade. Tout le monde disait : « Quoi! déjà! (i)» iHais d'Artagnan était incapable d'un crime. Il soignait et encourageait son prisonnier et le couvrit de fourrures pour traverser les Alpes par le col de Gervière. Enfin, on atteignit Pignerol. I.à, d'Artagnan prit congé de l\">uquet qu'il laissait à la garde de Saint-Mars arrivé depuis plusieurs jours pour préparer le logement. Le choix du geôlier avait plu à tout le monde (2). C'était un beau soldat d'humeur gaie, honnête homme et qui n'avait point d'aversion contre son prisonnier. Esclave de la consigne, il était incapable d'interpréter un ordre et le suivait à la lettre. Fouquet ne devait avoir de communications avec personne, ne jamais sortir, même pour se promener. Pas de plumes, pas d'encre, pas de papier. Des livres, un par un, visités avant et après la lecture. Le service du prisonnier était assuré par un valet de la prison. Saint- Mars remplit sa compagnie de gens appartenant à sa famille. 11 avait le sentiment de ses responsabilités et tenait à naénager une situation qui était une fortune. Le roi lui donnait 8000 Jivres par an pour l'entretien de son prisonnier (3). C'était pour Saint-Mars

(1) Guy Patin est l'écho des mêmes soupçons, dès le lendemain de l'arrôl. « Le roi, dit-il, a converti l'arrêt de bannissement en prison perpétuelle, et ulinam non Je^eneret; car quand on est entre quatre murailles, on ne mang»' pas ce qu'on veut, et on mang-e quelquefois plus qu'on ne veut, et de plus, Pignerol produit des trufles et des champignons", on y mêle quelquefois de dangereuses sauces pour nos Français, quand elles sont apprêtées par des Italiens. )> (Lettres, 25 déc. 16G5.)

(2) D'Ormesson. Journal, II.

(3) Ce qui représente environ 40 000 francs de nos jours.

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une source avouée de petits profits (i). Aussi, que de soucis pour choisir et surveiller le confesseur, le seul être au monde qui fut en rapport avec Fouquet. Quel soin de refuser au prisonnier des lunettes d'approche qui eussent permis des communications avec le dehors! Une lettre de

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/'/an f/e /a citadelle et des environs de Pignerol. (Bibliothèque Nationale. Estampi'sl.

Mme Fouquet reniise à d'Artagnan avait été renvoyée au roi, qui la supprima.

Ni Colhert, ni Louis XIV ne pouvaient prendre leur parti de Téchec qu'ils avaient subi devant la Chanxbre de Justice. Pour les satisfaire, il fallait que F'ouquet fut niuré dans un silence éternel, qu'aucun Fouquet ne se risquât jamais sur la route du roi, qu'à Paris et dans les provinces, tous eussent oublié le brillant surintendant. Et Paris et les

(1) Delort. lliatoire de la détention des pliilosop/ies et des gens de lettres à la Bastille et à Vincennes, t. I, p. 25, Slî, 88.

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provinces,, encore secoués par les énvotions du procès, ne s'y décidèrent qu'à la longue. Pellisson. mis en liberté après une longue captivité, ayant donné, à son maître ce qu'il lui devait de fidélité, ne songeait plus qu'à reconquérir la faveur royale. La Fontaine oubliait les Nymphes de Vaux. Les plus fidèles, comme M^e de Sévigné, laissant la cendre grise du temps ensevelir leurs rancœurs, ne conservaient plus pour le captif qu'un sentiment de regret mêlé d'espérance, qui n'avait plus rien de séditieu.x ni de combatif. Les bourgeois indisciplinés, dont ou rognait les rentes, répétaient seuls à leurs enfants le couplet qui promettait la corde de Fouquet aux tyrans du jour. Encore leur mémoire l'avait-elle modifié, à mesure que les circonstances du procès disparaissaient de leur souvenir :

Malgré les juges courtisans.

Le cordeau de Fouquet, filé depuis trois ans,

Est maintenant à vendre, Mais nous avons Colbert, Sainte-Hélène et Berryer,

C'est asse: de quoi l'employer :

C'est asse; de voleurs à pendre,

C'est asse: de fous à lier (i).

Il fallut, pour rappeler l'e.xistence du mort civil qu'était Fouquet, l'accident qui survint à Pignerol le i8 juin lôôS. L'ingénieur Sève avait depuis plusieurs mois signalé comme nécessaires plusieurs travaux, notamment la construction de magasins à poudre. La veille de la Saint- Jean, en plein midi, une explosion formidable ébranlait le donjon jusque dans ses fondements. La foudre avait allumé les poudres. Sous les ruines, il demeura près de 400 hommes. « Je fus des premiers à m'apercevoir de ce funeste coup, rapporte un témoin oculaire... Je fus frappé d'épouvante de ne pas trouver une âme en vie, sauf cinq soldats. Levant la tête, je vis M. Fouquet dans l'épaisseur d'une fenêtre. Je le connaissais parce que j'étais ami à M. de Saint-iMars qui en avait la garde. Il me demanda du secours. Avec le che-

(1) Bibliothèque de l'Arsenal, Mss. Si'JO.

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valier de Saint-Martin, nous prîmes des échelles et nous le descendîmes, étant un peu blessé aux reins, aux cuisses et au gras des jambes. Les briques de la voùte«de sa chambre en tombant lui avait froissé ces parties... La Cour envoya des ordres pour mener M. Fouquet à La Pérouse fort près de là. Nous le menâmes à La Pérouse où il demeura jusqu'à ce que la citadelle de Pignerol fût rebâtie (i). » Quand la nouvelle arriva à Paris, ce fut une exclamation générale. Le ciel avait sauvé Fouquet miraculeusement.

Ainsi nous nous trompons ici tant que nous sommes Il était par cent maux criminel à nos yeux, Mais te coup fait bien voir que le Conseil des Dieu.x N'est pas toujours d'accord avec celui des hommes (2).

D'Ormesson se demanda s'il avait assec fait en opinant pour le bannissement (3). Et Ménage, inspiré par les amies fidèles, Mlle de Scudéry et Mme de Sévigné, supplia Louis XIV en vers latins de ne pas être plus sévère et plus inexorable que le ciel. « L'infortune est chose sacrée; la foudre déchaînée épargne l'infortuné. Il reste sain et sauf, ô Louis! A ton tour, Louis, image de la divinité, d'imiter le Dieu suprême et de pardonner à ce malheureux (4) ! » L'image de la divinité conserva ce sourcil jroncé qui inspirait plus de ci'ainte que d'espérances à Mme de Sévigné. L'explosion avait eu pour Fouquet ce fâcheux résultat que, parmi les débris de meubles, on avait trouvé des billets écrits par lui, un livre, dont certaines pages exposées au feu, révélèrent des caractères à l'encre sympathique, et des papiers dans un dossier de chaise (5). Ce fut une nouvelle occasion de sévérité. « Le roi.

(1) Mémoire historique delà vie d'un fantassin de vingt-cinq ans de service. (Nicolas Sevarat, capitaine au régiment lyonnais (Lyon, 1711). (U) B. Nat. Mss. /"ais 22 5G7.

(3) D'Ormesson. Journal, II, p. 372.

(4) Menagii Poemata, p. 522.

(5) Archives Nationales K. 120. — Ravaisson, Archives de la Bastille, II, p. 453.

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écrivait Louvois à Saint-Mars, a vu le tout et n"a pas été surpris de voir qu'il fasse son possible pour avoir des nouvelles et vous vos efforts pour empêcher qu'il n'en reçoive... Comme quelque chose que fasse M. Fouquet pour faire des plumes et composer de l'encre, cela lui sera fort inutile s'il n'a point de papiers, le roi trouve bon. que vous le fouillier, que vous lui ôtier tout ce que vous lui trouvère: et lui fassiez entendre que, s'il s'avise de faire de nouveaux efforts pour corrompre vos gens, vous serer forcé de le garder avec bien plus de sûreté et de le fouiller tous les jours. Il faut t.]\w vous essayiez de savoir du valet de M. l'ouquet comment il a écrit les quatre lignes qui ont paru dans le livre en le chauffant et de quoi il a coniposé cette écriture (i). » Pendant l'année que Fouquet passa à La Pérouse, ce fut im jeu quotidien de la part du captif d'inventer de nouvelles ruses pour écrire ou tenter de recevoir des nouvelles et, de la part de Saint-Mars, pour déjouer tant d'ingéniosité. Enfin, le 14 aoiît lOGô, Fouquet fut réintégré à Pignerol.

Comprenant enfin la nécessité pour un homme, qui avait eu une longue habitude du travail, de ne pas rester sans s'occuper, Louvois consentit à lui faire donner des livres en nombre, le Dictionnaire nouveau des rimes françaises, les CEuvres de saint Bonaventure et celles de Clavius le mathématicien. « Vous pouvez faire faire un habit d'hiver pour M. Fouquet, écrivait Louvois le i3 octobre iô(')(), mais il sera bon que vous l'obligiez à se servir de ses collets à passements sans lui en donner d'autres et comme vous me marcjuez qu'il profite de ses vieux habits pour se concilier le valet qui est auprès de lui, le roi désire qu'à mesure que vous lui en fournissez de nouveaux, vous donniez ceux qu'il quitte aux pauvres ou à telles autres personnes qu'il vous plaira {2). » Ainsi chaudement vêtu et niuni d'instruments de travail, l-'ouquet s'appliqua à la coiiteinplalion des

(1) Delurl, Histoire de la Détonlioii, etc. I, 103-I0(i. (li) Archives Nationales, K. 120.

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choses spirituelles, composant des traités qui avaient pour sujet la piété et la religion. Il traduisait les psaunxes de David :

Venez, accourez tous, peuples de l'Univers; Confessez un seul Dieu, venez lui rendre hommage. Annoncez et louez en langage divers La bonté de celui dont vous êtes l'image (i).

La vie à Pignerol, dans cette citadelle ensevelie l'hiver dans les neiges et brûlée l'été par le soleil et la réverbération, devait être dure. Aussi, à partir de rfiôy. la santé de Fouquet périclita derechef. Les comniunications qu'il avait certainement établies avec le dehors, puisque ses vers se répandaient à I^aris et y circulaient sous le manteau, ne rendaient que plus lourde sa séparation du monde. Vers la fin de lOjo, on remarqua dans i^ignerol la présence de deux Français venant d'Italie, qui furent aussitôt l'objet d'une surveillance. C'était le fidèle La Forêt, accompagne du sieur de Val-Croissant, et amplement muni de pistoles, qui venait tenter de délivrer son maître. Déjà quelques soldats étaient gagnés. Le plan d'évasion qu'on étudiait avorta par suite du bavardage de quelque complice subalterne. La Foret et son compagnon, qu'on recherchait à Pignerol, se réfugièrent à Turin et s'y croyaient en sûreté, quand le major qui y commandait fit arrêter les réjugiés et les livra à Saint- Mars. Celui-ci assembla une espèce de conseil de guerre et le nuilheureux et fidèle La Forêt fut pendu. ()uant a Val-Croissant, on n'entendit plus parler de lui (2). A la nouvelle du complot, Louvois fit ajouter des jalousies intérieures aux grilles des fenêtres. Il fallait empêcher que Fouquet ne vît les terres des environs de son logement.

Dès lors, il se concentra dans une vie tout intérieure. On le comparait à ce cocon de ver à soie dont son travail

(1) B. Nat. Mss Glérambault 1 207.

(2j Delort. Histoire de la délenlioii, etc. 1, LW-162. Chéruel Mémoires sur Fouquet, II, p. 533.

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seul révèle la gloire. 11 s'était abimé dans la piété et s'appliquait sans relâche à l'étude de la Bible. « M. Fouquet est un agneau (i) », écrivait Saint-Mars, qui avait appris vers ce temps-là ce qu'un prisonnier remuant cause d'embarras à son geôlier. Le beau Lauzun, celui-là ménie qui regardait danser les Bretonnes de Belle-Isle chez le surintendant, la veille de l'arrestation de bouquet, venait d'échouer dans la citadelle de Pignerol. Après mille aventures, cet entreprenant personnage avait failli épouser la Grande Mademoiselle. Cette vieille fille en était follement éprise et, pour éviter le scandale d'un mariage aussi disproportionné, on n'avait trouvé d'autre ressource que de mettre ce quasi-cousin du roi sous les verrous. Sa hardiesse et son insolence causaient tant de soucis à Louvois, aiors que bouquet vivait en quiétude, que le ministre songea à déloger le surintendant de ses chambres qu'il avait fait si bien murer et griller à son intention. On logerait Fouquet dans l'appartement de M^c de Saint- Mars. Celle-ci n'aimait pas les déménagements et son. mari prit ses précautions pour installer Lauzun dans dcu.\ grandes chambres bien claires et bien chaudes au-dessous de celles de Fouquet. Grilles intérieures aux fenêtres, grilles à la cheminée, rendaient, croyait-on, impossibiles les communications entre les prisonniers. Lauzun serait chez lui comme dans un in-pace (2). C'était bien mal connaître ce dragon qui n'avait jamais connu d'obstacle,s. Tout d'abord, à la vue du logement qu'on lui destinait, il fit un sabbat infernal, menaçant de se suicider, simulant la folie. Saint-Mars commença par faire contre mauvaise fortune bon cœur. « J'appréhende, disait-il, beaucoup plus les douceursf de M. Fouquet et son honnêteté que la fierté de M. de Lauzun (3). » Mais, six mois plus tard, il avait

(1) Ravaisson. Archives de la Bastille, III, p. 13i.

(2) Delort, Histoire de la détention, etc. I, p. 173. Ravaisson, Archives de la Bastille, III, p. l03.

(3) Ravaisson, Archives de la Bastille, III, p. l'Jl.

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tout à fait change de langage. « Tant que je n'ai pas eu M. de Lauiun, je croyais que M. Fouquet était un des plus naéchants prisonniers à garder qu'on pût trouver, mais à présent, je dis qu'il est un agneau auprès de l'autre (i). » Saint-Mars ne se doutait pas, cependant, de tous les tours que lui jouerait Laucun.

Fouquet continuait à être tranquille. Il était revenu à ses habitudes de bel esprit, et quand il n'écrivait pas sur des sujets de piété, il composait de ces petites pièces de vers^ qui lui avaient valu, au tenaps où il vivait dans le monde, les succès que peut attendre un grand personnage qui consent à être poète à ses heures. C'étaient des énigmes aussi compliquées et aussi précieuses que celle-ci (2) :

Nous étions autrefois un grand nombre de sœurs,

Qui vivions en commun dès la plus tondre enfance,

En servant le pays oîi nous primes naissance.

Notre plaisir était d'avoir de belles fleurs,

Mais, pour nous garantir du cours de nos malheurs.

Ce service n'y put, non plus que l'innocence.

Nous avions à peu près achevé notre temps,

Nos corps se flétrissaient, nos fleurs étaient séchées,

Lorsque de nos maisons nous fûmes arrachées,

(^ue des gens sans pitié ravirent nos enfants

Et les cruels encore n'en étant pas contents,

Nos os furent brisés et nous fûmes écorchées.

On ne peut exprimer les tourments inhumains Que nous fit supporter leur extrême avarice. On ne peut concevoir jusqu'oii va le supplice Qu'ont exercé sur nous et les dents et les mains Et l'on ne peut finir en comptant nos chemins, Nos cachots, notre exil, toute leur injustice. Nous avons enduré sans élever nos voix, De pointe ou de taillant mille et mille blessures. Nous avons soutenu d'horribles meurtrissures Sous les coups redoublés d'un bras armé de bots, Et nous fûmes enfin réduites sous les lois D'un prisonnier gardé dans des prisons bien dures.

(1) Ravaissoni Archives de la Bastille, III. 134.

(2) B. Nat. Mss. f"^ 22 .589. Celte énigme a été publiée pour la première fois par Châtelain. Le surintendant yicolas Fouquet pro^ lecteur des arts, des lettres et des sciences.

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Nous sommes les témoins du rude traitement Qui pourra quelque jour signaler sa constance S'il voulait nous donner part à sa confidence. Nous subîmes la mort pour son soulagement Et nos corps entassés servent de monument A l'aveu qu'il en fait pour notre récompense (i).

A partir d'octobre 1672, il eut une autre occupation que ses poésies. |La condamnation et l'incarcération du surintendant n'avait pas mis fin aux règlements d'intérêts qui divisaient sa famille et ses créanciers. Au cours du procès, il avait été question de ses millions de créances et de ses millions de dettes. Pussort avait prétendu que les dettes étaient fausses. Le temps avait démêlé la vérité. La confiscation prononcée par l'arrêt de i()()4 portait la réserve tacite du droit d'autrui. Les productions de créanciers avaient afftUé et le roi, sachant bien qu'il ne pouvait rien prendre là où il n'y avait rien, n'avait pas appliqué cette confiscation dont Colbert et Chamillart avaient fait tant d'éclat. Le débat demeurait circonscrit entre les créanciers et Mm« Fouquet. Réduite à manquer de tout, si elle n'avait eu l'appui d'amis qui lui ouvraient leur bourse, comme Gourville, elle avait réclamé la liquidation de ses reprises. Elle avait donc sollicité de Louvois l'autorisation de communiquer à son mari des mémoires relatifs à ses intérêts. Le n» mars 1673, un arrangement conserva à Mme j-'ouquet les terres et les domaines de la Communauté

(1) La note suivante de Fouquet donne la solution du problème.

« Le secret de cette énigme est le papier sur lequel estecrit, papier qui s'est fait dans ma prison avec de vieilles chemises de toile de Hollande.

1. Les petites plantes de lin semées en même champ, les fleurs en sont jolies.

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