‹ Fouquet, surintendant général des finances; d'après les documents d'archives et les mémoiresChapitre 4 sur 15 · LA JEUNESSE DE FOUQUET · texte numérisé non relu

LA JEUNESSE DE FOUQUET

temps à surprendre en Champagne et en Luxembourg les places de Glermont et de Damvilliers. Puis il rejoignit Nicolas qui suivait l'armée royale à Dijon et à Bourges.

Ces six mois de campagne sous les yeux du ministre avaient eu pour Fouquet cet excellent résultat de révéler à Mazarin tout ce qu'il pouvait tirer de services de ce maitre des requêtes, intelUgenl, brave et dévoué qui semblait avoir toutes les aptitudes. La charge de procureur général était alors occupée au Parlement par Meliand à qui les événements avaient fait une situation intolérable. N'avait-il pas été sifflé en plein Parlement, en janvier i(i5o, par les jeunes conseillers des enquêtes (i)? Il inaportait que l'homme, qui traiterait pour l'achat de sa charge, eût donné des gages de fidélité les plus sûrs à Mazarin, car le procureur général était au Parlement l'avoué du roi. Fouquet promit à Meliand loonoo écus d'argent, plus son office de maitre des requêtes qu'il cédait au fïls de Meliand (2). L'entente était coniplète entre Fouquet et le cardinal, mais par suite d'un accord avec Gaston, on ne devait sans son assentiment nommer personne à aucune grande charge et Gaston était mal disposé à l'égard de Fouquet qu'il jugeait trop mazarin. Deux personnes avaient de l'influence sur (laston, la reine et Michel Le Tellier. Or, Le Tellier avait pour homme de confiance un de ses commis, allié de sa famille, Jean-Baptiste Colbert. Golbert et Fouquet s'étaient connus lors de la Fronde normande. Ils s'étaient liés même d'une amitié assez étroite (3) et Colbert sur la présentation du cardinal, s'employa tout d'abord en faveur de Fouquet. « M. Fouquet qui est ici venu par ordre de Son Éminence, écrivait-il à Le Tellier, m'a déjà témoigné trois fois différentes qu'il avait une très forte passion d'être du nombre de vos serviteurs particuliers et amis par une estime très parti-

(1) Tallemant des Réaux. Ilislorietles. I, p. 383. — Orner Talon. Mémoires, p 383.

(2) Dubuisson-Aubenay. Journal. II, p. 333.

(3) Colbert. Lettres et Instructions. I, p. .390.

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culière qu'il fait de votre mérite. J'ai cru qu'il était bien à propos, étant homme de naissance et de mérite particulier et en état même d'entrer un jour dans quelque charge considérable de lui faire quelques avances de la même amitié de votre part. Si vous approuvez mon sentiment en cela, je vous supplie de me le faire savoir par la première que vous me ferez l'honneur de m'écrire, ne pouvant m'empècher de vous dire que je ne croirai pas pouvoir payer en meilleure monnaie une partie du tout ce que je vous dois, qu'en vous acquérant une centaine d'amis de cette sorte, si j'étais assez honnête homme pour cela (i). » Michel Le Tellier promit son appui et Gaston d'Orléans céda après quelque résistance. Le 29 novembre, l'on procéda donc à la réception et à l'installation de Nicolas Fouquet.

Quelques semaines après, on publiait ses bans à Saint- Germain-l'Auxerrois. Il épousait en secondes noces Marie- Madeleine de Castille, fille d'un conseiller au Parlement et cousine du trésorier de l'Épargne. Le soir du contrat, signé solennellement en présence des deux familles, le Parlement réclamait l'expulsion de Mazarin et le lendemain, le jour des noces en l'église Saint-Nicolas-des-Champs, paroisse de la famille de Castille, Fouquet dut, à six heures du soir, se rendre en toute hâte chez le Garde des Sceaux pour conférer sur les réclamations des Frondeurs.

Le lendemain, dès l'aube, il était mandé au Parlement. La délibération était orageuse. Les Frondeurs les plus violents se répandaient en paroles et dans l'après-midi, Mazarin, déguisé en cavalier, le manteau sur le nez, fuyait de Paris et se réfugiait à Saint-Germain. Le surlendemain, Fouquet et son avocat-général Omer Talon sont dépêchés vers le Garde des Sceaux, puis reçus par la reine qui leur donne l'assurance que Mazarin est parti sans espoir de retour. Plusieurs jours s'écoulent à ces vains bavardages et toujours F'ouquet esquive de prendre position trop nette-

(t) Colberl, Lettres et Instructions. II, p. 2'i.

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