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ment, ne se laissant arracher que pied à pied les réquisitions qu'on exige de lui contre le Cardinal.
Cependant, le Parlement, sur réquisition d'Omer Talon, à qui Fouquet glissait la consigne à l'oreille, réitérait en juin i65i la défense d'avoir commerce avec Mazarin. Et bientôt pour complaire au prince de Condéqui n'avait pas le triomphe modeste. Le Tellier, de Lionne etServ'iensont renvoyés et l'exil de Mazarin confirmé à perpétuité. Le Tellier se retire à Chaville. Servien gagne sa maison des champs et Nicolas Fouquet prête à Lionne Belle-Assise qui appartenait à sa femme. Peu de jours après , le conseiller Cou- Ion croit devoir « informer M. le procureur général afin qu'il y mette ordre, que le sieur abbé Fouquet son frère, va et vient souvent auprès du cardinal Mazarin ». Fouquet réplique qu'il est prêt à rendre compte à la Cour de ce qu'il saura, si elle le demande, mais il ne se croit pas obligé de répondre à M. Coulon, puis, il se retire avec les gens du roi. On les rappelle, on leur court après.
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Portrait gravé par Nicolas de Poiliy.
(Bibliothèque Nationale. Estampes.)
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« Ceux qui crient le plus haut, s'écrie Talon, ne sont pas exempts de commerce et de menées. » Coulon s'opiniâtre. Il interrompt povtr fait personnel. « On n'interrompt pas les gens du roi, intervient le président. Il n'appartient pas à des particuliers d'interrompre de la sorte. » (Jaston d'Orléans veut faire valoir son autorité. Talon s'en offense. Lui et ses collègues s'en plaindront au roi. En ce qui concerne l'abbé Fouquet, ils informeront et requerront s'il y a lieu. Là-dessus, le tumulte redevient général et Talon profitera de cette violente escarmouche pour ne plus reparaître au Parlement (i).
On gagne ainsi la majorité du roi, dont le premier acte est d'écrire confidentiellement à Mazarin de se rendre auprès de lui aussitôt qu'il le pourra faire avec sûreté, « ayant impatience de rendre nulles en la forme la plus authentique qui se pourra, toutes les déclarations qui ont été données si injustement contre lui (2) ». Mais les cartes sont maintenant suffisamment brouillées. Comme le 7 octobre i65i, Gaston prêche un accommodement avec le prince de Condé, Fouquet le remercie de ses bons offices, et présente une demande d'information judiciaire contre ceux qui lèvent des troupes. Le résultat de cette décision, ce sera de contrebalancer le sacrifice de Mararin par la mise en accusation de Condé. Enfin, Mole quitte Paris abandonnant la présidence du Parlement et sa retraite laisse Fouquet seul en présence des Frondeurs. Fidèle à son poste, il continue à correspondre avec le Cardinal, comme avec son chef incontesté, bien qu'il ne néglige aucune occasion de lui faire valoir ses services. Témoin, cette curieuse lettre écrite à Cclbert : « Mon frère a demandé une abbaye de Nouaillé qui vaque depuis quelque temps, laquelle on lui fit espérer. Depuis ce temps, on a traîné jusqu'à présent en belles paroles, suivant le style accoutumé, et puis on le remet à une distribution générale après les Etats. Je vous avoue que je
(\) Jules Lair. Nicolas l'oucquet. 1, p, 166.
^2) Benjamin V\\\on. Autographes, série I cl II, p. 37.
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suis étonné que Son Eminence ne change point de méthode, après s'être si mal trouve de ses maximes ordinaires : l'une de ne rien faire pour ceux qu'il croit attachés avec honneur et fidélité à son service; et l'autre de croire qu'en tenant les personnes en suspens longtemps, il les conserve dans la volonté de faire toujours quelqueaction nouvellepour mieux mériter les grâces qu'on demande de lui. Il me semble que quand les services qu'on lui a rendus jusqu'à présent ne le toucheraient point, ce que je puis et pour et contre son intérêt ici, devrait être de quelque considération, et c'est ce qui m'oblige de vous écrire celle-ci, afin que vous me fassiez la grâce de lui faire savoir que je suis horriblement surpris de ce procédé et qu'il n'y a rien qui me puisse offenser s'i sensiblement que de traiter mon frère du commun, lui qui n'a point fait d'action du commun quand il s'est agi de son service, et dans sa disgrâce. Ce que je n'ai que faire d'exagérer parce qu'il le sait encore mieux que moi. Et à vous dire le vrai, je ne trouve pas étrange qu'il ne me considère pas parce que la condition dans laquelle je suis m'a empêché de m'cxposer comme mon frère. Mais, pour lui, quoique je l'aie connu du passé, je n'eusse jamais douté que Son Eminence n'eût fait paraître une reconnaissance éclatante en la première occasion qui se fût rencontrée. Mais de faire languir les personnes après des espérances vaines, et se laisser posséder par un petit frippon à l'appélit duquel il perdra tous les gens de condition et d'honneur (j ) c'est ce qui n'est pas supportable. Il me semble qu'il y a assez de raisons pour faire de bonne grâce une action de cette qualité et qu'il n'y aura personne à la Cour qui puisse y trouver à redire. Je remets à vous dire le reste de bouche, mais obligez-moi d'écrire de bonne encre et de presser une réponse décisive de oui ou de non par le premier ordinaire pour ce qu'après cela, je ne m'y attendrai plus. Il sait encore les paroles qu'il m'en a données cent fois sans effet. Je sais que la chose dépend de lui et qu'écrivant ici comme il peut
(1) L'abbé Ondedei.
la chose sera faite au naoment et si elle ne Test pas je croirai qu'il a donné ordre contraire. Je vous prie que je vous aie cette obligation et de lui en écrire à cœur ouvert ce que vous en juger et surtout réponse prompte pour ce que vous savez qu'il ne faut point faire état que des affaires achevées. Je suis votre serviteur (i). » Golbert transmit la lettre, ajoutant : « La mauvaise conduite que l'on a tenue eh vos affaires vous a réduit à ce point de nécessité que vous avez besoin de tous ces gens-là, et que plus vous en avez besoin, plus ils vous tiennent le pied sur la gorge pour exiger de vous des choses que vous n'êtes pas en état ni en pouvoir de leur accorder... Il est de mes amis et je suis obligé de vous dire qu'il vous a bien servi depuis que j'ai la direction de vos affaires. Je ne puis toutefois m'empêcher de blâmer le procédé. » Basile Fouquet eut son abbaye de Nouaillé. Le Procureur Général était de ceux dont on ne pouvait se passer.
N'est-ce pas grâce à lui que'^bientôt après, le roi écrivit à l'exilé une lettre officielle lui commandant « sans autre réplique et sans aucun retardement » de venir le joindre avec ses troupes (2)? C'était donner un titre légal à la rentrée du Cardinal. Certes, malgré tout son génie, Condé ne devait pouvoir tenir contre les vieilles troupes fidèles au trône et la puissance de Gaston n'était qu'illusion. Mais Fouquet connaissait trop bien la force du Parlement pour ne pas avoir choisi la seule arme qui devait venir à bout de sa résistance. Habitués par état à s'appuyer toujours sur la loi, les conseillers, même les plus exaltés, se trouvaient arrêtés court dans leurs entreprises, quand on leur opposait la légalité. Ainsi quand, en janvier i652, les parlementaires eurent voté par acclamation la proposition de lever des troupes centre Mazarin, leur élan fut brisé sitôt qu'il fut question de régler leur solde des deniers publics. F"ouquet et Talon n'objectaient-ils pas que le roi seul en pouvait
(l, Colbcrt. Lettres. I, p. 1(1.'..
(2) Lettres de Mazarin, V, p. '.i.
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disposer? Puis, ce fut le retour de la délégation envoyée à Poitiers où se trouvait le roi. Les représentations du Parlement n'étaient pas agréées mais excusées seulement, parce que « le Parlement ne savait sans doute pas que le
Portrait du Cardinal Mazarin,
par Nanteuil (1659), gravé par E. Channeau.
(Bibliothèque Nationale. Collection Hennin.)
retour de Mazarin était par ordre du roi (i) ». Fouquet continuait, d'ailleurs, son double jeu. Encouragé par l'adhésion de tous les' parlements qui rééditaient ses arrêts, le Parlement envoya au roi une députation composée du président de Nesmond et de cinq conseillers pour lui Dorter de nouvelles remontrances et lui demander de nou-
(1) Aubery. Histoire de Mazarin. III, p. 335.
veau l'expulsion du Cardinal. Mole s'opposa à la lecture des remontrances. Le roi était majeur et entendait qu'on lui obéisse. Le président de Nesmond insistant, Anne d'Autriche prit la parole pour déclarer que cette contestation était indécente et que messieurs du Parlement n'avaient qu'à se retirer. Là-dessus, elle se leva et comme le président de Nesmond prétendait faire lire les remontrances quand même : « Retirez-vous, messieurs, dit le jeune roi étant son chapeau, retirez-vous (i). » Cette fois, la députation céda. Fouquet aurait voulu que l'incident fût évité elles députés bien traités. A son sens, les paroles coûtaient si peu et n'engageaient à rien. Puis, il n'était pas aussi grisé que Macarin par les succès remportés en Anjou et que devait si vite balancer la défaite d'Hocquincourt à Bléneau. Par contre, quand Condé arriva à Paris, tout rouge du sang des fidèles sujets du roi, il eût voulu qu'on lui refusât l'entrée de la Cour. La faiblesse d'Omer Talon et de Bignon empêcha cette proposition qui devait émaner du Parquet. Condé, entré au Parlement, y fut assez rudement accueilli par le président Bailleul et sa déclaration fut épluchée mot par mot par Fouquet, qui réussit à l'interloquer. Malheureusement l'incapacité des avocats généraux était notoire. Talon, le plus souvent, apportait à la barre des conclusions auxquelles il n'avait rien compris. Fouquet utilisa plus d'une fois sa naïveté d'esprit, lui faisant déposer des conclusions que Talon déclarait hautement viser le Cardinal et qui, en réalité, n'atteignaient que Condé.
Au mois d'avril, il se produisit im accident grave. L'abbé Fouquet, qui servait de courrier entre le Procureur Général et le Cardinal, fut enlevé par les troupes du Prince sur le chemin de Corbeil. Il était porteur d'une lettre non signée, mais où l'on croyait reconnaître la main du Procureur Général. L'incident Ht grand bruit par la ville et jusque dans la salle où siégeaient les parlementaires. Talon, qui était à la barre, déclara avec solennité qu'il n'était pas vrai que
(1) Jules Liiir. \ito/as /■'oucrfurf. I, p. l'.il.