‹ Fouquet, surintendant général des finances; d'après les documents d'archives et les mémoiresChapitre 6 sur 15 · LA JEUNESSE DE FOUQL'ET · texte numérisé non relu

LA JEUNESSE DE FOUQL'ET

cette lettre fût écrite par « Monsieur le Procureur Général ». Son indignation était d'autant plus sincère qu'il ne connaissait pas encore la vérité quand il écrivit ses Mémoires (i). Les parlementaires se trouvaient fort embarrassés. En apparence maîtres de la ville, ils la voyaient en fait en proie à une canaille rassemblée de toutes parts, saccageant, pillant, tantôt au cri de : « La paix! la paix! » tantôt de : « Point de Mararin ! » La population était affolée. Fouquet sortant du Palais )ut assailli et courut risque de la vie. Ce n'était que coups de pierre, coups de hallebarde, coups de fusil. L'émeute avait envahi l'enclos du Palais et, ce qui était encore plus grave, c'est que les bourgeois du quartier approuvaient les émeutiers. Ils étaient absolument las de l'attitude des parlementaires. « Messieurs du Parlement, disaient-ils, vous excitez le peuple et cela pour vos gages, n'ayant rien produit, si ce n'est la guerre civile, le siège de Paris, la retraite du roi, la ruine du commerce. Faites la paix. Tirez-nous de la misère, ou nous vous assommerons (2). » Quelques jours plus tard, le Parlement décidait qu'il n'avait plus la sécurité nécessaire pour délibérer. En conséquence, il suspendait ses séances. C'était laisser pleine liberté au désordre. Fouquet, les portes de la ville étant fermées, expédia à l'armée royale un messager qu'on descendit le long des murailles dans un panier suspendu à une corde. Il avisait que l'armée de Condé, jugeant intenable sa position à Saint-Cloud, décampait en secret, qu'elle longeait l'enceinte de Paris, marchant sans ordre, troupes et bagages enchevêtrés et qu'en lançant sur elle quelques escadrons, on en aurait bon marché. Le lendemain. Turenne attaquait Condé à la porte Saint-Antoine et le canon de Mademoiselle de Montpensier permettait seul la retraite et l'entrée de Paris à Condé vaincu et près de succomber.

Alors, Fouquet sortit à son tour de Paris. L'homme qui

(1) Talon. Mémoires, p. 478.

(2) Talon. Mémoires, p. 402. Conrarl. Mémoires, p. 363.

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avait jusque là prècho la conciliation, la modération et la pacification, proclamait la nécessité de l'énergie. Sans doute, il fallait s'accommoder avec Condé en prenant des sûretés pour le retour du Cardinal, si l'on ne pouvait agir au plus tôt contre les révoltés. Le Parlement allait proclamer l'union des princes et des villes, nommer un Garde des Sceaux et peut-être un régent. « Il ne faut pas douter, concluait-il, que tous les peuples ne suivent un parti où le Parlement de Paris, le corps de ville et les princes du sang seront unis. Mais, s'il s'établit un autre Parlement, les affaires seront bien balancées et l'autorité du roi bien soutenue dans les provinces. Ceux de la Cour qui ont des grâces à espérer et qui se ménagent avec le Parlement pour le besoin qu'ils en ont, ne reconnaîtront plus pour Parlement que celui qui sera autorisé par le roi et où seront tous les présidents et le Procureur Général, qui sont ceux qui font le corps. >> Mazarin temporisa. Il ne quittait pas le chevet du lit où agonisait son neveu Mancini blessé à mort à la porte Saint-Antoine. Dans Fintervalle, Condé et les Parisiens avaient repris possession des présidents du Parlement et quand enfin, le 3i juillet, le Conseil du roi rendit un arrêt transférant à Pontoise le Parlement de Paris, un temps précieux avait été perdu. Les lettres royales transmises au substitut Beschefer mirent dans un singulier embarras les conseillers restés à Paris. L'expédient qui finit par prévaloir fut le suivant : on ne lirait pas officiellement les lettres et on les déposerait au greffe pour n'en délibérer qu'après la retraite effective du Cardinal hors de France.

C'était le 5 août. Le 7, le Parlement s'assemblait à Pontoise. L'assemblée n'était pas non;l-reuse. Elle ne comptait que 18 conseillers, 3 conseillers d'honneur et 4 maîtres des requêtes, mais à leur tête, se trouvaient le premier président Mole, les présidents de Novion et Le Coigneux' et le Procureur Général (i). Les Parisiens n'avaient pour

[ï) Jules Liiir. yicolas /'iiuc(/uel. I, p. 20'J.

LA JEUNESSE DE lOUQL'ET ?~

ressource que de chansonner les ancs de Pontoise :

Ce Fouquet se fait trop connaître Il n'a que Ma:arin pour maître.

Fouquet, cependant, préparait un rapprochement entre la Cour et Gaston. Macarin qui, Kf de loin comme de près, gouvernait la politique, ne voulait rien entendre. Le coadjuteur, qui avait jaugé à leur valeur les hommes du parti de la P>onde, souhaitait, lui aussi, son accom modement avec la Cour.

Mais, cet accommodement ne faisait point l'affaire de Basile Fouquet. Il était l'ennemi acharné du coadjuteur, non point tant parce qu'il était son rival auprès de la belle Mlle de Che-

vreuse, mais parce qu'il s'était mis en tête de s'assurer l'archevêché de Paris. Il s'était donc rendu tout droit au Palais Royal et là, ce blondin de 3o ans, ourdissant mille intrigues, négociait avec M'ie de Chevreuse, avec Mm" (^q Châtillon, avec Goulas qui était l'homme de Gaston et Chavigny qui était l'homme du prince de Condé. Entre

L'Abbé Basile Fowjuet.

Portniit de Nanteuil (16.58).

(Hibliotlièque Xnlionale. Estampes.)

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temps, il poussait les bourgeois à mille démonstrations antifrondeuses et alors les valets de M"<= de Montpensier arrivaient pour donner la chasse à cette mazarinaille. Fouquet, demeuré à Pontoise, finissait par se perdre au milieu de tant d'intrigues. Lui et les parlementaires de Pontoise souhaitaient avant tout un accommodement qui satisfît tout le monde. L'essentiel, c'était de se rendre maître de Paris et non d'y multiplier les .troubles. « Tous ceux de notre couxpagnie, après s'être bien éclaircis du dedans de Paris, dont chacun reçoit par jour plusieurs lettres, sont lous dans la même pensée... et après tout bien examiné, nous convenons tous, sans aucune contradiction, qu'il faut promptemel^t, ou l'accommodement, en quelque manière que ce soit, comme il est proposé, ou le voyage du roi, prompt à Paris et nous croyons la chose si certaine, que nous irons tous avec le roi et donnerons les arrêts que l'on voudra dans le Louvre (i). »

Turenne était du même avis que Fouquet. Il ne cessait de réclamer Paris d'abord, et ensuite, on n'aurait plus qu'à attaquer. Sinon, il demandait qu'il plût à la reine de donner le commandement à qui bon lui semblerait. Il avait réussi à installer la Cour à Saint-Germain. Là, les négociations se précipitent. Le Parlement de Paris autorise ses membres, qui ont des grades dans la garde bourgeoise, à se rendre auprès du roi avec les autres colonels. Le roi leur fait un gentil compliment. Anne d'Autriche les persifle. On leur offre un grand dîner avec fanfares de trompettes et voilà tous ces beau.x cavaliers qui rentrent à Paris au milieu des acclamations et tout échauffés de zèle royaliste. Les quolibets de la reine ont été enveloppés des billets de crédit du Procureur général qui est cette fois encore le Grand Argentier de la Cour. C'est qu'il faut de grosses sommes pour amener Beaufort à se démettre du Gouvernement de la ville et le jeune Broussel à rendre La Bastille. E^nfin, le 21 octobre, le Président et le Procureur général du Parlo-

(1) Chéruel. Mémoire sur .\ico/as FniK/iifl. I, [>. 1.S7.

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