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ment de Pontoise ont ordre de se rendre au Louvre. Fouquet vient d'être père, père d'un fils qui assure l'avenir de son nom, et il doit quitter le berceau du petit François, coname il a dû jadis quitter sa jeune femme, le soir des noces, pour prendre son rang dans la marche sur Paris. Les portes de la ville ont été occupées sans coup férir. La joie des Parisiens est si grande de voir rentrer la Cour qu'ils ne songent point qu'on viole ainsi leurs anciens privilèges.
Le 21, le Parlement se réunit au Louvre, cho; le roi. La l'ronde finit comme elle avait commencé dans le sein du Parlement. Condé s'est retiré. Monsieur s'est exilé à Blois. Les parlementaires n'ont osé suivre ni l'un ni l'autre. Quand ils ont reçu individuellement, chez eu.x, les lettres leur enjoignant de venir au Louvre, ils ont hésité. Mais alors, le bruit s'est répandu que certains n'avaient pas reçu d'ordre. (Zette nouvelle décide ceux qui se sentent amnistiés et ils sont trop heureux de se rendre à la Galerie d'Apollon, rapidement aménagée pour leur séance. Mole préside. Fouquet apporte la déclaration d'ananistie publiée à Pontoise. Il est seul à la barre. Omer Talon continue à être naalade et Bignon est aux eaux. Les premiers opinants se prononcent pour l'enregistrement de la déclaration, puis, la bataille s'engage. Les royalistes veulent des exceptions dans l'amnistie. Camus-Pontcarré voudrait maintenir les arrêts rendus contre Mararin. On discute, on repousse les conclusions de Fouquet et la déclaration n'est adoptée qu'après promesse du chancelier Mole et du Garde des Sceaux Séguier d'intervenir près du Gouvernement en faveur des princes et des bannis. Puis, c'est le lit de justice, où la liste des exilés est enfin donnée. Les ducs de Beaufort et de Rohan, les présidents Viole et de Thou, les conseillers Broussel, Portail, Bitault et Fouquet- Croissy, agent de Condé, deux autres moins marquants, sont seuls frappés. Puis défense est faite au Parlement de s'entremettre des affaires générales de l'Etat soit en politique, soit en finances, et de prononcer aucun arrêt contre
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les personnes chargées du gouvernement. Fouquet prend ensuite la parole. Il félicite le roi de sa clémence et de son autorité et quand le lit de justice se sépare, le Parlement de Paris n'existe plus comme corps politique (i). Fouquet a été l'exécuteur des haute s -oeuvre s du pouvoir. Il a le succès de la journée et il monte à la fortune sur les ruines du pouvoir parlementaire.
Pendant quelques mois encore, il va guerroyer contre les pamphlétaires et les libellistes. Il aura soin de se tenir à l'écart du piège tendu à Retr. Son frère seul est intéressé à son succès. Il semble que Basile, moins il est abbé, plus il a soif d'être archevêque. Quant à Mazarin, il a une autre cause de haine contre Retr. Ne savait-il pas que certain jour, le vaniteu.x coadjuteur, se glissant à travers le cloître Saint-Honoré empanaché comme un cavalier, avait tenté de séduire Anne d'Autriche? Or, Mazarin fondait surtout son pouvoir et ses espérances ambitieuses sur la possession dont il se croyait assuré du cœur de la reine. Et il n'avait pas celle-ci en haute estime, jugeant si bien qu' « elle aurait toujours besoin d'homme » que plus tard il crut devoir en avertir Louis XIV (2). Il n'avait donc pas fallu davantage pour exciter ses colères. Dès lors, Basile Fouquet eut carte blanche, Servien aussi. Et le 2q décembre 1(02 Retz fut arrêté en plein Louvre par le capitaine des gardes Villequier. A sa trahison, Servien gagna le poste de surintendant qui vint à vaquer par la mort de Lavieuville le 2 janvier i(")53. Il avait d'ailleurs pris ses précautions dès la
(1) Orner Talon. Mémoires, p. 513. Ilisioire abrémée tiit Parlement, p. 258.
{'2) Bibliothèque Nationale. F<L Baluze, N° 149. Le chansonnier Maurepus traduisit ainsi la situation :
Dans le Louvre, le Louvre, le roi va disant Ma petite maman, pourtjuoi baisez-vous tant?
Je ne saurais, Ion Ion là
Je ne saui-ais m'en passer.
(Cbansonnior AL'iiiropas. XXIII, 72).
LA JEUNESSE DE FOUQUET 6l
veille, posant sa candidature à toute charge et h tout établissement. Seulement, comme rien ne garantissait ses capacités et que la charge de surintendan t n'était pas de celles quipri pouvait donner à un débutant surtout de l'âge avancé de Servien, on résolut de le doubler d'un homme que ses services, son dévouement et ses capacités rendaient apte à jouer l'homme de crédit dans le public. Le jour même de la mort de Lavieuville, Nicolas Fouquet avait posé sa candidature à la place vacante. Son frère Basile s'était attaché aux pas du Cardinal pour obtenir cette charge si honorable pour la famille. Colbert insinua a Mazarin l'idée de nommer deux surintendants, s'il ne se décidait pas à établir un Conseil de finances. Et, de la sorte, le 7 février ib53, au lendemain de la rentrée du Cardinal à Paris, les deux compétiteurs furent à la fois désignés pour la surintendance.
La Carrière d'un Surintendant.
EPiis sa rentrée ù Paris, Mazarin s'était appliqué à exercer un certain nombre de vengeances contre ceux qui l'avaient combattu avec le plus d'acharnement. « Il se voit maître dans le Cabinet, écrivait un frondeur irréconciliable. Tout est à sa dévotion. Il chasse et enferme qui il lui plaît. Tous les jours, on prend quelqu'un. Aujourd'hui, il dîne à VHôtel-de-Ville où il est servi somptueusement assisté du gouverneur du corps de la ville, des colonels et des syndics des rentiers. Ce lieu qui a servi à son opprobre et à sa confusion sert aujourd'hui de théâtre à sa gloire et à son triomphe (i). » Il avait fait de son favori l'abbé Fouquet une sorte d'intendant de police qui multipliait les arrestations. Tandis qu'il terrorisait les suspects de tout genre et de toute qualité, les parlementaires vaincus, sans avoir conscience de leur défaite, s'essayaient à mettre en quarantaine les Pontoisiens, et à chaque audience, on demandait à la Grand'Chambre où en était l'affaire du rappel des e.xilés. « Le roi, répondait Nicolas Fouquet, fera savoir sa volonté quand il en sera temps. » Le 17 Mars, la réponse fut une lettre de cachet notifiant la détention de Fouquct- Croissy et nommant quatre commissaires pour juger « ce rebelle et fomenteur de rébellion ». C'étaient le chancelier Séguier, le président Pomponne de Bellièvre, les conseillers Doujat et Sevin. Comme les conseillers des enquêtes se permirent de la résistance, des lettres de cachet en
(1) Bibliothèque Nalionale. Mss. /►l/iS:!!. Lettre <lc lieitaiit au Prince de Conde.
LA CARRli.Ri; d'i'N SI rintf.ndant 63
envoyèrent cinq ou six en exil. Enfin, la paix se (vt et ce fut Fonquet-Croissy qui en bénéficia. L'ieuvre des commissaires fut annulée, la connaissance du procès renvoyée au Parlement, puis, par un complément à cet accommodement, le prisonnier obtint sa liberté à charge de passer en Italie et de n'en pas revenir sans ordre de rappel (i). L'arrestation de Retz n'avait pas tardé à être pour le Cardinal une cause d'embarras. Il était fort gênant de tenir en prison l'archevêque-coadjuteur de Paris et, d'après les jurisconsultes, le pape seul pouvait présider au jugement et à la condamnation d'un cardinal. Mazarin avait bien soin de protester, plus que jamais, qu'on avait arrêté Retz sans sa participation et il faisait courir extrait d'une prétendue lettre au roi où il sollicitait l'élargissement de son collègue (2). En réalité, des négociations étaient en cours, qui avaient pour but d'aboutir à un arrangement. On transporta donc Retr de Vincennes â Nantes où l'on organisa une sorte d'internement aussi fastueux que mal surveillé, si bien qu'un beau jour le cardinal de Ret- prit la clé des champs le 8 août 1(04, et gagnant en hâte Saint-Sébastien, s'enfuit de là en Italie (3). L'abbé Fouquet avait gagné, à ces intrigues, la survivance de la charge de Procureur général, puis, la charge de Procureur général au Parlement de Metz. « Il est bon, lui écrivait un de ses intimes, d'avoir des amis en Paradis et en Enfer... Mais précautionnez-vous bien contre la contagion qui commence à infester la gente togata; car, sans être grand astrologue, je vais vous prédire qu'après l'éclipsé elle sera plus dangereuse qu'elle a jamais été. Il ne faut plus vous exposer comme vous l'avez
(1) Aubery. Histoire de Mazarin. IV, p. 14. — Chéruel. Histoire du Ministère de Mazarin. Il, p. 29.
(2) Jules Lair. Nicolas Voucquet, I, p. 292.
(3) A la première nouvelle de son évasion, tous les curés de Paris firent chanter le Te Deitm. Il fallut que Fouquet, qui était seul dans la capitale, fit acte d'autorité pour apaiser cette rébellion ecclésiastique. Il employa tour à tour ia force et la douceur et réussit en quelques jours à gagner le chapitre de Nolre-Dnmc qui consentit à nommer un administrateur du diocèse.
l'ait, la bravoure ne s'ajuste pas bien avec la magistrature (i). »
Cette double nomination compensait un peu les énormes sacrifices qui avaient été faits par la famille entière, pour l'achat de la charge de Procureur général au Parlement de Nicolas Fouquet. Mais, la surintendance entraînait de nouveaux sacrifices. Mazarin ne se contentait pas de demander à ses surintendants que les affaires de finances marchassent assez bien. Il prétendait tirer d'eux toutes les ressources qui lui étaient nécessaires. Servien, vieux, égoïste et hésitant, n'avait pas tardé à le mécontenter. Il s'était d'ailleurs pris de querelle avec Barthélémy Herwarth, premier commis de la surintendance, qui semblait marcher d'accord avec Fouquet. Les griefs de Servien étaient asse; piquants. « Herwarth, disait-il, écrivait fort mal. Après avoir assigné devant M. Fouquet et devant moi pour une ordonnance un fonds qui ne vaut rien et pris nos signatures, il lui était facile de le changer. « Or, Herwarth, étant créancier de vieille date du Trésor, pouvait ainsi rendre effectif l'ordre qui devait rester un leurre (2). Si Fouquet et Herwarth n'avaient pas, en quelque sorte, lié partie entre eux, Mazarin eut sans doute sacrifié Fouquet à Servien, pour qui il avait une estime toute particulière. Mais, comme Servien lui refusait de l'argent, il ne pouvait s'empêcher de reconnaître qu'il ne répondait nullement à son attente. Bref, il offrit à demi-mot à Fouquet de le charger de prendre soin de tout en disant à Servien de le laisser agir. Fouquet fut de glace à cette ouverture. Mieux valait, répondit-il, déterminer les attributions de chacun. C'est ce qui fut fait par le règlement du 24 décembre 1654, qui confiait à Servien l'ordonnancement et à Fouquet la trésorerie.
C'était pour Servien une ûisgràce déguisée et l'opinion l'interpréta ainsi. Quant à Mararin, il s'accommodait à merveille d'un système qui lui permettait, sans plus discu-
(1) Jules Lair. !Vic<)lus l'oucqiici. J, p. 3(i|.
(2) Fouquet. Défenses. V, p. (10, fi5.