‹ Fouquier-Tinville et le Tribunal révolutionnaireChapitre 10 sur 24 · OFFICIERS MUNICIPAUX DE SEDAN · texte numérisé non relu

OFFICIERS MUNICIPAUX DE SEDAN

On a vu, dans le récit du procès de Danton, que Laflotte avait dénoncé une conspiration qui se préparait à la prison du Luxembourg et avait indiqué le général Dillon et le député Simon comme en étant les principaux instigateurs.

Dès le 21 germinal (9 avril 1794), ils étaient traduits devant le tribunal avec vingt-quatre autres accusés, savoir :

Gobel, ci-devant êvêque de Paris ; Beysser, général de brigade ; Gaspard Ghaumette, agent national de la commune de Paris ; la veuve d'Hébert ; Jean-Bapliste-Ernest Bûcher (de l'Epinas), commandant de la garde nationale de Mesnil-Saint- Dçnis ; Antoine Barras, ancien administrateur du district de Toulouse ; Jean-Jacques Lacombe; François Lebrasse, lieute • nant de gendarmerie ; veuve de Camille Desmoulins ; Antoine Duret, adjudant général de l'armée des Alpes ; Guillaume Lassalle, officier de marine; Grammont père, acteur au théâtre Montausier ; Grammont fils, officier de la cavalerie révolutionnaire; Jean-Marie Lapalue, juge de la commission révolutionnaire de Feux ; Jean-François Lambert, porte-clefs de la maison d'arrêt du Luxembourg; Sébastien Brumaux- Lacroix, membre du Comité révolutionnaire de la section de rUnité ; Prangey, principal commis h Thabillement des troupes; Edme Bameap, prêtre ; Baréter, employé à la fabrication des piques; André Brossard, secrétaire du Comité révolution-

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naire de Périgueux; Etienne Ragondet, ci-devant marchand de chevaux; Lauibin, officier de santé; Chardin, libraire; Cheneau, ex-procureur au Chàtelet.

Dumas avait pour assesseurs Foucault, Masson et Denizot, Le siège du ministère public était tenu par Naulin. Les jurés étaient : Trinchard, Leroy [Dix-Août), Renaudin, Ganney, Laporte, Lumière, Topino-Lebrun, Trey, Fauvetty, Gravier, Didier, Desboisseaux.

L'acte d'accusation, dressé par Fouquier-Tinville, impliquait tous les prévenus de complicité dans la conspiration d'Hébert.

« En effet, portait cet acte, Gobel , ci-devant évêque de Paris, et Chaumette, agent national, ont évidemment conspiré avec l'infâme Glootz, Hébert, Vincent et autres contre la République française. Déjà Gobel, lors de sa mission à Porentruy, a conspiré contre la République. La preuve de la complicité de Chaumette avec les mêmes conjurés résulte de sa conduite dans Texercice de ses fonctions de procureur de la commune de Paris, dans son affectation à braver et à méconnaître les lois de la Convention nationale, à s'ériger lui-même, par la plus criminelle et la plus odieuse usurpation, en législateur, en provoquant par ses réquisitions des arrêtés liberticides, dont l'objet était d'anéantir les lois auxquelles ils étaient contraires. Mais cette complicité est surtout prouvée par cette coalition entre Gobel, Clootz, Chaumette, Hébert et consorts, pour effacer toute idée de la divinité et vouloir fonder le gouvernement français sur l'athéisme et par la perversité de l'esprit public, afin de donner de la consistance aux infâmes calomnies des despotes coalisés contre la nation française. Tl est démontré que la conduite de Chaumette et de

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ses complices était un des plus puissants moyens d'exécution de ce vaste plan de conjuration qui vient d'être dévoilé et déjoué. Le but de Ghaumette, de Gobel, était, avec Ronsin- Cromwel, d'anéantir toute espèce de morale, d'étouffer tout principe de vertu, et de persuader aux peuples voisins que la nation française en était venue au dernier degré de dissolution où il soit possible de parvenir, en détruisant jusqu'à Tidée de l'Etre suprême, sous les auspices duquel elle avai t proclanaé les droits imprescriptibles de Thomme et la liberté naturelle de tous les cultes. C'était dans ces orgies, dans ces repas à cent écus par tête, et poussés fort avant dans la nuit, que se concertaient ces mesures liberticides, que Ghaumette a étendues jusque dans le département de la Nièvre, où une société populaire a osé, par ses instigations, méconnaître l'autorité nationale et la braver, en refusant d'obéir à la loi sur la liberté des cultes. L'or de Pitt payait Ghaumette de son infâme trahison; aussi écrivait-il à son père, en lui envoyant 30,000 livres, de n'acheter ni domaines nationaux^ ni bien d'émigrés, parce que cela ne durerait pas. Le massacre des représentants du peuple et des patriotes était aussi un des moyens d'exécution de ce complot ; et Ghaumette, Savard, Lasalle, le traître Beyser, cet agent de l'infâme faction des fédéralistes ; Lacroix, fuyant son poste à Ghâlons, à l'approche des satellites des despotes, procurant à prix d'argent de faux (certificats de résidence à l'infâme Duchâtelet, agent de tous les conspirateurs; Bereter, ex-noble, banqueroutier, agioteur; Lebrasse, cet agent de Ronsin, et pour qui le grade de colonel de la gendarmerie devait être, après le succès de la contre-révolution, le prix des crimes dont il se serait couvert ; Baras, Grammont père et Grammont flls, dignes associés de Ronsin, dont ils

étaient les aides-de-camp; Lapalue et Duret, détenus, devaient tous concourir à cet assassinat et recevoir de Mazuel, Ronsin et autres, les armes avec lesquelles ils devaient consommer ces exécrables forfaits. Enfin, la femme Hébert, conspiratrice a^ec son mari, agente immédiate du système de corruption imaginé par la horde des banquiers étrangers envers les indignes représentants du peuple, complices des Koch, des Frey, des d'Espagnac ; Lambin, agent des conjurés Chaumette et Hébert dans la section Ghallier et dans le département de la Sarthe, ainsi que le constatent des écrits émanés de lui ; VoUand, complice de Ronsin, son agent et son prête-nom pour les acquisitions qu'il faisait avec le produit de ses dilapidations; Chardin, agent de TAnglais Bedfort, recelant sa bibliothèque; Lesquesne et Prangey, faisant disparaître de la caisse deTadministralion de l'habillement et de Téquipement une somme de deux cent mille livres, sous l'apparence d\m vol, mais dans le fait, pour les employer aux frais de la conjuration et à la solde des conjurés ; Dumas, Barbe, complices de Ronsin dans l'armée révolutionnaire, devaient tous concourir, suivant les rôles qui leur étaient distribués, à cette conjuration et coopérer au soulèvement contre-révolutionnaire, dont le voile funèbre, mis sur la déclaration des Droits de THomme, était le signal. Les différentes trames et conspirations ourdies par Dillon et ses complices n'ont pu échapper à la surveillance des représentants du peuple, et doivent être considérées comme des branches de ce vaste complot. En effet, il est constant que, depuis le 10 août 1792, Dillon n'a cessé de conspirer contre la République ; c'est lui qui, quand le tyran est renversé par le peuple, veut forcer les citoyens à lui prêter serment, et essaie d'anéantir la victoire

de la liberté sur le despotisme. C'est lui qui, lors de la reprise de Verdun par les défenseurs de la patrie, complice des trahisons, des perfidies de Dumouriez, facilite aux ennemis la sortie du territoire français et négocie avec les despotes, qu'il pouvait vaincre et anéantir sur le sol même qu'ils avaient souillé ; enfin, c'est Dillon qui est l'âme de tous les projets de contre-révolution qui ont été formés et qui ont échoué depuis que la Révolution est établie. Le tribunal a encore trouvé

dans les papiers du conspirateur Omoran des preuves de ses manœuvres (de Dillon) et de ses intelligences avec les ennemis de la République. Enfin, il a mis le comble aux attentats dont il s'est rendu coupable par la dernière conspiration qu'il a ourdie avec Simon, député, complice du traître Hérault de Séchelles, la femme de Camille Desmoulins et le porte-clefs Lambert, leur agent dans la maison d'arrêt oii il était détenu, et dont'le but était d'arracher des bras de la justice les infâmes complices des conspirations de Dillon, de massacrer les représentants du peuple et de replacer sur le trône le fils du tyran, en anéantissant pour jamais la liberté ; soulèvement qui a été tellement combiné que, dans la nuit dernière, il s'est manifesté, dans différentes maisons d'arrêt de Paris, des mouvements de sédition et de révolte dans lesquels on a crié : «Vive le roi ! »

Nous ferons remarquer, comme nouveau spécimen de la justice du temps, que l'acte d'accusation ci-dessus contient des réquisitions contre quatre individus (Savard, VoUand, Lequesne et Dumas) qui ne figurent pas sur la liste des accusés . Parmi eux, Dumas fut jugé peu après et acquitté. VoUand et Lequesne n'ont jamais comparu devant le terrible tribunal.

Quant à Savard, il fut condamné et exécuté le !•' messidor suivant.

Ce procès nous fournit encore l'exemple d'un juré transformé un instant en témoin, pour reprendre bientôt après le rôle de juge. Renaudin déclara, en effet, à ses collègues, qu'il avait entendu Gobel se réjouir de la fermeture des églises.

Vingt et un des prévenus présents furent condamnés et livrés au bourreau le 24 germinal. Chaumette, le triste apôtre de l'athéisme, mourut en blasphémant (M. Micheleten fait un martyr de la liberté religieuse), Gobel, le malheureux apostat^ parut repentant.

Les cinq accusés acquittés furent Chardin, Baréter, Lambin, Cheneau, Prangey.

On verra plus loin, en lisant l'affaire Fouquier, que la conspiration ci-dessus étaijt de pure invention.

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