RAIT DES CITOYENS TOUT VIVANTS
» La femme Bretonville m'a assuré que Perrochaux avait sollicité leur fille de lui livrer son honneur; je sais qu'il n'a pas donné quittance de 50,000 livres par lui reçues ; j'atteste que le Comité recevait de toutes mains et que Goulin n'a fait la proclamation relative à la déclaration des sonmies données par les citoyens, qîie parce qu'il a vu dans la caisse plus qu'il ne devait y avoir.
-» Dubourguet, ci-devant président de la commission militaire, consultait Carrier sur une compétence. Ce représentant lui répondait : « Point tant de raisons ; la guillotine, toujours la guillotine I » Aussi s'opposait-il à ce qu'elle fût levée. Trois femmes, trop bien partagées de la nature, puisqu'elles plaisaient au féroce Carrier, ont le malheur d'éveiller ses désirs impudiques. Désirer et jouir, pour un tyran, c'est l'affaire d'un moment, il n'a besoin que d'indiquer sa volonté suprême . Ca/rrier sacrifie ces trois femmes' à sa lubricité et^ quand il en est rassasié, il les fait guillotiner. . »
Navd l'aîné, négociant, membre de la compagnie Marat, dépose ensuite comme témoin. (D'après différents aveux propres à établir sa complicité avec les accusés, attendu qu'il est constant aux débats que le témoin a participé à la noyade du 25 frimaire ; qu'il a fait avancer son bateau lorsque la gabare s'approcha ; attendu qu'il a conseillé aux prisonniers de racheter leur liberté à prix d'argent ; qu'il s'est rendu coupable
de différentes exactions et concussions, le tribunal ordonne
qu'il sera mis en jugement et le fait joindre sur-le-champ aux accusés.) C'est ce témoin qui remit au président, dans la séance du 28 vendémiaire, Tarrété précité de Carrier, qui donnait pleins pouvoirs aux membres de la compagnie Marat.
Julien Leroi : a Depuis deux ans détenu dans la maison du BoufTay, pour avoir vendu un cheval que j'ignorais avoir été volé, j'y vis entrer à une époque que je ne puis déterminer, vers les onze heures du soir, des gens armés qui nous demandèrent nos noms, et nous commandèrent de faire nos paquets et nous amenèrent deux à deux, les mains derrière le dos. Je regardai ce moment comme ma dernière heure, je protestai que je mourais exempt de reproches. Cette ingénuité de ma part donna lieu à Ducoux et à Grandmaison de faire des plaisanteries sur mon compte. F... bêtes, me dirent-ils, ce ne sont pas vos personnes, mais vos biens que nous voulons ; quant à toi, tu meurs de faim dans cette maison ; nous allons te conduire dans un endroit où tu seras beaucoup mieux . Nous appréhendions tous d'être fusillés et nous demandions à servir la patrie. On nous répondit que nous serions employés à la construction d'un fort. L'un des accusés avait une hache sur l'épaule. Nous sommes conduits au bois de Lamourette, ensuite au corps de garde de la Machine ; l'un de nous, nommé Garnier, parvint à s'évader ; injures, menaces, mauvais traitements, tout est employé pour nous contraindre à désigner son asile ; Grandmaison^ entre autres, nous frappe à la tête de coups de crosse de pistolet : c'est Grandmaison qui embarque les prisonniers, et qui, à la faveur d'échelles, nous descend dans la gabare ; nos cordes sont coupées pour faciliter notre descente l'un après l'autre, et, comme cette des-
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ceate n'était pas exempte de difficultés, Grandmaison imagina de nous prendre par le collet, et nous précipita de cette manière. Nous faisions tous nos efforts pour nous délier, mais lorsque nous avions le bonheur d'en venir à bout, à coups de crosse de fusil on nous forçait à nous rattacher. Cependant, au moment où Ton faisait chavirer la gabare qui portait les détenus, j'eus le bonheur de m' évader. Ma joie ne fut pas de longue durée. Arrêté de nouveau, je suis conduit au département où je trouvai les^ccixaèsBolognie, Lévêque^ Perrochaux^ Bachelier et Jolly. Bachelier rit en me voyant ; mais /oHy, l'œil enflammé de colère, opine pour que je sois ref... à l'eau (Ce sont ses expressions). Je dois dire, à la décharge de Bachelier, qu'il s'est opposé à cette cruelle mesure... Nous étions cent soixante-cinq détenus dans la gabare. Argent, montres, boucles d'argent, portefeuilles, tout leur a été volé. »
Georges Thomas, officier de santé de !'• classe, dépose : « J'accuse le Comité révolutionnaire en général (P avoir fait noyer ou ftùsiller quatre ou cinq œnts en faritSjdontlesiplus âgés n'avaient peut-être pas quatorze ans. Maniguet m'avait un jour donné un bon pour prendre et choisir dans l'entrepôt deux enfants que je voulais adopter ; j'en choisis un de onze ans, l'autre de dix-sept. Le lendemain, plusieurs de mes amis, que j'avais engagés à nourrir et à élever chez eux plusieurs de ces êtres infortunés, se rendent avec moi à l'entrepôt pour les prendre : ces petits innocents n'existaient plus^ ils avaient tous été noyés ; 'j'assure en avoir vu la veille dans cette maison plus de quatre à cinq cents. »
Le président à l'accusé Jolly : Que sont devenus les enfants dont parle le témoin?
a08 FOUQUIER-TINVILLE ET LE
Réponse de Jolly. -— J*ai entendu dire qu'ils avaient été