DANS LES FLOTS
» Vers la fin de brumaire, un batelier, nommé Perdreau, me demande une prise de tabac que je lui donne. Je l'ai bien
gagnée, me dit-il, je viens d'en expédier sept à huit cents... Lorsque je fais des baignades, je dépouille les hommes et les femmes, je les fouille et je mets leurs vêtements dans un grand mannequin ; je les attache deux à deux par les bras et par les poignets ; je les fais venir sur les bords de la Loire ; ils montent deux à deux dans mon bateau, deux hommes les poussent par derrière et les précipitent, la tête la première, dans l'eau. Je lui observé que ces gens pouvaient nager sur le dos et se soustraire ainsi aux flots. Nous y mettons bon ordre, répond le batelier ; nous avons de grands bâtons avec lesquels nous les assommons ; c'est ce que nous appelons le mariage civique, »
Fourrier y directeur de l'hospice révolutionnaire, déclare qu'il a vu périr dans cet hospice cinq cent quatre-vingts détenus en neuf mois ; j'ai connaissance que l'on faisait noyer cinquante à soixante enfants à la fois; j'ai entendu parler de noyades : il y en a eu à ma connaissance au moins cinq ou six.
Thérèse- Anastasie Lacroisç, veuve Dumey, ci-devant régisseur de Tentrepôt : « Dans le mois de septembre 1793, j'ai vu amener à l'entrepôt cinquante-huit prêtres. Tous, par ordre du Comité, turent dépouillés de leurs effets, argent et bijoux. Je sais que ces prêtres ont été noyés, ainsi que des femmes et des enfants et que vingt-trois hommes et quatre enfants ont été livrés à la fusillade. »
Le gardien de la maison d'arrêt' du Bouffay, Bernard Lacaille, dépose : a Dans la nuit affreuse du 24 au 25 frimaire, deux membres de la compagnie Marat, que je ne connais pas, apportent au Bouffay deux paquets de cordes ; vers les neuf heures du soir, ils demandent à enlever cent cinquante-cinq
détenus, pour les transférer à Belle-Isle, à Teffet d'y construire promptement un fort ; vers les dix heures du soir, leur succèdent vingt ou quarante soldats de cette compagnie. Ils renouvellent la demande de cent cinquante-cinq détenus. Je ne puis, leur répondis-je, vous les livrer sans ordre. Aussitôt deux de ces particuliers se rendent, je crois, au Comité : ils m'apportent une liste de cent cinquante- cinq détenus, avec un ordre signé de Goulin et de Lévêque. . . Jolly attache les détenus deux à deux, les mains liées derrière le dos. Grandmaison entre dans la cour et fait faire diligence. Goulin fulmine de ce qu'on ne peut compléter la liste des cent cinquante-cinq prisonniers. Je t'en ai envoyé quinze ce soir, me dit-il, qu'en as-tu fait ? Je lui réponds qu'ils ont été logés dans les chambresd'en haut. — Eh bien, qu'on me les fasse descendre. J'obéis . Au lieu de cent cinquante-cinq, Goulin se contente de cent vingt-neuf; mais ce nombre n'étant pas encore complété, il ordonne de prendre indistinctement les premiers venus., . A quatre heures du matin, ces malheureuses victimes, vouées à la mort, partent sous le commandement de Goulin et de Grandmaison, Plusieurs d'entre eux n'avaient pas subi de jugement ; les autres avaient été condamnés par la commission militaire à quelques années de détention, d'autres à quelques mois, et cependant, je crois que tous, sans exception, ont été noyés. »
Le président ayant demandé à Goulin si ces prisonniers avaient été interrogés avant d'être noyés, l'accusé répond : Cela n'était pas nécessaire^ h' loi voulait qu'ils fussent fusillés. Et aussitôt l'accusateur public de Nantes déclare que les quinze détenus, ajoutés pour compléter les cent vingt-neuf, n'étaient pas des brigands.
Marie-Anne Carré^ fille de confiance chez le citoyen Toinette, négociant à Nantes, accuse Chcmx et Goulin d'avoir fait éprouver toutes sortes de mauvais traitements aux deux frères Toinette; d'avoir enlevé de leurs magasins deux cent vingt et une barriques de vin d'Anjou, des grains, leurs valises qui contenaient de l'or, des lettres de change, des billets ^ et des portefeuilles remplis d'assignats... Les frères Toinette étaient prêts à rejoindre leur détachement, quand on les a arrêtés. Ils furent conduits en prison, munis de leurs portemanteaux, qui contenaient toute leur fortune. Tous deux sont morts et ils laissent douze enfants auxquels on n'a rien restitué, et qui, sans mon secours et ceux de leur tuteur, seraient mtorts de misère.
GouUny interpellé par le président, convient qu'une grande partie des objets saisis chez les Toinette a servi à payer les frais du Comité et de la compagnie Marat. Or, d'après le médecin Thomas, précédemment entendu et rappelé, les Toinette avaient combattu à ses côtés contre les brigands avec rénergie la plus républicaine. « Leur vie privée, ajoute ce témoin, ne mérite pas moins d'éloges. Dans tous les temps, ils ont rendu de grands services à la patrie; ils soulageaient les infortunés ; ils approvisionnaient Nantes de vins, de blés et autres comestibles de première nécessité. Mais, aux yeux des jaloux, des hommes cupides, ils avaient de grands torts : ils étaient riches^ c'est le seul tort que je leur connaisse.
Une veuve Mallet, marchande de tabac, rapporte qu'étant détenue dans la prison du Bon pasteur, elle se plaignit à Perrochaux d'un violent mal de gorge et que celui-ci répondit : Bon ! ce n*est rien, la guillotine guérira tout cela. Elle ajoute qu'un autre jour /o%, lui lançant un regard qui la fit trem-
hier, s'écria : C'est bon pour boire à la grande tasse. Une autre fois, sa femme de chambre ayant demandé à la transporter chez elle, sous la garde d'un gendarme, Perrochaux répondit : Tu es une f.,. bête, quand cette b...-là sera morte, tu seras la maltresse.
N. Piveteau, femme de confiance^ de Bernard, concierge du * Bouffay, corrobore la déposition de celui-ci et déclare que Goulin et Grandmaison montèrent dans une chambre au-dessus de la cuisine, ce dernier ayant le sabre nu à la main ; qu'ils y enlevèrent les deux frères Montreuil, ex-nobles d'An gers; les deux Laurencin, ex-privilégiés de Nantes; tous quatre condamnés à la déportation, et Lechauff de Guérande, condamné à la détention. Les quatre condamnés à la détention furent noyés. Les quinze détenus que Goulin fit ajouter à la liste devaient être mis en liberté dans cinq à six jours.
René Bréjot, arpenteur, déclare que, pendant sa détention à Nantes, il a vu qu'on menait fusiller des femmeis dont Vune portait un enfant de onze mois, qu'un enfant arracha de ses bras et jeta dans ceux de la citoyenne Defeu, en lui disant : Sauve cet enfant. Les fusillades se répétèrent pendant trois jours : elles duraient deux à trois heures de suite, et le témoin entendit sept à huit fois le bruit sourd de la boîte propre à faire ouvrir la soupape du vaisseau et à submerger les malheureux.
Pierre Fournier^ soldat vétéran, lieutenant-colonel, dépose . il y eut à Nantes quatre-vingt-seize prêtres de noyés vers la fin de brumaire; quatre se sauvèrent à bord d'une galiote hollandaise : ils furent repris et noyés le lendemain. Ce fait m'a été certifié par le nommé Foucaut, qui était présent à la noyade ; il l'a déclaré chez le commandant temporaire, en
présence de Faccusé Dubeuf et des chefs d'arrondissement, et en faisant parade d'une paire de souliers qu^il portait à ses pieds et dont il avait dépouillé un des prêtres noyés, i
Jeanne Lallier^ poissonnière : « Durassierj complètement ivre^ prenait tous les détenus quUl trouvait sous sa main, sans s'embarrasser s'ils étaient sur la liste, et il leur disait avec brutalité : marche, b..., comme les autres. »
Victoùx Abraham f femme Pichot : « Lorsqu'on effectuait une noyade, on faisait descendre de la galiote dans un chaland ceux qu'on voulJïit expédier. Ces chalands avaient des trous pratiqués exprès, par lesquels Peau s'introduisait et faisait couler le vaisseau ; j'en ai vu plusieurs submergés de cette manière ; il fallait un chaland pour chaque noyade. On a noyé à Nantes pendant deux mois. Je vis un jour amener des prisonniers sur des charrettes ; ils venaient de l'entrepôt : on les disposa dans une galiote, où on les oublia pendant quarante-huit hev/res. On avait eu la précaution de fermer le pont. Lorsqu'il fut ouvert, on trouva soixa/nte de ces m^ulhev/reux étouffés. On les fit enlever par d'autres prisonniers qu'on venait 'd'amener. Robin, le sabre à la main, fit jeter ces cadavres dans la Loire. Cette opération finie, il fait mettre à nu tous les prisonniers, hommes, femmes et enfants, on leur lie les mains derrière le dos, on les fait entrer dans un chaland, où ils sont noyés. Cette noyade s'est faite en plein jour. J'observe que les noyeurs se rendaient très familiers avec les femmes, qu'ils les faisaient même servir à leurs plaisirs, lorsqu'elles leu/r plaisaient ; et ces femmes, pour récompense de leurs complaisances, obtenaient l'avantage précieux d'être exceptées de la noyade. »
Et Chaux, l'un des accusés, interrogé par le président sur
la moralité de Robi7i, dit : « Dès que Carrier Teût vu et se fût lié avec lui, il Vaima éperdûment et le perdit en peu de temps. Ses mœurs ont été dissolues ; il est devenu un homme de sang; il s'est livré aux orgies les plus crapuleuses, aux dissolutions les plus méprisables. »
Joseph Delamarre, payeur-général des dépenses publiques dans la Loire-Inférieure, dépose : « Le 6 ou le 7 frimaire, Bolognie entre dans mon bureau ; il était porteur d'un ordre signé Carrier, pour toucher une somme de 20,000 livres. Je compte cette somme à Bolognie, qui m'en donne quittance, mais qui, subtilement, m'enlève Tordre, en emportant mon argent. » Bolognie avoue avoir soustrait Tordre de Carrier, comme pièce de conviction en cas d'événement.
Pierre Foucaut, commandant de la place de Paimbœuf, celui dont Fournier vient de rappeler les exploits, est d'abord entendu comme témoin : « Commandé par Lambertye, je m'approchai, dit-il, de la gabare où étaient les prêtres, dans un bateau qui portait trois charpentiers. Ces derniers, fournis par Lasalle et Collas, auxquels appartenait la gabarre, la firent couler bas à coups de hache. Il fut fait une seconde noyade, dont j'ignore les détails. »
Le môme Foucaut, accuse, en outre, d'avoir tiré un coup de pistolet sur son père, est prévenu d'être Tinventeur et le confectionneur des fameuses soupapes. Il est mis en arrestation et adjoint aux accusés.
Jean-Baptiste O'Sullivcm^ maître d'armes et adjudant de la place de Nantes, déclare qu'il a vu mener à l'entrepôt des brigands, qu'il les a vu embarquer, qu'il y avait des bateaux à soupapes, qu'il a été commandé pour conduire des femmes dans une galiote ; qu'il a été témoin oculaire de noyades de
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brigands el de femmes ; que toutes ces expéditions se faisaient par les ordres de Carrier. »
Le président demande au témoin sUl ne s^est pas exercé à saigner les brigands au cou, avec un couteau dont la lame était très étroite; s'il ne s*est pas vanté en disant : t J'avais regardé avec attention comment un boucher s'y prenait; je faisais semblant de causer avec ces brigands; je leur faisais tourner la tête comme pour regarder les passants, je leur passais le couteau dans la gorge, et cela était fini. » Le témoin ne nie pas le propos, mais il déclare qu'il a été mal saisi et mal rendu; qu'il a seulement pu dire : « Si je tenais les brigands, je les saignerais avec mon couteau. » Mais des frémissements d'horreur se produisirent dans tout l'auditoire et obligèrent le président à mettre le témoin au nombre des accusés.
François Coron, ex-procureur, soldat de la compagnie Marat, déclare avoir eu connaissance que sept mille cinq cents brigands ont été fusillés à la carrière de Gigan et que qiuitre mille autres ont été noyés; qu'on lui a, de plus, assuré qu'on avait a/rraché le fruit à une femme prête (P accoucher; qu'on Pavait mis au bout (Tune bayonnette et jeté à Peau. D'après lui, Goulin disait à la tribune de la société de Sainte-Croix : ce II ne faut admettre que des patriotes ayant le courage de boire un verre de sang humain. » Goulin dit qu'on a empoisonné ses paroles ; et que, dans tous les cas, il se faisait gloire de penser comme Marat, qui aurait voul a pouvoir s'abreuver du sang de tous les ennemis de la patrie.
Sophie Bretonvilk dépose que Perrochaux est venu plusieurs fois chez ses parents, sous le prétexte de s'intéresser à l'élargissement de son père, et lui a promis la liberté si elle voulait
consentir à ses propositions malhonnêtes. Perrochaux ne craignit pas de renouveler se3 propositions à une autre époque. Sa mère étant absente^ Perrochaux en profite pour éteindre la chandelle et iilsulter cette jeune lille, qu'il ne lâcha que quand sa mère revint à ses cris. Deux autres fois, il la poursuit de ses propositions obscènes, en rintimidant toujours sur la destinée de son père.
Perrochaux se défend en disant que la mère du témoin lui avait offert la jouissance de sa fille, et qu'il avait rejeté ses offres en observant à cette citoyenne qu'elle déshonorait la qualité de mère.
Tabouret^ voilier à Nantes, déclare qu'étant de garde au poste central du port-au-vin, dans la nuit du 24 au 25 frimaire, il se rendit au BoufiTay, où un soldat de la compagnie Marat lui dit qu'on allait transférer les prisonniers à Belle- Isle. Nous fûmes conduits à la gabare ; on nous dit que les prisonniers s'y révoltaient. On nous y fit monter cinq ou six ; il n'y avait pas de révolte. On ferma l'entrée avec des planches qui furent clouées ; on cloua de môme les panneaux ou sabords. Je voulus sortir, je ne le pus. Je priai Affilé, conducteur de la gabare, de me mettre à terre. Il me répondit qu'il ferait ce qu'il pourrait. La gabare fut démarrée, on la fit marcher; je m'assis. On disait tout bas : « A l'île Chaviré. » Avant d'arriver, j'entendis des cris épouvantables. Ces malheureux criaient : a Sauvez-nous, il est encore temps ! » Ils s'étaient détachés; ils passaient leurs mains et leurs bras entre les planches et criaient miséricorde ! JTai vu Grandmaison avec son sabre abattre les bras de ces victimes. (L'auditoire frémit d'horreur; des cris d'indignation se font entendre.) Dix jninutes après, j'entends des charpentiers, placés dans des
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batelets, frapper la gabare à grands coups de bâche ; la gabare enfonçait. Nous ne fûmes pas avertis; je me crus perdu; nous sautâmes dans des batelets qui nous conduisirent à terre. Je vis Goulin sur le port. Affilé m'a dit que Ton avait pratiqué à la gabare deux petits sabords de dix-huit pouces, qu'on déclouait à coups de hache.
Goulin avoue avoir su qu'Affilé et les charpentiers ont été chargés du détail de cette exécution ; que Grandmaison, Bolognie et lui se sont trouvés sur la gabare pour surveiller l'exécution, mais qu'il ignorait qu'il fût question de noyade, Bolognie, plus franc, assure, au contraire, que tous les membres du Comité ont été prévenus de. cette noyade,
Ma/rtin Noâidille, ci-devant inspecteur de l'armée de l'Ouest, dépose : a Etant un jour chez Carrier, à Nantes, Lambertye dit à plusieurs généraux, en leur montrant la rivière : « Il y en a passé déjà deux mille huit cents. » L'un de ces généraux ayant demandé ce que l'on entend par là. Carrier répond : « Eh bien oui, deux mille huit cents dans la baignoire nationale. » Ce fait est du mois de nivôse.
Affilé le jeune, charpentier de marine, dépose : « Etant de garde dans la nuit du 15 au 16 frimaire, au poste de la Séche^ rie, vers minuit ou une heure, Richard, sergent de la companie Marat, vint me dire qu'on avait besoin de moi pour une expédition secrète, pour une baignade. On fait venir ime gabare avec deux barges. Nous travaillons toute la nuit à la préparer, à clouer des planches. L'expédition n'a pas lieu. Le 17, je suis mandé au Comité, où étaient, je crois, Cha/uœ, Grandmaison Goulin et Bachelier. Carrier présidait. Colas, lieutenant de port, Goulin, Bachelier et moi, nous passâmes dans un cabinet : on coMéra sur les moyens de préparer la
gabare. Carrier et le Comité m'ont toujours requis au nom de la loi (Il exhibe les réquisitions)... Peu de temps après le 17, Lambertye et Fouquet amènent les prêtres pendant la nuit ; on les fait entrer dans la gabare. Les charpentiers travaillent et la gabare est engloutie. Il n'y avait sur cette gabare que Fouquet, Lambertye, Foucaut^ 0' Sullivan et Gauthier. Le Comité requiert les bateliers et moi je requiers les charpentiers. fai contribué à trois noyades et reçu environ deux cents livres... J'affirme que Grandmaison m'a dit avoir coupé avec son sabre les doigts des malheureux et qu^il leur avait plongé son sabre dans le sein (Frémissements d'horreur.^ ; Gou" lin et Navd étaient sur la gabare et commandaient Vexpédition. »
On donne lecture des ordres annoncés par Affilé. Ils sont signés par les membres du Comité. Le témoin continue : c Le 3 nivôse, Fouquet m'ordonne de me rendre chez Marie, marchand de bateaux, pour lui demander les deux qu*ii lui avait promis, ainsi que des charpentiers. Il m'en procura quatre pour faire les soupapes et des mariniers pour conduire les bateaux en face de l'entrepôt. Fouquet s'y trouva et m^ordonna d'aller chercher des cordes pour amarrer les prisonniers, et des crampons de fer pour attacher les cordes au fond des bateaux. Pendant que j'étais chez le cordier, on faisait la soupape. A mon retour, Fouquet dit : « Tenez-vous prêts, ce soir ils seront embarqués. » Et à neuf heures du soir, ces malheureux furent conduits de Fentrepôt aux bateaux, au nombre d'environ cinq cents. Lechantre, Hacquar, Chevalier dévalisaient les victimes à bord et les mariniers les pillaient encore à fond de cale. Deux batelets étaient attachés à cha* que gabare : on leur fit prendre le large; la soupape s'ouvrit;
les sabords furent levés. Les prisonniers criaient miséricorde, mais en vain ; on les repoussait à coups de sabre. »
Moutier, forgeron à Nantes, évalue à neuf mille au moins la totalité des victimes : « On avait mis de côté, dit-il, quatre cents enfants pour les soustraire aux cruautés des exécuteurs.* Carrier donna Tordre de les noyer et l'ordre fut ponctuellement exécuté. . . Carrier dit à la société populaire que les Nantais étaient des scélérats et qu'il fallait jouer à la boule avec leur têtes. »
Lambert^ sculpteur à Nantes, a vu les rives de la Loire couvertes de corps morts, des cadavres d^ enfants de sept à huit ans, ■le cadavre d^mie femme toute nue, qui serrait encore son enfant dans SES BRAS| des cadavres nus de jeunes filles et de jeunes garçons*
Le témoin Lamane, après avoir parlé des assemblées qui eurent lieu les 14 et 15 frimaire, dans lesquelles il fiit proposé de faire périr les prisonniers en masse, indique Grandmaisoii^ Bachelier^ Goulin et Chaux comme présents à ces assemblées. Il accuse Goulin d'avoir opiné pour les grandes mesures.
Crespln^ membre de la compagnie Marat, convient d'avoir été commandé pour la noyade de cent vingt-neuf détenus au Bouffay et d'avoir assisté à cette expédition. « J'étais, dit-il, sur la gabare ; j'ai vu ces malheureux passer leurs bras et leurs mains à travers les fentes; j'ai vu Grandmaison sabrer ces malheureux ; je l'ai vu plonger son sabre dans une des fentes et entendu un de ces prisonniers s'écrier : t Ah 1 le scélérat, il me perce... » J'étais un jour sur la place du Bouffay avec René Naud. Nous vîmes Carrier dans un fiacre, et, aux pieds de la gmllotine, vingt et quelques individus. Naud s'approche de Carrier et lui dit : c As-tu besoin d'un Marat? »
no POUQUŒR-TINYILLE ET LE
— « Oui, f..., j'en ai besoin, allez chez raccnsateur public et chez les juges, qu'ils viennent sur-le-champ. » Les juges s'étant rendus au Bouffay, Phelippe m'envoya chez Carrier lui dire que parmi ceux qu'il voulait qu'on guillotinât sans jugement se trouvaient deux enfants de quatorze ans et deux autres de treize. Carrier s'écrie sCvec fureur, en se retournant contre sa cheminée : a Sacré mille dieux ! dans quel pays suis-je?... Tout comme les autres. » J'ai vu Chaux et GouUn s'entretenir ensemble, sur le quai, pendant l'embarcation et la noyade des cent vingt-neuf détenus du BoufiFay. »
Dubreuil^ soldat de la compagnie Marat, qui s'est trouvé au Bouffay dans la nuit du 24 au 25 frimaire, a dit avoir vu quinze individus à grandes culottes partir les derniers pour l'embarquement. Ce fait a rappelé les quinze derniers détenus qui furent ajoutés à la liste fatale des cent cinquante-cinq, quoiqu'ils ne fussent arrivés au Bouffay que la veille de la noyade. Les noms de ces quinze dernières victimes sont écrits d'une autre main et d'une autre encre. Richard reconnaît qu'ils sont de son écriture et qu'il ,les a écrits sous la dictée de Goulin. Naud ajoute : <c Nous étions tous sous la verge de Goulin^ nous n'étions pas libres. »
Berthe, charpentier de bateaux : c On amena un jour, de , Fentrepôt, un grand nombre de prisonniers ; on les fit des* cendre dans une galiote et on cloua l'entrée. Quelques jours après on en jeta à l'eau environ quatre-vingts qui étaient morts; on en reconduisit seize à l'entrepôt en leur promettant leur grâce. Pendant leur ab36nce, ceux qui étaient dans la gabare furent noyés. A leur retour, ils s'aperçurent que leurs camarades avaient péri : ils firent des difficultés pour descendre dans la gabare, et le lendemain ils subirent le
même sort que les autres. J'ai encore vu noyer plusieurs centaines de femmes de 18 à 20 ans. »
Girault, matelot de la Durance, donne de nouveaux détails sur les noyades ; les expéditions dont il a été le témoin oculaire étaient toujours de trois ou quatre cents individus pour le moins; on y remarquait de jeunes femmes, d'autres enceintes; il en est même accouché dans le navire destiné à engloutir et la mère et son fruit. On y voyait encore des enfants de quatre^ cinq^ six et sept -ans^ également précipités dans les flots. »
* Proust^ voilier, parle de la noyade du 24 au*25 frimaire ; il dépose y avoir vu Goulin et Grandmaison.
Hérisson dépose : « J'ai eu la douleur de me voir enlever mes enfants pour être noyés. L'un d'eux a tenté de se sauver; il y était parvenu, lorsque les noyeurs, désespérés de voir échapper leur proie, ont eu la cruauté de fusiller cet enfant. »
Le président ayant demandé à Goulin pourquoi les enfants du témoin ont été noyés, le prévenu répond : « Toutes les noyades et fusillades se sont faites par Tordre de Carrier. »
Caton, maître des postes aux chevaux à Nantes, reproche à Chauxy Bachelier^ Goulin et Bolognie les noyades, les fusillades, les incarcérations multipliées et tous les actes arbitraires énoncés dans l'acte d'accusation.
Fonteneauy marin-grayeur à Nantes, dépose des noyades de prêtres, dont il désigne le co-accusé Foucaut comme le principal auteur. Foucaut répond qu'il a effectivement participé aux noyades dont parle le témoin, mais qu'il fallait obéir ou mourir.
Laurent fils, armurier , déclare avoir vu déposer dans une
sab ine des prisonniers que l'on a d'abord dépouillés ; ensuite
3^2 . FOUQUIER.TfNVILLË ET LE
avoir vu tirer une trappe de la sabine et des malheureux coulés à fond. On avait choisi dix-huit prisonniers pour nettoyer le navire ; ils se flattaient d'être épargnés, leur espérance fut vaine. Le navire une fois nettoyé, ils lurent jetés à Teau, Tun après l'autre , par ordre de Carrier.
Juguet, juge du tribunal du district, a lu sur les registres dudit tribunal un ordre signé Carrier, portant de fusiller sans jugement soixante personnes, dont vingt-six femmes et quatre enfants de douze à treize ans .
GervawPowpon dépose que, détenu au Bouffay dans la nuit du 24 au 25 frimaire, il a vu arriver dans cette prison la compagnie Marat, sur les neuf heures du soir, avec des paquets de cordes ; que, far ordre du Comité révolutionnaire^ elle fît ouvrir toutes les chambres et provoqua Tappel de tous les détenus. Plusieurs membres de ce Comité, entre autres Qoulin^ Grandmaisonj Jolly^ Durassier et Ducoux figuraient dans cette expédition nocturne. Durassier était porteur de la liste; Ducoux et JoUy lièrent les prisonniers et Grandmaison invitait ses satellites à accélérer leur besogne, parce que, disait-il, la marée baissait.
Le témoin Jean Bon^sy donne les mêmes détails.
Il en est de môme de François Olivier, ancien détenu au Bouffay, qui accuse des mômes forfaits Goulin^ GraTidmaison, Jolly et Ducoux.
La veuve Careil a vu sa maison envahie par un détachement de gendarmes, conduits par Pinard. On pilla la miaison, puis on l'incendia. Pinard confesse le fait, en disant qu'il n'a agi que par les ordres de Carrier.
Goulin avoue que c'était lui qui conduisait presque tous les
travaux du Comité et reconnaît que c'est lui, s'il est un coupable DANS LE COMITÉ, qui doit payer pour tous.
Lenoir, ci-devant président de la commission militaire : « On reprochait la plus grande dureté à Goulin et à Grandmaison.,. Les noyades s'exécutaient joar l'ordre de Carrier y qui lui dit un jour, à propos d'un nommé Jomard : « Il ne s'agit que de renvoyer en campagne et de le tuer secrète^ ment. »
Goulin trouve que le témoin le traite avec indulgence. Puis il s'emporte et injurie le tribunal.
Fonbonne^ témoin déjà entendu, dépose encore : t Dînant un jour chezDucrois avec Guédon, Carrier ^ 0' Sullivan ç^i'^lMsieurs autres, la conversation tomba sur la force extraordinaire de certains hommes. O'Sullivan déclara que son frère était beaucoup plus fort que lui, que la guillotine n'avait pu lui couper la tête du premier coup et que l'exécuteur avait été obligé de frapper une seconde fois son frère de la hache nationale.il parla ensuite d'un petit couteau qu'il avait: « Un homme plus fort que moi, dit-il, et que je voulais noyer, voulut me résister; je le couchai par terre avec plusieurs autres, et je le saignai comme un mouton avec mon petit cour^ teau. »
Guédonj capitaine de navire, rapporte qu'O'SuUivan s'est vanté devant lui de s'être servi de son petit couteau pour couper le cou d'un homme. J'avais remarqué, lui dit-il, comment les bouchers saignaient les moutons; je mettais la main surFépaule d'un prisonnier, et je lui disais : « Toi, tu es un bon républicain ;• regarde un tel, il ne te ressemble pas. » Je lui faisais tourner la tête sur mon observation et je
m FOUQUIER-TINVILLE ET LE
profitais de ce moment pour lui plonger mon couteau dans le cou.
O'Suliivan s'écrie qu'il n'a fait qu'exécuter les ordres de Carrfor en participant aux noyades.
Mariotte, horloger à Nantes : t Etant logé chez une fenume Chauvette, à sept lieues de Nantes, je vis arriver, cinq jours après que j'y étais venu moi-même, l'accusé Pinard. Il nous dit que nous étions logés chez des brigands, qu'il avait déjà tué six femmes et que la Chauvette serait la septième. Il la menaça et crut la rassurer en lui disant : « Console-toi, ton enfant sera expédié avant toi ; c'est Pinard qui te parle, Pinard qui fait la guerre aux femmes. » Je tirai mon sabre et je dis à Pinard : a Tu ne parviendras à elle qu'après m'avoir marché sur le corps. — Tu es un crâne, me répondit-il. Ignores-tu que cette femme a été servante chez le seigneur du lieu et qu'il faut qu'elle m'indique où sont cachées 60,000 livres ? » fin sortant d'un taillis, je vis Pinard qui massacrait des femmes, j'en vis une succomber sous ses coups. Pinard s'écartait de sa route pour égorger des femmes et des enfants.
La citoyenne Labiei dépose : a Après la déroute de Glisson, un certain d'Héron se présente à la société populaire avec l'oreille d'un brigand qu'il avait attachée à son chapeau avec la cocarde. Il avait les poches pleines de ces oreilles, qu'il se faisait un devoir de faire baiser aux femmes. Ce même d'Héron avait encore les mains pleines de parties génitales qu'il avait eu la cruauté d'arracher aux brigands en les massacrant et il en fatiguait également la vue des femmes.
Le président ayant demandé à Foucaut s'il persistait à sou- %iT qu'il n'avait participé à aucune noyade, l'accusé répon-
dit qu'il persistait. Sur quoi, le président lui donna lecture d'un ordre ainsi conçu :
« Nantes, 5 ventôse an III.
» Il est ordonné à Malet de faire conduire à terre la femme Bitel et de conduire le surplus à la hauteur de Pierre-Moine pour les jeter à la mer, comme rebelles à la loi.
Signé : Foucaut. »
C'est dans la séance du 7 frimaire que Carrier vint s'asseoir parmi les accusés. Il récusa les juges, le substitut et les jurés. Mais sa prétention fut rejetée, et la Convention, à laquelle l'incident fut soumis, pas^ à Tordre du jour le lendemain.
Les débats recommencèrent en partie dans l'audience du 8. On y donna lecture du décret de la Convention qui traduisait Carrier devant le tribunal et de l'acte d'accusation qu'elle avait dressé contre lui. Nous l'avons rapporté plus haut.
« A l'arrivée de Carrier, dit le Moniteur du 20 frimaire, tant et depuis si longtemps dénoncé par les débats comme le destructeur de l'humanité, le peuple ne peut se défendre d'un mouvement d'indignation. On entend un murmure général ; mais il n'est pas difficile au tribunal de rétablir le calme ; il suffit au président d'adresser au public ce peu de mots: tf J'espère que le peuple se montrera digne de lui et qu'il saura respecter un accusé en présence de ses juges. » Aussitôt on voit régner le plus profond silence; chacun recueille toute son attention pour bien saisir les détails de la discussion qui va s'ouvrir. »
La séance commença le lendemain par raudition de Vecmjoix^ accusateur public de la commission militaire de Nantes.
€ Dans mes différents transports à la prison, je vis et je reconnus Fouquet et Lambertye, qui voulaient faire extraire les femmes enceintes. Je réponds que cela ne les regarde pas. Nous avons cependant des pouvoirs illimités, auxquels personne ne résiste et ne peut résister, dirent-ils. Je demande la représentation de ces pouvoirs illimités. Je le veux, dit Lambertye, et de suite il me montre un ordre du 47 frimaire.
» Cet ordre était conçu en ces termes :
t Carhier, représentant du peuple près U armée de V Ouest, au œmmandant de la force armée, et à tenus auprès composant la garde nationale :
« Je vous invite et vous requiers, au nom de la loi, de fournir à Fouquet et Lambertye de la force armée à suffisance, pour une expédition que je leur ai confiée et de les y laisser vaquer de jour et de nuit. »
» Cet ordre me parut destructif de tout principe, de toute humanité. J'observe à Lambertye que j*ai de la peine à croire que le représentant Tait chargé de faire extraire les femmes enceintes pour lesquelles je réclame l'humanité et la justice... Il me menace de me dénoncer à Carrier et de me faire guillotiner... Il exige de moi un refus par écrit, je le lui remets. Il me dit qu'il va le porter à Carrier... Deux jours après, Carrier, furieux d'une telle opposition à ses volontés, demande la commission militaire. Laloi, chargé de cette mission, m'a dit
que Carrier se promettait de faire fusiller toute cette commission. Le président se transporte chez Carrier, qui, du plus loin qu'il l'aperçoit, s'écrie : « C'est donc toi, vieux coquin, vieux j... f..., qui veux juger ? juge donc : si dans deux heures l'entrepôt n'est pas vidé, je te fais fusiller, toi et tes collègues. » Ce président est mort peu de temps après cette scène. Enfin, le 1 5 germinal, Lambertye est arrêté, par ordre du Comité, et traduit devant la commission militaire, pour avoir soustrait des femmes de l'entrepôt. Je dois le dire, cette instruction dévoila les plus grandes horreurs. Les représentants qui succédèrent à Carrier trouvèrent mauvais que la commission donnât tant de publicité à l'affaire de Fouquet et de Lamber- 'tye, surtout pour les noyades et autres horreurs commises par ces misérables. Je me rends auprès de ces représentants pour recevoir leurs observations. L'un d'eux me dit que nous avions l'air de faire le procès à la représentation nationale, et que nous paraissions juger les opérations de Carrier plutôt que FouqueÊ et Lambertye ; que Tacte d'accusation ne parlant pas de ces faits, la commission ne devait recevoir aucune déposition sur ces mêmes faits, ^e réponds qu'il n'est pai étonnant que, dans le procès de Fouquet et de Lambertye, il soit question de noyades et autres horreurs semblables; que les accusés s'étayaient sur chaque fait des ordres verbaux de Carrier ; que ces ordres composant la défense des accusés, la commission ne pouvait se dispenser de recevoir ces réponses et d'en faire mention dans l'instruction. Alors on me répond que cette affaire va être retirée de la commission militaire et portée au tribunal de Paris. Je sollicite un arrêté à cet égard. Mais cet arrêté ne venant pas, j'informe les représentants que la commission militaire a décidé de demander à Carrier s'il
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avait ou noa donné des ordres... J'arrive à Paris, je m'empresse d'aller trouver Carrier. Je lui remets une lettre contenant les inculpations de Lambertye, l'exposé des prétendus ordres par lui reçus de Carrier^ et j'invite ce dernier à me donner par écrit sa réponse, afin de mettre la commission dans le cas d'opposer cette réponse aux calomnies de Fouquet et Lambertye, de leur fermer la bouche et de mettre fin à cette diffamation. Enfin, je dis à Carrier que la conamission n'a jamais pu se persuader qu'un représentant du peuple français ait donné des ordres indignes du caractère dont il était revêtu. Je le vis s'emporter , tomber en quelque sorte dans des agitations coavulsives, portées à tel point, que j'aurais tremblé, je l'avoue de bonne foi, si nous eussionsencore été à Nantes. Carrier, dans cet accès de fureur, disait que le Comité révolutionnaire et la commission étaient des scélérats; que Lambertye et Robin étaient les deux meilleurs patriotes de Nantes ; que si Lambertye était jugé, il nous ferait tous guillotiner, ou bien il obtiendrait une permission de revenir à Nantes, où il ferait rouler nos têtes. Carrier finit, après plusieurs jours d'insistance de ma part, par me remettre une lettre pour son collègue Francastel, à l'effet, me dit-il, de faire renouveler le Comité... J'ai dénoncé à Carrier la situation malheureuse des enfants déposés à l'entrepôt; il n'a pas ignoré que ces enfants étaient dans l'ordure jusqu'au cou. »
Carrier avoue avoir donné despouvoirs illimités, sans bornes, à Lambertye, mais il attend les pièces originales pour fournir ses explications suc ces ordres. Le président lui ayant demandé s'il avait eu connaissance des fusillades, Carrier répond : « J'en ai entendu parler. »
A la question de savoir s'il a eu connaissance des noyades,
il répond : « Point d'autres que celles des prêtres, dont il avait rendu compte à la Convention, comme d'un événement qu'il avait toujours cru fort naturel ; sans cela, il n'aurait pas eu la maladresse d'en faire mention. »
Le président. — Avez-vous, oui ou non, signé l'ordre de noyer les prisonniers du Bouffay ?
Réponse. — C'est ce que je ne me rappelle pas.
Le témoin Affilé est entendu de nouveau. Il répète sa première déposition, en ce qui concerne Carrier. Il dépose de la noyade du 15 au 16 frimaire : Il déclare que Carrier est venu au Comité ordonner cette noyade ; qu'il lui ordonna de faire les sabords et que, sur la demande que lui, témoin, fit d'un ordre écrit pour la construction de ces sabords, Carrier répondit : « Je suis représentant, tu dois avoir confiance en moi pour les travaux que je te demande. »
Le témoin Richard : a Je déclare qu'il me fut ordonné, vers les huit heures du soir, de transporter les prêtres à l'entrepôt; qu'on me dit que Carrier le demandait. Je rencontre le représentant, je l'informe du dépôt que je viens de faire de cinquante prêtres à l'entrepôt. Carrier me dit : « Il ne faut pas les garder dans cette maison; pas tant de mystère : Il faut
F... TOUS CES B... -LA A L'eAU. »
Carrier nie le propos d'Affilé et les déclarations de Richard.
Sandroc^ chef de division des transports et convois militaires, dépose : Laloi m'engagea à venir dîner avec lui et me conduisit dans une galiote hollandaise. Je descends dans le fond de cale ; je vois une table de quinze à vingt couverts. Je demande ce que c'est que ce dîner, quelle est .la galiote où je me trouve? G' est lagrande tasse des prêtres, me répond Laloi;
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et comme Lambertye a fait cette expédition, Carrier, pour l'en récompenser, lui a donné la galiotte. Je fais la même demande à d'autres et ils me font la môme réponse. Enfini on se met à table. Lambertye était à droite et Laloi à gaacbe. Fotùcauty Robin, O'Sulliva/n, étaient aussi du nombre des convives; le dîner fut fort gai. Lambertye fit le récit de ses belles expéditions : il déclara qu'il faisait sortir ses victimes deux à deux, qu'il les fouillait, les attachait, les faisait descendre dans la gabare et les précipitait ensuite dans Teau. Chacun des assistants ne manquait pas d'applaudir ; on indiquait à Carrier les braves camarades qui avaient contribué à cette expédition.
L'accusé O'SulIivan certifie la vérité des faits articulés par Sandroc. Carrier nie.
Thomas^ officier de santé de première classe, déjà entendu, accuse Carrier d'avoir ordonné au général Haxo, après la prise de Noirmoutiers, de fusiller tous les brigands, sans distinction, et de brûler toutes les propriétés de la Vendée.
Carrier déclare qu'il est bien loin de désavouer sa lettre au général Haxo, une proclamation de la Convention l'autorisant à en agir ainsi.
Le témoin Thomas continue : « J'ai vu les volontaires, confermement aux ordres à eux donnés, se jeter les enfants de main en mam, les faire voler de baïonnette en baïonnette, incendier les maisons et brûler les enfants de quatorze ANS... Je ne puis assurer si Carrier était présent ; mais on s'autorisait de ses ordres. »
Ca/rrier. — Et moi, je les désavoue.
Le président, h Carrier. — La déposition du témoin s'accorde cependant parfaitement avec les ordres écrits, par vous donnés
au général Haxo : Il vous est ordonné d'incendier toutes les maisons, d'en massacrer Unis les habitants et d'en enlever toutestes subsistances. »
Le président, après avoir fait donner lecture du décret de la Convention qui prescrit la conduite à tenir avec les rebelles pris les armes à la main, fait remarquer que les dispositions de ce décret sont absolument contraires aux ordres donnés par Carrier au général Haxo.
Il est prouvé, dit le président , que vingt-deux communes se sont rendues volontairement et qu'elles n'en ont pas moins été fusillées. Carrier répond qu'il ne restait que des brigands dans la Vendée.
Louis F(ywrni&r\ directeur de l'hospice révolutionnaire, dépose qu'un jour, en arrivant sur la place de l'Egalité, il remarqua quatre-vingts insurgés, conduits par le général Hector, qui se rendit dans le moment chez Carrier, fit ensuite prendre les armes à sa troupe et prit le chemin de la plaine des Mauves, où ces prisonniers furent fusillés; il y avait parmi eux des enfants. Carrier nie d'avoir donné des ordres pour la fusillade.
Philippe Troncjolly, président du tribunal révolutionnaire, déjà entendu : « Carrier m'a ordonné de faihjë fusiller