VII
Bailly , Maleshbrbes , Vbrgnuud , Lavoisier , M"** Elisabeth, Barnavb ou André Chénier ! — d'autre part, en proclamant Tinnocence de Marat et des assassins du Comité révolutionnaire de Nantes !
On ignore généralement de nos jours l'épouvantable boucherie judiciaire inaugurée le 10 mars 1793 par la Convention, sur les sommations de la Commune de Paris, perfectionnée par Robespierre et si admirablement servie par Fouquier-Tinville qu'on dut, d'après les mémoires de Riouffe, creuser près de l'écbafaud de la place du Trône , un aqueduc immense dans lequel chaque jour quatre hommes étaient occupés à vider le sang humain par seaux. On a oublié qu'en moins de dix-huit mois la hache du tribunal révolutionnaire faucha près de trois mille victimes à Paris, grâce à l'organisation qui, d'abord, alla jusqu'à punir de mort tout faux témoignage à décharge^ puis à supprimer absolument la défense, après avoir incriminé la naissance, la profession, l'éducation.
Et pourtant, ces choses intéressent singulièrement toutes les classes de la population ; car, dans cet immeuso
holocauste, les artisans et les ouvriers, cultivateurs ou autres, figurent pour les deux tiers et les nobles ou les prêtres pour un dixième seulement , la bourgeoisie (robe, finance ou professions libérales) pour le surplus. Il m'a paru bon de rappeler ces souvenirs dans le
moment de crise que nous traversons, non pas à ceux qui conservent toutes leurs tendresses pour les prétendus égarés de la Commune de 1871 (ils n'ont aucune envie d'en profiter) , mais aux âmes honnêtes et candides qui, dans leur bonne foi ou leur pusillanimité, vous disent naïvement : « De telles atrocités n'ont jamais été organisées en système ; et, après tout, les persécutions n'atteignirent que les classes privilégiées; or, vis-à-vis de ces dernières, la Révolution peut invoquer le bénéfice des circonstances atténuantes. »
J'ai rappelé les phases successives de l'organisation du tribunal institué le 10 mars 1793, sur la motion dé Carrier et sur Tinsistance de Danton, révolutionnaires fameux qui tombèrent à leur tour, sous les coups de Fouquier-Tin ville, par un juste retour des choses d'icibas. J'ai reproduit les sentiments qui dominaient à cha-
cune de ces phases et la perversité croissante de nos dictateurs de la Commune de Paris et de la Convention.
Le lecteur est ainsi mis à même de juger les catastrophes que devait fatalement amener, dans un bref délai, l'oubli des principes de la justice et de l'humanité .
Je n'ai eu en vue, quant à présent, que de flétrir cet abominable système qui, se décorant du beau nom de justice, tua sans pitié, par envie ou par haine, une foule de malheureux innocents, coupables seulement, pour la plupart, de ne s'être pas passionnés pour le triomphe des idées nouvelles. Et encore, me suis-je borné à parler des meurtres juridiques commis à Paris pendant le régime de la Terreur, réservant pour un autre temps les faits de même nature accomplis dans les départements pendant la même période révolutionnaire. Je n'ai pas dû, par suite, aborder les mouvements populaires qui amenèrent tant de massacres à Paris, en Vendée ou ailleurs, triste conséquence des égarements de la multitude poussée par quelques scélérats, flairant une proie ou des victimes.
Les encouragements que j'ai reçus d'un grand nombre de personnes qui ont lu mon travail dans la presse périodique, me font espérer que j'aurai frappé juste et que le pays recueillera quelque bien d'une œuvre qui consiste surtout dans la reproduction ou l'analyse fidèle de documents contemporains du temps que j'ai essayé de faire revivre.
Bergerac, le 10 Octobre 1877.