‹ Fouquier-Tinville et le Tribunal révolutionnaireChapitre 7 sur 24 · PROCÈS DÈS GIRONDINS · texte numérisé non relu

PROCÈS DÈS GIRONDINS

Huit jours après le 24 octobre, commença le procès des Girondins.

•Les accusés étaient au nombre de vingt-un, savoir :

i Jean-iPierre Brissot, 39 ans, homme de lettres, député d'Eure-et-Loir à la Convention nationale.

. 2 Pie^r^-Victorin Vergniaud, 35 ans, député de la Gironde. 3 Arnaud Gensonné, 35 ans, homme de loi, député de la Gironde.

4 Claude-Romain-Lause Duperret, 46 ans, agriculteur, député des Bouches-du-Rhône.

5 Jean-Louis Carra, 50 ans, homme de lettres, député de Saône-et-Lolre.

6 Jean-François-Martin Gardien, 39 ans, député d'Indre-et- Loire.

7 Charles - El éonor Dufriche-Valazé, 42 ans, député de l'Orne.

8 Jean Duprat, 33 ans, député des Bouches-du-Rhône.

9 Charles- Alexis Brulart-Sillery , 57 ans , député de la Somme.

10 Claude Fauchet, 49 ans, évêque et député du Calvados, il Jean-François Ducos, 28 ans, homme de lettres, député

de la Gironde.

12 Jean-Baptiste Boyer-Fonfrède, 27 ans, propriétaire, député de la Gironde.

13 Marie-David Lasource, 39 ans, député du Tarn.

14 Benoît Lesterpt-Beauvais , 43 ans , député de la Haute- Vienne.

15 Gaspard Duchâtel, 27 ans, député des Deux-Sèvres.

16 Pierre Mainvielle, 28 ans, député des Bouches-du- Rhône.

17 Jacques Lacaze, 42 ans, négociant, député de la Gironde.

18 Pierre-Lehardy, 35 ans, médecin, député du Morbihan.

19 Jacques Boilleau, 41 ans, ci-devant juge depaixd'Avallon, député de l'Yonne.

20 Charles-Louis Antiboul, 40 ans, homme de loi, député du Var.

21 Louis-François-Sébastien Vigée, 36 ans, député de Mayenne- et-Loire.

Quatre d^entreeux étaient complètement étrangers au parti de la Gironde : c'étaient Boilleau, Duprat, Mainvielle, Antiboul. Deux autres avaient presque toujours voté autrement que le parti : c'étaient Ducos et Boyer-Fonfrède.

Le décret d'accusation et le renvoi au tribunal révolutionnaire avait été rendu par la Convention, le 3 octobre. Il comprenait vingt autres députés : Gondorcet, Doulcel de Pontécoulant, Gamon, MoUevaut, Vallée, Delahaye, Bonnet, Mazuyer, Savary, Hardy, Rouyer,Isnard, Duval, Devérité, Bresson, Noël, Coustard, Andrée, Grangeneuve, Philippe-Egalité. Tous étaient en fuite, à l'exception du duc d'Orléans, qu'on conduisit à Marseille, d'où il fut ramené plus tard à Paris, pour y être condamné et exécuté. Mazuyer, Noël, Coustard et Grangeneuve eurent le même sort. Quant aux quinze autres, ils ne purent être appréhendés, et furent réintégrés dans la Convention après le 9 thermidor.

Le tribunal était présidé par Herman, qu'assistaient Foucault, Scellier, Denizot et Ragmey.

Le président du jury était Antonnelle, ex-marquis. Nicolas, Brochet, Souberbielle, Thoumin, Laporte, Devèze, Renaudin, Lumière, Fiévé, Trinchard, Ganney, Baron, Aigoin et Sambat siégeaient avec lui.

L'accusateur public fut Fouquier-Tinville.

L'acte d'accusation, dressé par Amar, au nom du Comité de Sûreté générale, fut lu par le greffier aux accusés. Daqs cet acte, qui impliquait non-seulement les prévenus présents, mais plusieurs autres Girondins, notamment Isnard, Coustard, Grangeneuve, Barbaroux, Buzot, Pétion, Guadet, on imputait à la faction (c'était l'appellation sous laquelle on désignait tout le parti) de s'être opposée à l'établissement de la

République, d'avoir ensuite voulu la renverser en la fédéralisant. Brissot, Pétion, Guadet, Gensonné, Vergniaud, Ducos, Fonfrède étaient inculpés d'avoir cherché à détruire nos colonies, en déguisant leur projet perfide sous le voile de la philanthropie (rémancipation des noirs). Amar les accusait d'avoir été les amis de Lafayette, de d'Orléans et de Dumouriez; d'avoir, par la déclaration de guerre à tous les rois, voulu étouffer la liberté naissante sous le poids de l'Europe conjurée. Enfin, il les rendait lous responsables des soulèvements opérés soit dans l'ouest, soit dans le midi de la France- C'étaient eux, suivant Amar, qui avaient armé le bras d'une femme pour poignarder Marat. Il incriminait encore Brissot comme ayant préparé la journée du Champ-de-Mars , en juillet 1791,' afin de faire assassiner les patriotes.

Après cette lecture, le président dit aux accusés : « Voilà ce dont les représentants du peuple vous accusent; vous allez

entendre les dépositions orales qui sont à votre charge; les

débats s'ouvriront ensuite. » Nous reproduirons tout à l'heure les dépositions des témoins appelés, qui, tous, sans exception, étaient les ennemis personnels et politiques des Girondins : Pache, Hébert, Ghaumette, Desfleux, Chabot, Montant, Fabre d'Eglantine, Duhem et Destournelles. Quant aux débats annoncés par Herman, nous verrons ce qu'ils furent.

Commençons par dire qu'au moment où le procès s'ouvrait, Chauveau-Lagarde, l'un des défenseurs, fit remarquer que les pièces à charge n'avaient point encore été communiquées aux accusés, ce qui empêchait de proposer leurs moyens de justification, à quoi il fut répondu par Fouquier : a Plusieurs des pièces demandées ne me sont point parvenues ; d'autres sont encore sous le scellé; elles me seront remises ce soir, et je

les remettrai au défenseur. » Mais ces pièces n'arrivèrent jamais; au surplus, elles auraient été inutiles : il n'y eut point de défense !

Pacbe, maire de Paris, dépose sur la faction^ dont tous les actes tendaient à la ruine de la République. Ce qui m'a confirmé dans ce soupçon, dit-il, c'est la demande d'une force départementale faite par les accusés (lesquels î), afin de fédéraliser la République, et la protection qu'ils ont accordée à Dumouriez, dont ils devaient connaître les infâmes projets. Le témoin mit à la charge des prévenus ce fait que, sur la menace faite par Dumouriez, — après les massacres de septembre, — de marcher sur Paris, les membres du comité des finances, composé en partie des agents de la faction, s'opposeront avec opiniâtreté à ce que les fonds qu'il demandait pour approvisionner Paris fussent délivrés au maire •

Il leur imputa le fait que le Comité de Sûreté générale avait considéré comme contraire aux lois, la fermeture des barrières ordonnée par la commune de Paris, au moment où elle connut la trahison de Dumouriez, ainsi que le fait de l'un de ses membres d'avoir menacé de faire mettre les officiers municipaux en état d'arrestation si, le lendemain, les barrières n'étaient pas ouvertes, et, enfin, rétablissement de la commission des Douze faite, d'après lui, sur la demande de Guadet, (on a \u que la demande émanait de Barrère) et les arrestations que cette commission commanda, afin de déterrai^ ner une insurrection contre la Convention.

Nous ferons remarquer, sur cette déposition, qu'aucun des accusés n'avait fait partie du comité des Finances; que ni Vergniaud, ni Carra, ni Duprat, ni Beauvais, ni Vigée, ni

Valazé, ni Sillery, ni Fauchet, ni Antiboul, n'avaient été membres du Comité de Sûreté générale.

Le témoin déclara que la menace de faire arrêter les magistrats du peuple qui avaient ordonné la fermeture des bar^ rières émanait de Guadet; qu^elle fut approuvée par les membres présents (lesquels ?) et que Vergniaud n'était pas présent Il ajouta que les membres du comité des finances qui s'étaient le plus opposés à la délivrance des fonds nécessaires à Tapprovisionnement de Paris, étaient Permon et Mazuyer, qui ne figuraient pas au nombre des prévenus.

Ses reproches les plus fondés en fait portèrent sur les actes de la commission des Douze. Or, Vigée, Boyer-Fonfrède» BoiHeau et Gardien étaient les seuls, parmi les accusés, qui en eussent fait partie^ et Boyer s'était montré contraire aux arrestations qu'elle avait ordonnées.

Ghaumette accusa Brissot de la ruine de nos colonies, d'être Tauteur de la coalition européenne contre la France, d'avoir déclamé sans cesse contre les journées de septembre pour car lomnier les patriotes et animer les départements contre Paris. Il incrimina la faction pour sa conduite dans la journée du 10 août et particulièrement Gensonné et Vergniaud, pour avoir voulu conserver la royauté après le triomphe du peuple. Il fit un grief à tous les accusés d'avoir, sans relâche, vexé, calomnié la Commune du 10 août. Il rappela le refus fait par le comité des Finances de fournir des fonds pour assurer l'approvisionnement de Paris et la fermeture des barrières ordonnée par la Commune quand elle apprit la trahison de Dumouriez. « Nous fûmes dénoncés, dit-il, pour cette mesure salutaire, et le maire fut injurié par l'un des membres du comité de défense générale; mais notre fermeté

prévalut, et noits purgeâmes Paris des traîtres qu il renfermait, » Puis il renouvela les récriminations de Pache sur la commission des Douze et sur les arrestations arbitraires commises par elle.

Il est étonnant, dit Vergniaud, que les membres de la municipalité et ceux de la Convention viennent déposer contre ceux dont ils sont les accusateurs. Il expliqua ensuite qu'au 10 août, il avait dû, comme président de la Convention, mettre aux voix les propositions qu'on lui reprochait. Quant au projet de décret sur la suspension du roi et où Chaûmétte relevait un article qui donnait un gouverneur au prince royal, voici la singulière réponse de Vergniaud : « Lorsque je rédigeai cet article, le combat n'était pas fini : la victoire pouvait favoriser le despotisme, et, dans ce cas, le tyran n'aurait pas manqué de faire faire le procès aux patriotes. C'est au milieu de ces incertitudes que je proposai de donner un gouverneur au fils Capet, afin de laisser entre les mains du peuple v/n étage qui lui serait devenu très-utile^ dans le cas où il aurait été vaincu par la tyrannie. »

Gensonné fit remarquer que, comme président de la Convention, il avait mis aux voix le décret de suspension de Louis XVI, et qu'il avait été seul à le signer avec Lecointre- Puyraveau.

Brissot réfuta le grief ridicule qu'on lui faisait d'avoir perdu nos colonies, et l'accusation inexacte d'avoir refusé des fonds à la commune de Paris pour approvisionner cette ville ; et il nia qu'il se fûtopposé à la fermeture des barrières.

Quant aux autres prévenus, ils n'eurent pas d'explications h donner, puisque les articulations du témoin ne les atteignaient pas nominativement.

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Le ministre Destournelles, ayant été introduit et le président lui ayantdemandé ses nom et prénom, donna dès l'abord sa mesure. Faut- il que je donne mon prénom? demandat-il. —Oui, fit le président, a Je le profère* à regret, répliqua Destournelles : ce prénom est Louis. » Il accusa Carra et Brissot d'avoir proposé Brunswick et le duc dTork pour roi de France ; Vigée, d'avoir, étant membre de la commission des Douze, tenu des propos insultants contre le maire Pache, sans pouvoir toutefois se les rappeler. Puis il arrive au récit d3 Parrestation d'Hébert. Le morceau mérite d'être rapporté mot à mot. « Ce fut, dit-il, à la maison commune, au parquet, en pleine séance et dans ses fonctions, que Ton osa signifier à Hébert son arrestation, et qu'elle fut effectuée. . . Jamais rien ne me parut comparable à l'audace de cet attentat, si ce n'est la dignité et la grandeur du magistrat qui en fut l'objet. Il pouvait d'un mot exciter un mouvement populaire ; il aima mieux s'y opposer et méms le prévenir ; tout ce qu'on lui connaît d'éloquence et de talents, il l'employa pour cet effet. Organe de la loi, il donna l'exemple du premier des devoirs, de l'obéissance à la loi. Il se rendit en prison, accompagrié et suivi des marques d'estime et de l'expression des regrets de tous ses collègues, de tous ses concitoyens^ et sans doute respecté aussi^de ceux mêmes qui, en le conduisant, n'exécutaient qu'avec répugnance un ordre aussi tyrannique... Cependant l'eflervescence était au comble dans le conseil général et parmi les citoyens présents à la séance. Je partageais cette disposition patriotique, et, sans le respect que je sentais devoir à l'assemblée, à mes fonctions de président et à moi-môme en cette qualité, je ne sais jusqu'où m'eût porté Tindignation révolutionnaire dont j'étais saisi. »

Puis il développa lesidées et les opinions qa^il avait sur la plupart des accusés, opinions qu'il déclara s'être formées près* que dès l'ouverture de la Convention et surtout à dater du procès de Louis Gapet et résulter aussi de leurs discours^ de leurs écrits et du ton des journaux qui leur étaient dévoués... t Voilà, fit le témoin, en terminant, ce qui a motivé mon adhésion formelle et la signatureque j'ai mise des premiers à la dénonciation de la commune de Paris contre le plus grand nombre des accusés. » Quelles bonnes dispositions I et combien ce témoin se trouvait dans les conditions voulues de déposer sans haine !

Dobson fut introduit. C'était l'un de ceux qui avaient été arrêtés par ordre de la commission des Douze. Il accusa Gardien d'avoir mis de la dureté dans F interrogatoire qu'il lui fit subir. Quand le président lui demanda de qui était signé le mandat d'arrêt qui lui avait été signifié, il répondit qu'il ne s'en souvenait pas. Voici comment Gardien se disculpa : « Le citoyen témoin doit se rappeler qu'au moment où il entra dans le comité, nous étions à nous disputer avec ceux qui avaient lancé le mandat ; le citoyen me trouva de l'humeur, et c'était une suite de la discussion qui venait d'avoir lieu. Je rinterrogeai, et, rm convainquant facilement que nous avions été trompés^ je demandai qu'il fût mis en liberté. La proposition n'ayant pas été adoptée, je déclarai que je ne suivrais pas l'interrogatoire ; je sortis du comité, et n'y suis pas rentré depuis. » Son co-accusé Vigée dit alors : « Je ne suis pas inculpé dans cette affaire, et je ne prendrais pas la parole si Gardien n'avait cherché à se défendre en inculpant ses collègues. Gardien fut celui qui interrogea le citoyen Dobsen. Je me plaignis de la manière dure dont ils s'acquitte-

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reot (sic)^ de ce ministère. Us lui demandèrent quelle avait été son opinion, dans sa section, sur plusieurs arrêtés qu^elle avait pris. Le témoin lui répondit en homme libre, et qui ne doit compte à personne de sa manière de voir. Alors je m'ap* prochai de Gardien, et je lui dis : «Tu interroges làd'une manière indécente! » « ... J'interrogeai le citoyen Dobsen, reprit Gardien, sur une série de questions qui m'avait été remise par la commission des Douze» C'est lui qui est principa* lement coupable de la violation de la loi, dans cette affaire. » — Que devient la dignité de ces malheureux accusés 7...

Hébert fut entendu. On va voir qu'il n'avait pas oublié sou arrestation^ ordonnée par la commission des Douze. Il accusa d'abord la faction et particulièrement Brissot; son chef, d'a«; voir protégé le tyran, d'avoir provoqué la journée du Champde-Mars, pour faire égorger les patriotes. N'ayant pu rétablir le tyran en sa première dignité, les conjurés voulaient sauver son enfant. Ils avaient des agents secondaires qui les ser-* virent parfaitement. Manuel et Pétion, qui jouissaient d'une popularité usurpée, paralysèrent le bras du peuple, qui, dans cette journée mémorable, eût exterminé to%LS les tyrans. « Cette commune de Paris, qui avait renversé le trône, ajouta Hébert, portait ombrage à la faction : elle était trop clairvoyante; il fallait donc l'abattre... Roland, malgré les décrets, convoquait à Paris la force départementale, tandis que Buzot, Barbaroux, Rebecqui, etc., prêchaient l'anarchie dans la société des Marseillais. Plusieurs me dévoilèrent les intrigues de Barbaroux, qui faisait circuler dans les départements les poisons de ses écrits... La faction n'ayant pu sauver le tyran, voulut fédéraliser la République. La révolte des Marseillais, des Lyonnais et la trahison des Toulonnais prouvent cette

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intention... J'avais été averti, dès les premiers jours de la création de la commission des Douze, que je devais être sa première victime. On fit tout pour m'effrayer, afin de modé^ rantiser mon journal ; je n'en devins que plus ardent à poursuivre la faction. Aussi, mon zèle fut-il récompensé. Je reçus, en remplissant mes fonctions, un mandat d'arrêt lancé contre moi par la commission des Douze. Je me rendis à Tordre de ce comité ; mais^ avant de partir^ je dus avertir mes concitoyens des dangers que courait la liberté.

» Arrivé à ce comité, je ne fus pas peu surpris d'entendre mon nom retentir dans tous les alentours. On eût dit que c'était un jour de fête. Les signes de joie que montrèrent, en me voyant paraître, les hommes qui devaient être mes juges, augmentèrent la terreurque je dus éprouver en voyant siéger dans cette commission Pétion et Barbaroux, qui n'en étaient pas membres. Mon crime était d'avoir dénoncé la fac* %Um que votas jugez,.. Je reproche à Brissot d'avoir armé toute l'Europe contre nous au moment même où les patriotes n'étaient pas en force et manquaient d'armes. Qu'il ne se targue pas de nos succès en Champagne : nous les devons plutôt au hasard qu'à la force de nos armes. »

Brissot reconnut qu'il avait rédigé la fameuse pétition qui amena les malheurs du Champ-de-Mars, et dit qu'il était désolé d'avoir été la dupe du fourbe Lafayette. Quant à la déclaration de guerre, elle fut le fait de l'assemblée législative et ne saurait être imputée à lui prévenu.

Vergniaud s'expliqua à son tour, et, dans son beau langage, il ne laissa pas de produire une impression profonde sur les assistants. « Le premier fait que le témoin m'impute, dit-il, est d'avoir formé dans l'assemblée législative une faction

pour opprimer la liberté. Était-ce former une faction oppres* sive de la liberté, que de faire prêter un serment à la garde constitutionnelle du roi, et de la faire casser ensuite comme contre-révolutionnaire î Je l'ai fait. Était-ce former une faction oppressive de la libertéi que de dévoiler les perfidies du ministère et particulièrement celle de Deléssar? Je l'ai fait. Était-ce former une faction oppressive de la liberté, lorsque le roi se servait des tribunaux pour faire punir les patriotes, que de dénoncer le premier ces juges prévaricateurs ? Je l'ai fait. Était-ce former une faction oppressive de la liberté, que de venir, au premier coup de tocsin, dans la nuit du 9 au 10 août, présider IJassemblée législative? Je l'ai fait. Était-ce former une faction oppressive de la liberté, que d'attaquer Lafayette 7 Je l'ai fait. Était-ce former une faction oppressive de la liberté, que d'attaquer Narbonne, comme j'avais fait de Lafayette ? Je l'ai fait. Était-ce former une faction oppressive de la liberté, que de m'élever contre les pétitionnaires désignés sous le nom des huit et des vingt mille, et de m'opposer à ce qu'on leur accordât les honneurs de la séanee? JeTai fait. >

Répondant au reproche de s'être opposé obstinément à la déchéance quand on pouvait la décréter, il dit qu'un membre, emporté par son patriotisme, demanda, le 25 juillet, que le rapport sur la déchéance fût fait le lendemain ; mais que, l'opinion n'étant pas encore formée, il chercha à temporiser, non pour écarter cette mesure, qu'il croyait bonne, mais pour avoir le temps d'y préparer les esprits.

Alors Hébert, rappelant les paroles de Vergniaud, qui avait prétendu qu'il n'y avait point eu de coalition, lança cette diatribe : « Je vous le demande, citoyens jurés, ceux-là sont-ils

des conjurés qui ont provoqué la déchéance quand ils savsdeût bien ne pouvoir l'obtenir, et qui s'y sont fortement opposés quand elle a eu lieu? Ceux-là sont-lis des conspirateurs, qui disent que Roland n'a pas été un corrupteur, qui défendent ses malversations même dans ce tribunal, quoique Roland ait dépensé des sommes immenses pour répandre des libelles dans toute la République, afln de pervertir Tesprit public et de perdre les patriotes? Ceux-là sont-ils des conspirateurs qui, dans la Convention nationale, se sont coalisés, n'ont eu qu'une seule âme pour demander l'appel au peuple, quand le peuple demandait la tête du tyran? Ceux-là sentais des conspirateurs qui ont écrit dans les départements pour discréditer tes défenpeurs du peuple? Ceux-là sont-ils des conspirateurs qui ont semé la discorde à Marseille et à Bordeaux, et ont eu l'art d'y former deux partis? Le but de toute la conduite des iaccusés a toujours été la perle de la République. >

EtVergniaud de répondre : « Le témoin n'a cité aucun fait. > Puis, un peu plus tard, il dit qu'il ne croyait pas être traduit en jugement pour aucune de ses opinions.

Le président sentit le trait et crut I0 relever pai* ces paroles : « Il est vrai que l'accusé Vergniaud n'est pas traduit en jugement pour ses opinions politiques, mais il sera nécessaire de rappeler souvent aux accusés les opinions quMls ont émises h la Convention nationale, afin de prouver la coalition qui a existé entre eux pou/r perdre la République. »

Hébert déclara que, le lendemain du 10 août, Brissot lui avait dit| chez Pétion : c Quelle est donc la fureur du peuple? Est-ce que les massacres ne finiront pas? » Brissot nia le fait et soutint qn'il voyait le témoin pour la première fois, puis il

ajouta : € Sile témoin avaU parlé des massacres du Deuao^Sep^ tembre, U durait eu raison. » C'était agrandir Tabîme qui se-» parait les deux partis.

Il y parut bien dès Taudienoe du lendemain, 26 octobre.

L'accusatetr public y fit, tout d'abord , la lecture d'une lettre, qu'il dit pr^i^m^ être de Fonfrède, et dans laquelle, après s'être permis d'improuver la salutaire Révolution du 31 mai, on appelle au secours de la Convention nationale avilie une force départementale. Fonfrède ayant dit que cette lettre n'était pas de lui, fut apostrophé en ces termes par le président : c Cette lettre, malgré la dénégation de l'accusé, ne peut pas être regardée comme non-avenue, car elle renferme des principes qu'il a avoués lui-même à la Convention... » Hébert vint à la rescousse et dit : « L'accusé Fonfrède a nié la lettre qui vient d'être lue par l'accusateur public; cependant, je me rappelle que les mêmes calomnies qu'elle renferme contre la municipalité et les habitants de Paris, ont été proférées par lui à la tribune de la Convention nationale. Ce sont ces calomnies, répandues avec art par les agents de la coalition, qui ont servi à faire fructifier le fédéralisme dans les départements... Quand la commune de Paris vint dénoncer plusieurs députés conspirateurs, elle fut outragée par Fonfrède; il nous contraignit de signer individuellement la pétition, sans doute pour dresser une liste de proscription, car nous n'étions que les organes du peuple ; lorsque le peuple fait des réclamations, il est du devoir des m<i' mirais de vous les apporter et d*étre l'oiyane passif de son vœu. »

Puis Fouquier-Tinville donna lecture de la copie d'une autre lettre écrite au Club des Récollets de Bordeaux dont

Vergniaud reconnut avoir écrit l'original. Dans cette- lettre, 11 reprochait à ses concitoyens de Tavoir abandonné. « CSependant, ajoutait-il, il est encore temps de vous montrer, hommes de la Gironde ! C'est demain que nos ennemis doivent demander la dissolution de la Convention, en voulant enlever de son sein vingt-deux représentants du peuple ; nous comptons beaucoup sur le courage de Fonfrède, qui est président. Maintenez-vous prêts. Si on nous y force, nous vous appellerons du haut de la tribune. »

Et aussitôt après, Taccusateur donna lecture d'une troisième lettre écrite à Taccusé Laca:^, par un de ses cousins, et où il est dit : Quoi ! quelques monstres enchaîneraient vingt-cinq millions d'hommes? Il faut une insurrection générale contre cette ville abominable; ilfautTécraser. Cette insurrection se prépare, soyez-en sûr, et vous la verrez bientôt éclater. On doit faire fuir de la Convention nationale les Marat, les Robespierre, les Danton et tant d'autres scélérats qui la déshonorent.

Vous voyez, citoyens jurés, s'écria le président, que Lacaze agissait dans le même sens que les autres accusés ; qu'il provoquait les départements contre Paris. Voilà bien, je crois, la conspiration dévoilée.

PuisFouquier passe à la lecture d'une quatrième lettre, dont Vergniaud reconnaît être l'auteur et où il dit : « Nous avions compté sur la commission des Douze ; mais elle vient d'être dissoute ; et nos concitoyens ont mis trop de lenteur à se décider. L'anarchie vient de remporter une victoire complète ; cette victoire va relever l'audace des factieux. »

On le voit, le plus grand grief de l'accusation contre les Girondins, c'est d'avoir essayé d'organiser une résistance

départementale contre la municipalité de Paris, qui avait arraché par l'émeute, à la majorité de la Convention, le sacrifice de vingt-deux de ses membres.

EtVergniaud eut la faiblesse de déclarer que le désespoir et la douleur lui avaient fait écrire ces lettres, et que, s'il rappelaii les motifs qui Pavaient engagé a écrire, peut-être paraîtrait-il plus à plaindre qu'à blâmer ?

Hébert, s'enhardissant déplus en plus, alla jusqu'à dire : « L'accusé (Vergniaud) prétend que, dans le mois de mars, il a existé un complot pour massacrer une partie de la Convention nationale ; cependant, il a avoué que la commune de Paris s'y était opposée. Par quelle insigne mauvaise foi ne parle- t-on pas de cette opposition dans les lettres qu'on vient de lire ? La vérité est que les massacres dont on a parlé, et auxquels se sont opposés les Jacobins et la section des Quatre* Nations, étaient V ouvrage de la faction^ afin d'avoir occasion de calomnier Paris. . . » Ainsi, dans leur haine aveugle et stupîde les accusateurs allaient jusqu'à dire que les Girondins avaient voulu s'assassiner eux-mêmes l

Le témoin Chabot est introduit. Il commence par un long roman de la vie de Brissot et des intrigues de la faction sur la fin de la constituante et pendant la législative. Roland et Dumouriez n'y sont pas oubliés, non plus que le traître Lafayette. Il y laisse per(îër la principale cause de sa haine contre les accusés. « La faction était parvenue, dit-il, non pas à me dépopulariser, mais à me ridiculiser dans l'assemblée, sous les titres de capucin^ de frère quêtev/r, d'ignorant^ de mau/oaise tête; de manière que je n'ai pu ouvrir la bouche sans être couvert des murmures de tous ceux que la faction

avait fait ses dupes dans le côté gauche, et de tout le côté

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droit... Je dénonçai la faction de Brissotetde la Gironde; depuis cette époque, Brissot ne m'a plus pardonné, et il est peu de numéros de son journal où on ne trouve tme injustice et y/ne calomnie contre moi,,. » Il met à leur charge la journée du 20 juin 1792, leur dénie toute coopération à celle du 10 août, les accuse môme de l'avoir contrariée et d*avoij essayé

d'en faire bénéficier la Royauté ; puis, arrivant à la lutte entre le parti de Brissot et la Commune, à la suite de cette dernière journée, il n'hésite pas à affirmer que les massacres de septembre sont l'œuvre de la faction et ont été exécutés malgré la Commune, qui fut impuissante à les conjurer. Ecoutons le parler : « Le 2 septembre au matin, Brissot, dans l'allée des Feuillants, m'assura que des massacres auraient lieu le même soir... Je lui dis qu'il fallait que l'assemblée se portât en masse aux prisons ; que le peuple respecterait ses représentants comme au 10 août... Cependant, sur les deux heures, le conseil général de la Commune, qu'on a accusé de ces massacres, vint conjurer l'assemblée de prendre des mesures pour les empêcher, en confessant sa propre impuissance. La faction dominait alors dans l'assemblée, et Ton passa à Tordre du jour. Enfin, le conseil vient annoncer que trois cents prêtres viennent d'être immolés dans Une église. C'était le cas d'aller encore en masse apaiser cette fureur ; on se contenta de nommer des commissaires... C'est donc sur Brissot, ce déclamateur éternel contre les journées de septembre, que doit retomber le sang impur qui a coulé ce jour-là ; il en est tout couvert, à mes yeux. Et il faut que la France, l'Europe et rUnivers entier apprennent aujourd'hui que ces hommes, qui se disaient ennemis du sang, n'en ont pas empêché FefTugion, lorsqu'ils le pouvaient, lorsqu'ils le devaient. Oui, ceq

journées entraient dans leurs combinaisons machiavéliques. Il fallait porter la terreur dans les départements, les effrayer sur la situation de Paris, afin d'empêcher, selon le vœu dePétion, les députés d'y arriver, et transférer ailleurs le siège du gouvernement, comme l'avaient tenté Roland, • Glavière, Lebrun et Servan, ministres de la faction Brissotine- C'était à la Révolution du 10 août qu'elle voulait faire le procès : c'était Paris qu'ils voulaient punir de l'avoir faite, parce qu'elle n'avait pas été conçue par leur génie, ni dirigée par leurs agents. Et pourquoi, en effet, ces messieurs, qui savaient que les principaux auteurs de ces scènes tragiques étaient les fédérés du 10 août (car Gorsas en est convenu lui-même), pourquoi dans leurs diatribes virulentes, .ont-ils affecté de taire cette vérité? Pourquoi M. (sic) Brissof a-t-il osé mentir à l'Europe entière, en écrivant que ce n'était le crime que d'une cinquantaine de brigands parisiens î Pourquoi n'a-t-il pas prévenu le peuple contre ces malheurs, lorsqu'on les méditait? Pourquoi n'en a-t-il pas parlé les premiers jours de leur exécution ? Danton lui a arraché la réponse à cette dernière question. Cest que le peuple n'avait point massacré Mirande, V ennemi de Brissot. C'est lui-même qui l'a dit àDanton.^ Je vais tâcher de résoudre les autres questions. D'abord, Gorsas en avait fait l'éloge. Interpellé par moi, au Comité de sûreté générale, pourquoi il avait applaudi à ces journées, il m'a répondu que c'était par ordre de Pétion et de Manuel, qui, le 4 septembre, lui avaient envoyé la note approbative qui se trouve dans son journal... Le 3 ou 4 septembre, ceux que la faction a appelés massacreurs^ furent chez Pétion dans le temps qu'il dînait. Brissot était du nombre des convives. Ceux qu'on appelle les massacreurs annoncèrent qu'ils avaient

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fini leur ouvrage dans une certaine prison (Je ne me souviens pas de laquelle). Ils demandèrent à Pétion ce qu'il resh tait à faire. Pélion, au lieu de leur répondre, leur fit apporter du vin, et ces hommes débonnaires, ces hommes vertueux, ces ennemis du sang, burent à la santé de ce quUls ont appelé depuis hommes atroces^ altérés de sang. Que Ton * assigne Panis et Sergent (c^étaient les vrais oi^anisateurs des massacres), ils certifieront la vérité de ce fait. C'est sur la tète de ces scélérats que j'appelle toutes les vengeances pour le sang qui a coulé au mois de septembre à Paris et sur nos frontières... Brissot et compagnie {sic) sont coupables du crime qu'ils reprochent aux Parisiens, et des calomnies par lesquelles ils ont armé l'Europe entière contre Paris.

Chabot revient ensuite au jugement de Louis, sur lequel les Girondins ne voulurent se prononcer que suivant les formes, afin de le sauver ; c'est dans ce but qu'ils appelèrent Dumouriez à Paris ; qu'ils proposèrent l'appel au peuple, et, après son rejet, le sursis à l'exécution.

Arrivant à l'accusation de fédéralisme, il reproche à la faction d'avoir fait couler le sang de 200 mille citoyets aux frontières, d'avoir soulevé le Calvados, la ci-devant Bretagne, Lyon, Bordeaux et tout le Midi ; d'avoir répandu le sang des patriotes à Marseille, fomenté Qtpeut-ê^e suscité les troubles de la Vendée! C'est elle qui a livré Toulon aux Anglais et Lyon à la dévastation.

Il termina enfin cette longue déposition par cette phrase^ qui achève d'expliquer les causes véritables de sa haine : « N'est-ce pas fédéraliser la République que de la diviser, comme Brissot, en deux parties : le peuple de Robespierre,

des trU)unes, des Jacobins, le peuple des assq^ius^ de Marat, la Montagne et le peuple des honnêtes gens ? »

A Taudienqe du lendemain 27 octobre, l'accusateur public (}oana lecture d'une lettre de Brissot à sesi commettants^ oU sa trouve ce passage: % Quand on vous dit que la Convention est libre, obéie, demandez si la municipalité est cassée, si les provocateurs à Tassa^sinat, à la dissolution de cette Convention, ont porto leur tôte sur Téchafaud. Sont-ils impunis, renouvellent<-ils avec la même audace leurs excès chaque joufi dites que la Convention n'est pas libre> et par conséquent, ne peut vous sauver. Qui aiQripe le contraire est égaré ou vou9 trompe. Force ici, ou loin d'ici, voilà mon dernier mot. » Brissot expliqua que, dans Tétat où était l'assemblée, il croyait impossible qu'elle fît une bonne constitntion > et que ce motif l'engagea à demander la convocation des assemblées primain res' Sur quoi le président Herman, avec son impartialité oc-* coiUimiée, dit : ce La preuve que les accusés s'opposaient h ce que la France eût une constitution, c'est que ce n'est que depuis leur arrestation qu'elle a pu être faite. » Brissot ayant tait remarquer que son parti avait fait tous ses efforts pour que, trois fois par semaine, on discutât la constitution, le président reprit : t S'il y a quelque chose de vrai dans ce qu'a dit l'accusé, c'est qu'il a demandé qu'on discutât la constitu* iion feuillantine àeQondoTcet » Et Brissot, ayant encore ob** jectéque cette constitution était la plus démocratique qui ait jamais existé, plus que celle des Etats-Unis, qui Test bien moins, le président reprit encore : » La plus grande preuve que l'on puisse donner du projet qu'avaient les accusés de fédéraliser la République, c'est la citation que vient de faire Brissot. »

m FOUQUIER-TINVILLE ET LE

Gensonné nia d'avoir concouru soit au système de diffamation contre Paris, soit aux massacres du 2 septembre. Il dit que la commission des 21, dont il était membre, voulut d'abord les arrêter, mais que le ministre de la justice (Dantonj, lui ayant dit qu'ils étaient les suites d'une insurrection générale, elle ne sut à quelle mesure s'arrê ter.

A l'audience du 28 octobre. Chabot, résumant sa déposition, accusa Carra d'avoir prêché à Blois que la Conventionn'était pas libre et qu'il fallait envoyer une force armée à Paris pour lui rendre sa liberté. Il l'incrimina aussi pour avoir, après la victoire dé Valmy, facilité, d'accord avec Sillery et Dumouriez, la retraite des Prussiens, alors qu'ils étaient cernés. Sur le premier fait, Carra répondit que, passant à Orléans, il avait rencontré deux habitants du département de la Charente qui allaient proposer à la Convention, au nom de leur département, de s'entourer d'une garde départementale ; qu'il leur avait répondu que, si leur proposition était adoptée, il la croyait propre à calmer tous les esprits et à fixer la Convention nationale à Paris. Arrivé à Blois, il fit connaître à la municipalité de cette ville la mission dont étaient chargés les deux citoyens de la Charente. Sur quoi, le président de dire : « Vous avez donc fait tout le contraire de ce que vous prescrivait votre mission ? De là, je tire la conséquence que vous étiez de la faction à laquelle nous faisons le procès et que vous vouliez le fédéralisme. » Sur la retraite des Prussiens, Carra et Sillery firent remarquer qu'ils étaient partis peu de temps après leur arrivée ; que l'ennemi avait encore 60,000 hommes et que les chemins étaient impraticables.

Maribond- Montant reprocha à la faction d'avoir, la veille

du 10 août, demandé, par l'organe de Lasource, le renvoi à Soissons des fédérés que les dangers de la patrie avaient appelés à Paris, et cela dans le but d'anéantir les sociétés populaires et d'empêcher ainsi Tinsurrection qui se préparait contre le château. Il l'accusa aussi d'avoir alors proposé, dans une réunion, rue d'Argenteuil, l'arrestation de Robespierre. Il fut reconnu que la motion avait été faite par Isnard.

Le témoin raconta ensuite qu'ayant été chargé par les Jacobins d'aller demander des explications à Dumouriez, à propos de deux bataillons de Paris qu'il avait déshonorés pour s'être fait justice de deux émigrés, il s'était rendu avec Marat, chez Talma, où Dumouriez assistait à une fête superbe: ils y trouvèrent le général environné de Guadet, Vergniaud, Kersaint, Lasource, etc. ; qu'après qu ijs eurent expliqué l'objet de leur mission, il se fit un mouvement général doms le but de les assassiner j ainsi que Guadet en fit l'aveu à Seules. Vergniaud donna de ce mouvement Texplication suivante, peu flatteuse pour les envoyés, et qui paraît bien vraisemblable : « Je sais que lorsqu'on annonça Marat chez Talma, il s'est fait un mouvement, mais causé par l'inquiétude des femmes. >

Montant déclara que pour le jugement du tyran^ il avait, comme tous ses collègues, écrit son opiiiion, où il persiflait ces messievïï^s sur leur humanité envers le tyran. Brissot, qui était à côté de la tribune, l'interrompit plusieurs fois par ses vociférations. 11 l'appela buveur de sang. « Indigné de cette apostrophe, ajoute l'héroïque témoin, je mis mon opinion dans ma poche, et je votai purement et simplement la mort du tyran. »

Fabre d'Eglantine rapporta qu'il tenait de deux témoins

que Brissot leur avait dit : « Le peuple est fait pour servir les Révolutions; mais, quand elles sont faites, il doit rentrer chez .lui, et laisser à ceux qui ont plus d'esprit que lui la peine de diriger. » Héla3 ! cette théorie n'appartenait pas seulement à la faction des Girondins. Elle était celle des autres partis, en 1793, comme est celle des chefs de toutes les écoles et de tous les temps.

Puis, le témoin déposa de Téloignement de la faction, particulièrement de Pétion, pour le mouvement du 10 août. Il accusa Brissot d'avoir, trois jours après le 10 août, témoigné un grand intérêt pour la personne de Gapet.

Il dit aussi : « Je me trouvai un jour chez le ministre des affaires étrangères, où étaient rassemblés Roland, Servan, Claviôre, Lebrun, Danton et Pétion. Au bout du jardin, une espèce de conseil fut tenu. Roland dit : Ces nouvelles sont très alarmantes ; il faut partir. Danton lui demanda où il comptait aller. A Blois, reprit Roland ; et il faut emmener avec nous le trésor et le roi... Danton s'opposa fortement à cette proposition , qui fut ajournée. »

Fabre parla ensuite en ces termes, au sujet de V armoire de fer découverte aux Tuileries : « Roland, après avoir enlevé le dépôt des Tuileries, fut arrêté par la sentinelle, qui avait ordre de ne laisser sortir aucun paquet sans un laissez-passer signé Roussel. Les personnes qui me rapportèrent ce fait, me dirent que Roland avait Pair fort embarrassé ; heureusement pour lui qu'un de ses afiidés lui procura, par un laissez-passer, le m'oyen de soustraire les papiers qui pouvaient le compromettre, ainsi que la faction. »

Puis il accusa la faction du vol commis au garde^-meuèles. Et l'accusateur public fortifia l'imputation par ces paroles .

TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE. l(fâ

« Les voleurs du garde-meubles se sont échappés des prisons le 2 septembre. J'envoyai quinze mandats d'arrêt au ministre Boland, pour les faire réintégrer dans les prisons. Ces mandats sont restés sans exécution. »

Vergniaud fit cette simple et noble réponse: «Je nemQ crois pas réduit à l'humiliation de me justifier d*un vol. »

Fabre reprit la thèsô de ceux qui voulaient rendre la faction responsable des massacres de septembre : ils avaient duré trois jours, dit-il ; ils étaient interrompus ; les massa^ creurs se présentèrent chez Pétion et lui dirent : a M. le maire, nous avons dépêché ces coquins-là ; il en reste encore quatrevingts : que voulez-vous que nous en fassions î » Pétion dit : <c Mes amis, ce n'est pas à moi qu'il faut s'adresser... Vous êtes bons citoyens... Donnez à boire à ces messieurs. » Us bur rent et retournèrent massacrer. Lorsque la faction a fait décréter qu'on poursuivrait les auteurs des massacres, il est bon de vous faire remarquer que Maillard n'a pas môme été arrêté. »

Dans la déposition que fit Bourdon (Léonard), je relève un fait qui prouve d'une manière bien remarquable l'esprit d'impartialité qui animait ce futur thermidorien. Il dénonça les relations. qui existaient entre les lâches qui l'avaient assassiné à Orléans et la faction, et il cita pour preuve le rapport infâme que Noël, accusé par contumax (sic), avait présenté, à cette occasion, à la Convention nationale, au nom du comité de législation qui alors, ainsi que les autres comités, était rempli par les conspirateurs. Nous avons vu, au sujet de ce prétendu assassinat, quel compte tenait la justice révolutionnaire des décisions rendues en faveur des accusés.

Le témoin incrimina ensuite la commission des Douze, pour

avoir, quelques jours avant le 31 mai, placé une garde extraordinaire autour de la Convention ; puis la faction entière, comme ayant provoqué les mouvements irréguliers du 2 sep* tembre, du 20 juin et du 10 mars, afin d'avoir des prétextes pour calomnier le peuple.

Et le digne Herman, toujours impartial, de s'écrier : € Brissot, de concert avecLouvet, Gorsas, et son collègue Girèy-Dupré, n'a cessé de diffamer les patriotes dans Topinion publique, par les journaux que ces hommes dirigeaient. 9

Il demanda ensuite aux accusés, membres de la commission des Douze, s'ils avaient concouru à Tordre donné à la force armée par cette commission, pour entourer la Convention nationale.

Vigée, Boyer, Gardien et Boilleau répondirent négativement.

Le président. — Si les accusés n'ont point donné cet ordre, au moins en ont-ils eu connaissance î

Vigée révéla queRabaut, secrétaire de la commission, fit arrêter par le comité que les délibérations seraient signées de tous les membres, afia qu'aucun, en particulier, ne fût <îompromis.

Cette déclaration, dit Fouquier, fait coanaître la composition et les projets de ce comité.

C'est après cela que Léonard Bourdon déposa entre les mains du président une lettre que lui avait écrite l'accusé Boilleau. Cette pièce, monument de lâcheté, qui acheva la perte des Girondins et ne sauva pas même son auteur, contenait la prière à Bourdon d'être le défenseur de Boilleau. Ce malheureux y déclarait qu'au milieu des accusations que se

lançaient les deux partis, il avait été un moment dans Terreur ; mais qu'à présent que le bandeau était tombé de ses yeux, et qu'il savait où siégeait la vérité, il se disait Montagnard, t II est clair, à mes yeux, ajoutait ce pauvre homme, qu'il a existé une conspiration contre l'unité de la République , comme il est clair que les Jacobins ont toujours servi' la République. Pour finir, je reconnais que, tant que le côté droit aurait été en force, il aurait paralysé les mesures les plus vigoureuses. »

Heureux de tant de faiblesse, Herman dit d'un ton doucereux à l'accusé : « Nommez, Boilleau, ceux d'entre les accusés que vous avez voulu désigner dans votre lettre comme conspirateurs ? »

Mais celui-ci rie voulut pas descendre plus bas et se refusa à faire connaître les coupables.

Herman tira la moralité qui ressortait de l'incident. « Il est précieux y^ dit-il, qu'un homme qu'on traduit devant la loi comme conspirateur, dise qu'il est persuadé qu'il a existé une conspiration contre l'unité de la République. »*

Il avait espéré que la déclaration de Boilleau en amènerait d'autres du môme genre. Aussi demanda- t-il à Vigée s'il n'était pas convaincu qu'il avait existé une conspiration contre la République.

Celui-ci resta digne, a Je n'ai jamais cru, dit-il, qu'il existât une conspiration contre la République. »

Herman se retourna contre Duchâtel, quiavait déclaré n'avoir pas conspiré contre l'unité de la République.* Comment, s'écria-t-il, l'accusé fera-t-il croire qu'il n'a point conspiré, quand il est constant qu'il était lié avec Pétion. » Et quand l'accusé eut répondu que la révolte avait déjà éclaté dans le Calvados quand il y arriva, Herman lui fit un grief (la vraie

cause de sa mise en accusation et de sa mort) du plus bel acte de sa vie : celui de s'être rendu, en bonnet de nuit (étant malade), à la Convention, pour voter dans le procès duroi. Seulement, il tourna la chose au point de vue des divisions du moment, en ces mots : < N'est-ce pas vous qui , en bonnet de ouit, êtes venu voter contre la mort du tyran? » — Gomme je n'ai h rougir d'aucune de mes actions, répondit Ducbâtel, je déclare que c'est moi.

Desfieux déclara que la faction avait voulu le perdre, et que Vergoiaud avait, à cet effet, fabriqué une lettre qu'on lui attribua, et que Roland avait substituée dans les papiers trouvés dans l'armoire de fer à une autre lettre de Gensonné à Vergniaud. Il ajouta qu'avant la journée du 10 août, Vergniaud et Brissot lui avait dit que le comité ne proposerait pas la déchéance, ce qui lui prouva qu'ils étaient des royalistes. Puis il reprocha à Brissot d'avoir proposé sept guerres dans une semaine ; à la commission des Douze, d'avoir été la cause de l'insurrection de Lyon ; à toute la faction, d'avoir essayé de sauver le roi par l'appel au peuple.

Duhem fut le dernier témoin entendu. Il articula que, le 5 septembre 1792, il était à dîner chez Pétion avec Brissot, Gensonné et plusieurs autres députés; que, vers la fin du dîner, les deux battants s'ouvrirent et qu'il fut fort étonné de voir entrer quinze coupe-têtes, les mains dégouttantes de sang^ qui venaient demander les ordres du maire sur quatre-vingts prigonniers qui restaient encore à massacrer à la Force. Pétion les fit boire et les congédia, en leur disant de faire tout pour le mieux.

Il accusa la faction d'avoir voulu affamer la République et de s'être opposée à l'arrestation de Dumouriez.

TRQtlNAL RÊVOLtTlONNAmE. 4M

Puid l'accusateur public donna lecture d'une lettre de Du^ perret à M"* Roland, où il disait : a La majeure partie de* départements s'est prononcée : on prend les plus grandes mesures pour faire cesser le règne de l'anarchie; vingt-^deuït de nos collègues proscrits sont réunis à Càen, et y travaillent nuit et jour pour éclairer l'opinion publique et faire réussir ce vaste plan. » Il lut aussi une autre lettre trouvée dans les papiers de Duperret^ et où on lit : « Salles ^ Le Sage, La Rivière et mol nous allons en pèlerinage pour encourager les braves citoyens à marcher sur Paris.. 4 »

Duhem accusa ensuite M»« Roland d'avoir voulu intervenir pour la révolution départementale.

Il restait encore un grand nombre de témoins k entendre* L'affaire n'avançait pas au gré des accusateurs. L'opinion publique semblait faire un retour en faveur des accusés. Dans cette journée où fut entendu Duhem, Hébert et Ghaumette s'étaient rendus aux Jacobins, afin d'y dénoncer de prétendus projets de soulèvement tendant à sauver les accusés^ et en avaient obtenu qu'une députation serait envoyée à la Ck)nvention pour y solliciter un décret qui permettrait d'actitiver la solution des jugements criminels. C'était le 28 octobre. Audoin, gendre de Pache , fut l'orateur de la députation. La Convention, sur la proposition d'Osselin, se rendit k ces sollicitations et décréta que les jurés pourraient, après trois jours de débats, en demander la clôture dès que leur conscienod serait assô£ éclairée. La minuté de ce décret est écrite de la m»itt de Robès|>ierre«

Dès le lendemain nmtin^ 29 octobre, Fouquier fit donner lecture de cette loi à Taudience, et le tribunal en ordonna la transcriptio^n »xt Bé^ regi^res. Il est bon de dire qu'il l'avait

iiO FOUQUIER-TINVILLE ET LE

lui*iDÔme sollicitée, concurremment avec les Jacobins. A la séance de la Convention du 7 brumaire^ on lut en effet une lettre du tribunal criminel extraordinaire, qui mérite d'être reproduite :

« Lalenteuravec laquelle marchentles procédures instruites au tribunal criminel extraordinaire nous force de vous présenter quelques réflexions. Nous avons donné assez de preuves de notre zèle pour n'avoir pas à craindre d'être accusés de négligence ; nous sommes arrêtés par fe5 formes que prescrit la loi. Depuis cinq jours, le procès des députés que vous avez accusés est commencé, et neuf témoins seulement ont été entendus. Chacun, en faisant sa déposition, veut faire Thistorique de la Révolution. Les accusés répondent ensuite aux témoins, qui répliquent à leur tour ; ainsi, il s'établit une discussion que la loquacité des prévenus rend très-longue. Et, après ces débats particuliers, chaque accusé ne voudra-t-il pas faire une plaidoirie générale? Ce procès sera donc interminable. D'ailleurs, on se demande pourquoi des témoins. La Convention, la France entière accuse ceux dont le procès s'instruit ; les preuves de leurs crimes sont évidentes. Chacun a dans son âme la conviction qu'ils sont coupables. Le tribunal ne peut rien faire par lui-même ; il est obligé de suivre la loi ; c'est à la Convention à faire disparaître toutes les formalités qui entravent sa marche. »

C'est dans cette même séance que, sur la demande de Billaud-Varennes, la Convention substitua le nom de tribunal révolutionnaire à celui de tribunal crimdnel extraordinaire.

Après la lecture du décret à l'audience, le président Her-

man demanda aux jurés si leui: conscience était assez éclai-

TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE. lii

rée. Ceux-ci, par un reste de pudeur (qui ne devait pas du^ rer longtemps), répondirent négativement, après en avoir délibéré.

C'est alors que se passa Tincident le plus monstrueux de ce procès, où se produisirent tant de choses étranges.

To.ute raudience du 29, qui fut la dernière , fut employée, non pas à Taudition des nombreux témoins qui avaient été cités, non pas même à entendre les défenseurs des accusés, non : on n'interrogea aucun autre témoin, on ne donna la parole à aucun des défenseurs, on n'écouta aucun des prévenus. On passa le temps à leur faire des questions qui n'étaient que des redites ou qui étaient complètement étrangères au procès, et dont aucune n'était de nature à éclairer l'accusation, partant la conscience des jurés ; et, à six heures du soir, alors que les vingt et un se croyaient au moment de voir les débats continuer, le président du jury, l'ex-marquis Antonelle^ déclara que la conscience des jurés était suffisamment éclairée.

A ce coup inattendu, les accusés bondirent, comprenant le sort prochain qui leur était réservé.

Les jurés se retirèrent à sept heures dans leur chambre des délibérations. Ils rentrèrent à dix heures, rapportant un verdict imanime de culpabilité.

Le tribunal condamna, en conséquence ^ tous les accusés à la peine de mort, quoique la loi l'autorisât à prononcer d'autres peines.

Ceux-ci ayant été ramenés à l'audience, le président leur donna lecture et du verdict et du jugement. En entendant cette condamnation, les Girondins poussèrent des cris de malédiction; Valazé se poignarda; los gendarmes furent

\il FOUÛUffiR-TiNVILLJE BT LE

comme paralysés ; une voix^ dans Tauditoirei fit entendre ce cri : c Àh ! malheureux ! C'est moi, c'est mou Brissot dévoilé qui les a tués » C'était celle de Camille Desmoulins. .

Ni le tribunal, ni Fouquier ne manifestèrent de tels remords. Ce dernier requit et le tribunal ordonna que le cadavre de Valazé fierait porté dans une charrette pour être enterré dans le même cimetière que les autres condamnés. Fouquier avait même conclu à l'exécution du oada/vreî

Us furent tous guillotinés le lendemain. Cinq charrettes emmenèrent les condamnés ; le cadavre était sur Tune d'ellesi à côté de quatre de ses co-accusés. Chacun d'eux fut supplicié au milieu des chants patriotiques que faisaient entendre ses compagnons de mort au pied de Téchafaud : le chœur diminuait de volume après diaque exécution. Vergniaud mourut le dernier.

Tous furent ensuite ensevelis dans une même fosse ^ à côté de celte de Louis XVI. c

ÀFrAïRîÊ D^ÉGALITÉ (DUC B'ORLÉANS) Et DE COtJSTARI).

Cette affaire fut appelée le 16 brumaii^e, an Tl (6 nov. 1793). Le tribunal était présidé par Herman; le jury, par Antonelle. Fouquier portait la parole.

L'acte d'accusation dressé contre lei^ Gît^ôôdins ftit In de nouveau par le greffier. On n'y trouve de relatif aux accusés actuels, que les passages suivants :

t Brunswick et les Prussiens se préparaient à envahir notre territoire- Loin de songer à leâ repousser, les ch^ffs de la faction, investis de toute l'autorité du gouvernement, les favorisaient de tout leur pouvoir. Le^ séjour et les intrigues

de Brissot en Angleterre, le voyage que Pétîon avait fait à Londres, avec la femme Brulart, dit Sillery, avec les enfants du ci-devant duc d'Orléans, avec une élève de la femme de Sillery, nommée I^améla, les liaisons de tous ces hommes avec les Anglais résidant en France ; celles de Carra, l'un des suppôts de la même faction, avec certains personnages de la cour de Prusse, toutes ces circonstances et beaucoup d'autres avaient signalé Brissot et ses complices, comme les agents de la faction anglaise, qui a exercé une influence si funeste... Ce fut ce môme Carra qui, avec le ci-devant marquis de Sillery, confident déshonoré d'un prince méprisable , fut envoyé par la faction, alors dominante, en qualité de com missaire de la Convention nationale, auprès de Dumouriez. La trahison, qui devait sauver l'armée aux abois du despote prussien, fut consommée. Dumouriez laissa là les ennemis, ravagés par une espèce d'épidémie, après avoir lui-même annoncé plusieurs fois à la Convention leur ruine totale et inévitable : il revint brusquement à Paris, où il vécut plusieurs jours dans une intime familiarité avec Brissot, Pétion, Guadet, Gensonné, Carra et leurs pareils... Il ne resta plus aux conspirateurs d'autre parti que de tirer le roi de Prusse et Brunswick du mauvais pas où ils s'étaient engagés. Tel fut l'objet de la mission de Carra et de Sillery... Dumouriez laisse partir Brunswick et le roi de Prusse, avec leur armée délabrée ; et, de concert avec la faction, va porter le foyer de la guerre dans la Belgique... Après la mort de Louis Capet, les conjurés ne cessèrent de conspirer, parce que ce n'était pas à l'ancien tyran qu'ils étaient dévoués, mais à la tyrannie. Us étaient coalisés avec les généraux perfides qu'ils avaient

choisis ou soutenus, surtout avec Dumouriez. Tous les crimes

d i 4 FOU QUIER-TIN VILLE ET LE

que ce traître a commis dans la Belgique sont les leurs ; ses infâmes opérations furent concertées avec eux. Ils dominaient au comité de défeùse générale, au comité diplomatique, au conseil exécutif ; leurs relations intimes avec Dumouriez étaient connues. Gensonné entretenait avec lui une correspondance journalière ; Pétion était son ami : il n'a pas craint de s'avouer le conseil des d'Orléans, surtout de ce jeune ci- devant duc de Chartres, qui a fui et conspiré avec Dumouriez ; il était lié avec Sillery, avec sa femme...

» Marseille succomba sous les eflorts de la même faction . Les complices des Barbaroux , des Duperret, desRébecqui, longtemps méprisés, accablèrent enfin la cause républicaine. Peu de temps après la condamnation du tyran, Rébecqui avait donné sa démission pour aller se mettre à la tête des royalistes de Marseille, et fut remplacé par Mainvielle, qui a marché sur ses traces. Les patriotes de cette ville furent incarcérés. Les uns furent assassinés dans leur prison, les autres sut les échafauds. Ces désastres suivirent de près l'époque où les Bourbons avaient été imprudemment envoyés dans cette ville. Une circonstance frappante doit ici fixer l'attention publique : c'est que la même faction qui accusait les républicains de Marseille, éjgorgea ces républicains et s'abstint de juger ce d'Orléans et tous les Bourbons que la Convention nationale avait envoyés au tribunal de Marseille pour être jugés. D'Orléans et son odieuse race vivent encore, et les magistrats patriotes de Marseille qui l'avaient poursuivi, et les défenseurs des droits du peuple ont été immolés par un tribunal composé de bourreaux !

» Coustard, en Vendée, poussa la scélératesse et la lâcheté jusqu'à fournir des secours et des munitions aux rebelles... »

Après cette lecture, le président Herman dit aux accusés : Voilà ce dont le peuple français vous accuse, par l'organe de ses représentants. Prêtez une oreille attentive , les débats vont commencer.

L'accusateur public fit subir au duc d'Orléans l'interrogatoire suivant :

D. Avez- vous connu Brissot ?

R. Je l'ai connu, mais je ne me rappelle pas lui avoir parlé depuis qrfil est à la Convention.

D. Quel était le poste que remplissait Sillery-Genlis ?

R. Il m'était attaché en qualité de capitaine des chasses du ci-devant Dauphiné.

D. N'avez-vous point eu chez Sillery des entrevues particulières avec Laclos, Brissot et autres conspirateurs ?

R. Non.

D. Depuis quel temps avez- vous cessé de fréquenter Pétion?

R. Depuis qu'il m'avait conseillé de donner ma démission de représentant du peuple.

D. N'avez-vous pas assisté à des conciliabules tenus chez Pétion î

R. Non.

D. Comment avez-vous pu consentir à livrer votre fille entre les mains de ce traître et de la Genlis, femme adroite et perfide, qui depuis a émigré ?

R. J'ai, en effet, consenti à livrer ma fille à la femme Sillery, qui ne méritait pas ma confiance ; elle s'est associé Pétion ; je lui ai, sans dessein, donné mon approbation pour qu'U l'accompagnât en Angleterre.

D. Mais vous ne deviez pas ignorer que la Sillery était une intrigante?

R. Je l'ignorais absolument.

D. Quel était le motif du voyage de votre fille, en Angleterre ?

R. Le besoin de voyager pour rétablir sa santé.

D. N'est-ce pas par suite d'une combinaison que vous, accusé, avez voté la mort du tyran, tandis que Sillery, qui vous était attaché, a voté contre ?

R. Non, j'ai voté en mon âme et conscience.

D. Avez-vous connaissance que Pétion ait été lié avec quelqu'un de votre famille î

R. Non.

D. Vous n'avez sans doute pas ignoré qu'il entretenait une correspondance très-suivie avec votre fils qui était à l'armée de Dumouriez ?

R. Je sais qu'il a reçu de lui plusieurs lettres.

D. Avez-vous connaissance que Sillery était très-lié avec Buzot et Louvet T

R. Non.

D. Avez-vous connaissance que Louvet devait proposer l'expulsion des Bourbons hors du territoire de la République ?

R. Non.

D. N'avez-vous pas un jour dîné avec Ducos et plusieurs autres députés conspirateurs ?

R. Je n'ai jamais eu de liaisons avec eux.

D. N'est-ce point par suite des liaisons qui existaient entre vous et la faction, que toutes vos créatures ont été nommées à la tête de nos armées ?

R. Non, certainement.

D, Mais, par exemple, vous ne devez pas ignorer que Ser-

van n'était qu'un ministre de nom, et que c'était Laclos, votre affidé, qui dirigeait le ministère ?

R. Je n'ai aucune connaissance de ce fait.

D N'avez-vous pas dit un jour, à un député que vous rencontrâtes : Que me demanderas-tu quand je serai roi?

R. Je n'ai jamais tenu ce propos.

D. Ne serait-ce point à Poultier que vous l'auriez tenu ? et celui-ci ne vousa-t-il pas répondu : Je te demanderai un pistolet pour te brûler la cervelle ?

R. Non.

D. N'avez-vous pas été envoyé à Marseillef par la faction, à l'effet d'écarter les traces de la conspiration dont vous étiez le principal chef?

R. Non.

D. Comment se fait-il que vous, qui étiez à Marseille au milieu des fédéralistes qui firent emprisonner et supplicier les patriotes , ils vous ont laissé tranquille ?

R. Je parus devant un tribunal qui, après m'avoir donné un défenseur, m'interrogea et ne me trouva pas coupable.

D. A quelle époque ont cessé vos correspondances avec l'Angleterre ?

R. Depuis 1790, que j'y ai été pour vendre une maison et des effets que j'y avais.

D. Connaissez- vous le nommé Dumont?

R. Non.

D. N'avez-vous pas eu connaissance de courriers qui allaient et venaient de Paris à Londres , à cette époque T

R. Non.

D. Pendant votre séjour à Londres, n'avez-vous pas été lié avec des- créature s de Pitt ?

R. Non ; j'ai vu Pitt, parce que j'avais des lettres à lui remettre.

D. N'avez-vous pas vu des Anglais résidant en France depuis 1790 ?

R. Je ne le crois pas.

D. Les raisons du voyage de votre fille n'avaient-elles pas pour but de la marier à quelque prince de la maison d'Angleterre ?

R. Non.

D. Quels ont été les motifs de votre prétendue mission en Angleterre ?

R. C'est que l'on savait que j'étais très-lié avec le parti de l'opposition, et il s'agissait d'entretenir la paix avec l'Angleterre, à cette époque.

D. Avez-vous eu connaissance des manœuvres de Dumouriez, avant que sa trahison eût éclaté î

R. Non.

D. Gonmaent ferez-vous croire aux citoyens jurés que vous ignoriez les manœuvres de ce scélérat, lui qui était votre créature, vous dont le fils commandait sous ses ordres et qui a fui avec lui en partageant sa trahison envers le peuple français ; vous qui aviez votre fille prés de lui et qui entreteniez des correspondances avec lui?

R. Je n'ai jamais reçu de lui que deux ou trois lettres, qui ne roulaient que sur des choses très-indifTérentes.

D. Pourquoi, dans la République, souffriez- vous qu'on vous appelât prince ? ,

R. J'ai fait tout ce qui dépendait de moi pour l'empêcher ; je l'avais môme fait affldher à la porte de ma chambre, en

observant que ceux qui me traiteraient ainsi seraient condamnés à l'amende en faveur des pauvres.

D. Quelles étaient les vues des grandes largesses que vous avez faites pendant la Révolution?

R. Je n'ai point fait de grandes largesses; j'ai été heureux, pour soulager mes concitoyens indigents au milieu d'un hiver -rigoureux, de vendre une petite portion dé mes propriétés.

Fouquier passa ensuite à l'interrogatoire de Coustard :

D. Qu*alliez-vous faire à Nantes ?

R. J'y ai été envoyé par la Convention nationale.

D. Pourquoi, au lieu de remplir votre mission, vous ètesvous occupé, au contraire, à provoquer la force départementale ?

R. Je ne l'ai point provoquée ; j'ai combattu les rebelles à la tète des armées de la République.

D. N'avez- vous pas tenu, à Nantes, des propos tendant au rétablissement du fédéralisme ?

R. Non ; c'est une calomnie atroce qui a été écrite sur moi à cet égard; j'ai communiqué mes idées à Gillet et à Merlin, mes collègues; ils m'ont répondu qu'ils pensaient comme moi : qu'il fallait mépriser cette lettre, qui n'était point signée.

D. Pourquoi, lorsque le terme de votre mission fut rempli, n'ôtes-vous pas revenu prendre votre place à la Convention.

R. J'étais dans l'alternative d'opter. entre le poste de représentant du peuple et celui de servir dans l'armée de la République. Je n'ai pas voulu revenir, parce qu'il aurait semblé qu'il y avait lâcheté de ma part, d'autant plus que les rebelles, à cette époque, menaçaient Nantes.

D. Un homme de plus ou de moins n'était pas dans le cas l'empêcher les rebelles de marcher sur Nantes ?

R. Un homme fait beaucoup, lorsqu'il a la confiance de ses concitoyens pour les mener au combat.

D. N'êtes-vous pas, au contraire, resté à Nantes dans rintention de favoriser les projets hostiles des brigands de la Vendée, et ne leur avez-vous pas fait passer des munitions de guerre et de bouche ?

R. Je ne suis resté à Nantes que pour les combattre.

D. Quel genre de conduite y teniez-vous ?

R. Ma conduite était publique ; les généraux Canclaux et Merlin pourront la certifier.

D. Est-ce vous qui avez envoyé le maire de Nantes invectiver la Convention ?

R. Non ; c'était la Commune.

D. Connaissiez-vous ce maire?

R. Oui, je le connais parce qu'il est mon concitoyen.

D. Dans quel endroit de la Convention siégiez-vous ?

R. Je n'avais point de côté fixe.

D. N'étiez-vous pas de la faction brissotine î

R. Je n'étais d'aucun parti ; lorsque j'ai vu la conjuration découverte, cela m'a engagé à me méfier des hommes.

D. Quelle a été votre opinion dans la Convention nationale, lors du jugement du dernier tyran ?

R. J'ai voté contre la mort et l'appel au peuple , parce que je croyais que c'était le meilleur parti à prendre dans les circonstances.

D. Avez-vous voté pour la formation de la commission des Douze ?

R. Je n'étais point alors à Paris.

TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE. 12i

Après ces questions, qui, on le voit, ne roulaient sur aucun fait délictueux qui ait pu être établi par l'histoire elle-même, Voidel, défenseur du duc d'Orléans, demanda l'audition d'un témoin.

Ce témoin, Claude Agoust, dépose : « Quelques jours avant l'assassinat de Pelletier (Saint-Fargeau), je fus chargé d'une mission à... Une femme me fit part qu'un particulier, qu'elle désigna, était porteur d'une épée empoisonnée , pour assassiner le citoyen Egalité. Ayant pris le signalement de ce particulier, je le communiquai à l'administration de police , puis à l'accusé, auquel je recommandai de se plastronner, crainte d'événement. Celui-ci me répondit de me tranquilliser sur son compte, 'attendu qu'il brûlerait la cervelle à l'assassin, s'il se présentait. Quelque temps après, ayant été instruit que le particulier en question était parti pour Gênes, j'en inslruisis l'accusé. J'ai entendu dire à celui-ci qu'il ne voulait pas être roi, qu'il n'en fallait pas. J'ai fait, dans le temps, la déraie. »

claration des faits ci-dessus au Comité de Sûreté géné-

Voidel présenta ensuite la défense de l'accusé Egalité. « Il entre dans les détails de sa vie politique, porte le Bulletin du Pribunal révolutionnaire] il expose que le voyage de la fille Egalité n'a eu lieu que sur la fin d'octobre 1792, à l'effet de rétablir sa santé et de se perfectionner dans la langue anglaise. La femme Siliery ne voulut point partir sans être accompagnée d'une couple de patriotes. Pétion, qui jouissait alors de cette qualification, fut choisi, ainsi que lui , pour l'accompagner. Il entre ensuite dans les détails de ce qui s'est passé en Angleterre, ainsi que de la trahison de Dumouriez. Il reproche à celui-ci d'être l'auteur, de tous les malheurs

arrivés à la famille de son client : Il a, dit-il, égaré Tesprit du jeune Egalité et Ta engagé à s'expatrier avec lui, tandis que la femme Sillery, d'un autre côté, pervertissait l'opinion de sa sœur... Il passe ensuite à l'état de fortune de l'accusé et termine en faisant observer que son client a toujours été ami de la liberté, qui était, d'ailleurs, son seul élément. Il observe, en outre, que les royalistes ne pouvaient pas le souffrir, qu'il était leur plus mortel ennemi ; que si la contrerévolution avait pu avoir lieu, ils n'auraient point manqué de le faire périr ; que ce fait est constaté par les papiers trouvés sur le scélérat Paris, assassin de Michel Pelletier (Saint-Fargeau), dans lesquels ce monstre déclare que son seul regret est de ne pas en avoir fait autant à l'accusé pendant le règne de la faction. »

Après l'audition du défenseur de Goustard, le président Herman a prononcé le jugement suivant :

« Le tribunal, d'après la déclaration unanime du jury, portant que Louis-Philippe-Joseph Egalité, ci-devant duc d'Orléans, et Anne-Pierre Goustard, ex-députés à la Gonvention nationale, sont convaincus d'être les auteurs ou complices de la conspiration qui a existé contre l'unité et l'indivisibilité delà République, contre la liberté et la sûreté du peuple français ;

» Faisant droit sur le réquisitoire de l'accusateur public, condamne lesdits Egalité et Goustard à la peine de mort, conformément à la loi du 16 décembre 1792, dont il a été donné lecture, déclare leurs biens acquis et confisqués au profit de la République. »

Puis le Bulletin ajoute :

a Le même jour, vers quatre heures de relevée, lesdits

condamnés ont été conduits au lieu ae leur exécution. Arrivé devant son ancien domicile, Egalité a jeté dessus un regard sec, qu'il a prolongé jusqu'à la rue de la Loi. Au demeurant, on n'apercevait sur sa figure aucune altération. II a été exécuté le premier sur la place de la Révolution. »

La mort ! telle est la récompense accordée par la Révolution à un prince qui avait renié sa naissance et méconnu les droits de la nature pour la servir. Indodti discant et ament meminisse periti.

Le 18 brumaire, M"* Roland eut son tour. Elle reçut le coup fatal le lendemain.

Le 19 brumaire, le vertueux Bailly fut mis en jugement. On a vu plus haut, que lorsqu'il avait comparu comme témoin dans le procès de Marie- Antoinette , le président Herman l'avait déjà traité comme un accusé, et que les jurés euxmêmes avaient opposé leurs assertions aux dires de l'ancien maire. Le principal chef d'accusation élevé contre lui était la conduite qu'il avait tenue au Champ-de-Mars, le 17 juillet 1792.11 expliqua vainement que, dans cette journée, il n'avait été que l'organe de la loi. Il n'en fut pas moins condamné à mort, avec cette particularité qu'au lieu de subir sa peine sur la place la Révolution, il serait exécuté au Ghamp-de-Mars, à la place même oii il avait versé le sang du peuple. Nous ne rappellerons pas l'agonie douloureuse de son supplice : elle est dans la mémoire de chacun. C'est le 20 brumaire qu'eut lieu cette exécution.

Le 7 frimaire (27 novembre), Duport et Barnave comparurent sous la présidence d'Herman . C'est pendant les débats de cette affaire que Fouquier poussa la cruauté jusqu'à inter-

rompre la défease, afin de donner lecture d'ua décret de la Convention accordant au bourreau et à ses aides une augmentation de traitement. Une double condamnation à mort fut prononcée un instant> après la reprise des débats. Elle fut exécutée le lendemain.

On a vu plus haut que, le 12 juillet, le tribunal révolutionnaire avait envoyé à la guillotine neuf personnes comme coupables d'une prétendue tentative d'assassinat contre Léonard Bourdon, quoique la Convention nationale ejHt, quelques jours auparavant, le 19 mai, sur le rapport de Noël, ordonné l'élargissement provisoire des détenus dans cette affaire . Le 18 frimaire an II (8 décembre 1793), Fouquier-Tinville, à l'instigation du même Léonard Bourdon, mit en accusation l'infortuné Noël, auquel on n'avait à reprocher que ce courageux rapport et son abstention dans le procès de Louis XVI. Il n'en fut pas moins condamné à inort, comme convaincu d'être l'un des complices de la conspiration contre l'unité et l'indivisibilité de la République, la liberté et la sûreté du peuple français.

Arrivons au procès d'Anacharsis Clootz, d'Hébert et consorts.

Avant d'aborder cette affaire, notons, toutefois, que le nombre des acquittements prononcés par le tribunal contrariait vivement les terroristes, Robespierre en tôte. Celui-ci fit, en effet, au nom du comité de Salut public, un rapport, dans lequel il disait : « La loi n'est pas assez prompte pour punir les grands coupables. Les étrangers, agents des rois coalisés, des généraux teints du sang des Français, d'anciens complices de Dumouriez, de Custine et de Lamarlière, sont depuis longtemps en état d'arrestation et ne sont pas jugés. Les membres

du tribunal révolutionnaire dont, en général, on peut louer le patriotisme et l'équité, ont eux-mêmes indiqué au Comité de Salut public les causes qui, quelquefois, entravent sa marche sans la rendre plus sûre, et nous ont demandé la réforme d'une loi qui se ressent des temps malheureux où elle a été portée. » Et il fit voter un décret portant que le Comité de Salut public ferait, dans le plus bref délai, son rapport sur les moyens de perfectionner l'organisation du tribunal révolutionnaire.

Douze jours après, le 17 nivôse, Merlin, plus, tard notre grand magistrat, mais alors si misérablement inféodé à l'anarchie révolutionnaire, fit le rapport à la suite duquel l'assemblée décréta « qu'en cas de partage des voix des jurés, l'accusé devant être acquitté, il ne serait, à l'avenir, procédé que par onze jurés. » Il en résulta qu'un accusé ne pût plus avoir le bénéfice d'un acquittement qu'autant qu'il aurait la majorité des voix en sa faveur.

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