‹ Four plays of ShakespeareChapitre 61 sur 69 · Scène I. — La Cellule du Moine Laurence · texte numérisé non relu

Scène I. — La Cellule du Moine Laurence

Le Moine . Jeudi, Monsieur? le temps est donc très court.

Par. Mon père, Capulet, veut l’avoir ainsi,

Et je ne me presse pas de l’ajourner.

Le Moine. Vous me dites donc que vous ne savez pas Quelles sont les sentiments de Madame :

Inégale est la course, je ne l’aime pas.

Par. Elle déplore immodérément la mort De Tybalt ; pour cela j’ai peu parlé D’amour, parce que Vénus ne sourit pas Dans une maison de larmes, et maintenant Monsieur son père le compte très dangereux Qu’elle s’abandonne ainsi à sa douleur ;

Et dans sa sagesse hâte notre mariage,

D’arrêter l’inondation de ses larmes :

Qui, étant trop nourrit en solitude,

Seront détournées par la société :

Maintenant sais-tu la cause de cette hâte.

Le Moine. Que je saurais nul raison de délai. \A part.

Voie, ici vient la dame vers ma cellule.

Juliette entre.

Heureusement rencontré Madame ma femme Jul. Cela peut être quand je puis être une femme Par. Cela peut être, doit être Jeudi prochain.

Jul. Que doit être arrivera.

Le Moine. C’est certain.

Par. Viens-tu faire confession à ce frère ?

Jul. Répondre serait de vous faire confession.

Par. Ne nie pas à lui, chérie, que tu m’aimes.

Jul. Je vous confesserai donc que je l’aime.

Par. Tu confesseras aussi que tu m’aimes.

Jul. Si je le fasse, ce sera plus en prix,

Parlé derrière le dos qu’à ta face.

Par. Pauvre âme, ta figure est bien abusée Par des larmes.

Jul. En cela les larmes n’ont que

Peu de victoire, car elle fut assez laide Avant leur dépit.

Par. Tu la lèses, chérie,

Plus même que les larmes en disant cela.

Jul. Ce qui est vrai n’est pas une calomnie ;

Ce que j’ai dit, je l’ai dit à ta face.

Par. Ta figure est à moi, et tu la lèses.

Jul. Cela peut être, car elle n’est pas à moi.

Es-tu à loisir, saint père, maintenant,

Ou te viendrai-je à la messe dans le soir?

Le Moine. Mon loisir me sert maintenant, fille triste.

Milord, nous vous supplions de nous laisser seuls.

Par. Dieu défend que je troublerais prières !

Juliette, Jeudi de bonne heure je viens.

Jusqu’alors garde ce saint baiser. [Paris sort.

Jul. Oh, ferme la porte ! et quand tu l’as fait,

Pleure avec moi, hors d’espoir, hors de cure !

Le Moine. Ah, Juliette, je sais déjà ton grief ;

Il m’exerce au delà de ma raison :

J’entends, et rien ne peut le différer,

Qu’il faut que tu épouses demain ce comte.

Jul. On ne me dis pas, moine, que tu l’entends Sans me dire comment je puis l’empêcher :

Si, dans ta sâgesse, tu puis m’aviser,

Tu n’as qu’applaudir ma résolution,

Et je l’aiderai avec ce couteau.

Dieu joignit nos deux cœurs, et toi nos mains ;

Et avant que cette main, jointe par toi

ROMÉO ET JULIETTE [acte iv.

À Roméo, se rendra à autrui,

Et que mon vrai cœur, comme un traître perfide,

Tournera à autrui, ce couteau-ci.

Alors, de ta vie longue et éprouvée,

Donne-moi quelque conseil, ou vois, entre moi Et ces extrémités, ce couteau vif Jouera comme arbitre, déterminant Ce que ta sagesse et expérience Ne pouvaient porter à un résultat D’honneur. Ne tarde pas à parler, moine ;

Je veux bien mourir, si autre remède manque.

Le Moine. Voilà, retourne ; soie gaie, donne consentement D’épouser Paris : Mercredi est demain ;

Demain soir prends garde de vous coucher seul ;

Ne laisse votre nourrice rester avec vous

Dans votre chambre : en couchant prends cette fiole,

Et bois d’un coup cette liqueur distillée;

Quand bientôt une humeur lourde courrera À travers tes veines entières, car nul pouls Gardera son progrès, mais cessera :

Nul chaleur, nul souffle seront des témoins De ta vie; les roses sur tes joues et lèvres Se faneront aux cendres, les fenêtres des yeux Tomberont comme dans la mort, quand il ferme Le jour de la vie ; chaque portion, privée Du gouvernement souple, paraîtra raide et froide Comme la mort, et dans cette forme empruntue De la mort froide tu continueras Pendant quarante-deux heures, après cela Tu t’éveilleras comme d’un sommeil plaisant.

Ou, comme ton fiancé vient de bonne heure T’éveiller de ton lit, là es-tu mort :

Alors, comme c’est la coutume dans notre pays,

Habillée dans tes meilleures robes sur la bière Seras-tu portée à l’ancienne voûte,

Où réposent la famille des Capulets.

Au même temps, avant que tu t’éveillâsses,

Roméo saura par mes lettres notre but *

A Mantoue, te livrant donc de cette honte,

Si nul caprice, nulle crainte, nulle peur de femme Arrêtent ta valeur en l’accomplissant.

Jul. Donne-moi, donne-moi, ne me parle pas de crainte !

Le Moine. Tiens : va tu, soie fort et brave et prospère Dans ta résolution : j’enverrai vite Un moine à Mantoue avec ces nouvelles.

Jul. Amour, donne-moi force ! et la force aide-moi !

Adieu, cher Père ! [/A sortent.

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