‹ Fourier et Napoléon, l'Égypte et les cent jours, mémoires et documents inéditsChapitre 11 sur 34 · CHAPITRE VL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VL

Foorier. Préface historique de la Description de^l'Égypte. Histoire littéraire (le («t ouvrage. Première rédaction coiDmiiniquéeà l'Enifiereur. Deuxième rédaciioa oflicieUe» corrigée et mutilée dans sa troisième rédaction.

L'idée et le projet de réunir dans un seul ouvrage tous les matériaux concernant Tétat ancien

et Tétat moderne de l'Égypte, ramassés par l'Institut du Kaire et par les deux commissions des sciences et des arts qui furent chargées , d'après l'ordre du général en cliei Bonaparte , donné le

37 thermidor an VII (i4 août 1799), d'explorer h contrée sous ces deux rapports, remonte au premier frimaire an VIII (22 novembre même année). Les detix commissions étaient de retour au qnairtier' généra) du Raire, et KJéber, qui com* mandait en chef, écrivait à l'Institut d'Égypte en ces termes :

<r On ne peut qu'applaudir à l'activité surpre- « nante, à l'union qui a régné et au partage bien c entendu des travaux entre les membres des « deux commissions, et surtout à l'idée vrai- « ment libérale et patriotique de confondre tant

< de belles choses dans un seul et grand ouvrage , a et de déposer les objets qui en sont suscepti- «blesy dans les collections nationales.

« Ceux des Français qui , avant la formation c des commissions, ou pendant leurs recherches, « ont visité la Haute-Egypte sous le rapport des «sciences, des arts, ou qui eu ont allié l'étude « à d'autres occupations, doivent aussi se réunir «t aux commissions; car l'objet est le même , celui « de recueillir pour répandre l'instruction et « concourir à élever un monument digne du « nom français.

Je désire en conséquence que l'on prenne

< des mesures promptes pour assurer la rédaction a des différents travaux , pour distribuer les ma- « tières, et désigner celui qui sera chargé d'or« « donner l'ensemble de ce beau travail et d'en

74 l'jsgyptb ut IiES cent Jouas.

« lier toutes les parties. L'Institut sentira k né- « cessité d'une mtroduction générale partant « d'un seul jet. »

Et les deux commissions réunies a^ec l'Institut, désignèrent Fourier d'un vote presque unanime pour réunir et puMier la collection des travaux (i).

Le i8 messidor suivant juin iBoo), Kléber fit connaître l'ensemble de ces mesures au Direc» toire exécutif déjà remplacé par le gouvernement consulaire. C'est dans la même lettre qu'il annonce deux choses également diCBcUes à réaliser : d'abord , que la plus grande partie des membres des deux commissions allait se rendre en France; et ensuite que les auteurs de la collection projetée trouvaient, dans l'association qu'ils avaient formée , les moyens de subvenir aux frais de la publicaticm (a).

Le retour de l'armée d'Orient en France fut l'occasion de dispositions nouvelles. lie gouver-

(i) DélibératioD du 3 frimaire an YIU (94 dot. 1799).

(a) Ceci se rapporte à une oonveatioD passée parles membres de la Commission des Arts avec Hamelin qui intervenait dans la publication de la collection générale des observations déjà réalisées. Le général Kléber avait sanctionné cette conventioD. Mais à la fin du septembre iSoo le général Menou rejeta un arrangement qu'il considérait comme déahonoranl pour la république à qui appartenaient tous ces travaux, et qui devait en conséquence se charger de l'exécution du grand ouvrage ainsi que de récompenser magnifiquement les auteurs. (Lettre de Menou au Prunier Consul, du Kaira, le a vendémiaire an IX.)

LÉGYi>ï£ £T LES C£irT iULllS. 'jS

iiement français , dont le chef , le premier Consul , mettait au premier rang dans ses affections et les soldats et les savants naguère les compagnons de ses glorieux exploits en Égypte j se chargea de la publication de l'ouvrage projeté 9 ordonna qu elle serait faite aux dépens du trésor public , conserva aux collaborateurs les traitements dont ils avaient joui en Egypte , et leur attribua tout le produit de la vente de rouvrage(i). £n Tamiée 1809, r£mpereur distribua entre tous les collaborateurs une inscription de vingt-trois mille francs de rente cinq pour cent.

Fourier fut chargé « de former la liste des a personnes qui devaient composer rassemblée « des savants et artistes revenus d*£gy pte ; et tous a les membres de l'Institut du Kaire devaient en « être , excepté ceux qui ne pouvaient en aucune 9 manière concourir au travail exigé (tels que tf ïaUien) , etc. (2). »

La réimion fut formée et Fourier élu de nouveau pour rédiger le discours préliminaire du grand ouvrage qui devait porter le titre de Description de l'Égypte.

Je ne sais si quelque écrivain , traitant une de ces questions qui dominent ^ parfois, dans l'histoire universelle des découvertes humaines , lut

(t) Arrêté des codsuIs, en date du 17 pluviôse an X (6 février 180a).

(a) Li*Ure de Mouge à Fourier.

76 l'égypti: kt li s cent jouiis.

jamais occupé et préoccupé de son sujet autant

queFourier ie fut de la rédaction de ce discours : mais il est avéré que le méri te éminent de l'ouvrage a justifié l'auteur de ses sollicitudes journalières , et Ta dédommagé des longs jours et des l echerches infinies qu'il consuma à sa composition.

Tai vu jeter sur le papier la première phrase de ce discours et je l'ai vu finir. Je puis donc . accorder ici quelques lignes à l'histoire d'un ouvrage qui a pris et qui conservera un rang élevé dans notre littérature. £t d'ailleurs li est si rare qu'un sujet fécond en hautes pensées , en grandes vues, en merveilleux souvenirs, un sujet qui renferme en lui l'histoire primitive de l'homme et de tous les arts de la civilisation , s'offre à la plume d'un écrivain élégant et correct, dont le goût perfectionné par Tétude attentive des meilleurs modèles , les dépasse quelquefois ; dont l'esprit 9 façonné aux impérieuses acceptions des signes de la langue des calculs, sait lui emprunter la rigoureuse propriété des mots signes de ses idées, et trouvant dans ses propres inspirations les régies de leur meilleur arrangement, révèle du même trait à l'art d'écrire de nouveaux préceptes et des secrets nouveaux!

Si j'indique ici les labeurs extraordinaires auxquels Fourier se condamna à l'occasion de son discours , c'est pour rappeler combien sa mission lui paraissait solennelle : il lui fallait plaire

l'égtpte et les cent jours. 77

à r Empereur en lui racontant sa vie de général qui l'avait porté au consulat et élevé du consulat à Tempire; le public attendait beaucoup de Fourier ; ses compagnons du désert l'avaient fait leur historien, et lui-même était pour son ouvrage le plus difficile de tous les juges.

Foiu*ier lut tout ce qui avait été écrit sur TÉgypte par les Grecs, les Latins , les Arabes, par les savants et par les voyageurs des temps modernes. Il chargea im secrétaire de confiance, de chercher et signaler, au moyen d^un fichet , tous les passages où le mot Egypte était imprimé dans les trente-cinq volumes in-folio deFEncyclopédîe; et ce ne sera pas assez peut-être pour faire connaître jusqu où se portaient ses scrupules au sujet de l'acception d'un mot ou de sa véritable orthographe, de rappeler que mon Irere fut obligé d'écrire une espèce de mémoire , nourri de passages originaux et d'exemples ayant autorité, pour convaincre Fourier qu'il avait raison d'écrire avec h le mot Fathimites : il avait eu longtemps sur cette lettre des doutes qui le fatiguaient. Ajoutons que, lorsque son discours lui parut à peu près terminé , il en fit relever tous les mots, et il fallut vérifier s'ils étaient tous régulièrement employés avec l'acception consacrée par le dictionnaire de l'Académie. Fourier qui, par quelques heureuses innovations, avait bien rendu au dictionnaire autant qu'il en avait

^8 L^éGVPTE ET LES CENT JOUttS.

reçu , n'en fut pas moins , comme on le voit , fort respectueux envers Tautorité l^itime :

eiemple bon à citer sans le moindre risque de

contagion.

Il s' était fût aussi , après de mûres réflezioas,

quelques règles dont il ne s*est point écarté. Dès qu'il eut conçu et arrêté le plan général de son discours, il en détermina toutes les parties, et il écrivit chacune d'elles séparément, remettant à un autre temps le soin de les lier par des transi* tions tirées du sujet même. H y avait dans cette conception une régularité mathématique, le discours entier se décomposant en six. sections principales renfermant trente-six articles qui composent, par leur ensemble, le tableau de l'Égypte ancienne, les motife de l'expédition fran* çaise, l'objet et le plan de rouvrage publié, et une conclusion générdie , où les temps anciens et modernes sont rapprochés dans des vœux généraux pour la régénération de TÉgypte, évoquée enfin de ses nécropoles par la gratitude des nations de l'Occident.

Si de ce plan général du discours, nous portons notre attention sur des détails d'exécution littéraire, nous y remarquerons l'exclusion atten* tive des termes techniques, résolution aventureuse peut-être au sujet d'un écrit où h^s bienfaits des arts devai^t être souvent rappelés en opposition anx souvenirs de la barbarie. A Texception des

l'egtpte et les cent jours. 79

noms des génératix en chef de Parniée d'Orient, aucun autre nom n'y est écrit. Les chefs des divers services publics, militaires et civils, sont honora*' blement désignés , et voilà tout ; mais leur éloge ne demeure pas anonyme, car l'histoire recon<» naissante remplira fiuïilement cette lacune qui n'a pas été un oubli.

Après la légitimité des mots, venait l'euphonie avec toutes ses exigences : j'avais été investi du privilège de lire à haute voix devant l'auteur les parties rédigées; une £aiusse intonation ,«tme fausse mesure, excitait de douloureuses exclamations. J'ai fait de nombreuses répétitions et j'étais assez bien préparé , quand arriva le jour de la lecture générale : ce fut le 28 juin 1809. Fourier s'était retiré dans une maison de campagne, située a deux lieues de Grenoble, et inaccessible aux voitures j il avait mis réellement, comme il le disait, entre lui et les distractions mondaines un torrent, celui du Drac , qu'on ne passait qu'en bateaux. Ce lieu se nommait Beauregard, • territoire de Pariset : j'en recevais fréquemment des nouvelles, et j'en revenais chargé de recherches et de vérifications , toujours reçues et employées avec confiance : j*ai sous la main quel^ ques-unes de ces notes écrites à Beauregard.

« Aristarque de Samos a proposé le mouve* «t ment de la terre ; il a été accusé d'impiété par « le stokien Gléantbe. Vérifier les passages

8o l'ÉGYPTK et I4KS CENT JOURS.

« originaux relatifs à ce (ait, et voir Bailly , His-

a toire de T astronomie moderne. »

<c Anaxagore soutenait plusieurs points du « système du monde, et ses opinions astrono- « miques l'ont exposé à Taccusation d'impiété. « Vérifier dans Diogène Laêrte, Plutarque, etc. »

« Un savant avança l'opinion des antipodes et tt fut repris à cet égard par le pape Zacharie. « Vérifier idem. »

« Diversité des chronologies des Écritures, a Consulter une dissertation dans Lenglet Dua fresnoy; Je j)cre Pezron ; l'opinion de saint a Jérôme , de saint Augustin ; les commentaires « de dom Galmet sur la Bible. »

« ^numération des opinions astronomiques a attribuées aux Égyptiens. »

<c Énuinération des écrits qui ont été récem- <c meut publiés contre i'anciemieté de TÉgypte. « Rassembler ces écrits. »

« Opinion des anciens sur l'ancienneté de a rÉgypte. 11 faudrait rassembler les citations « relatives à cette antiquité, prises dans les aucf teurs grecs et latinS| Platon, Cicéron, etc. Con- « sulter Fréret, Défense de la chronologie. »

On peut assurer qu'il n'y a point dans la belle composition littéraire de Foiu*iery une seule phrase qui n'ait pas été étudiée dans chacun de ses mots 9 comme ces mots le furent dans leiu: ' exact rapport avec la pensée qu'ils doivent expri-

l'égypte kt les cent jours. 8i

mer : et Tauteur de la Préface historique était

du petit nombre des écrivains qui pensent que le temps est un élément nécessairè de toute chose pour être bonne et durable.

On a dit cependant de ce discours qu'il est presque aphoristique, abondant en assertions, en sentences admirablement exprimées , dépourvues de toute démonstration. Fourier n'oublia jamais qu'il écrivait un discours, dont le style devait ré* pondre à ses hautes pensées , la diction au sujet grave et brillant de l'ouvrage , et que, sans rien emprunter de Tart oratoire, son langage devait être digne de la noble mission qu'il avait reçue et des glorieux souvenirs qu'il devait retracer. Il se proposait en même temps de donner plus tard ce qu'on lui demandait : ses manuscrits existent en bon ordre; une édition expresse de sa Préface historique , suivie de notes et de développements justificati&, aurait mis en toute évidence les nouveautés historiques annoncées dans ce discours.

Lorsqu'il le jugea presque terminé , Fourier se rendit à Paris dans l'automne de Tannée 1809. Il savait que l'empereur voulait voir son travail; les vues politiques, la relation des événements militaires devaient obtenir son approbation.

Près de dix années avaient passé sur les nouvelles doctrines historiques transportées d'Egypte en £urope ; le chef suprême du gouvernement

8a l'egypte et les cent jours.

français, qui s'était déclaré vrai croyant en Égy p te, s'était fait aussi fidèle croyant en France; les clameurs étaient bruyantes à Rome , à Genève, et à Paris contre Fantiquité égyptienne; de vives polémiques attiraient l'attention publique , et des circonstances si diverses n'avaient pas été sans influence sur le travail de Fom ier : eu peu d'années^ des idées ^ des mots et des phrases de son discours avaient déjà vieilli : ce fut pour lui un surcroît inattendu de préoccupations.

La copie de ce discours lui est demandée pour r empereur; il essaye des copistes, et se décide à leur substituer une copie imprimée.

L'imprimerie impériale seconde activement se» vœux ; je concours à la révision des feuilles , et l'ouvrage entier, qui reçut un titre tout nouveau, celui de Préface historique, produisit quarantedeux feuilles, format in-folio large, en gros caractères; il fut tiré de chaque forme trois bonnes feuilles simples, qui font de la préface historique, 7>re/7Mer« rédaction^ une édition tirée à trois exemplaires ; on n'en connaît même plus que deux.

Un de ces exemplaires fot cartonné en vert

pour l'empereur, qui le lut, et le garda longtemps sur son bureau. Le comte de Montalivet, ministre de l'intérieur, essaya plusieurs fois de le reprendre \ mais tout en lisant autre chose, \ empereur refemit lé vohnne en posant ss maindestfus. Fourier

l'égyptë £t les ckmt^ jours. 83 fut averti enfin que le général en cbet de Tarmée d*Égypte était satisfait; il apprit avec plus de coofiance qu'un jour était fixé pour lui rendre son ouvrage, dans le cabinet même de l'empereur. Ce fut alors qu'il reçut des avis dont il profita, ef qui sous la plume de Fourier ont prcfduit la seconde rédaction de ce discours, celle qui sert d'introduction à la Description de l'Égypte,' dont la première livraison fut publiée en 1810.

Le texte de cette pré/ace^ sous ces deux formes successives , montrera , si on les rapproche attentivement y ce que Napoléon lit supprimer de. la première, ce qu'il fit ajouter à la seconde : toutes les volontés de cet homme touchaient au, repos du monde, sa parole comme son silence.

Je possède l'exemplaire du premier discours , lu par l'empereur ; sur les marges et dans son texte se révèlent les décisions napoléoniennes; unei phrase est supprimée, ici , parce que lés Anglais! en abuseraient auprès de la Porte Ottomane; là, parce qu'elle alarmerait l'Europe en fusant redouter des projets qui n'existaient point. Une addition énonce de meilleurs motifs de l'invasion de rÉgypte; une autre doit la faire excuser en vue des véritables intérêts du sultan et de l'Europe continentale : on veut al>solument. persuader au monde entier que l'expédition fnuK çaise fut entreprise dans l'intérêt même de la

84 L'jéGTFTB ET LIS CENT JOURS.

cour Ottomane; et TefTet réel de tant d'efforts ^ trop renouvelés dans le désir d'atteindre ce but imprévu, c'est de rendre cette tentative trop évidentes delà faire considérer comme un trait de tardive habileté. Tai conservé religieusement Içs traditions de cette censure souveraine et légitime f qui imposa à Fourier l'obligation de retou* cher son discours , sinon dans son ordonnance générale , du moins dans les parties qui intéressaient directement les vues du gouvernement : on sait bien que par ce remaniement , Fourier ne gâta point son ouvrage*

L'approbation de l'empereur fat pour Fourier comme un bienfait inespéré; peu s'en fallut qu'il ne le prit pour une grâce; il n'en reçut aucune récompense.

Consulté sur les indemnités que méritaient les collaborateurs du grand ouvrage, il ne parla jamais de lui et ne mit son nom dans aucune liste. L'empereur lui dit à ce sujet : « Vous vous êtes oublié, mais j'y ai pensé. » Fourier apprit en é£kt qu'il était porté sur les listes pour une rente perpétuelle de douze cents francs : il écrivit à Tempereur pour demander d'être rayé y pria M. de Montalivet de solliciter pour lui, renouvela ses instances auprès de Napoléon qui| enfin, écrivit à la marge du placet de Fourier : Accordé. Fourier en fut heureux , mais c'est

l'ëGYPTE et les CEffT lOURS. 85

k seule fois sans dpute , dans Thistoire Tolumi*

neuse des pétitionnaires , que le mot Accordé a cette acception négative et économique.

Je remis de la part de Fourier un exemplaire de son discours à Millin, qui en fit un très-bon extrait dans le Magasin encyclopédique; et un autre exemplaire à M. de Fontanes. L'illustre académicien, grand maître de F Université, écrivit à Fourier une lettre dont on a déjà cité quelques extraits; voici son contenu tout entier :

« Je ne doute pas. Monsieur, que le travail a qu'on prépare sur l'Égypte ne soit digne des « savants qui l'exécutent , et du monarque qui « l'ordonne; mais, en attendant, j'ose vous dire « que votre discours préliminaire esta lui seul un « beau monument. Vous écrivez avec les grftces a d'Athènes et la sagesse d'Égypte. Tout est « élégant et grave dans votre style, et il y a longc temps que je n'ai rien lu d'aussi bon et d'aussi « solide. Je ne vous fais point de compliments ; c je vous exprime ma pensée tout entière, et je « vous l'écris après une seconde lecture qui m'a a £ût encore plus de plaisir que la première.

« Recevez, Monsieur, tous mes remerdments,

et l'assurance de ma plus haute considération.

« FoiITAirBS. »

■> P«ri«, le 38 mai 1810. »

Deux mois après, Fourier fit hommage de son Uvre au conseil général du département de

86 L'iGlTPTE ET LES CENT JOURS.

l'Isère, qui le iit déposer à la bibliothèque de . Grenoble, et consigna dans une délibération, en date du 7 juiJlèt, de nouveaux témoignages de son estime, de sa confiance pour Tadministrateur, et de son admiration pour Thistorien.

Fourier surveillait avec quelque anxiété Fopinion des journaux sur son ouvrage; on en parla plus qu'on n'en écrivit. L'Égypte effrayait les personnes pieuses qui ne l' étudiaient guère ; les zodiaques passaient pour des monuments d'athéisme et d'impiété, et l'interprétation de Fantiquité égyptienne, selon les collaborateurs du grand ouvrage, était comme une érudition nouvelle avec laquelle toute alhance était refusée par Tancienne. Toutefois , les feuilles étrangères furentplus empressées; un recueil anglais loua fort bien la pré£au:e historique de Fourier; un ami de Pans s'empressa défaire traduirel'article pour un journal français ; mais il arriva que les citations textuelles de la préface avaient été mises en anglais, qu'on remit cet anglais en français pour le compte de Fourier : il en fut extrêmement chagrin.

Sa sollicitude fut incessante, et il est vrai que ce célèbre discours troubla longtemps sa vie et ses autres travaux. Après TobUgation d'écrire les exploits récents et les triomphes mémorables delà république, à la satisfaction de l'autorité impériale déjà armée de toutes les formu* . les monarchiques , vint ensuite l'obligation aussi

de parler devant la restauration, de k TépaUi«

que et de l'empire ([ui n'étaient plus. Fouriersatisiitàlapremière condition, moyennant des éloges et de la sagesse , et à la seconde atec deasuppressions : tout ce qui concerne l'empereur dans ce discours, son nom même et son titre man* quent dans la troisième rédaction de la préfiM^e historique, réimprimée en 1831, avec la seconde édition du grand ouvrage : les ciseaux voraces d*iine censure malhabile ont passé par là ; mais l'histoire nationale comblera fiu^ilement ces lacunes, et la pré&ce historique deFourier conservera son nom parmi ceux des écrivains qui, par les rares mérites de leurs ouvrages, ont ùàt le plus d'honneur aux lettres françaises.

Il n avait pas renoncé complètement à ses recherches sur Tastronomie des anciens : il est certain toutefois que son zèle d'abord ardent sur ce difficile sujet fut refroidi par les critiques prématurées d'une opinion qu'il n'avait jamais manifestée; par l'empressement irréfléchi que mirent trop de personnes, bien ou mal préparées , à se jeter sur une telle matière , encore nouvelle dans les annales des sciences et des corps académiques ; enfin par la &veur manifeste du gouveriiement envers les opinions qui réprouvaient hautement le libre examen des monuments historiques, et qui rétrécissaient à dessein les temps primitifs des annales des arts. Dans les années qui suivirent celle ou la Préface

88 lHOYVTE KT ttS CENT JOURS.

historique fut publiée, les événements politiques

laissèrent peu de loisirs aux administrateurs laborieux, et les désastres qui amenèrent les changements introduits dans le gouvernement de la France en 18 14, retinrent l'esprit de Fourier bien éloigné des souvenirs et des antiquités de rÉgypte. Toutefois ces temps prochains lui réservaient encore de dures épreuves.

Page 1