TEXTE DE LA PRÉFACE HISTORIQUE
Pnnièiefédaelioa, joaqiilGi inédite» el oomnmiiiqiiée à remperaar. dnogemeoU, sappressioiit et addittoos. qoli ordonoi. HoIm el écUirei8fl«iDeDts de l'éditeur.
L'Égypte, placée entre TAfiriqne et TAsie, et oammimiqaant fiMsilement avee TEarope, occupe le eentre de Tanden continent. Cette contrée ne présente que de grands souvenirs ; elle est la patrie des arts et en conserve des monuments innombrables ; ses principaux temples » et ies palais que ses rois ont habités, subeistent enem, joigne les mcrfns aneiens de ces édifices alentété constmits avant la guerre de Thrfe (l). Homère, Lycurgue, Sdon, Pythagore et Platon, se rendirent en Égypte pour y étudier les sciences, la religion et les lois. Alexandre y fonda une ville opulente, qui posséda longtemps Fempire du commerce, et qui vit Fompée, César, Marc-Antoine et Auguste, décider entre eux du sort de Borne et du monde entier. Le propre de ce pays
(i) Il y a à Thèbee des édifices aotérieurs à U guerre de Troie; il en eiiste «nui d'époques bieo postérieures à cet événement «|ui appartient aux temps Tabuleua des annales de l'Occident.
l'Egypte et les cbvt tours. 89
est d'appeler TattentlOQ des princes illustres qui règlent les destinées des nations.
Il ne s'est formé, dans l'Ooeident on dans l'Asie, aneone puissance considérable qui n'ait porté ses vues sur l'Égypte, et ne Tait regardée , en quelque sorte , comme son apanage naturel. Tous les grands événements qui ont influé sur les mœurs, le commerce et la politique des empires, ont ramené la guerre sur les Iwids du Nil. On peut remarquer que les Perses, les Macédoniens, les lEiomains, les Arabes et tes Ottomans, s'emparèrent de cette prorince , aassItM après qu'ils se furent élevés au-dessus des peuples contemporains.
La religion avait autrefois inspiré à nos rois le désir d'entreprendre cette conquête, dont dépendait celle de la Palestine. Plusieurs princes croisés, et le pape Innocent III, fondateur de la puissance politique de Rome, a^aienl d^à iàit de grands efforts pour exécuter ce projet. Un des ministres qui connurent le mieux les intérêts de l'Europe , le cardinal Ximénès , l'avait renouvelé. Les rois qui ont gouverné le Portugal , TAngleterre et l'Espagne avec le plus de sagesse et d'éclat, s'étaient alliés dans le même dessein. Le célèbre Leibnits s'était longtemps occupé de cet objet, et l'on a consenré les mémoires dans lesquels il exposait à Louis XIV les avantages que cette conquête promettait à la France ( 1).
(i) Le mémoire adressé par Leibnitx à Louis XIV est de l'année 167a. Ce mémoire demeura généralement inconnu même aux historiens du philosophe , jusqu'en 1795. Après la glorieuse campagne des Français en Égypte, l'éclat de cette entreprise politique, importun à nos ennemis, les porta à dire dans un pamphlet anglais que Bonaparte avait pris ses inspirations, non dans son propre génie, mais dans le mémoire de Lcibiiitz. II est aujourd'liui certain que Napoléon ne connut l'ouvrage de 1672 que par la copie abrégée que le général Mortier, commandant en chef à Hanovre, pour la république trançaise, en adressa au premier consul le 11 thermidor an XI (3o juillet i8o3.)
Ce lut aussi par l'ouvrage de Mangourit, Foyage en Banoire,
90 L*£6Ti>T£ ET LES CENT JOURS.
Bossuet écrivait dans le même temps sur l'histoire universelle, et, après avoir rappelé les premières institutioDS et la sptofideur de rÉgypte, ii ajoatait ces expressiODS ramarquables : « MaiDteoaiit que le nom du Roi péa^ au parties « du nonde les plus iBeomiues^ ^ que ee prinee élend « aussi loin les recherches qu'il fait foire des plus beaux ou- « vrages de la nature et de Tart, ne serait-ce pas un digne « objet de cette noble curiosité ^ de découvrir les beautés que « la Xhébaîde renferme daus ses déserts, etd'eariefair notre « ardiiteeture des InveutioBS de l'Égypteî >»
Le vceu de eet homme Sllustre a été rempli pendant la durée d'uue guerre mémorable, dont l'Egypte est devenue tout à coup le théâtre. On se rappelle Ti m pression que causa dans l'Europe l'étonuante nouvelle de rexpédiUau des Français en Orient. Tandis que lltaiile retentissait eaeore du lirait de ses triomphes, odui de qui la France attendait sesdcsti» nées, et dont le rang auguste était déjà marqué par la gloire et la reconnaissance, résolut de porter ses armes en Egypte. Ce grand projet , médité dans le silence , fut préparé avec tant d'activité et de secret, que Ja vigilanœ inquiète de nos ennemis Ait trompée; ils apprirent presque dans le même temps, qu'il avait été conçu, entrepris et eiéenié. Il était déterminé par la nécessité de garantir notre commerce des
poblîé à Paris en i8o5 , que Pourîer apprit l'eiistenoe da mémoire de LeiiMiitz..Je le certifie avec uoe pleine conntiManoe des droonstanoes relatives à ce fait historique , et aucnn des savants de l'armée d'ÉgypCe ne fut en ce point plus instruit que Fonrier : le projet de Leibnitz fut certainement ignoré dn général Bonaparte méditant b conquête de TÉgypte. Dans la deunime rédaction de son ouvrage, Fourier a refiût en ces termes h phrase à laqueUe cette note se rapporte : « Le célèbre Leîimiti^ « né pour toutes les grandes vues, s'était occupé de cet objet, « et il avait adressé à luouis XIV un ouvrage étendu , quieHitMé ** inédit^ dans lequel il exposait les avantages attachés à cette « conquête. »
l'Egypte kt les cent iours. 91
atteintes injurieuses que les beys ne cessaient de lui porter; et i'on avait Tespoir de se concilier avec la cour Ottmnaiie, CD loi offirant ,daiMi le réeultatmèi&e de cette expéditltm , une augmentatioB de fevemis et d'autorité. Quelque difOeiilt6 que présentât cette négociation , on en attendait une heureuse issue, parce que le succès devait êtie très-favorable à l'intérêt commua des deux nations alliées. Ëo effet, l'établissement et le cooeoars d'une poissanee européenne auraient développé rapidement tous les ayantages attachés à la pas* senfon durable de l'Egypte.
Cette coDtrée , qui a transmis ses connaissances à tant de nations, est aujourd'hui plongée dans la barbarie : plus elle est favorisée par sa situation géographique et par l'extrême fertilité du terriCoire, plus les bienfaits des lois et les secours des arts loi sont nécessaires. Défendue autrefois par des milices nombrauses, formées de ses propres guerriers, elle était alors redoutable aux Ktats voisins (1); mais elle a perdu depuis longtemps, avec ses institutions, son indépendance, ses lumières, et même jusqu'au souvenir de sa premièra grandeur. Elle n'a cessé, depuis cette époque, d*étra sou» mise à une domination étrangère. Toutes les révdutlons qui ont agité TEurope et l'Asie, loi ont donné de nouyeaux maîtres , et ont amené ses peuples au dernier degré de l'abjection et du malheur.
ËUeobéissait, sous ses premiers rois, à des maximes invairiables; une si^^esse persévérante yeillait au maintien des lots, des coutumes et dos mcrars; tout y inspirait le soin de l'avenir, et portait à entreprendre des ouvrages immortels. Elle gémit aujourd'hui sous l'autorité la plus arbitraire et la plus imprévoyante qui ait encore existé sur la terre ;
(i) Les monuments eoeore subsistant sur le sol del'Égypte , et qui rappellent sans équivoque les victoires des anciens Pharaons
sur les popiiKitions de l'Asie et de l'Afrique , servent de preuves au fait historique rappelé dans cette phrase.
9^1 l'kgyptb et les cent joues.
comme si ce pays était destiné à connaître les états les pins contraires de 1» société humaine. U a dviUsé rancienne Golchide» si l'histoire des temps lecolés ne noos indait pdHiikt en erreur, et ce même climal lai enyoie ai^JOQid'hEi des princes farouches (1) qui oublient lear famille et leur patrie, repoussent leur postérité, et vivent au milieu d'esclaves ingrats et rebelles, qu'ils ne peuvent contenir. Dépourvus de prudence et de lumières , ils ne savent point aflèrailr leur poavoir, et se hâtent d'eo Jouir. Ils oppriment tonte industrie, abandonneni ou détruisent les canaux et les monuments publics; les sables envahissent les terres propres à la culture ; les habitations sont menacées par les brigands qui habitent les déserts. L'homme est condamné, dans les campagnes, à un travail ingrat, dont les fruits ne doivent point lui i^parlenir; partout U est en proie à rii^ustioe, à l'opprobre, à la famine aux maladies oontagieuBes.
Le sort de ce peuple serait plus tolérable si l'autorité de ses chefs devenait fixe et héréditaire : mais la politique ottomane prévient ce changement; elle suscite entre ces étrangers des inimitiés et des trahisons qui les affaiblissent, les isolent, et leur tout les moyens de persister dans une indépendance absolue. Elle oppose en mématettips l'audaoe de cette milice aux tentatives ambitieuses des pachas. Au milieu de ces révolutions, l'autorité du souverain est toujours méconnue; elle ne s'exerce que pour diviser les maîtres de FËgypte : mais elle ne peut ni assurer l'envoi des tributs, ni prot^er les peuples , ni garantir l'exéeution des traités de commeroe ayee les puissances européennes. Ge sont ces dernières circonstances qui donnèrent lieu à l'expédition mémorable des Français : mais le héros qui la dirigea, ne bornait point ses vues à punir les oppresseurs de notre commeroe; il donna «u projet de cette conquête une élévation
(i) Les Mtmlouks.
l'ÉGYPTE JtT LES CENT JOURS.
et une grandeur nouvelles, et loi imprima le caractère de Km propre génië. Il apprécia rinflaence que cet événement
devait avoir sur le commerce de l'Orient, les relations de l'Europe avec l'intérieur de l'Afrique, la navigation de la Méditerranée et le sort de TAsie. Il s'était proposé d'al)olir la tyrannie des Mamlooks, d'étendre les irrigations et la CQltorey d'ouvrir une communication constante entre la Méditerranée et le golfe Arabique, déformer des établissements de commerce, d'offrir à l'Orient l'utile exemple de l'industrie de i'Ëarope , enfin de rendre la cooditioa des liabitants plus douce, et de leur procurer tous les avantages d'une civilisation perfectionnée.
On ne pouvait obtenir ces résultats sans l'application continuelle des sciences et des arts ; c'est dans cette vue que l'auguste chef de l'expédition française résolut de fonder en Égypte une institution destinée au progrès de toutes les connaissances utiles(l). Il désigna, dans la capitale de la France , ceux qui devaient concourir à ses vues , et consolida par les témoignages d'une bienveillance protectrice cette alliance inaccoutumée de la littérature et des armes. Il confia le soin de former ce nouvel établissement à deux membres illustres de l'ancienne académie des sciences (â), qui avaient depuis longtemps honoré et servi leur patrie par des découvertes éclatantes , et dont les travaux et le génie ont beaucoup contribué à donner à la nation française une prééminence utile et glorieuse dans les sciences géométriques et physiques.
L'académie du Kaire se proposait , comme celles de l'Eu^ Tope, de cultiver les sciences et les arts, de les perfectionner et d'en rechercher toutes les applications utiles. On devait s'attacher principalement à développer les avantages propres à i'Égypte » et l'on ne pouvait atteindre ce but sans
(i) L'Institut d'Égypte. — (a) MoDge et Berthollet.
94 l'Egypte et les cent jours.
observer avec beaucoup de soin le pays qui allait être soumit k une administratioa nouvelle : c'est à tette ^^ue et dans cette vue que l'on commença les recherches dont oft pnbKe aqjoord'hul les résultats (l).
L'intérêt des beaux-arts et de la littérature exigeait encore que l'on entreprît une description fidèle et complète des rao- DumeDts qui omeut depuis tant de siècles les rivages du Nil et font de ce pays le plus riche musée de Tunivers. On a mesuré toutes les parties de ces édifices avec une préciiion . rigoureuse , et on a joint aux plans d'ardilteeture les plans topographiques des lieux où les villes anciennes sont situées; ou a représenté , dans des dessins particuliers , les sculptures religieuses, astronomiques ou historiques, qui décorent ces monuments. Indépendamment des mémoires et de| dessins propres à faire connaître Tancien état de TÉgypte , on a rassemblé ceux qui doivent offrir le tableau de son état actuel. On a levé un grand nombre de cartes géographiques, qui représentent, d'une manière exacte et détaillée, la situation des cfttes et des ports i celle des villes actuelles, des villes andenaes, des villages ou des hameaux, ou des autres peints remarquables , et le cours du Nil , depuis la cataracte de Syène jusqu'à la Méditerranée. Ce travail est fondé sur des observations astronomiques. Enfin on s'est appliqué à l'examen de toutes les productions naturelles , ou du moins à celui des Mts les plus importants ou les moins connus de la zoologie, de la botanique et de la minéralogie.
Les résultats de ces différentes recherches sur Thlstoiie naturelle et la géographie de l'Kg^ ple, sur ses antiquités et son état actuel , ont été reunis dans un seul ouvrage. Cette collection , dont la munilicence d'un grand prince va faire jouir l'Europe, a donc pour oï^et de donner une conbais* sance exacte et approfondie de TËgypte; elle présente les
(i) La Description de TÉgypte. j
L£GTPT£ ET LES CEXiT JOURS.
vrais éléments de Tétnde physique , littéraire et politique d'une des contrées les plus remarquables du globe.
UEgypte a joui , pendant une longue suite de siècles , d'un gouvernement éclairé et puissant : les lois, les coatumes pabtiqneSy les habitudes domestiques , concouraieiit à an même but ; dies étalent fondées sur la connaissance des ipœurs de l'homme et sur les principes éternels d'ordre et de justice qui sont gravés dans tous les cœurs.
La religion, unie à l'étude des phénomènes naturels, était en même temps intellectuelle et physique; révélant à quelques esprits sages les principes abstraits de la morale, elle les offirait à tous sous des formes sensibles; elle réglait les actions et les pensées , contenait sévèrement les peuples , et prétait aux institutions civiles l'appui d'une autorité immnable.
Le gouvernement était monarchique et fondé sur des lois aBdennes et révérées ; on avait converti en usages irrévocables les exemples domiés par les rois les plus sages.
Les Égyptiens honoraient surtout la reconnaissance, comme
la source des vertus publiques et privées, et comme le plus Juste et le plus utile de tous les penchants naturels ; ils s'efforçaient de perpétuer le souvenir des ancêtres par des monuments magnifiques et Impérissables ; Tesprit de famille était porté au plus haut degré, et rendait, pour ainsi dire, toutes les générations contemporaines.
On prévenait Toisivete par des cérémonies et des fêtes , et par d'immenses travaux consacrés aux ouvrages publics : l'agriculture était ftorissante, et des arts perfoctionnés fovorisaicnt les efforts de l'industrie.
Une population nombreuse observait religieusement des préceptes d'hygiène publique , qu'une longue expérience avait enseignés.
Le génie des beaux- arts avait pris un grand essor; mais il était asservi à des règles invariables : rarchiteetnre avait
96 l'égypte et les cent jours.
un earaetère grave et sablime; la poésie, lliiitoife, la masique, la scnlptniv, l'astronomie, Imprimaient la erainte
des dieux, iuspiraient la piété et l'admiration. On conservait dans les temples les statues des rois et des grands , les annales publitjues, les observations du ciel ; on gravait sur ces édifiées lespectaelesaeeessif des révolutions desastres (1). Ces scolptores subsistent encore anjoard'hal, et servent à fixer dans l'histoire de TÉgypte des époques Ignorées jusqu'ici (2).
Dans ce même temps, TAsie était habitée par des nations paissantes dont Tandenne gloire est oubliée. La raison humaine s'était élevée Jusqu'au dogme de l'unité de IHeu et aux principes d'une morale sublime. Des prêtres formés à
l'école des Egyptiens observaient le ciel de la Chaldée ; les vérités fondamentales de la géométrie et de Tastronomie étaient découvertes ; on avait entrevu le véritable système de l'univers ; on traçait des cartes géographiques; on avait entrepris de mesurer l'étendue du globe. Des villes opulentes étaient embellies par le génie des arts physiques, qui s'exerçait sur les métaux, les couleurs et toutes les substances naturelles. 11 existait des relations entre les divers peuples de l'Orient, et surtout entre ceux de Tlnde, de la Perse et de rÉgypte. Ces communications avaient pour objet là religion, les sciences , le gouvernement et le commerce.
L'Europe, aujourd'hui si polie, manquait alors de lois et de mœurs constantes; mais la lumière des arts commença à se répandre dans l'Occident. Les villes étrusques furent fondées; des colonies d'Égypte et de Phénide donnèrent à la Grèce des Institutions nouvelles ; l'architecture et la sculpture reçurent leurs principes et leurs modèles de Thèbes et de
(i) Ceci se rapporte aux zodiaques expliqués selon ropinlon de Pourier qui accordait aux anciens Égyptiens la connaissance de la précession des équinoxes.
(a) Même remarque.
L*iGTPTE ET LRS CEITT /OURS. 97
Memphis (1), et firent ensuite des progrès admirables. La religioD se forma des éléments mystérlenx.et confus de la théologie égyptienne (2); et après que Timaginatiott des historiens et des poètes ent embelli ces énigmes sacrées, on ne put y découvrir aucun sens intelligible. La poésie, première institutrice des hommes, célébra dans la Grèce les irertus, les héros et les dieux. Le génie d*Homère illustra rionie et brilla d*un éclat immortel; il instruisit les princes et les peuples.
L'époque était arrivée où l'Egypte ne devait plus résister aux nations rivales , dont la puissance s'était rapidement accrue; elle souffrit rintroductiou des coutumes étrangères, et renonça aux maximes fondamentales de la monarchie*
(i) Od ne conteste plus l'usage chez les Égyptiens d'un ordre decolonnequiestle lypedu dorique grec, même cannelé. L'hypogée de Benî-hassan , bien antérieur au siècle de Périclès , en conserve encore de beaux modèles* Lettres écrites ^Ègypte par ChampoUion le jeunet page 75.
(a) Ce n'est que postérieurement à l'époque OÙ ces lignes ont été écrites, que les savants ont pu se former une idée précise de l'ensemble du système religieux des aniiens Egyptiens, au moyen des lumières tirées du texte des inscriptions hiéroglyphiques. Jusque-là, en elïet , il n'y avait que confusion et mystère dans cette étude, pour laquelle on n'avait d'antres guides que les notions, plus ou moins incertaines, dispersées dans les ouvrages des Grecs et des Latins , ou bien des traditions travesties au gré des sectes nombreuses, dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, qui enveloppèrent leurs doctrines d'un symbolisme tout occulte et en apparence renouvelé des Égyptiens. La religion égyptienne avait pour fondement l'existence de Dieu et Timmortaiité de Tàme. Toutes les qualités du Grand Être furent personnifiées , et tons ces êtres divins furent classés dans un ordre hiérarchique et généalogique; ils gouvernaient l'univers : rhomme, émanation de la divinité suprême, rentrait dans son sein» après avoir triomphé du vice, et subi sans faillir l'épreuve des mauvaises passions.
98 L'iGYFTE ET LK8 CBETT lOUAS.
Depuis longtemps des erreurs supertittenses et innombrables avaieot altéré 1^ religioD (I) et les sciences. Les Perses, plus Bombfeox et plus agaerris, exercés par de grandes révolutions militaires , se rendirent maîtres de ce pays environ six cents ans avant Tère chrétienne ; les villes capitales fureqt dépouillées et livrées aux flammes ; les familles des rois furent réduites en captivité. On détruisit ou l'on dispersa les annales, et les monuments de la littérature. Les Égyptiens tentèrent, pendant plus de deux sièeles, de s^affranchir d'une domination odieuse; et ces efforts mirent le comble à leurs malheurs.
A cette époque, Rome jetait les fondements de sa grandeur, et se préparait d^à à la conquête du monde; elle avait emprunté sa religion et ses mœurs des Étrusques et des Grecs. Ces derniers défendaient glorieusement leur indépendance contre des armées innombrables, lis avaient alors des communications fréquentes avec rKgypte, et plusieurs de leurs philosophes visitèrent ce pays; mais ils n'y puisèrent que des instructions imparfaites, parce que la religion, les lois et les sciences étaient presque entièrement anéanties (S).
(i) Ceci ne peut s'entendre que des derniei"s moments de la monarchie éjîyptieiine et iorscpiVilc si- lui mêlée aux populations d'origine grecque. (]ar l'un des carat lèrcs manifestes de la nation égyptienne se révéla dans la conservation de sa croyance religieuse et de son culte public malgré les invasions étrangères : les rois perses, les rois Ptolemées et les empereurs romains accomplissent en personne les rites consacrés en l'honneur des dieux Ammon, Phtha, Sévek , Isis et Osiris, à Tbèbei, IVlemphitet Pliils; et au YI* siècle de l'ère chrétienne la population égyp* tienne, fidèle aux traditions nationales, dé£eod encore, à maio armée, le temple d'isis dans l'Ile sainte, contre les entreprise» du christianisme.
(9) Les recherches historiques les plus dignes de confiance portent i ne pas adopter sans examen cette dernière assertion. Les philosophes grecs ne dirent pas à leurs compatriotes tout ce qu'ils avaient appris en Égypte, ou bi^ n'apprirent point tout
l' EGYPTE ET LES CENT JOUBS. 99
Depuis celte dernière invasion , l'Egypte a totjottrs subi un Joug étranger. Elle a obéi snoœssfvement aux rofs de Perse , aux Ptolémées, aux premiers successeurs d'Auguste, aux
empereurs chrétiens, aax premiers califes, aux califes du Kaire, aux sultans mamiouks rt aux empereurs ottomans (1^ L'histoire de TÉgypte, depuis la conquête des Perses Jusqu'à l'expédition des Français, se trouve donc divisée en huit intervalles, dont chacun a duré environ trois siècles*
Après que la Grèce libre eut repoussé les efforts des Per* ses, Alexandre conduisit quelques soldats aguerris à la conquête de l'Asie : non moins illustre par ses vues politiques que par les succès de ses armes, il entreprit de donner des Intérêts communs aux nations les plus éloignées, et de fonder des villes jusqu'aux extrémités du monde. II découvrit, pour ainsi dire, l*oeéan Indien» reconnut Timportance de la navi* gation et du commerce, et choisit Alexandrie pour le centre des communicatiODS qu'il voulait établir entre les peuples.
Après la mort de ce grand homme , TÉgypte demeura soumise aux Macédoniens. Elle reçut dans ses ports les plus riches productions de TArabie et de llnde, étendit ses relations avec l'Afrique, et entretint par un commerce immense l'opulence fastueuse de ses rois. Les muses grecques vioreut
ce (juc les Egyptiens étaient capables de leur enseigner : la persislance des (olléges sacerdotaux de l'Egypte dans les doctrines nationales, et les monuments qui nous conservent encore de nombreux témoignages de celte persistance, montrent d un accord unanime que l'anéantissement de ces doctrines, c'est-àdire, des institutions [)ul)lit|iies de l'Égypte , ne peut être fixé et attribué qu'à l'introduction du christianisme.
(1) Depuis l'invasion de Canibyse (|ui ét.thlil en Egypte la domination dt s Perses en l'an 5a5 avant l'ère chréli< nne, jusqu'à nos jours, l'Egypte en tlTet a obéi à des souverains étrangers, vériliant ainsi une anlicpie tratlilion conservée dans ces paroU-s d'Ézéchiel : Et ditx de terra yEgypti non ent mmpUus (cbap. 3o, V. i3).
lOO l'^GYPTK et LRS CEifT JOURS.
embelUr la DOQyelle capitale, et les arts se moiilièreDt dans leorancleiiiie patrie : mais ce fàt en qneiqiie sorte une seience nouvelle; car il ne restait plus qu'on sonvenfr obsenr et
confus de l'ancienne doctrine de TÉgypte (1). On avait conservé les cérémonies, les sacriiices et l'usage imparfait de la langue sacrée (â) ; mais l'ignorance et des superstitions grossières avaient altéré le sens de la philosophie égyptienne; à peine en découvrait-on quelques vestiges ouhliés dans le secret des temples. La série des monuments de l'histoire et des sciences était pour jamais interrompue (3).
L'Égypte ne pouvait échapper aux vues ambitieuses de Borne, et les derniers Lagides subirent le sort commun de tant de rois. Cette province Ait administrée avec sagesse, et^ il y eut des progrès heureux dans l'agriculture, la navigation et l'industrie. La fertilité du territoire, le commerce de ilnde, les restes d'une ancienne noagnificence, les rapports avec l'Arabie et l'Éthiopie, tout contribuait à l'importance de la nouvelle conquête ; et Aleiandrie put être regardée comme une seconde capitale de l'empire.
(i) Les rois successeurs d'Alexandi*e se faisaient sacrer dans le temple dePbtha à Memphis : le culte égyptien était êncoi^ alors daDs toute sa splendeur.
(i^ Les monuments écrits en style égyptien durant le règne des Ptolémées le sont avec la langue et avec l'écritara qnî furent employées durant lé règne de Sésostris et de se» successeurs. En insinuant le contraire, M. Fourier était influencé par deux préjugés aujourd'hui détruits, savoir: que depuis Gambyae FÉgypte avait abandonné ses anciennes institutions nationales, et que depuis la même époque la connaissance et l'uaage de récriture sacrée s'étaient |ierdu8. Mais on a depuis acquis des lumières qui détruisent ces préjugés : sous les Ptolémées et les Romains les prêtres égyptiens écrivaient et parlaient comme aux temps des plus anciennes dynasties ; les mêmes règles s'appliquent à l'interprétation des textes hiéroglyphiques de toutes les époques.
(3) CSes opinions doivent être modifiées d'après les considéra* tioDs énoncées dans les noies qui précèdent celle-ci.
L*£GYFXJ£ ET LES CEJNT JOURS.
toi
UarehHeetare était, de toas les arts de la Grèce , eelnf qui eonveoaitle mieux nux maîtres du monde; les Romains l'avaient cultivé dans des vues d'utilité publique, et aussi pour immortaliser leurs triompiies , et multiplier aux yeux des naUoos les témoigoages durables de la puissanee qui les avait soumises. Le spectacle dte TÉgypte éleva leurs idées , et les porta h entreprendre des édifices phis vastes. Inspirés par ces antiques modèles, ils réunirent la noblesse et l'étendue des plans à réiégancequi distinguait les ouvrages grecs.
L'abolition du paganisme eut une inflnenoe considérable et presque subite sur l'étatpolitique de l*ÉgyptB ( t) ; on prohiba les sacrifices; les temples fbrent abandonnés ou dé* truits(2). Le mélange des fables étrangères avait presque effacé le souvenu- de la doctrine sacrée (3) : il en restait encore quelques traces, que l'autorité des empereurs s'efforça d'à* néantlr avec tous les éléments de Tancienne religion (4).
(i) L'abolition de rancieB culte et l*iotcodaction du cbristia. aisme ne s'opérèrent que trèt-lentemeot. en Égypte; au sixième . siècle de l'ère chrétienne, les dévots à Isis défendaient encore, àPhile, leur croyance les armes à la main. (^o/. note s de la page 98.)
(a) Plusieurs temples , en Égypteet en Nubie, furent destinés an culte chrétien ; les traces de cette substitution sont encore évi-
dentés dans plusieurs lieux.
(3) Ou sait aujourd'hui , par une plus longue étude des raofiuments, que les doctrines égyptiennes ne se prètaifut à aucun mélange avec des dogmes étrangers. A l'époque de la rivalité des deux religions, tout fut ou égyptien ou chrétien, et la religion du Christ l'emporta, quand les chefs de l'empire s'y furent convertis. Dès ce moment Tautorilé publique proscrivit rancieo culte, et négligea d'entretenir les édifices publics où il était autrefois en honneur.
(4) Les monuments encore subsistants prouvent que ce fut assez tard que l'autorité impériale se fit l'auxiliaire efficace des nouvelles doctrines religieuses. Les seulptorea dont ce»^mo*
I02 LBGYPTK l/l LLb CfcWT JOUBS.
])epiiJt que oe pays étftUâevenvimeproviooerwiialiie» llavalt perdu une quantité prodlgieDse de moDuments de mlplare ; on avait transporté en Europe des statues, des pierres gra*
vées, une foule d'objets d'art et des monolithes précieux qui avaient appartenu aux villes de Thebes , de Memphis et d'Aleiandrie. Borne et Gonstautinople virent élever les obéiiiques que les Pharaons avaient autrefois consacrés aux Dieux ( 1) ; ouvrages singuliers et Inlmitabies, vraiment dignes d'orner les capitales du monde.
L'Égyple, que les empereurs grecs ne surent ni gouverner ni défendre, passa ensuite sous le joug des musulmans. Déjà la domination romaine avait succombé de toutes parts. Les causes morales qui devaient précipiter la chute de cet empire étaient alors développées, et quelques tribus d'A*
nuraents sont ornés nous montrent tons les empereurs romains , Auguste et ses successeurs jusqiies à Caracalla, remplissant en ioslunie égyptien les cérémonies religieuses prescrites aux Pharaons par ranli(jue rituel. Ainsi au troisiènie siècle de l'ère chrelienne le culte d'Auimon et d'Isis subsistait encore dans tout son éclat. Les empereurs ronjairis lionoraient publiquement ces anciens dieux du pays. L'Egypte fut longtemps fidèle à la répugnance tpie lui inspiraient, dès les premiers temps de sa civilisation, les idées religieuses des nations étrangères. On fixe au règne de Théodose le Grand , vers la fin du quatrième siècle, la substitutimi de l'alphahet grec aux anciennes écritures sacrées : le christianisme l'ut puissant dès cette époque en Égypte; ses progrès liuraot deux siècles fy rendirent enfin dominant.
Les résultats indiqués dans ces trois notes, sont le fruit des recherches les plus récentes sur l'âge des monuments égyptiens, et de l'applicstion aux inscriptions dont ils sont ornés, de la théorie des écritures égyptiennes fondée par les découvertes de Champollion le jeune. A l'époque où ces découvertes furent faites, le discours de Fourier était publié depuis plus de dix ans.
(t) Quelques-uns des obélisques transportés a Rome sont de Tépoque romaine.
hÂGYPTt: £1 LKS GKMT JOURS. lo3
nilMB, à demi civilisées, fMurvinmt à s'emparer des pins belles provinces de l'Orient.
Ces conquêtes rapides des premiers roasalmaDs ne doivent poiDt être comparées aux entrq^ses militaires et politiques de Rome. Elles difiCèvent aussi des Inmioiis tamaltneosël dss oatloQS septentvfooales. Les Bomains joignaient à la pois» sance des armes, des maximes de gouvernement qu'ils suivaient avec une admirable constance. Non-seulement ils soumettaiODt les peuples, mais ils leur doooaient une police commiroe, et leur IMsaient ea queUfae sorte oublier leur Sfigine par le changement progressif de la ralfgion , des ca«* tomes , de la langue et des lois. Les barbares qui ravagèrent l'Europe, abandonnant leur patrie glacée pour des climats plus doux et des villes opulentes, se succédèrent sans ordre et sans autre dessein que de dépouiller les vaincus. Gomme ils n'avaient point encore dlnstltutions régulières, iisneconser* vérent que quelques-uns de leurs usages, et finirent par adopter le culte, les mœurs et les arts qu'ils avaient trouvés établis dans leur nouveau séjour. Les Arabes, au contraire, avaient des iiabitudes et des opinions plus (Ixes , restes conte et superstitieux de randennedoctrinede i'Orleaté Persuadés qu'ils connaissaient tout ce qui est vrai et ntilCi ils repoussèrent d'abord les usages et les arts des peuples conquis. Mahomet n'avait eu ni le dessein de fonder un empire , ni les vues politiques que plusieurs écrivains lui ont attribuées^ n'ayant point prévu les conqaétes prodigieuses de ses successeurs , il ne leur avait laissé aucune forme ni aucun principe de gouvernement. L'objet de ses efforts était de commander à sa tribu , et de l'élever au-dessus des tribus rivales. Enhardi par ses premiers succès , il entreprit d'enrichir les siens du pillage des villes voisines. Il ne connaissait point les nations policées , et les regardait comme livrées ao polythéisme et à l'Idolâtrie, Il rallia ses compatriotes en laor rappelant des dogmes anciennement révérés, et passa
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ensQtle de i'eothoutiasiBe à rimpottare. Soo livre , qui oon- *tieot quelques préceptes utiles, et un bien plus grand nombre de pensées inintelligibles , dépoanmes de sens et de liaison, servit toutefois de règle à ses partisaas, et leur domia un nom , un but et uo iotérét communs.
Uk dominatioa romaine ii*élant plus soutenue par la vi* guenr et la sagesse des conseils « par les vertus des soldats, la constance des usages, de la politique et de la religion» toutes les provinces purent être facilement envahies par des hordes presque sauvages, qui, peu de siècles auparavant, auraient été exterminées vers les limites de Tempire. Les Arabes, que Ton pourrait appeler les Sçythes du midi, vinrent aussi concourir à cet Immense partage. Ces bommes ignorants, mais aguerris, exercés aux fatigues, pauvres, et avides de pillage , firent alors ce qu'eussent fait à leur place et plus rapidement encore les Goths, les Lombards et les Gépides* 11 ne leur fut pas moins facile de pénétrer dans les antres pays d*Asle : car la Perse , ébranlée par ses propres dissensions et les guerres étrangères, ne pouvait se défendre contre les plus faibles ennemis. Ce même livre sacré qui avait été la première cause de leur union et de leur succès, arrêta par la suite Tessor de leur génie. Si les Arabes avaient en, comme les peuples du Nord, ilnestimable avantage de recevoir ime religion fiivorabie aux arts et aux connaissances utiles, ils enraient cultivé et perfectionné toutes les sciences : car ce peuple se montra d'abord ingénieux et poli; il fit d'heureux progrès dans la poésie, la médecine, la géométrie, la pbysique et l'astronomie; il conserva et nous transmit un grand nombre de ces ouvrages immortels qui devaient rappeler les lumières en Europe. Mais la religion musulmane ne souffrait pas ce développement de l'esprit; il fallait que les Arabes renonçassent à leur culte, ou qu'ils retournassent a l'ignorance de leurs ancêtres. Us méconnurent surtout Tart de gouverner, et tout ce qui sert à fonder et à perpétuer
l'égtptb*£t lbs cbnt jours. io5
les empires. Les barbares qui, sous le nom de Turcs (1), s'uuirent à eux en embrassant rislamisme, et usurpèrent leur autorité, méprisèrent aussi les arts, les sciences, l'industrie et toutes les inventions de l'Oocident. = Cette même cause prépare depuis longtemps, en Europe, la chute inévitable de Tempire ottoman, qui n*cst suspendue que par la rivalité des autres nations (2).
L*£gypte durétienne , et longtemps agitée par des dissensions religieuses^ s'était offerte d'elle-même au Joug des premiers califes; elle partagea le sort des États musulmans. Les Cophtes, qui avaient appelé le vainqueur, furent délivrés des Grecs ; ils tombèrent ensuite dans l*avilissement et se réduisirent à un petit nombre. C'est au commencement de cette révolution que le zèle des mahomélans détruisit le peu de ridiesses littéraires qui restaient encore à Alexandrie. Les Hvres que les Ptolémées avaient réunis dans cette ville à ceux des rois de Pergame, périrent en grande partie pendant l'expédition de César. Les violences de toute espèce qui se succédèrent dans le cours de six siècles au mlHen des guerres continuelles ou des troubles amenés par les contro* verses théologiques, anéantirent ces vastes dép6ts des connaissances et des erreurs de l'antiquité.
L'Egypte ressentit l'effet des causes qui divisèrent dès son origine Tempire des Arabes , et ne tarda point à devenir un État indépendant. Les califes appelés FaihimUes établirent leur résidence dans la ville du Kaire , qu'ils avalent bâtie, et ornée de quelques édifices publies. Leur autorité fut abolie par le célèbre Salaheddyn (Saladia) dont les exploits alar-
(i) Ces quatre mots ont été ensuite reti'anchés du disooun.
(a) Rien n'est plas vrai que la pensée exprimée dans cette phrase: elle arrêta uo instant rattention de Napoléon. • Otez cela, dit-il aussitôt, les Anglais ne manqueraient pas de l'envoyer à Constantinople. » La phrase fut rayée sous les yeux de Tempereur, et supprimée à toujours.
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mèrait l'Enrope, el qoi régna longlm^ en Égypte et en Syrie. Cette révoltitton oecasionna des séditiont et des yen-
geances,et fut suivie de changements considérables dans les usages religieux et le gouvernement. L'établissement des iultans Mamloiike mit fin à œtte dynastie. Les califes et ies princes qui leur sniocédèrent, confiaient depuis longtemps la défense de leors États et leur garde personnelle à des soldats étrangers, originaires de l'occident de 1 Asie. Les chefs de ces milices, imprudemment élevés aux premiers emplois, usurpèrent, sous différents noms, l'autorité de leurs maîtres et se rendirent indépendants. Les événements de ce genre sont on des traits distInetifiB de l'histoire des peuples asiatiques. La rébellion qui fit périr le dernier successeur de Saladin fut plus connue en Europe , parce qu'elle eut pour témoins les princes croisés; mais il y avait plus de quatre siècles qu'il se passait en Égypte des révolutions semblables.
Après l'extinction des Ayoubites , cette belle contrée demeura soumise à des esclaves militaires nés entre la mer Noire et la mer Caspienne; et les conquêtes subséquentes ont à peine interrompu leur domination. Le gouvernement des souverains mamlouks ne Ait^ pour ainsi dire , ni héréditaire, ni éleetif* La naissance donna quelquefois le premier rang ; mais le meurtrier du prince était presque toujours son successeur. Il y eut autant de révolutions que de règnes. Plusieurs se disputaient le pouvoir et se lattribuaient en même temps dans la Syrie , au Kaire ou dans le Sald ; d'autres n'ont régné qu'un Jour, ayant été assassinés dès le lendemain de . leur avènement. Quelques diefii de cette anarchie ont gouverné avec éclat. Conquérants de la Syrie, ils humilièrent l'orgueil des Mogols, vainquirent plusieurs fois les chré« tiens de l'Occident, et portèrent leurs armes victorieuses dans l'Yémen, i'ile de Chypre, l'Arménie; mais on ne remarque , dans tous ces événements , que des traita d'audaee,
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de vengaanee , de fourberie , d*lgiioriiiioe et d*ambltien fougueuse. Od ne peut dlMouTenir oependant que la religion
musulmane ne tempérât les malheurs de ces temps ^ elle fit naître dans ces âmes violentes quelques sentiments humains^ et inspira aux princes et aux sujets des actions louables.
Il faut placer dans les deux époques que Ton vient d'indi'^ quer. les entreprises foroeuses des Européens contre la PaleS" tine et l*Égypte. Ces expéditions, qui durèrent deux siècles, imprimèrent dans l'Occident un mouvement immense et imprévu. Elles n'eurent aucun des résultats que l'ou avait désirés, et occasionnèrent des désordres graves : nuiis en même temps elles excitèrent le génie du commerce, agran* dirent les vues, multiplièrent les procédés de l'Insdustrie et de la navigation. Elles amenèrent dans plusieurs États la chute du gouvernement féodal, en favorisant l'autorité du monarque et la liberté civile ; et , d*uu autre cété , elles élevèrent le po«iv<rir politique de Rome Jusqu'à un degré où il ne put se soutenir.
€eDt mille croisés s'emparèrent inutilement de Damiette : s'étant mis en marche dans une saison pou favorable, ils furent arrêtés par les musulmans entre les canaux dérivés du Mil, et, réduits à capituler, ils abandonnèrent leur conquête. Trente ans après, les mêmes foutps amenèrent les mêmes résultats et de plus grands malheurs. Louis IX , rhonneur de son siècle, qui exerça sur ses sujets et ses ennemis mêmes Tautorité naturelle que donnent de grandes vertus, conduisit soixante mille croisés sur les bords du IN il. Il avait traversé la Méditerranée avec dix*huit ceots bâtiments, et commandait à TéHte de la France. Maître de Damiette, il s'avança longtemps après dans l'Intérieur du Delta. Les Mamiouks rassiégèreiit dans son camp, où se développèrent des maladies funestes, et ils interceptèrent ses communications avec les côtes. Le roi, ayant perdu tout espoir, ordonna la retraite et ne put l'effectoer. Le reste des Français allait périr les
io8 l'£Gypte et les cent jouas.
armes à la main 9 lonqa'ao milieu do carnage un héraut annonça qu'on ne ponvait pina sauver la vie du rd qu'en se
rendant prisonnier. Ce prince, qui ne voulut point quitter l'arrière-garde, tomba lui-même au pouvoir de l'ennemi; et roQ sait par quelle grandeur d'âme il honora sa captivité. Il ractiela ensuite les siens, donna ûamiette pour sa rançon, el s'embarqua pour Ptolémals.
Les nations européennes n'avaient point acquis alors sur celles de TAsie cette supériorité de puissance qui est aujouT" d'hui si marquée, et qui résulte du progrès de tous les arts. Les usages de la guerre étaient presque les mêmes et également imparfaits de part et d'autre. Des peuples qui ont reçu de la nature un courage Indomptable , et qui avaient^ à cette époque, l'avantage de la discipline , devaient donc défendre avec succès leur propre territoire. Ils détruisirent des armées innombrables, mais confuses, que l'Occident renouvelait sans cesse en perdant plusieurs millions de ses liabitants. La situation respective des nations est entièrement changée depuis le seizième siècle. Xes unes ont perféedonné le gouvernement dvil, la tactique, l'emploi derartillerie, la compo* sition, l'entretien et la conduite des armées : les Orientaux, au contraire, ont négligé toutes les inventions qui concourent au succès de la guerre, ou n'y ont fait que des progrès très^ bornés. Tel est l'ascendant des lumières, et l'influence des usages militaires et des arts, que ces mêmes contrées, dont les peuples repoussèrent pendant deux cents ans les efforts de toute l'Europe , ne pourraient plus être aujourd'hui défendues par leurs maîtres actuels contre une seule de nos armées; en sorte que la possession n'en est garantie que par les traités et par des oppositions réciproques entre les grands États de l'Ocddent.
L'Égypte cessa , au commencement do seizième siècle, d'être gouvernée par des princes indépendants , et fut conquise par les Ottomans, soixante-quatre ans après la prise
l'Egypte kt les cent jours. 109
de Gonstantinople. Sélim r% père da célèbre Soliman II, «vait été porté à l'empire par la faveur des janissaires. La râieUion lui avait donné le tr6ne , il s'y maintint par un parricide, et f)t ensuite périr ses frères, avant d'exécuter ses vastes projets sur l'Asie. Il ne tarda point à menacer la Perse, rÉgypte et la Syrie , et conquit rapidement ces deux dernières provinces sur les soltaus mamiouks, qui ne Jouissaient que d'une autorité incertaine , et pouvaient à peine se défen* dre contre les trahisons de leurs lieutenants. Sélim leur livra deux batailles, Tune à Âlep, où le sultan Cansou el-Gauri perdit la vie, et l'autre à son successeur Thouman-Bey, à peu de distance du Kaire. Les troupes ottomanes étaient beaucoup plus nombreuses ; elles se servaient alors de la mousqueterle, usage que les Mamiouks n'avaient point encore adopté. Leur dernier sultan fut livré au vainqueur, qui ordonna qu'on le pendît à l'une des portes de la ville, et fit jeter dans le fleuve plusieurs milliers de Mamiouks. Alexandrie se sou mit peu de temps après. Les peuples voisins furent remplis d'épouvante. Le chérif de la Mecque vint offrir des présents à Sélim, qui, voulant Joindre Tautorlté sacrée à la puîsance des armes, se fit reconnaître pour protecteur et chef héréditaire de Tlslamisme. Ismacl , sofi , envoya au Kaire une ambassade solennelle, pour obtenir la paix.
La mort de Sélim interrompit le cours de ses conquêtes. Soliman, son fils, qui, par ses armes et sa politique, a tant contribué à l'accroissement de la puissance ottomane, con* sacra plusieurs années au gouvernement de ses États. On composa par ses ordres le règlement particulier de l'Egypte, qui sert encore à l'administration territoriale de ce pays. On a quelquefois attribué cet établissement à Sélim, qui n'y eut, pour ainsi dire, aucune part. Ce dernier avait donné peu de temps à la guerre d'Égypte. De retour à Gonstantinople, il ne s'y occupa que de ses préparatifs contre la Perse et le midi de ri^urope. Il méditait la destruction de Bagdad, et ne s'ar-.
I lO L'iGTPTE ET LC8 CF.NT JOOR».
rèta point à régler les prétendues constitutioiis et iemyry de t'Égypte. Od a publié on acte qai contient ses capituiatioiis avee les Mamlouks ; mais cette piëce'est dépourvue d'authenticité. Ce qu'il y a de remarquable dans sa conduite politique, est sa négociation avec la Mecque, et le soin qu'il prit d'aroeiier à Constantinople le successeur des Abassides.
Séiim, qui reçut le nom mérité de féroce (yavoas), qui envoyait ses vizirs à la mort parce qu'ils ne prévoyaient pas vers quelle partie du mbnde il tournerait ses armes, qui, dans tout le cours de son rè^ne , fit périr indistinctement ses amfs et ses ennemis, et fut Tassassin de son père , de ses frères et de buit de ses neveux , joignait la superstition à la cruauté» Aucun empereur ottoman n'a porté aussi loin la haine des religions étrangères. Il avait entrepris d'obliger ses sujets chrétiens à embrasser l'blamisme : mais l'empire des usages ramena bientôt a la tolérance des autres cultes ; maxime fondamentale des États musulinaus^ sans laquelle ils ne se seraient point formés. 11 donna à TÉgypte, comme à ses autres conquêtes, un gouverneur et des garnisons turques. Les milices sa montrèrent insubordonnées, exigèrent des aug*' mentatlons de solde, et massacrèrent leurs chefs. Les pâchâs entreprirent de se rendre indépendants, l^es Mamlouks, quoique restés en petit nombre, tiraient un grand avantage du souvenir de leur autorité, de leurs intelligences avec les Arabes, et de l'emploi des ressources locales. Voilà l'origtoe de l'État anaroiiique qui se forma après la conquête. Il a duré jusqu'à ce que l'audace îjuerriere des beys eût triomphé des janissaires , euervés par la mollesse du climat et la garde oisive des forteresses.
Dans le temps que TÉgypIe et la Syrie recevaient de neu* veaux maftres, Vétat politique et le commerce des nattons subissaient des changements immenses et inattendus. Aucune époque de l'histoire n'est plus féconde en grands événements. La puissance ottomane répandait la terreur dans
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l'fiarope et dans l'Asie. Plusieurs Ktatt eiurétiem cessaieui ée recoQoaltre l'autorité do pontife de Rome* Llslainisrac éprouYftft une révolution semblable; et une seete récente,
favorisée par les sofis , divisait les pays mahométans. La France appelait ies beaux-arts qui illustraient l'Italie. Les noms de François P% de Soliman, de Cbarles Quint, rem* plissaient le monde entier. L'Europe, exerçant enfin son propre génie, perfectionnait ses institutions civiles, etren* dait ses monarchies puissantes par l'établissement fixe des armées. Les usages militaires, l'art de l'imprimerie, les connaissances nautiques , faisaient des progrès extraordinaires. Les entreprises exécutées par Ck>lomb et Vasco de Gama tenaient tous les esprits en suspens. Les Portugais et les Espagnols, sortis de leurs ports en suivant des routes contraires, étaient surpris de se rencontrer à la même extrémité de l'Asie. Le désir de s'emparer du commerce de l'Orient avait excité ces découvertes; et en effet les riches productions des Indes parvinrent à l'Europe , en suivant nne voie jusqu'alors inconnue. L*Égypte, où elles se ras» semblaient depuis tant de siècles , et qui les transmettait à divers pays d'Europe et d'Afrique, perdit les avantages qu'elle tenait du fondateur d'Alexandrie. Les conquêtes des Portugais nuisirent surtout aux Vénitiens, qu'une ligue formidable n'avait point anéantis, et qui se trouvaient à toutes les issues du commerce des Indes; ils virent leur grandeur s'évanouir sans retour. Enfui les relations qui unissaient une multitude de villes et d'États furent subiteraeut iuterrom* pues.
En même temps le génie inquiet et ambitieux des Européens établissait des rapports nouveaux entre les parties du
monde les plus éloignées. Impatients d'employer les nouveaux instruments de leur puissance , ils se servaient de lai>oussole pour se diriger sur des terres inconnues , et des armes à feu pour en subjuguer les peuples. Ils trouvaient dans les mines
IIA l'ÉGTPTE et les CEITT JOURS.
de r Amérique les métaux précieux qui étaient nécessaires pour multiplier les échanges de TOrient, et disposaient des habitants de l'Afrique pour la culture des possessions nouvelles.
Les Vénitiens unis aux MamUniks» et ensaite les princes ottomans, firent d'inutiles efforts pour détmlre, dans les
mers orientales , les établissements des Portugais. Les premiers proposèrent de transporter du bois de la Dalmatie sur les bords du Nil, et de là à Suez, pour la construction d'une flotte. On obtint d'abord quelques avantages de remploi de oes forces; mais les expéditions du sultan El-Gauri, celles de Sélim et de Soliman , ne purent arrêter les progrès des eon* quérants de l'Inde. Si l'on ajoute foi aux relations de quelques voyageurs, l'Égypte fut menacée, à cette époque, d'une révolution encore plus liineste, et qui n'eût été suivie d'aueane autre. Ils assurent que les princes d'Abyssinie, alUés de la cour de Lisbonne, entreprirent de détourner le cours du Nil vers la mer Rouge , afin de rendre pour jamais stériles les contrées que ce fleuve couvre de ses inondations annuelles, il était inutile que le vainqueur de Goa, de Malaca, d'Ormus , recourût À ce cbimérique projet : il servit mieux les intérêts de sou pays en détruisant toutes les flottes enuemies. Sous Albuquerque et ses successeurs, les vaisseaux du roi Emmanuel pénétrèrent dans la mer Rouge et jusqu'à l'extrémité du golfe, afin qu'il n'y eût aucun point des immenses rivages de la mer d'Orient qui ne coouût la domina- , tion portugaise.
Cette puissance excessive devait être de peu de durée; mais elle eut une influence capitale sur les destins de TEurope. En effet, les Ottomans, devenus maîtres de l'Égypte, auraient disposé des richesses de l'Inde; ce commerce leur eût donné uue marine formidable et toutes les ressources qu'exige l'entretien des armées nombreuses. Ils étaient alors gouvernés par des princes ambitieux , guerriers et politiques,
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à qni l'Enrope divisée n'opposait qa'ohe résistance inoer* taine. Si la découverte de Gama ne les eût privés de cet
accroissement de force, il est vraisemblabie qu*ils auraient envahi une fj;i*an{le partie de l'Occident, et que ces contréeâ, aujourd'hui si llorissantes et si polies, gémiraient encore sons une autorité étrangère, ennemie des connaisces utiles et des beanx-arts.
Le commencement du seizième siècle marque donc une épo(|ue fatale dans 1 histoire de l'É^^ypte. Conquis et dépouillé, st'paré de la Syrie, ce pays ne forma plus un État indépendaut; il fut livré à l'avarice ambitieuse des pâcbâs, et tomba ensuite dans ia plus déplorable anarchie* Un conseil supérieur, formé des principaux chefii des milices, et dirigé par le vice-roi , participait aux soins du gouvernement. L'administration et la police des provinces étaient confiées à plusieurs beys Mamlouks subordonnés au conseil, et qui ne devaient exercer qu'une autorité limitée. La rébeIlio\^ de plu* âeurs pâchAs porta la cour de Constantioopleà favoriser Tlnfluencè des commandants turcs et même celle des beys. Ces chefs achetaient déjeunes esclaves , qui , étant (brmés aux exercices des armes, composaient leur maison, et parvenaient quelquefois aux places les plus importantes. Vers le milieu du dernier siècle , Ibrahim et Rodouan , chefs des janissaires et des azabs, portèrent un grand nombre de leurs Mamlouks aux premiers emplois; et ayant uni leurs intérêts, ils se rendirent maîtres du gouvernement. Ils conservèrent au pâchâ la dignité apparente de sa place, et lui ravirent en effet Texercice du pouvoir.
Âly-bey, sorti de la maison dlbrahlroi parut prétendre à l'autorité souveraine sous le titre de gouverneur de ia capitale. Après avoir fàit mettre à mort ses ennemis et ses rivaux, et affermi sa puissance dans le Saïd, il fit occuper la ville de la Mecque, et y rétablit l'ancien ehérif Abd-allah, de qui il voulait par la suite recevoir le titre desultau d'É^ypte,
Il4 l'bGYPIE El LES CENT JOUAS.
Il se proposait aussi de former dans le port de cette ville un
établissement fixe pour le commerce des Indes. La guerre que la Porte avait à soutenir contre la Russie, et la rehcllioQ du cheykh Daher,qui avait un parti nombreux en Syrie, iavorisèrent les projets d*Aly*bey. Il y envoya des ,troopes, et ses lleat^nants, réunis an dieykh , mirent en fnite les péchés des provinces voisines. Les conseils d*îsmaël-bey et les insinuations de la Porte détachèrent bientôt du parti d'Aly son affranchi , Mohammed-bey , qui commandait l'armée de Syrie. Ce Mamlouk abandonna sa conquête, et retourna auKaire. Exilé quelque temps après par son maître, il se forma on parti poissant et revint do Sald dans la capitale , qu'A li-bey fut oblige d'abandonner. Ce dernier se retira en Syrie auprès de Daher son allié : il avait sollicité des secours de la Russie; mais il perdit sa puissance avant que la négoeiation fût terminée. Trompé par des rapporte infidèles, il s>empressa de revenir en Égypte , et fàt biMsé dans un oom» bat quMI soutint à Sâlehyeh contre ses ancieus esclaves; il mourut au Kaire des suites de sa blessure.
Mohamnied-bey se montra plus soumis aux ordres de la Porte; il acquitta les tributs ; et ayant reçu le titre de pâchâ du Kaire^ il marcba en Syrie contre 1* Arabe Daher, parvint à s'emparer de Jafflu, et conduisit à Acre ses troupes victorieuses : il y mourut presque subitement d'une maladie contagieuse. Deux de ses Mamlouks, Ibrahim et Mourad, succédèrent à son autorité, et parurent imiter la conduite d'Alybey • On suscita contre eux Ismaél, qui avait trahi ce dernier. Il forma une faction assez puissante pour obliger ses rivaux de quitter la capitale. Réfugiés dans le Saïd , ils (>arvinrent à se concilier plusieurs beys du parti vainqueur, et ne tardèrent point à déposséder Ismaêl. Ils commirent alors des vexations multipliées qui les rendaient de plus en plus odieux, et ils élodareot par tous les moyens possibles Taotorité du Grand Sefgneur%
LÉGY^TE ET LES CENT JOUAS. il5
HaçftD, capitaa pâdii, tat chargé par sa oonr de pnnlr
leur rébellion ; il arriva au Kaire , avec des forces peu considérables, éioigna Ibrahim et Mourad, envoya à Constantioople une partie des dépouilles de leurs partisans et des produits, de ses ooDcussioos. Rappelé par la guerre avec la Russie, il termina son expédition en concédant aux deux beys une grande partie du Safd , et laisn le gouvernement de TÉgypte à Ismaëi-Bey. Ce dernier mourut de la peste eu 1791. La contagion enleva, dans le printemps de cette année, le tiers de la population du Kaire : la moitié des MamloulLs attadiës à Isma61 suoeoroba ; et il mourut dans cette ville plus de soixante mille habitants depuis le 9 avril Jusqu'au 36.
Ibrahim et Mourad, divisés parties rivalités anciennes , mais retenus parle sentiment de 1 intérêt commun, rétablirent lear pouvoir dans la capitale. Ils se livrèrent ensuite«à des vlçlenees effrénées, méprisant les ordres de leur souverain, Imposant de nouveaux droits, sans discernement et sans mesure, sur le commerce , Tagriculture et Tindustrie, et enlevant les grains nécessaires a la subsistance des habitants , dont un grand nombre expirait sans secours.
Les négociants étrangers.ne furent point garantis de cette oppression; les Français, surtout, essuyèrent, depuis cette époque, des vexations ^des outrages qui demeurèrent longtemps impunis. Les beys parurent croire que l'état politique où la France se trouvait alors, justifiait ces procèdes injurieux , et se persuadèrent que son nouveau gouvernement n*en pourrait obtenir aucune satis&ction. En effet, les représentations adressées à ce si^ct à la cour de Goiistantinople furent inutiles; cette puissance ne fit aucun effort pour pujiir les usurpateurs de TÉgypte, ou réprimer les offenses dont se plaignaient ses alliés. Les extorsions et les insultes se renouvelèrent et eutrainèrent la ruine de nos maisons de commerce. On ne pouvait point les abandonner, sans livrer à des nations rivales des avantages ({ue Ton devait aux plus
ii6 i/kgypti: et les cent jours.
andens traités , et sans donner nn exemple de ùMêêêb qui serait devenu fatal à tous les établissements français. Tl
fallait donc consentir à cette exclusion du commerce du Levant et tolérer des outrages publics, ou trouver la sécurité dans l'exercice de ses propres forces.
Ces circonstances ont appelé les Français en Égypte, et l'ont rendue le théâtre d'un des plus grands événements de l'histoire moderne. Aux motifi que l'on vient de rappeler, se joignait la considération des avantages que leur promets tait uu établissement fixe dans ce pays ( i) et l'espoir de s'aoeorder avec la Porte Ottomane, en l'éclairant sur ses vrais Intérêts , et en lui offrant toutes les garanties qu'elle pourrait demander.
En effet, le concours des arts de l'Europe et l'influence d'un gouvernement régulier changeraient tout a coup la situation de l'Egypte. L'agriculture, secondée par une administration prévenante , y ferait en peu de temps des progrès considérables. On sait que la fécondité naturelle du sol est entretenue par la seule présence des eaux du Nil. Les travaux agricoles consistent principalement dans les irrigations; mais aujourd'hui la répartition des eaux est irrégulière et imparfaite. Les canaux qui les apportent sont tracés sans réflexion et sans art ; elles arrivent dans certains lieux avec une abondance superflue, tandis que d'autres terrains demeurent exposés à une longue stérilité. Ailleurs, on diminue par des dérivations imprudentes la résistance qui contient les eaux de la mer vers les embouchures du fleuve; et l'effet de ces travaux est de changer tout à coup en une plage inutile un territoire qui avait offert jusque-là les plus riches produe^ tions. On ne parvient à élever les eaux qu'à l'aide de quel*
(i) Ces mois étaient bien précis ; ils indiquaient Cétaàfisseme/tt J!xe des Français en l^^ypte : on les changea, et on leur substitua ceux-ci : tfans h LeivtHtt recomiAndables sans doute par le vngue de leur expression.