‹ Fourier et Napoléon, l'Égypte et les cent jours, mémoires et documents inéditsChapitre 15 sur 34 · L -ÉGYPii: ET LhS CENT JÛUftS. l · texte numérisé non relu

L -ÉGYPii: ET LhS CENT JÛUftS. l

individus remarquables daoa les diverses classes d'habitants ou dans les races étrangères , les vêtements et les armes qui les distinguent.

Dans les mémoires qui font partie de la collection, on 8*est proposé de compléter la description de TÉgypte , et d'en approfondir Tétude par la comparaison et la discussion des fidts. Sous ce second point de vue, on ne devait point entreprendre un travail assujetti à des limites déterminées. On ne peut point, en effet, borner les recherches sur TÉgypte ; aucun sujet de littérature n'est plus fécond et plus vaste, et ce serait en méconnaître l 'Rendue , que de vouloir l'épuiser : agà a seulement établi un ordre tel que les questions principales fussent traitées. Ainsi les auteurs des mémdres ont porté leurs reeberc^y 1* sur les institutions , les mœurs , la littérature, les sciences, les arts , le système des mesures et l'industrie des anciens Égyptiens; 2" sur la géographie ancienne et moderne , l'histoire dei'Égypte, le gouvernement • actuel de ce pays , la religion , les mœurs , les usages publics ou particuliers, Tétat des arts, de la littérature et des sdenoes, l'agriculture, l'industrie, les revenus publics, la navigation et le commerce ; 3** sur la nature et l'état physique du sol , de l'air et des eaux, sur la zoologie, la botanique, la minéralogie et la géologie de i'Ëgypte. Chacun de ces écrits est un ouvrage séparé; et dans la partie de cette collection qui renferme les mémoires, on a observé les mêmes règles que dans les collections académiques.

L'énumération précédente fait connaître le plan que l'on a suivi dans la description de l'Égypte. Les auteurs se sont attachés à remarquer tous les ouvrages de la nature ou de l'homme dont l'examen peut sfervir à l'étude de ce pays. On a représenté les objets, toutes les fois qu'il a été possible , dans les dessins, les vues pittoresques, les cartes et le» plans; mais II y a un grand nombre de faits que le discours seul pouvait retracer j on les a consignés dans les mémoires

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et les descriptions qui formeot le texte. On n*a rien négligé

pour que la partie descriptive de cette collection fût complète. La présence des armes françaises, les dispositions bienveillantes des généraux, le concours de tant d'observateurs et de témoins» la précision desinstniments, ont làeUité ces recherches(l}. —Cependant les circonstances n'ont pastonjoors été aussi favorables; et, an milien és tant d'événements de guerre, on a été quelquefois arrêté par des obstacles vraiment insurmontables (2) ; — mais on peut assurer qu'il y a peu d'omissions, et qu'elles ne sont point importantes. Peut-être n'y a-t-il, dans tonte l'étendue des États policés , anenne contrée dcmt on possède anjourd'hoi une description plus

(i) Id se trouve une addition manuscrite qui coooeme le oélàbre philosopbe Voloey ; on y lit : «Un écrivain justement célèbre, en publiant les résoltmls de ses voyages en Égypte et en Syrie, avait déjà enrichi la littérature française d'une description éloquente et exacte des mœnrs et du gouvernement de ces contrées. On sait que la vérité de ses observations est confirmée par les recberdies qui ont été entr^rises pendant le cours de l'expédition.»

(a) A ce passage entre — on a substitué celui-c» : • Cependant elles ont été souvent interrompues par des ciroonstaooes funestes. Parmi ceux que le goût des beaux-arts avait conduits en Égypte,, et que leurs' travaux précédents avaient rendus recommandables, plusieurs ont succombé à des fiitigues sans cesse renouvelées, ou dans tes périls presque certains auxquels un xèle Imprudenl les avait exposés. D'autres, l'espoir des sdences, Thonneur de leur famille, qui déjà consacraient au service de l'État les fimits de leurs études, ont péri dès leur première jeunesse sur cette terre étrangère victimes des séditions , des combats ou des maladies contagieuses. Au milieu de tant d'événements de guerre, les recherches littéraires ont été quelquefois arrêtées par des obstacles vraiment insurmontables. Mais on peut assurer, etc. »

Immédiatement après on lit, dans ces additions manuscrites, le passage relatif aux monuments astronomiques, déjà cité^à la page 54 de ce volume.

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exacte et plus détaillée ; car l'ouvrage dont on publie la première partie 9 doimera une connaissance précise de tous les. monQiDeiitBqiil existent en Egypte, de Tétat naturel de ce pays , de Findastrie de ses premiers habitants, et de l*état politique où II se trouve anJourcTIiui.

Indépendamment de cette description naturelle et historique de rÉgvpte , le séjour des Français dans ce pays aurait procuré les avantages les plus désirables. Aiyourd'hui même les rives du Nil seraient emIieUies par les arts; ses peuples , délivrés d'une police absurde et inhumaine , s'adonneraient avec sécurité à Tagriculture et jouiraient du produit de leur industrie ; les inventions mécaniques suppléeraient à la force de rhomme, et rendraient ses travaux plus faciles et plus fhictueax. Quelques tribus d'Arabes seraient fixées dans des tenains devenus fertiles, les autres seraient exilées dans les déserts. Ce sol féeond serait enrichi de plantes étrangères que l'on y aurait introduites ou multipliées , et les Français auraient déjà établi plusieurs manufactures précieuses. On entretiendrait des relations Importantes avec la Perse, Tlnde et l'Arabie, et Ton aurait parcouru et décrit cette dernière i^lon. Plusieurs voyageurs auraient observé le cours supérieur dn Nil , et examiné les antiques édifices qui existent au-dessus de Syène et dans l'Ethiopie (1); d'autres auraient pénétré avec les caravanes dans les oasis et dans les pays intérieurs de rAfrique;on aurait acquis des notions plus certaines sur les fleuves, les montagnes, les mines de fer et d'or, les productions naturelles, les villes et sur tous les éléments du commerce de ce vaste continent. Le canal destiné à fidre communiquer les deux mers serait achevé (2), et une partie du commerce de l'Orient suivrait une route si facile et si long-

(i) M. Cailliaud a heurcusciiiciit réalisé tes vœuK par ses deux voyages au Sennaar; il a aussi \ i site les oasis.

{1) LVxérution de ce canal est ud des rêves commerciaux de l'Europe de nos jours.

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temps déairée. Tel serait aiyourd'bui l'état de TÉgypte , si une fortane contraire ue Teût poiut rendue à ses anciens oppresseurs. On peut être assuré quMl n*y a aucune exagération dans ce tableau, et , puisque les huit années qui se sont écoulées auraient suffi pour procurer tant de découvertes et d'établissements utiles , quç ne devait-on pas attendre de l'influence prolongée qu'auraient eue les communications avec la France, et des progrès continuels des lumières et de rindusbie 1 Quoique les sciences aient vu s'évanouir une partie de l'espoir qu'elles avaient alors conçu, elles auront néannaoins retiré des avantages considérables de l'expédition française. Le recueil dont on commence aujourd'hui la publication , offre mi vaste cbamp aux recherches littéraires, et Tony puisera de nouvelles lumières sur Torigine de tous les arts. Les personnes qui ont concouru à le former, n'ont pu rien ajouter à la grandeur du sujet. Leur travail exigeait priocipalement un examen assidu ; et les droits qu'il peut avoir à l'attention publique , résultent de la nature même de son oljet y ou des circonstances qui ont permis d'en recueillir les éléments. Envisagé sous ce point de vue, cet ouvrage devient un monument de l'histoire ; on le doit à un prince illustre (1) qui lui accorde une protection constante et immédiate , ou plutôt qui en est lui-même le véritable auteur, et qui lui prêtera Féçlat (2) de son nom. Cette collection intéresse la gloire de notre patrie ; elle tire son origine de l'union des sciences et des ^rmes (3) ; elle est le témoignage et le fruit; de leur al» lianee. Elle rappellera le séjour des Français dans une des contrées les plus célèbres de l uuivers , et tout ce qu'ils ont

(i) Oo a substitué à ces mots ceux-ci : « Élevé sous les auspices d*un héros. • Cette phrase est entièrement refaite, même dans rédîtion officielle, (s) Au lieu de VéeUu on a corrigé par Vimmortatiêé* (3) Addition manuscrite : • On k doit aux efforts de ses guerriers. •

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($1% pour honorer leurs victoires par la Justioe et la démence, réduisant le droit de conquête à Texercice d'une autorité tu-

télaire(l); elle ramènera souvent sur ce pays les pensées et les vœux des amis des beaux-arts , et de tous ceux qui portent un intérêt sincère au progrès des connaissances utiles ; elle unira les noms de la France et de i'Ëgypte , et prépare peutêtre à cette terre Infortunée un meilleur destin (2).

On trouvera dans la même capitale avec les chefs-d'œuvre -qui ont illustré la Grèce et l'Italie, le tableau iidele des monuments égyptiens, et l'on aura sous les yeux tout ce que le génie des arts a produit de plus grand et de plus parfait. En comparant ces modèles on se souviendra qu'ils sont tous le prix de la victoire ; que la France a reçu ces ornements immortels de la main d'un héros qui compose ses trophées des plus sublimes oi:vraf.^es de l'antiquité , et qui attache ainsi la mémoire de ses triomphes à toutes les époques de la gloire des heaux-arts.

L'étude des monuments de l'Égyple ne peut qu'inspirer des pensées Justes et élevées, détourner de la recherche des ornements fugitifs et ramener à l'unité et à la simplicité des vues. Elle fera bieu connaître que les objets solides et durables ont une majesté qui leur est propre, et que, si l'élégance ingénieuse des formes contribue à la perfection, l'idée du vrai beau renferme nécessairement celles de la stabilité et • de la grandeur. Elle montrera ce principe dans tout son jour, et doit par-là exercer une influence utile sur le goût et les travaux du siècle.

(i) Addition manuscrite :« Il peut aussi inspirer à la cour ottomane le dessein de rétablir son autorité en Égypte et d'y fonder un gouvernement plus régulier. Enfin il ramènera souvent.. . -

(a) Autre suppression et Tune des plus remarquables. L'Empereur dit à Foarier : «Otez cela; les Anglais en feraient leur profit à^Gonstantinople.

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Cette contrée , qui semble être le sanctuaire immuable des beaux-arts , opposera longtemps la gravité sévère et même excessive des modèles qu'elle a conservés, à la mobilité et à riaconstaoce naturelles de l'esprit humain. En effet, ces monumeots ont été eonstruits plusieurs siècles avant que les villes de la Grèce fussent fondées (1); ils portaient d^à 16 nom d'antiquités de TÉgypte au temps de Platon ; et nos successeurs les admireront encore à l'époque où, dans tous les autres lieux du globe , il ne restera plus de vestiges des édifices qui sulisislent ai;yourd'hui ; le peuple le plus jaloux, de produire des ouvrages durables habitait le pays de la terre le plus propre à les conserver.

Mais cette longue durée de leurs monuments n*est pas due seulement aux propriétés du climat, elle résulte surtout des efforts de ceux qui les ont élevés ; car on peut à peine découvrir sur les rives du Nil les ruines des édifices romains. Les Égyptiens considéraient en quelque sorte comme étemel ce qui appartenait à leur religion et à leur gouvernement; ils étaient entretenus dans cette pensée par l'aspect continuel des grands monuments publics, qui demeuraient toujours les mêmes , et qui paraissaient n'être plus soumis à Faction du temps. Leurs législateurs avaient jugé que cette impressiim morale contribuerait à la stabilité de leur empire.

G*est dans les mêmes vues que ce peuple a gravé sur ses palais, ses temples et ses tombeaux, les images de ses dieux et de ses rois , les observations du cie! , les préceptes sacrés, le spectacle de sou culte et celui de la société civile. Toutes ces sculptures , et même les plus imparfaites » ezdteroat un vifintérétzellessontles traces les plus andennes quelliomnie ait laissées sur la terre; elles appartiennent à cette antique

(i) On fit des changements notables dans la rédaction de ce panifraphe; on y ajouta les noms de Tyr, Cartbage et Athènes.

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eiviiisatioD de VAsie « qui a précédé tous les temps hialoriipies de la Grèce ; elles nous font entrevoir oe qu'étaient alors l'esprit et les mœurs des nations.

On ne pourra point admirer les ouvrages de l'Égypte, ni se rappeler les époques de sa gloire saus considérer les malheurs que lui a causés la perte de ses lois, de ses lumières, de ses établissements militaires et de son indépendance. On appréciera tonte l'influence de ses institutions ; on les regardera comme une source morale de prospérités, qui n'était pas moins nécessaire à ce pays que le fleuve qui l'arrose ; on comparera surtout l'état déplorable dans lequel il est tombé avec l'opulence qu'il acquerrait en peu d'années sous les auspices d'une puissance européenne (1).

Ainsi (2) l'étude de TÉgypte, si féconde en grandes pensées et en souvenirs utiles , nous avertit encore que le développement de l'intelligence et de l'industrie est attaché au maintien de Tordre public; elle nous fait mieux connaître le prix des lois et d'un gouvernement stable et éclairé ; elle nous suggère de nouveaux hommages pour un monarque illustre , qui a mis un terme à nos dissensions civiles , qui affermit de plus en plus l'autorité des lois , qui confond les desseins ambitieux de nos ennemis ; prépare à la France une paix solide et glorieuse, et la fait jouir, au milieu même de la guerre, nonseulement de la sécurité intérieure, mais aussi des bienfaits et de la splendeur des arts ; qui , s'élevant au-dessus des erreurs et des passions des contemporains, pénètre Tavenir et jette les vrais fondements de la puissance et de la prospérité des États j qui veut tout ce qui est grand et utile , et accom-

(i) Autre 8upprefl8ioii toute politique. Elle fut remplacée par ces niota : « Que lui prooui^erait en peu d'années une administration plus sage. •

(a) Tout ce qui suit a été presque entièrement supprimé ou mutilé dans l'édition de i8si. Tout souvenir de Napoléon a été attentivement aboli.

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plit sans effort tout ce qu'il a résolu , soumettant la fortune elle-même à raiitoritc de sbn j^énie.

Que les lettres reconnaissantes perpétueut sa mémoire ! Que les beanx-arts se réunissent pour conserver ses traits immortels , et transmettre à la postérité l'éclat de ses triomphes ! Que les sciences s'applaudissent d*étre Tobjet de ses vues et de ses bienfaits ! Que Thistoire fidèle représente , dans tous les âges, les nobles exemples qu'il laisse a ceux qui exerceront on grand pouvoir snr les hommes! Qu'elle rappelle anssi que l'Égypte fut le théâtre de sa gloire, et préserve de l'oubli toutes les circonstances de cet événement extraordinaire! Qu'elle entretienne sans cesse les monarques ses successeurs des pensées généreuses qui l'ont to^iours animé pour la félicité des peuples^ le progrès des arts, et l'honnisiir do nom français 1

FIN DB hk PBÉPAGB HISTOBIQUB

{Première rédaction inédUe),

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