‹ Fourier et Napoléon, l'Égypte et les cent jours, mémoires et documents inéditsChapitre 19 sur 34 · L ÉGYPTJi JiT LES CENT JOURS · texte numérisé non relu

L ÉGYPTJi JiT LES CENT JOURS

interrompu; quelques magistrats s'abstinrent sans péril comme sans do minage; aucun trouble^ aucun acte répréhensible ne se mêla aux manifestations de l'enthousiasme qu'excitait la présence de l'Empereur. Les campagnesaccouraient de toute part pour le voir : son accès était facile, car l'étiquette du palais impérial ne fut rétablie qu'à Lyon, et à mesure que les officiers de la maison civile venaient reprendre leurs fonctions, hélas I par trop musquées pour le moment, et les exercer comme dans Tanden temps, en des circonstances si nouvelles et quand Tenthoiisiasme populaire seul replaçait r£mpereur. sur le trône !

Les pétitions abondaient selon l'usage immé* morial en de telles occasions; les dévouements se manifestaient parfois à l'unisson des ambitions. Après les corps constitués, les citoyens notables de Grenoble voulurent aussi rendre leur adhésion publique : ils la consignèrent dans une adresse , la première et le modèle de toutes celles qui remplirent j)eiidant trois mois les colonnes complaisantes du Moniteur , recueil singulier de pièces de circonstance, mais d'un aspect plus singulier encore en i8i5 qu'en toute a^tre année, car, multipliées par les événements opposés dans une proportion gigantesque, ces adresses célébrèrent durant les trois mois de printemps le retour de l'Empereur, et durant les trois mois

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d'été, le retour du Roi : il y eut des personnes qui signèrent en toute saison.

Par une heureuse exception, une de ces adresses , de celles du printemps , ne fut pas réimprimée dans le journal officiel : elle s écartait eu effet de ce qu'exige le style propre à ce genre d'éloquence. Je ne la condamne point pour cela ; il y a quelque mérite, sans doute, à se déclarer publiquement, à ses périls et risques , contre une autorité puissante, à la conseiller sévèrement, le tout au nom des plus chers intérêts de la patrie. Ces sentiments animaient M. Joseph Rey dans son adrejisef en son nom seul, à C Empereur : critique vigoureuse du passé, et réve d'un bel avenir qui alla bientôt s'engloutir dans la tombe impériale de Sainte-Hélène.

Des nouvelles sûres de Lyon furent rapportées le 8 au soir par le docteur Reinaud, qui avait lait habilement le voyage en vingt-quatre heures à franc étrier. L'Empereur en fut satisfait, et résolut son départ pour le lendemain ; les troupes auraient vingt-quatre heures sur lui, l'Empereur et r armée devaient arriver ensemble aux portes de Lyon.

La revue de la garde nationale de Grenoble fut indiquée pour la matinée du mercredi 9, jour de marché, et sur la place principale. Le colonel s abstint, il fut remplacé dans son service par un des plus honorables citoyens, l'un. des

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officiers supérieurs de cette brave mflioe, par

M. Alphonse Périer, frère de Tilluslre Casimir, et député actuel plusieurs fois réélu par Tarrondissement de Grenoble.

L'Empereur alla à pied passer cette revue. Dès qu'il eut été salué par les soldats et par les citoyens qui encombraient la place et les croisées de toutes les maisons, la musique fit immédiate* ment entendre l'air de l'ancienne chanson républicaine ; « Veillonsausalut de l'empire, veillons an maintien de nos droits. >Cetairattira aussitôt l'attention de F Empereur, qui, tournant sa téte vers les musiciens, dit d'un air gracieux : « C'est « très-bien, c'est très-bien. » La revue fut attentive de la pait derLmpereur, il répéta plusieurs des paroles et des promesses qu'il avait déjà fait entendre , et qui devaient causer quelque satis£Eiction à l'opinion publique, dans une ville surtout où cette opinion n'a jamais été muette ; où cette opinion dirigée, éclairée par des études rares dans d'autres lieux, tétait trouvée convenablement préparée pour l'assemblée mémorable de Yizille en 1788 et avait donné à la France Meunier et Bariiave; qui, mûrie par une expérience de quelques années seulement, avait repoussé hautement le régime révolutionnaire, se voyant avec joie suspecte à ce régime parce qu'elle était vierge de sang; qui, un peu plus tard , fut suspecte encore à Napoléon dans sa toute-puis-

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sance impériale, parce que cette opinion redou^ tait pour les libertés publiques le dictateur enivré des gloires de la guerre ; suspecte enfin à la restauration, parce qu'elle persistait dans les idées de Vizille et de 1790, qui n'ont pas cessé d'être son évangile politique*

Après la revue, FEmpereur rentra à pied, porté par la foule, et il est certain que durant ce trajet sur le pavé un charbonnier, monté sur une borne, s'écria, s'adressant à Napoléon, qui passait auprès de lui : Est-ce vous qui êtes notre « Empereur? — Oui, mon ami, dit l'Empereur, — £h bieU) touchez là! » Et l'Empereur toucha là, dans la main du charbonnier; et la foule d'applaudir avec un enthousiasme inouï»

D'après les ordres donnés le matin par l'Empereur, tout était préparé pour le départ. Je m'y trouvai; il me dit : c Je sais que vous ne venez « pas avec nous. Venez nous joindre aussitôt que « nous serons à Paris ; ce sera le jour de la féte c démon fils. » (Jamais l'Empereur ne lui donna le titre de roi de Rome.) Il ajouta quelques recommandations relatives aux affiôres du jour et du département.

U quitta Grenoble le 9 mars vers midi et prit la route de Lyon. 11 s'arrêta le soir à Rives ; il soupa dans une grande auberge qui donnait sur la route, et dont les portes restèrent ouvertes. Le maire de la ville et une foule de citoyens

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notables assistèrent debout à son souper; le paysan était également admis; la conTersation était presque publique , et ri libre qu*an habitant du lieu prenant la parole , s'écria : ce Biais ^ notre « Empereur, est-ce que nous ne reprendrons pas <c le Rliiii ? — Vous le voyez , comte Bertrand , dit (c r£mpereur en s'adressant au général , tous le « voyez j vous l'entendez, et Ton dit partout que et c'est moi qui veux la guerre! »

L'Empereur continua de marcher toute la nuit, incessaixiinent escorté par la population formant la haie sur la grande route, par les maires et par les principaux habitants rangés i dieval autour de sa modeste voiture (i); plusieurs d'entre eux portaient des torches allumées^

A deux heures du matin j l'Empereur était à Champier, et au jour^ le lo mars^ à Boui|;oin| ville très-déclarée pour lui : il y trouva la garde nationale sous les armes* C'est là que Fourier alla joùidrê; il y connut sa nouvelle mission pour Lyon , par une lettre que le général Bertrand lui remit au moment de monter à cheval pour mar^ cher vers Lyon, où l'Empereur arriva le soir du même jour à quatre heures. Fourier s'y rendit le lendemain matin ii mars; néanmoins oe fi'est qu'à la date du 12 mars qu'on trouve dans le

(i) Son cheval blanc avait été laissé de plusieurs jours en ar^ rière dans les Hautes-Alpes.

Bulletin des lois un décret ainsi conçu dans la copie oflGicielle que j'ai sous les yeux :

• Décret impértaL*

«Lyon, le 12 mars 1815.»

« Kapoléon j par la grâce de Dieu et les consc titutions de Fempire, Empereur des Français, etc., etc., etc.

« Avons décrété et décré|;ons ce qui suit : »

Art. I*'. Le comte Fourier est nommé préfet <K du département du Rhône. »

« An. Le grand maréchal £sdsant fenctions « de major général de la grande armée est chargé < de Texécution du présent décret* »

« Par r Empereur, le grand maréchal faisant fonctions « de mqjor général de la grande armée,

« Signé : Bebtband. »

Fourier, dans ce décret, est désigné par le titre de comte : l'Empereur lui avait donné le ti» tre de baron avec une dotation, le i5 août 1809; et si mes. souvenirs ne me trompent point , le titre de comte lui fut conféré par Tlmpératrice* régente vers la fin de Tannée 18 13 : toutefois c'est sans succès que j'ai cherché à vérifier l'exac* titude de cette date , je n'ai pu découvrii* le dépôt des papiers de la régence de Marie-Louise durant les derniers temps de FEmpire.

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