‹ Fourier et Napoléon, l'Égypte et les cent jours, mémoires et documents inéditsChapitre 5 sur 34 · L*£GYPT£ £T LES CENT JOURS · texte numérisé non relu

L*£GYPT£ £T LES CENT JOURS

Le général en chef Bonaparte étant rnivi au Kaire le a3 thermidor an YII (lo août 1799)»

un corps permanent , et la Commis-ilon n'eut qu'une existence temporaire. Nous recueillons ici avec un juste sentiment de respect, les noms des personnes qui composèrent l'un et l'autre.

Le 3 fructidor an VI ( 20 août ijyH ), un arrêté du général en chef Bonaparte créa l'Institut d'Egypte, composé de 4 sections et de 48 membres. Il nomma en même temps les sept premiers membres, Andreossi, Bertliollet , Cafarclli, Costa/, Desgenettes, Geoiïroy, Monge, et il les chargea de présenter les noms des personnes qui leur paraîtraient dignes d'entrer dans une des quatre classes du nouvel Institut, Le 5 fructidor, la liste fut arrêtée; mais, contre l'avis des sept membres priuiitifs, les génénux Kiéber, désigné pour la section des bcaux.-arts, Desaix et Beynier, pour la section d'économie politique, ne furent pas Dominés , parce qu'ils ne résidaient pas au Kaira. Le 19 brn« maire an VIII (n octobre 1799) l'Institut les reconnut néan* moins comme membres da corps : ils habitaient alors la capitale de l'Égyple.

Voici la Gompontioii des quatre aectioas, arrêtée le 5 fructi^ dor an VI :

Classe des mathématiques ^ Andréossi, Bonaparte, Costal 9 Fouriery Girard, Lepère, iog^nieiirt Leroi, Malus, Mouge, Nouet, Quesnot, H. Say. Lancret, nommé plus tard. Its sont tous J|lor/5. M. Lepère, architecte, nommé avant Lancret, a seul survécu.

Pkytique, Berthollet, Champy, Conté, Delille, Descotils» Desgenettes y Dolomieu, Dubois, Geoffroy, Savigny. Beauchamp etLarr^, nommés ensuite. M. Geoffroy St>Hilaire a seul survécu.

Éconontû politique, Gafarelli, Gloutier» Ponssielgue, Shulkotrski, Sacy, TalUen, Bourienne et Gorancei, nommés plus tard. Us sont tous morts,

littérature et beaux-arts. Denon, Dutertre » Norry, Barcevaly Bedonté, Rigal, Vanture, dom Raphaël de Monachis, prêtre grec uni, Rîpault, nommé plus tard. Ils sotU tous morts.

Ainsi de la création de rinstitut d*Égypte composé des 36 membres le 11 août 1798 (il y a 4$ ans), des dix membres nommés dans la suite , total 46 , deux seulement vivent encore : M. Gèoffroy-St-Hilaire, membre de l'Académie royale des

6 ïs*Éarm rr i<bs cbut ioiibs.

après la bataille qu'il venait de gagner sur les Turcs près d'Aboukir^ le 7 du même mois^

fit partir de suite les deux Gommissions scientifii{ues qu'il avait nommées par un ordre du jour, et chargées d'explorer tous les monuments de la haute Égypte. Fourier fut nommé commandant de la deuxième commission. Le général Berthier lui en donne l'avis par une lettre en date du 27 thermidor (i4 août). La Commission a ordre de partir le fructidor (a septembre). Le commandant d'armes de Boulac doit fournir une djerme armée et une escorte de vingt hommes...... Par

l'effet du hasard y cette escorte fut commandée par un de mes proches parents , de mon nom^ capitaine à la célèbre trente-deuxième demi-brigade. U eut l'occasion , à Grenoble, de rappeler cette circonstance à Fourier, qui fat heureux de

sdeDoes, et M. L^ère, rarchitede de la colonne de la place Vendôme.

Les deux Gommiasions àuurfSjêe» d*eiplorer les monuments de la hante Égypie forent composées, h première, des citoyens Cbftas^ JVooef (^^Méchaîn, GoquebeitfGouteUe, Hipault, Balzac s et la seconde , des citoyens Fourier, Parseval, Villoteant MiUep Ge^rey, Lepère, ingénieur. Redouté, LaGypière,Gha* brol (de Volfic), Arnoult, Vincent. Plusieurs Ing^ieurs des ponts et chaussées (Jotlois et DeWlliers étaient de ce nombre); des Ingénieurs géographes (et parmi euzM.Jomard), et des o(B* ciers de diverses armes concoururent aux recherches entreprises par les deux Commissions, et doivent être associés aux hommages qu'inspirent de si rudes et de si fructueux travaux.

(*) Les nom ca italiques sont ceux des membres de U Commillioo, mcm» bre* eu même temps de l'IosUlut d'Égyptc.

L'iOTPTS BT LBS CBHT JOUBS. 7

ce souvenir, comme il Tétait de tous ceux qui se rattachaient k Vexpéditioii d'Égypte.

La rédaction de la notice analytique des travaux des deux Commissions de retour de la haute Égypte, insérée dans le n® 4? du Courrier, est manifestement de Fourier et peut être ajoutée à la liste dressée par M. Cousin. Ceci résulte du style, de Temploi fréquent delà particule on , très-habituel dans les écrits de Fourier, et de ce qui s'y lit aii sujet des zodiaques comparés entre eux , expression certaine de Fopinion primitive de Fourier sur ces rares monuments; et lorsqu'il ajoute que ces sculptures ont échappé aux observations des voyageurs dont les écrits ont été publiés j il se souvient que Denon, alors parti pour la France avec le général en chef Bonaparte, avait dessiné ces zodiaques à Dendérah et à £snèh. Foùrier me dit avoir comme découvert aussi le zodiaque circulaire de Dendérah^ un jour où, fatigué à l'excès , malade, et s'étant couché à la renverse dans la salle dont ce monument formait le plafond , il y vit d'abord le signe du scorpion, et bientôt après tous les autres signes rangés en ligne spirale.

Un bureau des renseignements sur l'état moderne de l'Égypte fut institué par le général Kléber le 28 brumaire an VIII (ao novembre 1799) (1); Fourier en fut nommé président, et

(i) On lit l'an vii ptr «mur dant h notiea de If . Cousin.

8 h'ÉGYVTE CT LES CllTT lOVBB.

c'est 611 cette qualité que Tallien , le célèbre con» ▼entionnel, membre du bureau, adressa à Fou-*

rier un mémoire sur Tadministration deFÉgypte, avec une lettre ainsi conçue :

> TALUBNf au citopen YoiiURR^présideni, etc. .

« Je vous adresse , citoyen président , un méc moire sur l'administration de l'Égypte , résultat « du trayail dont j'ai été charge par la Commis- <c sion. L'exactitude des renseignements que j'ai « recueillis £ait le seul mérite de ces notes ^ c auxquelles je n'attache de prix qu'autant qu'ela les pourront contribuer à la perfection de l'ou- «c vrage que vous vous proposez de publier. Je <c vous laisse entièrement le maître d'y faire lesic changements que vous croirez convenables.

« Si j'avais eu plus de temps , j'en aurais soia gné davantage la rédaction ; mais jaloux de « remplii^mes engagements , j'ai voulu, avant de a partir (i) vous remettre mon travail.

« Salut et amitié.

«t Talliev. »

Heundriey 30 plnviôfe an VUI (23 imiTier 1800).

Lorsque , le 3 frimaire de la même année (^4 novembre 1799)^ le bureau de l'Institut du Kaire assembla les deux Commissions de la haute Egypte, pour délibérer sur la réunion de toutes

(i) On a dit que TalIicn , dont Tactivilé d'esprit déplaisait au général en chti, avait été autorisé à retourner en France.

l'égtpts £t les cent jours. 9

les observations en un seul corps d'ouvrage, et

pour désigner le secrétaire chargé de diriger l'ensemble de ce travail, Fourier, sur les quarante-sept votants 9 réunit quarante-cinq voix; les deux autres bulletins nommèrent, l'un Villoteau, et l'autre Girard.

La minute du traité entre Kléber et Mourad* Bey (mois de floréal an VIII, mai 1800), écrite de la main de Fourier, a été conservée : il n*y a aucune trace de ses rapports diplomatiques avec la belle Sitty-Nafiçah , ou Setty-Naffy, femme de ce bey, à laquelle le général en chef Menou donna une pension de soixante mille francs lors qu'elle devint veuve de Mourad (i).

Par un arrêté en date du messidor an VIII (16 juillet 1800) le général en chef Menou voulut fonder au Kaire une bibliothèque publique, composée des livres de l'Institut d'Égypte et de ceux que Bonaparte y avait laissés : F ourier (ut chargé d'en faire dresser Tinventaire , ainsi que des manuscrits, des instruments de physique et autres objets d'étude; de désigner le lo-

(i) Courrier de l'Égrpte, n" ii3, ao floréal an ix (aS avril 1800). Setty-Naffy était veuve d'Aly-Bev ({ii.Tnd elle devint la femme de Mourad-Bey. Une décision du j^c^néi al en chef lui laissa la possession de la partie de ses biens (|ui lui venait do sou premier mari. « Je veux par là , » disait Bonaparte dans sa lettre à PoussieJgue, contrôleur des dépenses, ■ je veux par là dornier une « marque d'estime à ce grand homme (Aly-Bey). ■ I-.eUre du II pluviôse an YII (3i janvier 1799).

lO L'iGTPTB ET LB8 CBRT JOUBS.

cal où ils seraient déposés ^ de donner un règlement au nouvel établissement littéraire , et d'eo surveiller l'exécution .

Peu de jours après, le 1 7 fructidor (4 septembre, même année), Fourier était nommé le premier membre du conseil privé d'Égypte; le 9 vendémiaire suivant (i^ octobre), examinateur des aspirants de la marine sortant de l'école des mathématiques fondée au Kaire; le lendemain, chef de l'administration de la justice et commissaire près le divan du Raire, corps politique d'une haute influence sur la population égyptienne : et pour cette active variété de services, on ne trouve qu'un équitable témoignage de leur utilité dans ce passage d'une dépêche du général Menou au premier consul : « L'Institut a repris ses séances; « le citoyen Fourier, secrétaire perpétuel, se con- « duit à merveille et nous est d'une très-grande « utilité. Je demanderais, citoyen consul, que a vous fissiez quelque chose pour l'Institut. » (Lettre du 10 brumaire an IX., a novembre 1800.)

Les brouillons du discours prononcé à la cérémonie funèbre de Desaix (11 brumaire an IX^ 3 novembre 1800) contiennent quelques variantes remarquables. On lit dans le texte connu de ce discours : « L'admiration, l'amitié et le tf désir d'obtenir, en l'imitant, une gloire im- « mortelle, l'unissaient au premier général de

jfÉtyrm et les cent jours. ii

ff l'armée d'Orient, qui lui accorda l'honneur « de conquérir le Saîd. » Dans le manuscrit y au

contraire, cette phrase médite et plus brillante subsiste encore : « Le premier chef de l'armée « d'Orient, à qui il est aussi aisé de donner la « gloire que de la posséder, et qui , parvenu « sans efForts à l'immortalité, ne semble plus oc- « cupé que de la distribuer, nomma d'avance c Desaiz conquérant de la haute Égypte ». On lit aussi dans le manuscrit autographe ce rapprochement historique : a Français, vous avez en- « voyé dans l'Occident le récit de la bataille « d'Héliopolis , et nos armées d'Europe vous ont a répondu par celui de la journée de Marengo. »

Ajoutons cette pensée si noblement exprimée : «Il n'y a dans l'histoire qu'un petit nombre « d'époques signalées par de grands événements < de guerre, comme si la fortune et le génie c des nations eussent besoin de s'accorder pour

les y accumuler. 9

En Egypte Fourier ne cessait de penser à la France; il doutait peut-être si, dans le nouvel ordre politique étabU par la révolution du 18 brumaire, on penserait à lui, et je sais qu'il ne comptait que faiblement sur la mémoire du premier consul. Fourier écrivit donc à Paris , et reçut en réponse une lettre qui mérite d'être conservée; la voici :

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