CHAPITRE IV
fooiier. Soo Mémoire sur ta théorie de h propagatios de la ehalear dans lea corpa soUdet, LliMliliit M déeeroe le grand prix denwlfaé* mathlgnea Méeompte de l'anleiir. IMitioB à ce ai^ .
Les relations de Fourier avec l'académie des sciences remontent à Paumée 1 7 8 7 . V ingt ans après il communiquait à cette académie un mémoire
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sur la propagation de la chaleur dans les corps
solides. L'académie, frappée de F importance de telles recherches, en fit le sujet d'un grand prix de mathématiques, afin de porter Fauteur du mémoire à l'étendre et à le perfectionner (i). Fourier s'y engagea, et ce trairail le préoccupa sous plus d'un aspect. Il aimait les hommes , mais il les avait assez fréquentés pour redouter quelque peu les effets des passions que tout intérêt averti manque rarement d'émouvoir, et qui , dans la classe des puissants, ne sont quelquefois que l'instinct de conservation d'un rang bien ou mal acquis. Et partout l'amour-propre n'est-il pas pétri de susceptibilités, et, comme une juste compensation, d'incessantes alarmes? Mais de telles considérations ne détournèrent point fourier du projet et de l'obligation de terminer son mémoire, selon le programme publié par l'académie. Le sujet s'agrandit sensiblement sous sa plume par ses vastes calculs, par ses nombreuses expériences; son manuscrit forma un volume in-folio de plusieurs centaines de pages. Je devais rapporter à Paris, où j'allais me rendre dans les premim jours de septembre 1811 ; il ne fut pas prêt pour le jour de mon départ : en bàt de textes en chiffres, Fourier était aussi difficile que pour les phrases d'un discours, et il y avait pour lui une manière plus élégante que toute autre d'écrire
(i) Éloge de Fourier par Jli. Arago » page 4o.
L'iOTPTS BT LBS CBRT JOtTHS. 4^
une proposition ou un théorème avec les si* gnes et la langue des calculs. L'ouvrage fîit ter* miné dans le délai prescrit ; mais Fauteur ne li- "vra son manuscrit qu'à la dernière extrémité; il me le fit remettre à Paris. Je vois encore par les trois lettres dont Fenvoi de ce manuscrit fut le sujet, à quelles inquiétudes Fauteur fut livré, jusqu'au jour où il eut dans ses mains la preuve du dépôt que j'en avais fait, avant Fexpiration du délai donné , au secrétariat de l'Institut.
« Voilà, monsieur (m*écrivait-il le 17 septem* a bre iBi i), une des commissions les plus impor- « tantes que je puisse donner de ma vie. » Le 17 octobre, il m'exprimait sa satisfaction de l'heureuse arrivée de son mémoire , et Millin qui était chez lui dans ce temps-là, m'a dit qu'il montrait avec une joie d'enfiemt le récépissé venu du secrétariat de FInstitut. Cependant cette satis&ction ne fut que de peu de durée , elle se changea même pour Fourier en une source de chagrines réminiscences, qui ne se sont jamais éteintes dans son esprit.
Le mémoire fut couronné : mais les termes du jugement favorable de Facadémie, ou plutôt de la commission qui avait examiné le mémoire, car les commissions sont souveraines à FInstitut, étaient quelque peu restrictifs , sans que les moti& de ces réserves fussent exprimés , ce qui semblait intolérable dans une matière où la diversité
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bien légitime det goûte, la diversité moins éqoi*
table des opinions, et la diversité toujours con* damoable des vues personnelles ne peuvent trou-* ver à se produire, puisqu'on ces matières 9 tout se pèse , se mesure , et se résume en faits authen** tiquement démontrés et constatés.
A l'occasion de ce qui arriva à Fourier, le crétaire perpétuel de l'Académie des sciences n'a pas hésité à déclarer publiquement que les académies qui jugent, doivent, comme les autres tribunaux , motiver leurs jugements. Cette règle nous semble impérieuse, même dans les contrées que Fontenelle a nommées le Pays des démonstrations. Ailleurs cette règle serait parfois tyrannique , dans les domaines du goût par exemple, et dans ceux ou les opinions les mieux motivées ne sont parfois encore qu'une affiiire de goût. L'académie des inscriptions et belleslettres, eu Tannée 17G0, proclamait Builet son oracle celtique (i). Aujourd'hui pour la même académie tous les oracles sont morts, et il est juste d'avouer qu'il y a en érudition tant de de* grés' de bien, qu'on peut dire que certaines choses ne sont pas mauvaises quand même elles ne sont pas bonnes» Le laborieux assemblage des passages écrits qui concernent un sujet, est presqu'un mérite; il n'y a cependant ni esprit, ni inventiouy conséquemment point de génie, rien qu'on
<i) DicUoimaire cdlique, tome 3% au frootispice.
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ne puisse £&ire , quand même on n'est pas mem* bre d'une académie , car ce secret a vieilli ; mais c'est un ensemble, c'est curieux, c'est surtout du temps épargné aux autres. Aussi les jugements rendus en matière d'érudition exigent-ils plus de^ politesse que de vérité ; le vieux Dacier, qui jugea pendant plus de cinquante ans les morts et les vivants , a fondé les bonnes doctrines sur cette partie des coutumes littéraires , et toute bonne tradition réside dans ses exemples.
Le mémoire de Fourier sur la théorie de la chaleur fut imprimé vingt ans après dans les vo^ lûmes de l'académie, et tel qu'il l'avait présenté au concours : c'était de sa part une tacite protestation contre un jugement qui l'affligea toute sa vie (i).
L'élévation des sujets scientifiques auxquels il s'attacha par une préférence réfléchie, lui pro« mettait de la gloire, suave aliment des nobles esfMÎts, et des contradictions ^ qui s'assimilent
(i) Il en écrivit an secrétaire perpétuel Delambre^quî disait, pour toute réponse , que deux eu irais mots de plus ou de moins n'étaient rien à rbonneur d'un grand prix de mathématiques dé* cerné par l'Institut. Les traditions du temps disent enfin qn« ces deux ou trùis mots furent généralement désapprouvés : To* pinion publique juge parfois autrement que les académies, qui d'ailleurs n'ont pas droit de vie et de mort dans la république des lettres. C^est pourquoi elles n'ont jamais fait ni défait aucune renommée. C'est pourquoi encore on peut décéder à peu près obscur dans un fauteuil académique : il y a des bommes qui ont obtenu quelque réputatiou quoique mourant comme tout le monde.
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moins aisément à notre nature. Comme la théo* rie de la chaleur, les zodiaques d'Égjrpte tour» mentèrent la vie de Fourier; je m'arrête un moment sur cet autre sujet intarissable de ses conversatioiis : quoiqu'andeui et fort débattu depuis quarante ans , il me reste encore quelque chose de nouveau à en dire* i