‹ Fourier et Napoléon, l'Égypte et les cent jours, mémoires et documents inéditsChapitre 9 sur 34 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

Zodiaques égy])tien8. Première opinion sur leur excessive antiquité. Tentative du Premier Consul à ce sujet. Influences politiques restrictives. Variations et sentiments modérés de Fourier sur ces zodiaques. Clameurs coalisées. Intervention protectrice de Louis XVIII. Influence de la découverte de Champollion le jeune sur cette question. État actuel de la discussion. Élément nouveau qui- doit l'édairer. Antiquité des annales ^ptiennM»

Les monuments qui, d'après Topinion de Fourier et celle de ses collègues de la Ck>mmi8sion d'Egypte, devaient être considérés comme astronomiques, étaient au nombre de six; ils avaient été découverts dans les temples d'Esneh, de Dendérah, d'Hermonthis, et dans un tombeau royal de ïhèbes (i). De ces curieux sujets astro-

(i) Aujourd'hui où renaissent les vives discussions académiques sur les zodiaques égyptiens, on en exclut les autres sujets considérés comme astronomiques, tels que les tableaux peints à Hernionthis et dans les tombeaux des rois à Thèbes, où figurent le Lion, IcTaurcau et le Scorpion. Les zodiaques conte» nant la série des la signes sont seuls en cause.

l'£Gtpt£ £x les gbstt jodas. 49

nomiques , tous sculptés ou peints , deux étaient à

Dendérahy au portique du grand temple et au plafond d'une pièce supérieure; deux autres à Esnèh) et ces quatre monuments contiennent également les douze constellations zodiacales, dont les signes se succèdent selon Tordre du zodia* que moderne. Dans les deux zodiaques d'Esnèh et dans celui du portique de Dendérah, les douze constellations sont placées sur une ligne qui est pliée en deux droites parallèles ; cette ligne au contraire forme un arc de spirale dans l'autre zodiaque de Dendérah, celui-là même qui est aujourd'hui à la bibliothèque royale de Paris , et qu'on nomme généralement planisphère.

Le signe qui occupe la première place dans les deux zodiaques d'Esuch, c'est la Vierge; et dans ceux de Dendérah, ce premier signe est le Lion.

A Hermonthisy on trouve séparément deux constellations , le Taureau et le Scorpion ; et à • Thèbesy le Taureau^ le Lion et le Scorpion.

Denon, protégé par l'amitié et les victoires deDesaix, avait pénétré dans la Haute Egypte et exploré le premier cette riche contrée historique. Parvenus avec Farmée à Dendérah, Desaix découvrit de ses yeux le zodiaque circulaire, en avertit Denon qui le dessina, et qui Tannonça à ses collègues , dès son retour au quartier génégal du Kaire, au mois d'août 1799.

La commission présidée par Fourier compléta

5o l'Egypte et les cRjut jours.

cette première découverte , et lui donna son vé-

ritable prix par robservation des monuments d'Esnèh, dessinés aussi par Denon, et de ceux de Thèbes et d'Hermonthis.

Du rapprochement de ces tableaux naquit la prompte interprétation des causiîs de leur ressemblance, de leurs disparités, et cette inter[)rétation futy dès son origine , une science tout entfère^ dont les conséquances changeaient inopinément toutes les bases, jusque-là accréditées, de Thistoire de la société humaine.

On rapportait ces disparités dans le thème des zodiaques et dans Tordre de leurs signes, au phénomène astronomique désigné par le nom de précession des équinoxes; et considérant le premier signe de chaque zodiaque comme celui du solstice au temps où les deux temples qui les renferment furent construits, on disait : le temple de Dendérab, où le solstice est dans le signe du Lion, date de quatre mille ans avant notre époque , et le temple d'£snèh, de sept mille ans, le solstice y étant indiqué dans le signe de la Vierge (i).

Un écrit officiel accréditait ces opinions ; on lisait dans le journal du gouvernement (2) que ces zodiaques portaient dans Tordre de leurs signes , une date de cinq à six mille ans , et que

(i) Corabeuf et Burkliardt dans le Mémoire de Grosbert sur les Pyramides ; Teodémiaire au IJI^ (septembre iSoo).

(s) Moniteur du 3o messidor âtt VIII (18 août 1800) et joam aaivanls.

l'égypte et les cent jours. 5i

les temples qui recélaient ces tableaux célestes

étaient des plus modernes parmi ceux de l'Égypte. Cet écrit était un rapport au Premier Consul ; l'auteur de ce rapport était son bibliothécaire, et cet auteur, feu Ripault, disait dans une déclaration écrite que j'ai sous les yeux : a Le « Premier Consul a donné à l'imprimeur la des- * cription que nous avons faite à la quarantaine. « Dites bien à mes camarades ( encore en Egypte ) « que c'est par sa volonté formelle et irrésistible « que cela a été publié. Le général Bonaparte, a ainsi que je le tiens de sa propre bouche, les « a fait imprimer pour préparer l'opinion sur le « travail de la Commission, dont il paraît extrê- « mement satisfait. » {Le 3 thermidor an YIII, juUlet 1800. )

Dans le temps où ces idées si nouvelles furent itendues publiques en France , toutes les opinions avaient un libre cours; il y eut donc des écrivains qui applaudirent à ces nouveautés, d'autres qui s'en idarmèrent dans l'intérêt de la chronologie sacrée; enfin les savants géomètres les plus haut placés ne recevaient point sans répugnance cet enseignement inattendu , retrouvé par leurs élèves dans les ruines égyptiennes. Les contra» dicteurs ne firent donc point faute à ces zodiaques; mais il est juste de dire qu'il n'existe de Fourier aucun écrit qui puisse le rendre responsable, des opinions exagérées qui eurent cours

5a iHgyvtb et im cbut jours»

dans ces premiers temps au sujet des zodiaques ^lyptiens. Il repoussait publiquement ce qu'on lui en attribuait ; et il ne ménageait point ses protestations y souvent renouvelées, contre l'intention qu'on lui supposait, bien gratuitement en effet, de rattacher ses opinions aux conjectures ingénieuses que Dupuis avait publiées en 1 78 1 sur l'origine des constellations : mémoire de quelque célébrité , et dans lequel Fauteur sup» posant que la succession des signes du zodiaque représente les phases de l'année agricole en Égy pte , et remettant chaque signe à la place que lui donne son expression symbolique par rapport aux saisons, il retrouvait que l'institution et l'origine de ce zodiaque, ramené par ce procédé à sa forme primitive, remontaient à douze ou quinze mille ans avant l'ère chrétienne. Pour attaquer Dupuis, qui avait attaqué fous les cultes, on leva la sape contre les zodiaques à Rome , en Allemagne , en Angleterre ; l'antiquaire Yisconti les discrédita en France , et j'ai sous les yeux une note autographe de T astronome Lalande qui, quoique enclin à découvrir avec la même joie et les athées et les corps célestes, se prononça néanmoins contre les zodiaques égyptiens. U dit dans . cette note : « Le 4 décembre 1804, M. Fourier <c a enfin consenti à me laisser voir les dessins <x (des zodiaques), mais à condition que je n'en « ferais aucun usage avant lui. Je les ai vus le

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a 5 avec le cortège de Vempereur. Je suis à porc tée de changer le calcul de M. fiurkhardt. 0 Ce changement ne fut pas réellement très- - important , car Lalande admettant que les signes initiaux du zodiaque sont ceux du solstice , il eflbce la Vierge du zodiaque d'Esnèh , place le solstice au milieu du Lion, ne donne à cette position que 35oo ans, et aooo de moins au thème de Denderah : mais se rangeant aussitôt après à Topinion de Yisconti, Lalande considère les temples d'£snèh etdeDendérah comme des ouvrages des Grecs contemporains ou successeurs d'Alexandre, et ne s'embarrasse plus du thème astronomique des zodiaques. Il y a toujours eu parmi les savants modernes des hommes trèsdiffi* ciles au sujet des travaux philosophiques des anciens; en Êdsant à ceux-ci la part médiocre, celle de notre temps sera plus grande: misérable égoïsme condamné par les témoignages de l'histoire , et illusoire inspiration de la vanité qui essaye d'immoler à la satisfaction momentanée d'un individu, toutes les pensées, toutes les découvertes des antiques générations humaines!

Il arriva ensuite que le consulat, et l'empire surtout, exigèrent, quoique tacitement, une réserve annuellement croissante de la part des écrivains sur les antiquités de l'Orient ; l'Eglise était rappelée au secours de la société civile. La restauration rétrécit encore ce terrain des libres

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discussions y et c'est ainsi que pour Fourier, et

par TefFet de ses temporisations, peut-être même de ses doutes , la question des. zodiaques se compliquait de plus en plus de ce» contradictions savantes et de ces difficultés politiques.

C'est par l'influence simultanée de ces cause& diverses y que peut s'expliquer le silence absolu gardé par Fourier, au sujet des monuments astro-* nomiques égyptiens , dans la première rédactioa de sa Préface historique^ terminée en l'année 1 809.^ Plus tard , sans être plus libre , il fut plus résolu sur ce sujet qui lui était à la. fois cher et redoutable , et il s'en expliqua enfin dans la rédaction o£Bcielle de ce discours , qui fut publiée en 18 10. On y lit^ en deux paragraphes^ cette expo-^ sition à dessein inoSensive :

« Les conséquences qui résultent de Fétude « attentive des monuments ne permettront ja^ ff mais de comprendre l'histoire de rÉgypte entre a les. limites d'une chronologie restreinte qui ce n'était point suivie dans les premiers siècles du <[ l'ère chrétienne », [ voilà de l'espace à plaisir; mais il ajoute immédiatement : ] a Elles ne sont m pas moins contraires au sentiment de ceu:^ « qui fondent sur des conjectures l'antiquité « exagérée delà nation égyptienne, et ne dis- « tinguent point les époques vraiment histori-* « ques des supputations qui servaient à régler « le calendrier. » Ët ceci est restrictif : d'où ré-

j!Éarm et lbs cbnt youhâ. 55

suite entre ces deux passages, noa pas un juste milieu y mais une sorte de compensation qui pou« vait plaire au caractère de Tauteur, mais dont il serait bien difiicile d'énoncer exactement la véritable expression. '

C'est dans ses mémoires sur les monuments astronomiques des Égyptiens que sa pensée déliait être révâéeet démontrée; il a consacré à ces recherches une infinité de temps et une infinité de calculs I mais il ne les a point mis au jour; ses manuscrits ont été conservés, et je ne saurais dire ce qu'ils deviendront , car leur contenu est encore un mystère pour la science qui n'en a retiré jusqu'ici aucun profit ; ces manuscrits sont la propriété de l'État; ils sont déposés à la ))i)3liothèque royale, mais je ne les ai jamais vus.

Fourier a publié un résumé littéraire de ses recherches sur les antiquités astronomiques de rÉgypte } il a exprimé en çe^ termes ses con« ▼ictions, et les conséquences les plus générales qu'il pensait pouvoir déduire de ses études : c La sphère égyptienne, telle qu'elle est re- « présentée dans tous les édifices existants, se rapc porte au xxv^ siècle avant l'ère chrétienne. A $L cette époque, l'observation avait déjà fiiit con- « naître les premiers éléments de l'astronomie. « On les réunit alors, et l'on en forma une ins- « titution fixe qui servit à régler Tordre civil a des temps et devint une partie de la doctrine

56 L*B6TPT£ KT ZJBS CEITT TOURS.

« sacrée L'époque de l'institution est

« celle de la splendeur de TKebes ; nous Favons

« vue écrite en caractères astronomiques dans ff les plus beaux ouvrages de l'architecture des « Égyptiens. Ainsi l'origine de leurs lois et de « leurs arts est plus ancienne (i).

ff Une époque qui difFére peu de deux mille a cent ans avant l'ère chrétienne, a précédé la « construction du temple de Tentyra, et elle est « postérieure à celle des monuments de Latopo- « lis(Esueh; ) elle appartient donc, comme l'é- «c poque de l'institution zodiacale (deux mille a cinq cents ans avant l'ère chrétienne), à l'his- « toire civile de TÉgypte. La monarchie subsisc tait alorsdans toute sa force; elle obéissait à des tt lois sages et constantes. L'expérience avait fixé « les principes du gouvernement et des mœurs, « et les arts étaient cultivés depuis un- temps « immémorial; ils avaient produit les monu- « ments admirables de Latopolis (£snèh), et ils «devaient en produire de nouveaux, puisque (c le temple d'Isis à Tentyra n'était pas cons- « truit (2). »

£t le texte de ces deux passages se résume en ces trois propositions :

AvL vingt*cinquième siècle avant Fère cbré-

(i) Recherches sur les sciences et le gouvernement de l'É" gypte, § i^^; dans la Description de l'Ef^ypte; anliquitéSy mémoi^ Xtn, tome U de rédition îa ji^, — (a) Idem, § xxjiu

l'^tpts et les CBirr jours. Sj

tienne , la monarchie égyptienne était florissante par les lois^ les mœurs et les arts. La sphère égyptienne et le calendrier furent inventés. ,

Au vingt-unième siècle, le temple d'Ësnèh, qui est orné d'un zodiaque , était construit.

A la même époque, le temple de Dendérah n'existait pas^ ni ses deux zodiaques : mais ils furent édifiés peu de temps après.

Ainsi les antiquités astronomiques donnaient aux institutions civiles de TÉgypte , qui étaient le fruit d'une longue expérience antérieure, vingtcinq siècles d'existence avant l'ère chrétienne. Cette opinion, de Fourier n'obtint point l'approbation de tous les savants on contesta les bases • mêmes de ses recherches , on refusa obstinément et on refuse encore aux Égyptiens la connaissance de la précession des équinoxes. -

L'arrivée merveilleuse du zodiaque circulaire de Dendérah à Pans, en 1 8aa , parut ranimer la discussion ; plusieurs écrivains luttèrent de science et de zèle pour rabaisser l'époque assignée à ce monument; pas un seul n'en défendit l'antiquité; M. Biot ayant cru y reconnaître quatre étoiles , y vit aussi une projection et en déduisit l'époque du zodiaque, qu'il fixa à sept cent seize années avant notre ère. Mon frère avança que les signes désignés par M. Biot n'étaient pas des étoiles (i). £n même temps im respectable

(j) Revue Encyclopédique , août xSaa.

ecdénastique , ancien bibliothécaire de Timpéra-

trice Joséphine, mathématicien et helléniste, vouait k l'exécration des siècles la mémoire de l'homme pervers qni avait parlé de treize mille années révolues, et maudissait même ceux qui avaient apporté en France cette vilaine pierre noire. A la tribune nationale un zèle politique et religieux de nouvelle formation , tonnait contre ce monument d'athéisme et d'irréligion : œ fut alors que le roiliouis XYIII ordonna inopinément l'acquisition de ce monument dont la vivace célé^ brité semait dans les esprits tant de germes divers d'interminables controverses.

Peu de jours après l'accomplissement de cet ordre du roi, la découverte de l'alphabet hiéro^ glyphique par mon frère (septembre i8aa) leva bien des doutes ; le temple d'Ësuèh et celui de Dendérah, où sont les zodiaques, furent reconnus pour des édifices élevés et terminés du temps de la domination des Romains en Égypte. Avant de rendre public ce résultat bien inattendu, mon frère en fit part à Fourier, qui , après être revenu d'une profonde surprise, demeura dans ce doute de la bonne foi qui aspire après la révélation de la vérité : et lorsqu'il eut lu le travail complet de mon frère, la Lettre à M. Dackr^ U lui dit en propres termes : « C'est de la géométrie , mais « les antiques institutions de l' Égypte sont écrites ailleurs en signes inefiEstçables; vous nous le

LiGTFT£ £T LES CENT lOUBS. 69

« démontrerez par la suite de vos recherches;

« quant à celles-ci, c'est uue découverte qui doit « vous surprendre autant que moi-même. Voua « êtes, je crois, dans une heureuse voie; persîs^ « tez , et tous nos rêves sur cette admirable ci- « vilisation se changeront en réalités. »

Il es^certain que les idées de Fourler perdi«» rent quelque chose de leur autorité par les con-> séquences immédiates delà nouvelle découverte. Le temple d'Eanèh, qui existait, disait-on , plus de deux mille ans avant Tere chrétienne, ne por^ tait dans ses sculptures que des noms d'empe^ reurs romains, Claude, Titus, Domitien , Trajan , Antonin etSeptime Sévère. ADendérah, on lisait sur la partie la plus ancienne le nom de la dernière Cléopâtre ; et tous les souverains qui , après cette reine, avaient concouru à la construction ou à l'achèvement de cet admirable et immense édifice, étaient également romains : c'étaient Auguste, Tibère, Caïus, Claude et Néron. £nûn le nom qui se trouvait sculpté sur le zodiaque même selon le dessin publié par la Commission gypte, était un titre impérial romain , celui de Claude ou de Néron.

La merveilleuse antiquité des zodiaques s'évanouissait par la conséquence naturelle de ces observations, et par Tefifet simultané des efForts renouvelés de l'érudition contemporaine (i) ; mais

(t) OliwmCioos sur Pobjet des représentttioDt zodiacales» de.; par liLelroiiiieé Mb, i8i4t

6o jJégyfie £T les cent joues*

l'antiquité de la civilisation égyptienne, plus merveilleuseencore parce qu'elle était vraie , n'en soufifirit point, on peut Fassurer; et Fourier qui suivit avec un si vif intérêt les travaux de mon frère qu'il avait connu et aimé dès sa première jeunesse, qu'il aurait vu avec attendrissement et orgueil assis à ses cotés sur les bancs de l'iAstitut , Fourier, disons-nous, ne fut pas privé de lasatisfaction d'apprendre de mon frère même que toutes ses opinions sur les origines , les époques et l'état avancé de la civilisation égyptienne , étaient confirmées; et que si l'interprétation des zodiaques devait être distraite du nombre des témoignages sur lesquels ces opinions étaient fondées, les autres considérations qui avaient déterminé ses jugements tiraient de l'ensemble des travaux, de mon frère et des documents qu'il avait recueillis en Égypte et en Nubie, les plus éclatantes confirmations.

Nous ne trouvons, dans le bel éloge de Fourier par M. Arago son successeur, aucune men* tion de ses mémoires sur Taiicienne Égypte. Cette omission , motivée sans doute , nous a porté à nous étendre un peu plus sur ce sujet auqud Fourier n'a pas cessé de penser, quoiqu'il n'en parlât plus. Je n'ai que peu de mots à ajouter à ce que je viens d'exposer sur cette époque si pénible et si occupée de sa vie ; mais ce peu de mots renferment des considérations nouvelles qui l'auraient vivement intéressé, si le destin

L'^GTFrS ET LES CSHT JOURS. . 6l

moins rigoureux avait prolongé sa vie de quel* ques années encore.

Un homme qui, comme Fourier, est doué d'une portée d'esprit peu commune même parmi les savants d*un ordre supérieur, possède aussi pour l'appréciation des faits les plus importants de l'histoire philosophique des hommes , cette habileté d'examen qui donne aux conséquences adoptées l'autorité des documents les plus authentiques; et si dans cette appréciation, il entre parfois un peu de conjecture, on peut s'y fier néanmoins; l'instinct de ces sortes d'esprits se révèle par des divinations.

Ainsi, après la destruction de l'autorité chronologique des zodiaques, l'antiquité de la civilisation égyptienne, selon Fourier, est devenue plus manifeste encore par des monuments nouveliement rendus à la science; il est même arrivé que des écrivains peu faivorables d'abord aux opinions les plus hardies de Fourier , et qu'ils disaient être les plus hasardées , l'ont dépassé dans l'interprétation historique des monuments. Bésumons , puisque l'occasion en est offerte, l'é* tat actuel de la question, et tel qu'il résultera du concours d'un élément de critique jusqu'à ce jour inconnu.

I» Fourier portait jusqu'au xxv« siècle avant l'ère chrétienne I l'époque de la grande splendeur de Thèbes et celle de l'institution du zodia*

6a t'iCtPtU ST LES CENT JOttS.

que et du calendrier ; ce n'est plus assez aujour^

M. Biot a exposé, dans un mémoire fort étendu, le résultat de l'étude qu'il a Êdte des sujets astronomiquesy et qu'il considère comme teb, découverts par mon frère dans les tombeaux des rois égyptiens des anciennes dynasties thébainesy et il a conclu de ces documents, dont l'époque et l'authenticité sont certaines, que l'institution du calendrier égyptien, fondé sur la connaissance de la véritable longueur de Tannée solaire, remontait à trois mille deux cents ans avantl'ère chrétienne : c'est déjà Ssept siècles plus haut que les temps indiqués par Fourier.

a* ïant qu'il n'exista aucun moyen matériel de connaître l'époque de la construction des zodiaques de Dendérah ou celle du temple dont ils ornent le portique et le plafond , la carrière des interprétations était large et libre aux astronomes comme aux antiquaires , et ils ne la laissèrent pas inoccupée. Mais quand l'alphabet des hiéroglyphes fut découvert , il fut immédiatement appliqué à Texamen de ces temples célèbres, et on trouva sur toutes leurs parties des noms d'empereurs romains. Le zodiaque rectangulaire sculpté sur les pierres du portique de cet édifice hit aussi déclaré romain, et le prestige d'une exces- )Bive antiquité s'évanouit devant ce moyen de critique in&illible et nouveau.

l/ÎGT^E £T LES CENT JOURS. 63

Les partisans de cette antiquité <)ireht que ce

zodiaque moderne devait être la copie d'un original plusancien^ aucun motif plausible n'ayant pu porter dçs empereurs romaihS à élire composer, à grands frais , des tableaux représentant Tétat du cid pour une époque de longtemps antérieure à leur règne. Quant au zodiaque circulaire, ou planisphère, du même temple , zodiaque d'un vôlume qui le rendait £aicilement transportable , il avait pu être distrait ou sauvé d'anciennes ruines et employé comme plafond dans une construction plus récente.

A la première conjecture, on ne répondait rien, elle était du libre domaine de l'opinion , et l'on pouvait aussi bien l'adopter ou la rejeter avec une égale raison. Quant à la seconde, au transport présumé du zodiaque circulaire, on objectait avec plus de succès, que l'inscription hiérogly^ phique du zodiaque même, laquelle est gravée en relief sur une des deux pierres où ce tableau est sculpté, se termine par un cartouche qui renferme le nom ou le prénom d'un souverain égyptien ; que ce nom est le mot grec AYTOKPA- TOP (l'empereur), et que ce mot ne peut être que le titre impérial des empereurs Claude ou Néron, qualifiés bien des fois absolument de même et 6ur leurs médailles frappées en Egypte , et sui* les bas- reliefs du temple même de Dendérah.

3° L'eustence de ce mot gréco-romain danà

64 L'iGTPTB ET LES CEKT JOUAS.

Finscription hiéroglyphique du zodiaque circulaire ne pouvait être contestée : le dessin du zodiaque publié par la Commission d'Egypte en était un témoignage public, d'une imposante autorité I et les conséquences déduites de la présence de ce mot étaient d*une rigoureuse exactitude; le zodiaque circulaire était donc aussi de l'époque romaine.

Quand le zodiaque fut transporté à Paris , on reconnut qu'il avait été détaché de telle manière que la partie de celle des deux pierres où existe son cartouche gréco-romain, si décisif dans la question de l'antiquité, avait été laissée enÉgypte, au plafond même où le zodiaque (ut primitivement placé. La question restait donc dans les termes déjà énoncés, et l'existence du cartouche n*était contestée par aucune des opinionsexistantes sur ce difficile sujet. Mais mon frère en Égypte a examiné attentivement les restes du zodiaque circulaire de Dendérah, et il a reconnu que le mot gréohromaiH AYTOKPATOP n* existe pas dans t inscription hiéroglyphique y et que le cartouche qui renfermait ce mot selon le dessin de la Commission d'Égypte, est au contraire absolument vide ; comme le sont tous ceux qui se voient dans les bas-reliefs de l'intérieur du temple et des chambres construites sur le temple même, là où existait le zodiaque (i).

(i) Gbamp«llu>n l« j. note ns, et lett. écrites d'Égypte, p. 9s*

L£GYPTE ET LES CENT JOUBS. 05

Ce bit important, le cartouche vide, est rendu

public aujourd'hui pour la première fois : et on comprendra mieux l'ensemble des données où il doit prendre une si grande place, au moyen du dessiu que je joins à cet exposé.

Les lignes ondulées sur deux côtés du planisphère indiquent un espace occupé par les eaux ; c'est le symbole de l'Océan , qui, selon les anciens, environnait le monde matériel. La ligne brisée A^a en b marque la trace de la scie qui a détâché le zodiaque ; iVa en c, et de l? en c, c'est la portion qui a été laissée à sa place à Dendérah. Lâ fin de l'inscription hiéroglyphique est transcrite dans notre dessin ; l'encadrement elliptique qui est vers le bas f, qu'on appelle un cartouche, est un signe honorifique constamment employé par les Égyptiens pour enfermer les noms de leurs souverains, et c'est dans ce cartouche qu'on a supposé qu'existaient les signés représentant les lettres grecques AOTRPATP qui forment le mot grec ▲TTOKPATOP, rempereur.

Ces signes n'existaient donc pas dans le zodiaque; ils ont été ajoutés mal à propos à la gravure pubhée dans la Description de FÉgypte; et remarqut>ns ici un singulier effet du hasard : si, au lieu du titre d'un empereur romain, on avait ajouté au zodiaque le nom d'un des rois de la xvni* ou de la xvi* dynastie égyptienne, l'application du priucipearchéologique par lequel

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