‹ Fourier et NapoléonChapitre 16 sur 32 · R R 8R RAR · texte numérisé non relu

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« Paris, le 28 mai 1810. »

Deux mois après, Fourier fit hommage de son livre au conseil général du département de

l'Isère, qui le fit déposer à la bibliothèque de Grenoble , et consigna dans une délibération, en date du 7 juillèt, de nouveaux témoignages de son estime, de sa confiance pour l’administrateur, et de son admiration pour l’historien.

Fourier surveillait avec quelque anxiété l’opinion des journaux sur son ouvrage; on en parla plus qu’on n’en écrivit. L'Égypte effrayait les personnes pieuses qui ne l’étudiaient guère ; les zodiaques passaient pour des monuments d’athéisme et d’impiété, et l'interprétation de l’antiquité égyptienne, selon les collaborateurs du grand ouvrage, était comme une érudition nouvelle avec laquelle toute alliance était refusée par l'ancienne. Toutefois , les feuilles étrangères furent plus empressées ; un recueil anglais loua fort bien la préface historique de Fourier; un ami de Paris s empressa de faire traduire l’article pour un journal français ; mais il arriva que les citations textuelles de la préface avaient été mises en anglais, qu’on remit cet anglais en français pour le compte de Fourier :il en fut extrêmement chagrin. Sa sollicitude fut incessante, et il est vrai que ce célèbre discours troubla longtemps sa vie et ses autres travaux. Après l'obligation d'écrire les exploits récents et les triomphes mémorables de la république, à la satisfaction de lautorité impériale déjà armée de toutes les formu-. les monarchiques, vint ensuite l'obligation aussi

de parler devant la restauration, de la république et de l'empire qui n'étaient plus. Fourier satisfit a la première condition, moyennant des éloges et de la sagesse , et à la seconde avec dessuppressions : tout ce qui concerne l’empereur dans ce discours, son nom même et son titre manquent dans la troisième rédaction de la préface historique, réimprimée en 1821, avec la seconde édition du grand ouvrage : les ciseaux voraces : d’une censure malhabile ont passé par là; mais l’histoire nationale comblera facilement ces lacunes, et la préface historique de Fourier conservera son nom parmi ceux des écrivains qui, par les rares mérites de leurs ouvrages, ont fait le plus d'honneur aux lettres françaises.

Il n’avait pas renoncé complétement à ses recherches sur l'astronomie des anciens : il est certain toutefois que son zèle d’abord ardent sur ce difficile sujet fut refroidi par les critiques prématurées d’une opinion qu’il n'avait jamais manifestée; par l’empressement irréfléchi que mirent trop de personnes, bien ou mal préparées, à se jeter sur une telle matière, encore nouvelle dans les annales des sciences et des corps académiques; enfin par la faveur manifeste du gouvernement envers les opinions qui réprouvaient hautement le libre examen des monuments historiques, et qui rétrécissaient à dessein les temps primitifs des annales des arts. Dans les années qui suivirent celle où la Préface

historique fut publiée, les événements politiques laissèrent peu de loisirs aux administrateurs laborieux, et les désastres qui amenèrent les changements introduits dans le gouvernement de la France en 1814, retinrent l'esprit de Fourier bien éloigné des souvenirs et des antiquités de l'Égypte. Toutefois ces temps prochains lui réservaient encore de dures épreuves.

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